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Sans ordre et sans économie, unc exploitation agricole ne saurait prospérer.
Ces deux élémens de succès se trouvent presque toujours réunis dans /a petite culiure. L'ouvrier qui, pour nourrir sa famille, ne compte que sur les produits de son jardin et de son petit champ, ne peut s'endormir dans le désordre, à moins d’en subir immédiatement les funestes conséquences ; pour lui, le désordre c’est la misère, Ia prodigalité c’est la faim.
C’est dans la moyenne culture , celle quise pratique sur des tènenens de terre de 30 à 80 arpents, que l’ou voit, plus ordinairement, la pradigalité de temps, l’insouciance et l’irrégularité de conduite ; parce que, généralement, cette culture se trouve entre les mains «le la classe la moins instruite des cultivateurs, et que l'étendue du terrein étant assez grande pour fournir aux besoins les plus pressants de la famille, par la production seule des fourrages naturels, ces défauts peuvent rester longtemps impunis ; dans ce cas, le cultivateur, aidé par la nature qui pourvoit à ses pâturages, ne sort de su coupable apathie que pour gratter une partie de son terrein, et y semer quelques céréales sur lesquelles il compte pour passer les mauvais jours sans inquiétude. Progresser, améliorer et ucquérir, ne lui viennent jamais en tête ; il ne demande qu’à joindre les deux bouts de l'an, sans avoir à supporter de trop grandes privations.
Quant à la grande culture, celle qui embrasse des ténemens de S0 à 1000 arpens et au-delà, comme la petite.culture, elle ne peut exister iongtemps sans ordre et sans économie, parce que le spécu- Jateur qui l’entreprend, ayant besoin d’employer constamment un uombreux personnel d’engagés et d'ouvriers journaliers, ayant un matériel considérable à entretenir, aurait bientôt dévoré son avoir, s’il ne mettait fin à ses extravagances, et s’il ne réfurmait ses dépenses inutiles et la mauvaise tenue de son exploitation,
Qu'est-ce donc que l’ordre et l’économie ?
Par l’ordre, je n’entends pas seulement l’attention que l’agriculteur doit donner à ce que, dans sa ferme, chaque chose soit à su place, mais, bien plus encore, les soins qu’il doit apporter à la régularité des divers services, à la concordance de toutes les branches de son exploitation, à la constatation fidèle et exacte de ses recettes et de ses dépenses, et à l’atiribution de ces recettes et de ces dépenses aux différentes industries auxquelles elles se réfèrent.
Ce serait aussi se tromper étrangement, si l’on n’attachait à l’économie d’autre idée que celle d’une lésinerie mesquine dans les dépenses ordinaires du ménage ; il est une autre économie dont les effets se font bien plus sentir dans la balance des recettes et des dépenses de la ferme ; c’est l’économie du temps et de la main d'œuvre.
L'ordre et l’économie vont presque toujours ensémble, et sont le cachet bien reconnuissable d’une ferme sagement administrée. Dans cette ferme, vous trouverez indubitablement un chef réfléchi, calculant d’avance la portée de tous ses ordres , de toutes ses actions ; tout ce qui se passe chez lui fait le sujet d’une comptabilité furt claire, fort exacte, et dans ce miroir de son exploitation brille
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Chez l’agriculteur insouciant, vons voyez, au contraire, le désordre le plus profond ; là, aucun compte n’est établi, les services sont mal organisés , la prodigalité est à son comble ; par suite, les dépenses sans but utile se multiplient, et absurhent d’avance le revenu du sol ; bientôt, le capital est attaqué et le malheureux agriculteur finit par la ruine et la misère.
C’est, très souvent à une comptabilité mal établie, ou plutôt à l’absence de toute comptabilité, que l’on doit attribuer la ruine de la majeure partie des agriculteurs ‘qui succombent, en‘faisant de la grande culture ; ne pouvant chaque jour se-rendre compte de leur position, ils ne s’aperçoivent de leurs fautes, que lorsqu'il n’est plus temps d’y apporter remède. Ilest, en conséquence, de la plus grande utilité que chaque agriculteur, qui veut opérer en grand, udopte un systême de comptabilité précis et exact, ét le suive invariablement.
Mais, dira-t-on, beaucoup d'agriculteurs réussissent néanmoins dans leurs entreprises, quoiqu’ils ne tiennent pas de livres: à celn je répondrai que ces agriculteurs n’opèrent sans doute que sur de très petites étendues de terre, et ne font pas ce que l'on appelle de Ja grande culture, alors Jeur comptabilité peut se loger dans leur tête. D'autre part, on attribue très souvent 1e succès d’une exploitation à toute autre cause qu’à la véritable. Ces agricuiteurs se trouvent sans doute dans des positions exceptionnelles, près d’une ville, par exemple, où ils écoulent facilement leurs produits bruts, ce quisimplifie considérablement les opérations; ou aidés par une amille nombreuse, ils sont dispensés d’entreteuir à grands frais, uu nombreux personnel d’engagés ; ou, enfin, se contentent-ils, peutêtre, de suivre servilement le système de culture établi dans la lucalité qu’ils habitent, et auquel ils ont été initiés dès leur enfance. Mais je puis affirmer que, pour celui qui ne se trouve pas dans l’une de ces positions exceptionnelles, et surtout pour celui qui cultive en grand et veut apporter quelques changements on améliorations à lu routine locale, il n’y a pas de succès possible, sans que chaque dépense soit soigneusement enrégistrée et attribuée à l’industrie qui l’a nécessitée, sans que chaque manœuvre soit inscrite, sans que lu concordance la plus parfaite soit établie entre toutes les branches “ Fe Ponte ; ce qui ne peut se faire qu’au moyeu de la compta-
ilité.
La comptabilité n’a pas seulement pour objet de faire ressortir les bénéfices ou les pertes d’une entreprise agricole , elle doit être aussi le plan en relief de l'exploitation, et être établie de manière à guider l’agriculteur et le conduire dans la bonne voie, de même que la carte du murin est faite pour guider le vaisseau à travers les écuei!s.
Pénétré de cette idée, qu’une comptabilité soignensement tenue est indispensable au plein succès d’une exploitation de quelqu’importance, je me suis mis à la recherche d’un système d’écritures simple, clair, autant que possible, et surtout applicable à quelqu’exploitation que ce soit, où l’on s’occupe de productions animales et végétales; et je m’empresse de livrer au public agricole le fruit de mes travaux. Puisse cette méthode lui être de quelque ntilité, pour moi, je puis dire qu’elle m’a beaucoup aidé à voir l’agriculture sous son véritable jour, et à dissiper les fausses illusions que je m'étais faites tout d’abord sur son compte.
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