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DES AMPUTATIONS DANS LES FRACTURES

J’ai dit, quelque part que, sauf les moyens déligatoires des fractures, je n’aborderai aucune des autres questions qui se rattachent à ces lésions traumatiques: elles ne laissent , d'ailleurs, rien à désirer, dans la plupart des traités de chirurgie pratique. Je me suis réservé, cependant, ce qui concerne le PRO¬ NOSTIC dans ces affections.

Ce dernier, à vrai dire, quand il apparaît, conjointement avec les appareils contentifs, embrasse les deux points les plus întéressans de la thérapeutique de ces lésions osseuses. Il y a plus, c’est que ces deux points là sont inséparables ; et que le pronostic est sans aucune base, s’il ne s’appuie pas sur un appareil; tout comme celui-ci ne tire sa valeur que de la sanction du pronostic. En d’autres termes : Y instrument et son action , la cause et Y effet , doivent toujours être étroitement liés et examinés ensemble, dans leurs rapports respectifs. Leur disjonction est aussi impossible et absurde, que le serait telle autre dont on se souvient peut-être.

Prouvons ces allégations par quelques déductions :

Le pronostic se l’attache, si intimement, à ce que l’art peut obtenir ou non, par tel ou tel moyen mécanique et thérapeutique, qu’il devra nécessairement se modifier, d’après l’action et les effets éventuels de ces mêmes moyens. Les chances, plus ou moins heureuses ou fâcheuses de guérison; la possibilité ou l’impossibilité d’obtenir celle-ci; la perspective de l’espérer; la nécessité d’y renoncer; celle de sacrifier un membre qu’on n’entrevoit pas la probabilité de conserver, sans compromettre la vie du blessé; le besoin de peser et de calculer les rapports qui peuvent exister entre un cas donné, quelque terrible qu’il apparaisse, et l’effet probable ou possible de tel agent contentif connu ; X apparition subite et inopinée de tel procédé nouveau , dont peutêtre on ignore la portée ; le devoir de ne rien prononcer avant d’avoir consulté l’expérience d’autrui; expérimenté une médication , qui , quoique insolite, semble se présenter , cependant, sous des auspices favorables, etc. etc. : Tou tes ces circonstances sont faites pour entrer en ligne de compte, frapper l’esprit du praticien , diriger son bras, et le forcer de réfléchir $ et surtout, d 'agir en conséquence. Le pronostic, en un mot, est tellement sous l’influence de nos instrumens de conservation et de toutes nos ressources thérapeutiques, qu’il doit toujours être dominé par ces dernières.

Or, le pansement des fractures, les objets dont il se compose, la manière de les appliquer, de les modifier à propos, et de les faire servir à toutes les

exigences; ce pansement, disons-nous, est ici le point culminant. C’est par lui, le plus souvent, que se trouvent décidées toutes les graves questions que Ton a soulevées à l’occasion des fractures, et qui sont loin d’être résolues. Le pronostic, en s’emparant de l’instrument contentif, devient comme la clef de la voûte, à laquelle se rattachent toutes ces mêmes questions. Celles, par exemple, d’une guérison parfaite ou imparfaite , avec ou sans difformité; celles de la perte ou de la conservation d’un membre; celles même, de vie ou de mort , lui sont souvent subordonnées. C’est, encore une fois, que toutes les données du pronostic, et ses plus sûres inspirations, ne se déroulent qu’en présence d’un appareil quelconque ; et que celui-ci et le pronostic, se trouvent toujours identifiés, chaque fois, qu’il s’agit d’une fracture.

Aussi, voyons-nous, tous les jours :

i° Que tel homme de l’art ampute, sans rémission , quand tel autre aurait les motifs les mieux fondés de guérir le blessé, sans le mutiler et sans lui faire courir le moindre danger;

2° Que celui-ci, au contraire, se livre, imprudemment, à des espérances fâcheuses, et qui sont hors de toutes proportions avec les moyens qu’il met en usage, ou qu’il a à sa disposition;

3° Que celui-là ampute, sur-le-champ, en Y absence d’objets reconnus indispensables , et dont il déplore la fatale pénurie ;

4° Que, dans tel service, le pronostic est cons- -

tamment en faveur de longues souffrances, de graves dangers, de mutilations, peut-être , de difformités, toujours ;

5° Que, dans tel autre hôpital, et pour des cas très-analogues ou même plus compliqués, les résultats sont tout différens et également prévus d’avance ;

6° Que toutes ces prévisions ? en bien comme en mal , ne sont basées , et ne peuvent s’asseoir que sur l’agent et sur les procédés curatifs.

On le voit donc, le pronostic doit se révéler dans les moyens mécaniques et thérapeutiques. Il sera favorable, en raison des chances plus ou moins nombreuses de succès, qu’offrira l’agent thérapeutique lui-même; et les prévisions seront, au contraire, d’autant plus fâcheuses , que les procédés qu’on met en œuvre, actuellement , sont, eux-mêmes, plus ou moins imparfaits ou pitoyables .

Le pronostic doit, par conséquent , être envisagé, encore, comme la juste appréciation des rapports qui peuvent exister, entre tel cas donné et les moyens de guérison : entre la lésion et l’appareil. Il déterminera donc, toujours les motifs de crainte ou d’ espérance , en pesant la valeur relative de chaque indication et de chaque moyen qui se présentent pour les remplir :

Quid valeant humeri, quîd ferre récusent.

J’aime donc à croire et à me flatter, qu’en présentant, aujourd’hui, des agens mécaniques differens, des secours plus rationnels et toujours faciles

à se procurer, on y regardera de plus près , et que le pronostic des fractures graves s’offrira sous un aspect moins farouche, et plus en harmonie avec ce qu’exige l’humanité.

La question de l 'amputation des membres , à l’occasion des fractures, est, comme on voit, intimement liée à ce sujet. C'est aussi la première, la plus grave et, en même temps, la plus délicate de celles qui se présentent ici ; et pour l’examiner , j’ai cru devoir la faire précéder des réflexions qu’on vient de lire.

L'Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'Anvers , deM. Hip. Larrey, résume sous ce rapport, je pense, l’état actuel de la chirurgie militaire française. Or, voici le précepte établi dans cet ouvrage, à la page 200 : « Amputez la cuisse dans tous les cas de fracture comminutive compliquée de plaie par arme à feu. » Et l’auteur ajoute à la page 3i 1 : « Aussi le chirurgien en chef de l’armée à-t-il insisté auprès de nous sur cette règle, réduite, pour ces cas, à un seul mot : Y amputation. »

Cette question , en effet, a été résolue et tranchée dans ce sens, par les hommes les plus habiles et les mieux versés dans la matière : elle peut donc être rangée au nombre des choses jugées.

J’appelle, cependant, de cette décision , et je fonde mon opposition, sur cette considération décisive, que le jugement, quoique presque unanime, n’est nullement basé sur la nature même du mal, mais, sur Y imperfection des moyens propres à contenir les fragmens osseux, et sur les mauvais appareils qu’on

emploie, généralement encore, lorsqu'on a à traiter des lésions aussi graves.

Le mode de pansement est, en effet, ici comme dans une foule de cas bien connus, un point tellement important , que s'il nous est donné de pouvoir le modifier avantageusement, et de le rendre de plus en plus inoffensif, les chances de succès seront, nécessairement, en raison directe de ces circonstances plus ou moins favorables et heureuses.

Il en est de ceci, comme de toutes les affections chirurgicales, pour la guérison desquelles nous fondons nos plus belles espérances, presque exclusivement sur la bonté de nos instrumens, de nos moyens thérapeutiques et de nos procédés opératoires.

Il y a donc cette différence radicale, entre mes principes et ceux que professent tous les chirur-f giens , c'est que ceux-ci se décident, en fait d'amputation, d'après la nature de la lésion , et moi d'après Y instrument dont je puis disposer. Mais leur règle de conduite est, si clairement formulée et si facile à suivre, que j'en frémis, rien qu'en y pensant. Je la déplore, en même temps, car elle coupe court , matériellement et avec le couteau , quant à tous les préceptes qu'on pourrait présenter, et à toutes les recherches qu'on pourrait faire encore,, en faveur de nos moyens de conservation.

J'ampute, non pas parce que j'ai telle lésion devant les yeux; mais parce que je ne possède pas, ou que je ne connais pas tel moyen, avec lequel je pourrais prévenir une mutilation; et que je n ai

pas foi à ce que j'ai sous la main , pour m'aider à conserver le membre affecté.

C'est ainsi, qu’aujourd'hui , j’amputerai , peut-être, toutes les cuisses où j'apercevrai un anévrisme de la fémorale; et que demain, je rougirai de cette barbarie, en liant l'artère au-dessus de la tumeur.

C'est ainsi encore, qu'une mère et son fruit étaient autrefois destinés à périr, irrémissiblement , lorsqu'aujourd’hui on sauve l'une et l'autre d'un seul coup de main.

N'a-t-on pas dépécé bien des enfans, dans le sein de leurs mères, et torturé celles-ci de mille manières, avant que l'art des accoucheurs fût arrivé aü point où nous le voyons? On agissait, cependant aussi, d'après des principes bien arrêtés, et qu'on croyait excellens î

Cessez de faire, de l'amputation des membres , un précepte absolu , lorsqu'elle n'est et ne peut être que le résultat de l’impuissance de l'art, ou de l'ignorance de l'artiste! N'allez pas vous figurer, surtout, que, sur ce point comme en tant d’autres, nous soyons arrivés au nec plus ultrà des progrès! Et laissez-nous, du moins, l'espoir d’un meilleur avenir; et, que cette perspective nous donne le désir et le courage de poursuivre notre tâche, dans la voie du perfectionnement! Mais, pourquoi l'hyponarthécie ne pourrait-elle pas ouvrir une ère nouvelle aux partisans de l'amputation? Qu'ils Fessaient) tout au moins, et comme il A bien fallu

essayer , aussi, la ligature des artères, et 1 usage du forceps!

Ainsi donc, F appareil avant tout ! Et, lorsque vous nous demanderez s’il faut amputer dans tel cas donné, nous vous demanderons, à notre tour, de nous faire connaître, tout d’abord, vos moyens de traitement , ou ceux dont vous pouvez disposer. Car si, par malheur, ils étaient détestables, vous pourriez bien avoir autant de mutilations à faire, que vous auriez de fractures à soigner.

Il est, d’ailleurs, un axiôme en médecine : c’est que la gravité des maux, leur incurabilité même ne sont presque jamais absolues, mais seulement relatives, et en raison des moyens plus ou moins parfaits que chaque praticien peut ou doit leur opposer; de sorte que telle affection, qui sera bien au-dessus des forces de tel homme de l’art, pourra céder, comme par enchantement, devant l'expérience ou l’adresse de tel autre.

A moins, donc, de prétendre et de prouver nettement , que le mode actuel de panser les fractures compliquées, ne laisse plus rien à désirer, et qu’il est arrivé au dernier point de perfection possible; à moins de donner, tête baissée, dans un pareil optimisme, il est permis d’espérer que, mieux compris ou combiné d’une manière plus rationnelle et plus simple , l’appareil pourra devenir, dans la suite, un ancre de salut dans la plupart des cas , où , encore aujourd’hui, l’on croit l’amputation indispensable.

Pour jeter quelque jour sur cette matière, sein-

dons-la, et envisageons-la , successivement, dans ses deux élémens principaux : Vètcit des parties molles y et celui de l’os ; et voyons ce que l’expérience nous apprend sur le traitement de chacun de ces deux états, considérés séparément et indépendamment l’un de l’autre.

L’observation de tous les jours est là, pour nous rappeler, que les plaies contuses et déchirées des masses musculaires guérissent, ordinairement; et qu’un chirurgien serait impardonnable, s’il amputait, en pareil cas, surtout, lorsque ces lésions ne seraient pas portées à l’extrême.

D’autre part, nous savons tous, que la nature, sagement dirigée, triomphe facilement des fractures, lors même qu’elles sont accompagnées de quelques désordres dans les tissus environnans. Aussi, l’homme de l’art commettrait une grave erreur, si, méconnaissant les droits de la force médicatrice, il mutilait, impitoyablement, les malheureux commis à ses soins, et chez lesquels il n’observerait que des complications peu importantes.

Qu’y-t-il donc de particulier, dans l’un et l’autre de ces cas, qui puisse donner tant de confiance au médecin , et le détourner de l’idée d’emporter le membre? Tout consiste, évidemment, dans la facilité que peut avoir l’homme de l’art : d’un côté , de faire exactement tout ce qui est indiqué, pour le traitement des désordres qu’il aperçoit aux tissus mous; et d’éviter, d’autre part, tout ce qui peut

trop nuire à ces mêmes tissus, lorsqu’il s’applique à maintenir l’os réduit.

Ainsi, dans les plaies qui n intéressent pas l'os , et qui sont dues à des projectiles ou à des corps contondans, qui ont profondément labouré des muscles nombreux et forts, tels que ceux de la cuisse, alors les parties lésées peuvent être débridées largement, pour en extraire les corps étrangers, lier des vaisseaux, donner issue au pus; et il est loisible , encore, de les couvrir de sangsues, de cataplasmes ou de tels autres topiques appropriés à ces cas. Elles ne sont, d’ailleurs, jamais irritées par la pression et la dureté de lourdes pièces d’ appareil ; les pansemens ont lieu tous les jours, plus ou moins de fois, avec facilité et sans douleur; les mouve mens du corps et du membre , en particulier, se font, le plus souvent, sans éveiller l’irritation et sans meurtrir les parties affectées; le blessé n’est pas astreint à garder toujours le lit, etc. Comment obtient-on toutes ces facilités, ces heureuses conditions? « C’est parce que l’os est entier, qu’il maintient » tous les tissus dans leur état normal, et que des » fragmens osseux ne viennent pas les blesser sans » cesse, comme il arrive, nécessairement, lorsque » l’os est mis en pièces » C’est, en un mot, parce que l’os est hors de cause, et qu’il ne requiert aucun de ces moyens contentifs, dont la présence est incompatible avec un heureux traitement des parties molles, lorsque celles-ci sont profondément lésées.

Lors, au contraire, que le fémur est fracturé, avec assez peu de désordres dans les parties molles, le chirurgien peut , en quelque sorte et tant bien que mal, faire abstraction des lésions de ces dernières, ne s’attacher qu’à bien fixer les rapports des fragmens entre eux, et négliger, impunément, bien des précautions propres à ménager les tissus sensibles, au milieu desquels se trouve l’objet important, Vos brisé . — Ainsi, il ne craint pas trop d’appliquer, autour du membre, d’épaisses couches de linges, de bandes, de remplissages variés, des attelles et des liens; et il ne redoute, pas davantage, d’appuyer et de serrer le tout plus ou moins fortement, et de laisser, plus ou moins long-temps en place, ce lourd appareil. — C’est qu’alors, en effet, l’état de l’os paraît la chose essentielle; que sa consolidation est le but unique qu’il faut atteindre; et que cette condition, sine qua non , ne peut mieux être obtenue (on le CROIT, du moins), que par l’ensemble et l’accumulation de ces moyens contentifs, connus sous le nom d’appareil ordinaire

' Les mots appareil ordinaire, sont consacrés et mis en avant à tout propos, chaque fois quil s’agit du traitement des fractures. Mais, existe-t-il bien, en effet, un appareil-TYPE ? Eston bien d’accord sur sa composition, et sur les modifications qu’il peut subir? Y a-t-il, du moins, un appareil ordinaire français, allemand, anglais, italien? Chaque région terrestre, chaque nation, chaque école, chaque praticien n’ont-ils pas ce qu’ils appellent leur appareil ordinaire? Et celui-ci n’est-il pas,

Mais qui ne voit que cet appareil, dit ordinaire, s’il est supporté dans les cas de fracture simple, est un véritable contre-sens dans le traitement des fractures compliquées; et que c’est EN lui, précisément, que gît la cause des chances, presque toujours funestes, qu’on fait courir aux fracturés, lorsqu’il existe, simultanément, une altération grave des parties molles? Gela est si vrai, que, si vous appliquez ce même appareil ordinaire à une cuisse dont l’os est intact * et dont tout le mal ne consiste qu’en plaies contuses, vous vous^xposerez , sans nul doute, à voir se développer les mêmes accidens redoutables , qui surgissent lorsque l’os est fracturé, et qu’il est garrotté dans votre appareil

Figurez-vous une fracture simple de la jambe , mais qui est accompagnée de quelques lésions des muscles, vaisseaux et nerfs de la cuisse correspon-

le pi us ordinairement modifié, chaque jour, en raison de telle circonstance, de telle doctrine qui surgit, de l’ascendant de te! chef de secte , de tei caprice de la mode ? Y a-t-il , en un mot, un principe clair, fixe, reconnu, avoué, et autour duquel viennent se grouper les pièces diverses qui constituent ce grand nombre d’appareils ordinaires ? Leur constitution , pour tout dire, est-elle bien l’œuvre de législateurs habiles? Fait-elle honneur au corps médical ? Est-elle digne des savans qui se sont posés comme les représentans de la science, et des hommes pratiques ? Non ! évidemment non : Tout annonce, au contraire, que ces appareils ne sont que très-ordinaires, que trop ordinaires ; j’allais presque dire, qu’ils sont profondément anarchiques !

riante; et vice-versa ; ces mêmes lésions aux parties molles de la jambe, et qui coïncident avec une fracture simple du fémur correspondant : évidemment vous n’amputerez, ni dans l’une ni dans l’autre de ces suppositions; et, très-certainement aussi, vous ne serez guère inquiet sur l’issue probable des plaies de la cuisse, bien que la jambe correspondante soit fracturée.

Mais vous serez, nécessairement, un peu embarrassé de traiter bien et de front , les blessures de la jambe et la fracture de la cuisse du même côté. L’affection de la cuisse guérira , sans doute trèsbien, et sans accident; tandis que les désordres des parties molles de la jambe seront exaspérés par la simple présence de l’appareil ordinaire, et pourront aller jusqu’à inspirer les craintes les plus sérieuses.

Les praticiens sauront apprécier la valeur de ces réflexions; et elles ne manqueront pas d’appeler leur attention sur l’avantage qu’offrira tout appareil qui, dans les fractures avec des lésions graves des parties molles , laissera le membre en pleine liberté , comme s’il n’existait aucune affection de l’os, et que tout le mal fût réduit aux seules lésions des tissus qui l’environnent.

Le problème à résoudre, pour le traitement des fractures compliquées, est donc évidemment celuici : « Choisir un appareil qui permette , au chirur- « gien, de faire l 'inverse de ce qui a lieu ordi- >. nairement; c’est-à-dire, qui l’autorise à faire » abstraction de fétat pathologique de l’os, pour

» s’occuper, avant tout, de l’état des parties molles.» Celles -ci sont, en effet, et on ne saurait trop le redire, le point tout vital . Si donc vous pouvez les soigner convenablement, et si leur délabrement n’est pas porté à cet excès qui repousse toute idée de conservation, n amputez pas , quel que soit% pour ainsi dire , Vétat de Vos cassé.

Mais alors, ayez recours à un appareil qui vous mette bien à l’aise, et qui place le malade, à peu de chose près , dans les mêmes conditions de traitement que si l’os n était pas fracturé . Faites donc que vos moyens contentifs n’agissent , pour ce qui concerne l’os, que ce qui est rigoureusement nécessaire pour l’appuyer; et qu’ils laissent, en dehors, les parties molles, afin qu’on puisse porter, à cellesci, tous les secours désirables, et comme si elles étaient seules en souffrance. Toutefois , si vous ne pouvez pas faire usage d’un moyen pareil, ou si vous croyez avoir des motifs pour continuer à vous servir de l’appareil ordinaire , alors vous avez raison de vous prononcer hautement, et de proclamer le principe, qu’il faut amputer dans les complications graves des fractures , en général , et de celles du fémur en particulier .

La question de l’amputation, dans les fractures, serait donc réduite à une question de simple appareil , et serait entièrement subordonnée à celuici. Sa solution pourrait, en conséquence, se formuler en ces termes : « Chaque fois que, pour le » traitement des fractures compliquées, on est

« obligé d’avoir recours à un appareil incompati- » ble , avec les exigences de ces mêmes fractures, r> il faut amputer . N’amputez pas, au contraire,

» lorsque vous aurez à votre disposition un appa- » reil convenable . »

Mais, pour que cet appareil soit, en effet, convenable , il faut qu’il se présente de manière à pouvoir remplir les conditions suivantes : L’appareil doit permettre de débrider, sur le champ et en tous temps ; de soigner, suivant toutes les règles de l’art, l’inflammation, les dépôts, les hémorrhagies , la gangrène , etc. , qui existent actuellement ou qui pourraient se manifester; de faire usage de la glace, de l’eau froide, des sangsues et des topiques variés, aussi souvent et aussi long-temps qu’il sera nécessaire ; de mettre de côté toutes les pièces quelconques, dont la présence ou la pression gênerait ou blesserait; de faire tous les pansemens avec ’ facilité et sans douleur ; de remuer le corps et le membre blessé, sans réveiller l’irritation ou meurtrir les parties affectées ; de sortir le malade de son lit, aussi souvent qu’il sera convenable, afin de ne pas le laisser croupir dans l’inaction , et périr d’ennui; enfin, et ceci est de la dernière importance, et découle, naturellement, de ce qui vient d’être dit :

« Toutes ces choses doivent pouvoir se faire, comme » si V os était entier , et s’il maintenait tous les tissus >1 dans leur rapport normal *. »

Ces mêmes conditions pourront servir, également, à ap-

Chacun, à ces traits, a reconnu mon appareil hyponarthécique ; et c’est à lui, en effet, que je prie d’avoir foi, pour peu qu’on aime à donner la préférence à la conservation d’un membre, sur son irrévocable résection»

Il est assez singulier, que ce soient trois Suisses, qui aient pris chaudement à cœur, la conservation des membres, après les coups de feu. Bilguer , en effet, est né à Coire, et son traducteur, le célèbre Tissot , a puissamment contribué à faire connaître les doctrines du chirurgien en chef des armées prussiennes.

Si je reprends : aujourd’hui et en sous-œuvre, cette grande affaire, c’est que, pour mettre un terme aux coupes réglées des membres, dont le plomb a frappé quelque partie de leur charpente osseuse, je ne me présente pas avec de simples raisonnemens.

Mais j’apporte des modifications importantes aux procédés reçus : c’est avec des moyens matériels nouveaux , et avec un bouleversement total dans le mode de traiter et de panser, que j'arrive au secours des honorables victimes de la guerre ! C’est en insistant sur un système de déiigation plus rationnel, plus simple et plus facile, que je viens enseigner à délier ce que le fer est trop prompt à couper ! C’est

précier le mérite de tous les appareils connus, et de tous ceux qu on pourrait inventer encore; elles seront toujours comme la pierre de touche de la valeur respective de chacun d’eux.

en rappelant aux chirurgiens militaires, qu’il vaut mieux résoudre que trancher les difficultés de notre art; qu’il nous sied assez mal, de singer le vainqueur du grand roi; et qu’il est plus sage de temporiser , que de voir, partout, des nœuds gordiens !

Les morts seuls ne reviennent pas ! Si telle est la maxime des tyrans et des juges barbares, leurs sanguinaires complices, quand ils font tomber des têtes: que notre profession de foi respire, au contraire, le respect pour les parties utiles aux hommes; l’ardent désir de leur conservation; Tempressement à perfectionner nos moyens conservateurs; la sollicitude pour les mettre à la portée de tous; et les efforts multipliés, pour qu’ils puissent recevoir, à propos et sur le champ , leur heureuse application.

On peut résumer, comme suit, les points essentiels de ce chapitre :

i° L’amputation doit être repoussée du traitement de la plupart des fractures compliquées.

2° Si les chirurgiens ont dû, jusqu’ici, y avoir recours, c’est uniquement parce qu’ils étaient privés d’un appareil convenable.

3° Le seul applicable, sera celui qui pourra main- [ tenir, en rapport et dans l’immobilité, les fragmens osseux, tout en permettant de traiter les parties molles, comme si elles étaient seules affectées et que l’os ne fût pas brisé.

4° L’état de l’os fracturé doit donc, assez rare-

ment, influer sur la détermination du chirurgien à l’égard de l’amputation.

5° Le délabrement des parties molles, doit seul être pris en considération pour légitimer cette opération extrême.

6° Tant que ces derniers désordres, quels quils soient , offriront des chances fondées de guérison , en les envisageant séparément, et abstraction faite de la fracture , il ne doit pas être permis d’amputer.

7° L’amputation n’est de rigueur absolue, que lorsque le chirurgien n'a pas, à sa disposition, les moyens qui lui permettent de traiter les lésions graves et de tous genres, qui compliquent les fractures , à peu près comme si celles-ci n’existaient pas.

8° Le seul appareil qui permette une semblable médication chirurgicale, c’est Yhyponarthécique.

9° Cet appareil est encore indispensable, dans tous les cas où la conservation du membre étant jugée impossible, on ne peut, cependant, songer à son ablation , qu’après avoir amendé l’état général du blessé, ou celui du membre, et après qu’on aura rendu , par là , l’opération moins chan¬

ceuse.

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