‹ Nouveau système de déligation chirurgicaleChapitre 11 sur 30 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Mais pour distribuer ces sages conseils, il faut que le CHIRURGIEN, LUI-MÈME , en connaisse bien toute la portée, et qu’il ne se fasse donc pas trop illusion , sur la manière simple d’appliquer l’un ou l’autre de mes appareils.

Elle est très-facile, assurément; toutefois, il serait absurde de prétendre, qu’on puisse exceller, du premier coup et sans s’être exercé , ou , du moins ,

sans avoir examiné, avec attention, la petite machine, et sans l’avoir observée en action . Ces précautions et cette étude sont si simples et de si courte durée, que je dois insister avec force, pour qu’elles soient prises avec exactitude; car j’ai eu trop souvent à déplorer la présomptueuse légèreté et la suffisance, avec lesquelles on faisait usage de mon moyen. Il semble, à voir certains praticiens , d’ailleurs habiles et justement célèbres, qu’il suffit de simples aperçus, de données vagues, d’une inspiration quelconque, pour que tout aille à souhait; que les insuccès qui ont lieu, soient dûs, non pas à de fausses manœuvres et à de lourdes bévues, mais à l’instrument lui-même. Hé, pourquoi ne se mettraient-ils pas en devoir d’en connaître le mécanisme, d’en saisir la portée , et d’en faire une judicieuse application ?

Afin d’éviter ces funestes erreurs et ces trop fréquens déboires, je vous conseille de vous procurer une petite planche, de la couvrir d’un coussin, de la suspendre, d’y faire mettre le membre d’un individu, d’y fixer cette extrémité , de la manière connue et que j’ai indiquée, et de méditer, un seul instant , sur cette simple position et sur le jeu de l’appareil.

Mais comme j’insiste, pour que vous soyez bien convaincu de sa supériorité, sur tous ceux qui sont à votre connaissance, et de l’extrême facilité qu’il présente, pour le redressement d’un os, quel que soit le sens de sa déviation, je vous conseille donc, au moyen d’un paquet de coton , de crin ou de

laine, d’une éponge humectée, etc., que vous placerez sur telle ou telle région de ce membre, de déformer celui-ci, et de lui donner tel aspect tortu et bossu que vous voudrez. Vous ajusterez, ensuite, sur ces bosses artificielles, les cravates propres à les affaisser, par une traction plus ou moins forte, tout en ménageant, si c’est nécessaire, une résistance proportionnée à la puissance attractive dont vous avez besoin.

ïl ne vous restera plus, alors, pour mettre le dernier sceau à vos connaissances pratiques, sur toute cette matière , que de vous placer, vous-même , sur l’hyponarthécie , pendant quelques minutes, et de la juger par vos propres sensations.

Toutes ces différentes opérations, toutes ces études approfondies , sur le traitement de l’hyponarthécie, pourront être faites , dans une seule et même séance , d’uNE HEURE environ, si, toutefois, vous daignez avoir présentes à la mémoire, les quelques règles que j’ai tracées jusqu’ici*, ou si vous êtes guidé par une personne, qui ait déjà l’habitude de ce mode de déligation.

ARTICLE VIII

Changement divers qu’a subi , entre mes mains , l’appareil de

Sauter ,

b illustre et ingénieux Sauter, comme chacun sait, a eu la première idée de l’appareil dont j’ai donné la description. Mais j’ai apporté de si nom-

breuses modifications à toutes les pièces qui composent la machine Sautérienne, et j'ai donné un tel développement , à ce mode particulier de traiter les fractures, que je puis réclamer, une très-large part, du bien que produira ce nouveau procédé.

Tous ceux qui ne le connaissent que par la description qu'en a donnée Sauter, peuvent dire * s'il n'a pas pris une nouvelle forme entre mes mains, pendant les vingt-cinq années que j'ai mises à le retoucher et corriger sans cesse.

Ce n'est donc pas, pour ces confrères-là, que je destine cet article. Mais il m’importé, sans cesser de rendre hommage au génie de l'inventeur , et sans prétendre , en aucune manière, revendiquer la gloire qui lui revient, pour sa belle découverte; il m'importe, dis-je, de signaler les avantages multipliés qui résultent, pour cet ingénieux procédé, du remaniement qu'il a subi, entre mes mains, dès l'année 1812, jusqu'à aujourd’hui.

Je ne m'arrêterai pas, assurément, au nom particulier que j'ai donné à l'appareil , et à ses diverses pièces. Celui de S chweb -machine (machine suspendue et flottante), que les Allemands lui donnent, n'exprime pas l'usage de cet instrument, et ne le caractérise, qu'autant qu’il est réellement en suspension. Cependant, nous avons vu qu’il peut et doit agir, par fois, indépendamment de cette mobilisation. Ainsi, mon expression hyponcirthècie simple , hyponarthécie mobilisée ou en suspension , rendent, plus exactement, tout ce qu’on doit sous

entendre, au sujet de la destination de l’appareil , et de son état de fixité ou de mobilité .

La planchette tibiale de Sauter a un large trou pour le talon, deux rangées de mortaises pour un chevalet sous-pied, et ce chevalet lui-même. L’auteur a, évidemment, attaché beaucoup trop d’importance à ces dispositions. 11 en est résulté, que les expérimentateurs, en les croyant également nécessaires, ont pu et dû se plaindre de la complication de cette planchette , et s’en dégoûter , peut-être , pour ce misérable motif. J’ai mis de côté ces choses assez insignifiantes, etfacilité, par là, l’a doption du moyen, qui est devenu, ainsi, plus simple à construire.

La planchette fémorale devait avoir aussi une certaine coupe sigmoïde , et une espèce de bec arrondi vers son extrémité supérieure. Il y fallait du rembourrage, y clouer, d’un côté, le bout d’une longue bande, et qu’il y eût, au côté opposé , une boucle pour y assujettir l’autre bout de cette bande.

Mon hyponarthécie fémorale est , au contraire, terminée tout simplement en équerre, et un trou allongé pratiqué, à chaque côté de cette extrémité pelvienne, permet mieux la fixation de la bande ci-dessus.

Cette dernière pièce est , chez notre auteur, en effet, une bande ordinaire , qui a tous les défauts des bandes en général. Je lui ai substitué un large lien matelassé.

Le pied est arrêté, par Sauter, au moyen d’un bandage tout particulier et nouveau, et le membre

est fixé par de simples bandes. Mes cravates offrent les avantages que nous leur connaissons, et qui ressortent de la manière la plus frappante.

La machine , pour les fractures du col du fémur, est une accumulation extraordinaire et pourtant jugée indispensable, de moyens contentifs, de larges pièces de fer-blanc rembourré et qui emboîtent le bassin. Des bandes nouvelles, leurs boucles, etc., tout cela, ajouté à la planche fémorale, avait de quoi effaroucher bien des praticiens. On connaît mes moyens et, en les mettant en regard, avec cette machine compliquée, difficile à préparer et à appliquer, on pourra s’assurer qu’ils n’ont absolument rien de commun avec elle.

Les plus intrépides expérimentateurs ont dû se cabrer, encore et tout- à-fait, lorsque le docteur Sauter les a prévenus, qu’il fallait avoir absolument de ces appareils , pour chaque cuisse et pour chaque sujet en particulier. Aussi ne crains -je pas d’ajouter, au nombre des services que je crois avoir rendus à Phyponarthécie, celui de l’appareil modèle, dont j’ai donné la description plus haut. Il est portatif et, sous un très-petit volume, il comprend tous ceux dont le docteur Sauter a besoin , pour compléter son grotesque arsenal hyponarthécique.

Mais, c’est surtout pour la suspension de la machine, que je réclame, sinon des éloges, du moins quelque attention. Ma manière de suspendre est entièrement différente de celle de mon célèbre confrère, et se recommande par sa simplicité et sa facile ap-

plication. Je dois, à mon grand regret, dire tout le contraire du mode adopté et proposé par l’auteur allemand. C’est, d’abord, un bâton qu’il lui faut, et qu’il suspend, horizontalement, par le moyen d’une corde, dont le milieu est fixé au plafond, et dont les bouts viennent, en divergeant» s’attacher aux deux extrémités de ce bois.

C’est à ce même bâton que viennent se nouer, ensuite et d’une manière toute particulière , deux autres cordes, en forme d’anses transversales, et qui passent par quatre trous percés aux quatre coins de l’appareil. Et , pour celui que j’ai désigné sous le nom d’yponarthécie fémoro-tibiale articulée , Sauter a besoin d’une troisième anse, placée immédiatement à côté et au-dessus du genou, et qui est destinée à élever ce dernier.

J’ai dû, pendant nombre d’années, subir la dure nécessité de ce mode compliqué, je dirai presque, rebelle, de suspension ; et j’avoue que les difficultés et les tâtonnemens, incommodes et sans nombre qui l’accompagnent, ont presque failli me rebuter et me brouiller, pour toujours, avec l’instrument le plus parfait que possède la chirurgie, et le plus fécond en résultats favorables à l’humanité.

La manière d’ajuster ces diverses cordes et de les fixer au bâton, demande une certaine habitude, qu’on ne peut guère exiger des chirurgiens, et sans laquelle ils paraissent gauches et embarrassés, ce qui est peu convenable. J’ai éprouvé tout cela, fort désagréablement, et j’ai vu, souvent, qu’un simple

charretier était ^ à cet égard, beaucoup plus habile que moi. J’ai eu donc une très-grande satisfaction de trouver, pour la suspension de ma planchette, un moyen plus simple, plus à la portée de tout le monde, et plus facile à employer. Cette découverte, que j’envisage comme très-heureuse, contribuera, puissamment, à mettre en crédit le nouvel appareil, à lui créer des partisans, j’ose presque dire, à le faire goûter partout.

Si, du reste, je me tais sur le coton, substitué à la balle d’avoine; sur des gouttières en fil-de-fer, mises en place du bois; sur quantité de détails, de changemens et de modifications, apportés au fond même du traitement; en un mot, si je ne vais pas plus avant dans la critique , c’est par respect pour l’homme démérité; c’est parce que son premier jet, malgré ses défauts, ne cessera pas , un seul instant, déporter l’empreinte du génie.

C’est , d’ailleurs, d’une question humanitaire , et nullement ch amour-propre et de vanité puérile, qu’il s’agit ici. Je plaiderais l’une, peut-être, si les convenances me le permettaient * et si je ne savais pas, qu’on n’est jamais qu’un triste avocat, qu’un mauvais juge en sa propre cause.

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