‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 68 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

peut y avoir impiété à demander. Xi'impîété consisterait à demander le contraire de ce qu'on sait devoir être. Ainsi toute prière qui a pour objet quelqkie chose d^immoral ou de nuisible à la créature , est condamnable 9 parce que nous s(wons que Dieu veut l'accomplissement de la»l^it et lé bonheur des êtres. Vous en concluerez , si vous voulez»^ Iqu'il faut de-» mander fort peu de chose. : que non seulement l'a^ sassin est coupable quand il fait héair son poignard ; qu'il est coupable aussi celui qui croit intéresser là. souveraine sagesse aux succès de son ambitioti* ide sa cupidité, de ses foUes passions. Mais quel homme de bon sens oserait blâmer un fils de prier pour; 1& guérison de sa mère , un homme de bien d'implorer les lumières qui lui manquent et la forée d^nt il s^ besoin pour se soutenir dans la pmtique de ses devoirs ? Dieu 9 dira-t-on , ne peut pas condescendre à ces vœux ^ l'amour filial ^ car toutes les mères^ seraient immortelles : il ne doit pas venir au secours de l'homme sage , car il lui a donnée dit Rousseâti , la conscience pour aimer le bien j la raison pour leconnaître , la liberté pour le dioisir. Nous répondrons pour le premier cas, que la prière n'est méri-*^ toire, n'est raisonnable , qu'autant qu'elle est accom* pagnée d'une résignation profonde A la volonté de Dieu : ^at voluntas tua^ A cette condition y où serais l'impiété? Pourle second, nous, renverrons à ce que. nous avons dit au paragraphe de la; liberté sur l'in-fluence extraordinaire de ces idées soudaines, de cette force supérieure qui nous surviennent oa ne sait

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conimemf et qu'il doit être bien permis de demao^, der, puis4|u'il est si naturel de les attendre.

La prière nVst pas plus inutile qu'elle n'est impie^ puisque nous ignorons les volontés divines. Qui vous, assure qu'elle n'entre ]^as comme condition dans le. bien qui vous était destinée* car ^ faite dans des vues de sagesse et d'équité , elle est toujours une bonne action , et dans la science éternelle , toutes nos bonnes actions sont comptées comme des titres aux bienfaits, de la Providence.

Enfin I une des plus fortes raisons pour prier, c est qu'il est naturel de le faire. Il n'est pas de cœur si endurci qui n'ait senti quelquefois le besoin d'un appui supérieur, pas d'intelligence assez obscurcie^ parles préjugés qui n'ait, dans une situation oritique, abjuré d'orgueilleux sopbismes pour s'humilier devant l'intelligence infinie, çt demandé quelque secours., quelque grâce , avec candeur , a,vec foif comme demandent les enfans , les hommes simples, les sages.

Demandez donc, mais peu , mais. rarement» parce que dans vos innombrables désirs , il en est un fort petit nombre d'assez purs pour s'élever, vers les régions supérieures. Remarquez que. l'église chrétienne, malgré la multitude de ses prières, sollicite fort peu de gi^àces : elle chante les louanges de Dieu, elle adore , elle bénit , elle remercie : ezpansive , diffuse même dans ses captiques , dans l'expression de nos douleurs comme dans celle de notre reconnaissance, elle n'offre à celle de nos vœux que des formules très -laconiques. « Une vie innocente et

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tranquille I exempte du vice , des pénibles besoins , la mort des justes.et leur sort dans Tavenir m. Yoilà ce que demande le chrétien , ce que demandait ( car ce sont ses propres mots) Rousseau lui-même, qui blâmait la prière.

A ce culte intérieur, le seul nécessaire pour communiquer avec k Providence , se joint un culte esté* rieur, comme à la pensée s'unissent les signes du langage.

Ce culte est naturel, car nous n'avons pas un sentiment , pas une idée qui ne tçnde à se manifester au dehors.

Il est nécessaire, dans l'intérêt de Tindividu qui , $ans un signe déterminé auquel se rattache sa prière , serait bien aisément distrait de Fhommage qu'il rend à son créateur. Ainsi nul doute qu'il soit possible , permis d'élever sa pensée vers Dieu en quelque position qu'on veuille choisir : mais s'il est des attitudes pour lé respect 61ial , pour les bienséances mêmes quels société commande, pourquoi n'y en aurait-il -pas^ pour l'adoration ?

Quelles doivent^être ces attitudes , quelle sera le langage du culte? nous n'ayons rien à prescrire à ce ^ujet dans les rapports de Thomme à Dieu seul. Mais ^i l'on considère que Tobjet du culte extérieur ej$t beaucoup moins l'intérêt de l'individu que celui de la société ; que l'idée de Dieu , les devoirs qu'elle impose, sont les bases de toute législatipu, de toute moralité sociale; on reconnaîtra sans peine que les signes de ces hautesi pensées doivent attirer l'attention

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du législateur : quUl importe de régler le culte ex(é« rieur bien autrement que de régler l'étiquette des couifs et le code des préséances : que par conséquent une des premières obligations de Tindividu , quand il songe à ses semblables , c'est de se conformer à leurs rites et à leurs pratiques; qu'il serait tout aussi absurde de venir prier debout ou assis , le chapeau sur la tête , au milieu d'une foule découverte et pro8« ternée, que de se présenter dans un cercle, en bonnet de nuit, robe de chambre, et pantoufiles , ou de prendre avec ses doigts, quand on dtne, où que chacun prend avec sa fourchette.

, Au reste , nous n'avons pas besoin de nous arrêter sur ces devoirs secondaires, l^ sage, le croyant, les observeront comme conséquences de leurs doctrines : quant à l'homme léger, à Tincrédule , c'est pour lui affaire de police, étrangère à nos leçons. Nous avons bien d'autres choses à lui apprendre , et si nous l'amenons jusqu'ici, il ne noua contredira plus sur ce chapitre.^

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