‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 67 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE, SlZ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, SlZ

le demande, quel devoir prescrire aux autres, et s'imposer à soi-même, raisonnablement, si Ton n'a pas commence par celui-là ? Obéis-moi , dit le père à son fils. Et pourquoi? Apprends, travaille, reste immobile sur des livres , écoute , écoute long-temps ; répète le maître à son élève. Et pourquoi? Plus tard, on viendra lui ordonner de servir son pays , lui défendre de nuire à ses semblables : puis il faudra fatiguer , user la moitié de sa vie , le bon temps de la jeunesse , celui où l'on voudrait jouir parce qu'on saurait être heureux, pour assurer la tranquillité d'un âge qu'on ne saura plus employer , qu'on n'atteindra peut-être jamais : car ainsi va le mondé. Et pourquoi tout cela? Comme cette manière de dépenser Texistence doit paraître ridicule à celui qui n'a jamais su regarder en face sa destinée , qui n'a jamais ëlevé sa pensée vers l'auteur de toutes choses!

Encore si l'on était seul , on pourrait dire : J'y ai songé , et je n'ai rien découvert (quoique tout dans le inonde soit plein de cette idée). Mais au milieu d'une société civilisée, où la question s'agite de toutes parts, où l'on peut la lire sur tous les monumens, dans tous les livres , l'entendre dans toutes les conversations, dans toutes les leçons, où elle pénètre, pour ainsi dire , par tous nos sens à la fois , conçoitr on l'homme assez indifférent pour passer outre, et s'occuper profondément des vanités de la vie? Ne semble-t-îl pas voir cet amateur de tulipes que La Bruyère nous représente planté au milieu de ses fleurs , auprès desquelles il passe sa journée entière :

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« Dîeu et la nature sont en tout cela ce qu'il n'adiiiii^ point : il ne va pas plus loin que Foignon de sa tulipe , qu'il ne livrerait pas pour mille ëcus, et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable , qui a une âme , qui a un culte • et une religion , revient chez soi , fatigué , affamé , mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes* »

Ainsi s'en va Phomme que le monde appelle heureux : il vieillit^ il n^eurt épuisé de travaux, miné par de longues inquiétudes, mais fort content de stt vie : il a amassé de l'argent.

Oui , le premier, le plus important devoir de la créature raisonnable , c'est de chercher à connaître ce qu'elle est, d'où elle vient, où elle va, c'est-àdire , la cause , la loi de son existence , Dieu enfin , car c'est là tout ce qu'il nous est donné de savoir sur cette idée sublime*

2^ L'aimer. Il y a deux obligations dans ce mot. Etre essentiellement perfectible , l'homme doit aimer la perfection infinie, le souverain bien-: créature entourée, remplie des bienfaits de la Providence, l'homme doit aimer le bienfaiteur, l'être souverai* nement bon. Vertu et reconnaissance , voilà ce que nous entendons par l'amour de Dieu. Le premier de ces devoirs est l'œuvre de la raison, le second l'œuvre du cœur. Il y a dans celui*ci quelque peu d'égoïsme : il est difficile d'aimer qui nous fait du bien sans en espérer encore ; l'autre au contraire n'est que l'amour de l'ordre , le respect pour ce qui doit être, pour c«

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qui est. C'élak la base du stoïcisme , qui défendait d'aimer autre chose que le bien , la loi : amour tout rationnel, comme on voit, tout idéal, sentiment trop fort pour Tbomme , quand il n'e.<^t pas appuyé sur l'autre. Aussi le dieu de Zenon n'avait-il que puissance et sagesse : être bon , c'était, selon lui , étrç faible : humanité, compassion, tendresse, ilproscri-vait toutes les affections; il fallait faire le bien> parce que c était le bien , comme l'Etre suprême voulait l'ordre, parce que c'était l'ordre. Cette doctrine , si £)s tueuse , si sublime en apparence , inspirait l'orgueil, et conduirait à l'égoisme, tout en paraissant Ije proscrire.

M est inutile d^insister sur tes motifs àes devoirs: dont nous parlons. Les perfections infinies de la Pro<^ vidence sont prouvées, et ses bienfaits sont évîdens. Il est inutile de démontrer que l'amour de D^u entraîne nécessairement la crainte de désobéir 4 sa loi , la confiance dans ses promesses , et la résignation à ses volontés-

3® Le servir. Cette expression, dans le livre que^ nous avons cité , embrasse toute la morale ; et il est évident que tous nos devoirs doivent aboutir à Dieu comme à notre fin dernière. Mais ici nous prenons , ce mot dans un sens plus restreint : il signifiera seur. lement le culte que toute créatupe raisonnable doit à« f^on Créateur,

Ce culte se compose de deux élémens : l'adoratiou:,^ et la prière. 11 est intérieur ou extérieur.

Adprer , c'est élever sa pensée vers l'infini , se- pé-

nétrer de ses grandeurs , fiiire au Totit>npùissant Faveo de ses misères 9 à celui qui sait tout rhomma^ du peu qu'on a eu le bonlieur d'apprendre o«i de découvrir ; c'est en un mot reporter vers leur source tous les biens dont on jouit, tous ceux dont on, espère jouir.

Prier, c'est remercier et demander.

L'un n'est guère possible sans l'autre : il est aussi naturel d'implorer des bienfaits qu'il est juste de té« moigner sa reconnaissance pour ceux qu'on a reçus. Toutefois on conçoit une action de grâces sans àe^ mandes nouvelles : on ne conçoit pas de demandes sans actions de grâces.

Dire qu'il faut remercier la Providence de ses bienfaits , c'est dire ce qui n a pas besoin de preuves.

Mais on a contesté à l'homme le droit de solliciter Jes bontés de son Créateur. Des sopbistes et même des sages ont argumenté contre cette partie de la prière. On peut ramener au dilemme suivant toutes les objections qui se sont élevées à ce sujet*

— Ou Dieu a résolu de vous donner ce que vous lui demandez , ou il a résolu de ne pas vous le donner. Dans le premier cas la demande est inutile, dans le second elle est impie.

— Sans doute il a résolu l'un ou l'autre* Mais si nous posons en fait principe la volonté de Dieu , il faut poser aussi l'ignorance où nous sommes de cette volonté. Or, de ces deux principes, lequel doit régler notre action ?

\).9Xis cette Ignorance des décrets éternels , il ne

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