DOUBLE ÉQUERRE POUR CONSTATER LA LONGUEUR DES MEMBRES
ABDOMINAUX, fig. 21.
En rapprochant les deux’ équerres , on obtient un parallèlograme , dont la longueur et la largeur pourront varier, à volonté, en approchant ou en éloignant les quatre branches de ces équerres.
CES DEUX ÉQUERRES EN ACTION , fig. 22.
On voit bien une différence notable de longueur dans les deux membres, mais on s’aperçoit qu’elle n’est qu’apparente, puisque la traverse supérieure, qui passe directement sur l’épine iliaque gauche a, laisse la même épine Z>, du coté droit, de deux pouces en dessous; et que ces deux pouces manquent au pied gauche, pour être au niveau de l’autre. Si la différence dépendait d’une luxation, en haut du fémur, la traverse supérieure passerait sur chacune des épines de l’ilium, mais l’inférieure ne toucherait qu’un des pieds, et l’autre s’en trouverait éloigpé de toute la longueur du trajet qu’aurait parcouru la tête fémorale, au-dessus de la cavité cotyloïde. J’ai coutume de marquer, avec de l’encre, l’endroit qu’occupe l’extrémité de chaque épine iliaque, afin de faciliter la pose des équerres, et d’en apercevoir, de suite l’effet. Les deux branches transversales croisent, ordinairement, les longitudinales. C’est indifférent, vu qu’il suffit que les dernières soient à égale distance, l’une de l’autre, vers le bassin et aux pieds. Cette double équerre peut servir , également, pour apprécier certaines différences, dans les cotés , lors d’une gibbosité latérale.
TYPE DES CHASSIS EN FIL DE FER, POUR LES FRACTURES, fig. 23.
J’ai fait représenter tous ces châssis sous une forme plate, et comme ils sont , assez généralement, au moment où l’on vient 3e les construire. ïl est facile, ensuite, de les plier et courber, comme on le jugera nécessaire, pour les adapter à la forme des membres et au but qu’on se propose. Nous avons coutume de les faire brunir , afin qu’ils ne se rouillent pas, et qu’ils tachent moins le linge. Cette espèce de vernis donne, d’ailleurs, un certain air comme il faut , à ces gouttières , lequel contribuera, sans aucun doute , à leur concilier la faveur de plus d’un confrère,
CHASSIS POUR LES FRACTURES DU TIBIA PRES DU GENOU, fig. 2^.
On voit ici, que, des deux échancrures semi-lunaires, l’une servira à protéger le coude-pied , tout en appuyant les deux régions, en-dessous des malléoles; et que l’autre laissera la rotule en liberté, sans cesser d’aller prendre un point d’appui sur le tiers inférieur du fémur.
CHASSIS POUR LES FRACTURES DE L’HUMÉRUS , fig. 25. '
1 On ira s’imaginer, peut-être , que ces châssis ne sont bons, tout au plus, que pour un hôpital, ou pour des rustres et des manans, et que je m’en abstiens dans la pratique particulière. Il n’en est rien; car je viens, au contraire , d’en faire la plus heureuse application, à unè fracture très-grave de l’humérus d’un de mes amis, M. Foltz, de Morges , chef de notre artillerie. Cette fracture était très-oblique, et s’étendait jusque dans l’articulation huméro cubitale. Une énorme contusion et des douleurs atroces l’acéo mpagnaient , de sorte que l’on devait craindre l’ankylose. La gouttière, en fil de fer, fut placée sur du coton, et, grâce aux soins de M. le docteur Muret, gendre du colonel, la guérison fut aussi facile que prompte et exempte de toute espece de suites.
SPÉCIMEN D’üN APPAREIL POUR UNE FRACTURE D’AVANT-BRAS f AAANT L’APPLICATION DES LIENS CONSTRICTIFS , fig. 26.
S’il peut-être utile ou nécessaire d'obtenir la flexion du poignet sur la région cubitale, dans certaines fractures de l’extrémité inférieure du radius, on conçoit avec quelle facilité cette indication sera remplie, au moyen d’une simple allonge qui partira du bout du châssis , ou en supprimant l’échancrure semi-lunaire de ce dernier.
spécimen d’une gouttière appliquée a la jambe , pour une fracture dans son tiers supérieur , et avant la pose des triangles constrictifs, fig. 27. (Voyez pour l’explication celle de la fig. 24).
GOUTTIÈRE POUR LA PROGRESSION , SUR UN MEMBRE ARTIFICIEL , LORS D’UNE JAMBE CASSÉE, tig. 2. 8.
Ce même appareil peut servir encore, dans le cas d’entorse ou de mal grave de l’articulation du pied ; et il m’a été fort utile , par exemple , dans celui de l’observation suivante :
Obs. M. Paschoud , receveur à Ecliallens, souffrait, depuis une année, des suites d’une luxation du pied , avec une large plaie qui pénétrait dans l’articulation. L’âge et la vigueur du sujet , le bienfait de l’appareil hypouarthécique et les soins d’un ami, le Docteur Gottofrey, purent seuls le soutenir. On avait souvent prouoncé le mot d’ amputation ; mais M. Paschoud avait une ankylosé complète du genou de l’autre membre , et 11’était pas encore arrivé au point où toute autre chance de guérison dut s’évanouir. Je fus appelé au bout de l’année, et lorsqu’une fièvre continue et d’autres symptômes commandaient de prendre un parti. J’entrevis une heureuse et prompte issue du mal, par l’extraction de l'astragale, qui était complètement nécrosé , mais enchâssé tout entier entre les os qui l’entourent. L’opération fut plus facile et beaucoup plus leste que nous n’osions l’espérer; car, après une
incision préalable, un ciseau , que je poussai fortement dans l’articulation , agit comme un levier et m’amena l’os, à peu près comme le poussoir luxe un chicot , et permet do le pincer ensuite. Mais une hémorrhagie épouvantable, une année de souffrances, de suppuration abondante, de repos absolu au fond d’un lit, joints à la perspective que l’amputation seule pourrait mettre un ter me à sa cruelle position : toutes ces circonstances avaient miné la santé du receveur, et exigeaient que je pusse , incessamment , le faire ^marcher. Or, l’instrument, ici figuré, réussit à merveille et contribua puissamment à remonter h; moral et le physique de M. Paschoud , et à favoriser une guérison qui, dès-lors, ne s’est pas fait trop attendre.
Malgré un genou ankylosé , il marcha d’abord avec deux béquilles , puis avec une , et enfin avec un bâton. If pouvait bien aussi , sur la fin , se passer de ce dernier. Mais la jambe était, du moins, constamment dans une position horizontale et comme on eût placé l’avant-bras, si le même mal eût affecté l’une des articulations radio carpiennes.
Dois-je citer ici une bonne naïveté d’un des docteurs qui donnèrent des soins à M. Paschoud P II s’était constamment prononcé pour l’amputation , ne croyant pas la guérison possible sans la résection du membre ; et il déclara formellement , en apprenant l’heureuse terminaison du cas: «qu’un » semblable succès était très-fâcheux , parce que l’exemple » pourra être entraînant et qu’il entraînera , infailliblement, » la perte de tous ceux qui auront des blessures aussi graves. »
Imitation en baguettes de bois , d’un châssis en fil de
FER, fig. 2. g.
Cet été , à l’une des séances de la Société helvétique des sciences naturelles, j’ai fait voir, à Neuchâtel, un certain nombre de mes appareils en fil de fer. Savez-vous l’objection principale qu’on fit à mon système P Kh Monsieur ! mais si
nous n’avions point de fil de fer? Confondu, cela va sans dire , par cette docte ingénuité d’un confrère si timoré et si éminemment conservateur , je n’eus rien de mieux à faire que d’aviser à calmer son inquiétude, en cherchant à remplacer le métal en fil, par quelque moyen contentif analogue. Ce ne fut pas très-difficile, et la férule des Latins se présenta tout aussitôt à mon esprit. Aussi et dès mon retour à Lausanne , je fis construire le petit appareil figuré ici , que j’appliquai , sur le champ , à une fracture d’avant-bras , sur un épais coton , et que je maintins avec un triangle. Le résultat fut ce qu’il devait être avec d’aussi bons moyens ; et il resta évident, pour moi et pour les jeunes praticiens qui suivaient ce traitement, que nous ne balancerions pas un instant d’adopter ce genre d’attelles, si nous nous trouvions dans les quatre situations suivantes :
j°. Si nous n’entrevoyions de salut, pour notre malade^ que dans un châssis ;
2.0. Si le fer venait, par malheur, à manquer dans la nature ;
3°. Si le fil métallique disparaissait tout-à-coup du commerce ;
4°. Et, enfin , si nous étions trop effarés à l’idée seule des maux qui pourraient résulter , pour un fracturé , de recourir , momentanément et faute de mieux , aux at-« telles ordinaires des chirurgiens.
On voit, du reste, que cet instrument est composé d’un certain nombre de verges, ou de petits bâtons, (la baleine serait préférable ) qui sont échancrés et attachés à leurs deux bouts, au moyen d’une ficelle, et dont la différence de longueur produit l’effet de l’échancrure semi-lunaire de mes châssis. On voit , d’ailleurs encore , que ces petits cylindres en bois , pourraient très-bien être aussi des baguettes en fil de fer , unies exactement comme mes verges , mais au moyen çl’un petit fil métallique.
Plus tard, en août dernier,, je lisais, dans le Journal des Débats , qu’au rapport de M. Liquerré , les médicastres indiens traitent les fractures d’une manière fort grossière et, sans aucun doute, très-dégoûtante; mais leur procédé est au moins plus rationnel que celui de nous autres Européens qui nous croyons si habiles. Ils couvrent le membre d’une épaisse couche de bouse de vache, qu’ils enveloppent d’une bande de mousseline , et puis ils étendent, tout autour , des bouts de bambou qu’ils fixent à leur manière , (avec de la ficelle, je crois). Il est probable qu’ils ne retouchent plus à cet appareil, et qu’ils font , comme M. Jourdain , de la pro . de l’inamovibilité , sans le savoir.
Transformez cette bouse en coton cardé , et les petites pièces de bambou en fil de fer , et vous aurez , en quelque sorte, ce que je propose. Ce bambou n’est-il] pas, d’ailleurs, la férula parfaite des latins, et ne pourrions -nous pas tirer parti, dans l'occasion, du procédé indien?
Qu’une fracture ait lieu sur une montagne, par exemple, ou dans un de ces hameaux et de ces villages où l’on manque de tout : quel est le chirurgien et l’homrne intelligent qui répugneront d’adapter , provisoirement , la bouse de vache et le bambou ou les férules indigènes, qu’on trouve partout chez nous? Je leur aurai, du moins, ouvert la carrière, avec mes bouts de petites branches, attachés ensemble; et la chirurgie sera redevable , peut-être , d’un petit progrès et d’un nouveau moyen technique, aux étranges scrupules et à la naïve sollicitude de M. G....
Son objection m’en rappelle une autre, assez semblable, qu’on me fit, à Paris, lorsque j’exposai, pour la première fois , mes principes sur l’hyponarthécie et la suspension : « Votre appareil est inadmissible, car il est évidemment dangereux!» me dit un jeune Docteur. — En quoi, Monsieur, s’il vous plaît ? — «C’est que la corde pourrait se rompre!» — Et le malade être placé sur une planche pourrie! ajoutai ~jer
pour renforcer encore l’argument de M. L. — Une doctrine qui vient de naître, est bien près de grandir et de triompher, quand ses détracteurs sont réduits à la combattre avec de pareilles armes, et qu’on peut la défendre avec celles de la plaisanterie, et en mettant les rieurs du bon côté.
MÊME APPAREIL QUE CELUI, fig. 29, MAIS EN FIL DE FER, flg. 3o.
Les petits cylindres en bois de la figure précédente, et ceux en fer de celle-ci, me fourniront une bonne occasion de ramener le lecteur, encore une fois, sur le point fondamental de ma doctrine, au sujet des attelles. C’est que celles qui sont larges, plattes et inflexibles , comme on les emploie aujourd’hui , pèchent contre les premiers rudimens de la mécanique; qu’elles ne peuvent presser que dans le sens d’une ligne droite , sur des corps cyliudriques , tels que sont nos membres et nos os; et que plus les éclisses ordinaires seront larges, moins elles seront convenables, puisque cette même largeur empêchera de multiplier ces lignes, et, par conséquent, d’étayer convenablement l’objet. Ainsi , lorsque vous appliquez trois larges attelles autour d’une cuisse cassée, vous n’obtenez , bien décidément, qu’une pression par trois seules lignes droites, et dont la largeur n’est nullement proportionnée avec celle de vos attelles. Heureusement que ces trois lignes étroites suffisent, le plus souvent; mais si quatre et plus de ces mêmes lignes étaient nécessaires, pour appuyer suffisamment votre cylindre fracturé, vous seriez dans l’embarras, et obligés de recourir à autant de planchettes que vous auriez besoin de résistances linéaires.
Je crois, en effet, que vous feriez très-bien de multiplier les lignes et vos éclisses; car il est évident, que plus il y en aura (en supposant qu’elles soient d’une consistance convenable,) et plus aussi vous aurez de certitude d’avoir solidement soutenu la colonne cylindroïde en question. Mais, en même temps, et en pressant l’argumentation, nous arriverons, tout droit, à des propositions dont l’évidence est dé-
montrée par les mathématiciens , et qui ressortent de mes doctrines :
« Un corps rond (toutes choses égales d’ailleurs,) agit
» sous un moindre volume. »
« Si ce corps peut être arrangé de manière à offrir une » surface ceintrée , il sera , seul, rationnel, lorsqu’il s’agira » d’entourer bien un objet de forme cylindrique. »
« Les surfaces concaves peuvent, seules , s’appliquer exac- » tement sur des surfaces convexes. »
Il serait par trop plaisant, qu’au milieu du dix-neuvième siècle, et pour résoudre une question de pratique journalière, tous les docteurs fussent dans le cas, sur la proposition d’un chirurgien suisse, de s’en rapporter, non pas à un Arago, car il hausserait les épaules en souriant, mais au dernier des élèves de l’école des régens de notre petit canton de Vaud !