‹ Nouveau système de déligation chirurgicaleChapitre 4 sur 30 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le trépied (la chèvre) est très-propre encore à servir de soutien à une hyponarthécie quelconque , lorsqu’il s’agira de placer, sur un fauteuil ou une simple chaise, l’individu atteint d’une fracture, quelque grave qu’elle soit, et de le TRANSPORTER ensuite, loin de son triste lit, dans une salle à manger, de travail, de jeu , dans un jardin , etc. Pour cet effet, on commencera par faire soutenir l’appareil , ainsi chargé du membre, par un aide quelconque; puis on le séparera doucement de sa corde verticale ; et quelqu’un d’intelligent, tenant lieu de cette dernière, portera tout l’appareil, en passant ses mains vers le point de réunion des anses , précisément, comme si c’était celles d’un panier, et il

— Apportera le tout, exactement comme on porte un de ces derniers.

L'office de cet aide qui, pour les premières fois, sei’a le chirurgien lui-même , consistera à suivre alors, tous les mouvemens qu’on fera faire au blessé, pour l’approcher du bord de son lit, l’en descendre et le porter à l’endroit destiné à recevoir le patient. Cet endroit sera, probablement, tout près du lit; et si c’est un fauteuil à roulettes, on le poussera doucement, sous le trépied, ou vers le lieu où l’on aura assujetti la corde verticale, et avec les précautions indispensables, pour soutenir et porter l’appareil pendant le trajet. Si celui-ci se fait à bras , depuis le lit même, ces dernières précautions consisteront à suivre, bien exactement , tous les mouvemens des porteurs, jusqu’à la place destinée à recevoir le malade. Ici , les anses seront accrochées à la corde de suspension , et la planchette , abandonnée alors et livrée à elle-même, pourra se mouvoir sous ce petit dôme portatif, avec toute la facilité désirable , et sans compromettre, le moins du monde, le succès de la cure et la responsabilité du chirurgien ou des assistans.

Craint-on le froid ou le soleil? Bien n’est plus commode que de recouvrir le trépied , d’une manière quelconque , et de l’isoler sous cette espèce de tente.

Tout ce que je viens de dire n’est que l’exposé fidèle de ce que j’ai pu faire, le 4 septembre i83a, à l’hôpital, avec un individu qui y était , depuis quel-

ques jours, pour une fracture des deux os de la jambe. Nous l’avons transporté, vers la fenêtre de sa chambre, avec une aisance, qui a surpris tous les assistans, et qui, après une vive émotion préliminaire et passagère, n’a pas peu réjoui et soulagé celui qui était l’objet de ce transport et de cet innocent essai. Il a passé, ce jour-là, huit heures hors de son lit, se remuant, sur sa chaise et avec sa chaise, comme s’il n’eût qu’une simple entorse du pied. Chaque matin , il fut ainsi placé sous la chèvre , et il y restait une grande partie de la journée. Si l’on avait le moindre doute sur la possibilité et l’innocuité de ce traitement, en quelque sorte nomade, des fractures, je prie qu’on l’essaie avec un squelette ou un cadavre , et qu’on en suive bien les effets produits.

De pareilles dispositions ne tendent pas, uniquement, à procurer du soulagement et de l’agrément aux blessés; mais, comme elles donnent lieu à quelques mouvemens et à un changement d’air avantageux, à des recréations, accompagnées d’utiles exercices, etc., on comprend déjà, que toutes ces circonstances auront la plus heureuse influence sur l’état sanitaire des malades, et que le temps de la convalescence, celui, peut-être, de la guérison, seront, par là, sensiblement raccourcis *.

5 On devine, peut-être, que l’auteur de ces lignes connaît, par sa propre expérience, tout ce qu’éprouve un malheureux , qu’un membre brisé retient sur le même lit de douleur, pendant

Le mode le plus simple de fixer la corde verticale à l’anse, est celui-ci: On établit, à quelque distance (deux pieds environ) d’un des bouts de cette corde, une boucle pareille à celle qu’on fait, lorsqu’il s’agit d’avoir une boucle ou un anneau pour un nœud coulant. On fait ensuite passer le bout de la corde sous l’anse, puis dans l’anneau ci-dessus; et après avoir hissé l’appareil à la hauteur convenable, comme sur une poulie, on arrête la corde, par un simple nœud , qu’on obtient après avoir doublé cette même corde (nœud ordinaire des charretiers et des emballeurs).

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