DES MINÉRAUX
Nous avons vu que les objets d’une classification minéralogique se partagent naturellement en deux classes , dont l’une est formée de corps simples et de corps combinés d’après le principe de la composition inorganique , et l’autre de ceux qui sont combinés d’après le principe de la composition organique.
La première de ces classes , je la sous-divise en familles, et chaque corps simple peut en donner une. Les familles sont rangées dans un certain ordre , de manière qu’elles commencent par le corps simple le plus électro-négatif, l’oxigène ; les corps se suivent après cela, à mesure qu’ils sont de plus en plus électro- positifs, et la série se termine par le plus électro-positif de tous , le potassium. J’ai conclu aux propriétés électro-chimiques des corps simples , par celle de leur degré d’oxidation , qui est douée des affinités les plus marquantes.
Afin de donner des points d’appui à la mémoire , j’ai partagé les familles des corps combustibles en ordres de la manière suivante :
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Premier ordre : Métalloïdes ; par ce mot j’entends les corps combustibles simples qui ne possèdent point les caractères principaux des métaux; tels sont, par exemple, le soufre, le bore , le charbon. Second ordre : Métaux électro-négatifs; c’est-à-dire , métaux dont les oxides tendent plutôt à jouer le rôle d’un acide que celui d’une base , dans leurs combinaisons avec d’autres corps oxidés. Troisième ordre : Métaux électro-positifs , dont les oxides forment de préférence des bases salifiables. J’ai partagé le dernier ordre en deux sous- divisions, dont la première contient les métaux dont les oxides se laissent réduire moyennant du charbon par la méthode ordinaire , c’est-à-dire les métaux anciennement connus ; et la seconde contient les métaux qui ne se laissent point réduire par les moyens ordinaires. Ces métaux sont les radicaux des alcalis et des terres.
Cette distribution facilite la mémoire en même temps qu’elle couvre ce défaut dans nos connaissances , qui fait qu’un arrangement parfait , d’après les caractères électro-chimiques , n’est point possible pour le moment. Je suis persuadé qu’aucun chimiste qui s’est occupé des idées électro- chimiqu es , ne saura placer à son entière satisfaction , d’après le rapport des caractères électro-positifs , le charbon , l’hydrogène , le zir-
conium , l’aluminium , etc. Par la distribution que je viens d’indiquer, on ne s’aperçoit plus de cette imperfection dans nos connaissances , et l’ordre adopté pourra nous servir jusqu’à ce que de nouvelles découvertes nous aient donné des vues plus étendues , et que des connaissances plus claires et plus sûres nous aient mis en état de faire un arrangement plus correct et plus parfait.
J’ai placé le silicium parmi les métaux électro-négatifs. Quelques expériences de M. Davy paraissent prouver que ses caractères se rapprochent plus de ceux des métalloïdes ; mais comme ce point ne peut pas encore être considéré comme déterminé , et comme sa place parmi les métaux électro-négatifs présente des avantages pour tout le système , je lui ai conservé cette place.
Les bases de l’arrangement des espèces minérales sous chaque famille sont exposées dans le développement précédent avec tant de détail , que j’en considère toute répétition comme inutile ici.
L’arrangement systématique ne s’occupe que des minéraux purs , ou tellement fondus ensemble , que l’œil ne peut plus découvrir qu’ils sont mélangés.
Chaque espèce est composée des mêmes in-
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grédients dans les mêmes proportions. La plus petite addition d’une substance qui d’une manière essentielle appartient à la combinaison , produit une espèce nouyelle. Jusqu’ici , nous n’avons d’autre moyen de découvrir si l’addition d’une substance est essentielle ou non, qu’en observant les changements produits dans la forme cristalline du minéral, et quelquefois par la connaissance d’une combinaison analogue que nous pouvons produire dans nos laboratoires. Ainsi je considérerai le gypse anhydre comme une espèce , et le gypse avec eau de cristallisation comme une autre ; le stilbite comme une espèce , et la chabasie comme une autre , malgré la petite différence dans les proportions de leurs ingrédients.'
Une même espèce peut se montrer sous diverses variétés de couleur et de transparence , de formes cristallines secondaires , et enfin de mélanges étrangers. Les deux premières sortes de variétés n’entrent pour rien dans l’arrangement systématique , elles appartiennent entièrement à la Minéralogie descriptive. Mais les variétés de mélanges étrangers doivent être prises ici en considération. Nous avons donc pour principe de placer un minéral mélangé en parties invisibles sous l’espèce dont il possède les caractères les plus marquants, tels, par exemple, que la forme cristalline , et nous ne nous en
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écarterons que lorsqu’une substance prend la forme d’une autre , dont elle ne contient que quelques pour ioo. Ainsi, par exemple, nous placerons sous le carbonate de chaux tous les mélanges cristallisés de cette espèce avec carbonate de fer et de manganèse ; mais le carbonate de fer qui ne contient que 5 à 6 p. xoo de carbonate de chaux , nous le placerons dans la famille du fer, quoiqu’il paraisse s’être moulé dans la forme cristalline du carbonate de chaux. Si dans des cas pareils , nous ne voulions envisager que la forme cristalline seule, elle nous écarterait du principe du système qui est tiré de la composition, et non des.circonstances accidentelles , telles par exemple , qu’une forme étrangère imprimée, par des causes peu connues , à la substance que nous devons placer. Dans l’énumération systématique suivante , j’ai donné très-peu de minéraux mélangés, et lorsque j’en présente , c’est plutôt comme des exemples , que j’ai notés par des lettres en italique , de manière qu’on peut les distinguer sans difficulté des espèces.
J’ai partagé les minéraux de chaque famille en genres chimiques , par exemple , des sulfures , des oxides , des sulfates , des muriates » etc. Ainsi le genre sulfate , de la famille du fer, contient quatre espèces , savoir : le vitriol vert , le vitriol rouge , l’ochre vitriolique ou le fer sous-
sulfaté terreux, et le fer sous-sulfaté résinite. Le genre silicate des familles des terres contient souvent un grand nombre d’espèces , dont la plupart possèdent deux bases , et dont la plus forte détermine la famille à laquelle le silicate doit être placé. J’ai déjà parlé de la nécessité de partager ces silicates en sous-divisions , d’après les différentes bases additionelles. Dans la famille du calcium , nous avons des silicates doubles , à base de chaux et d’oxidule , ou d’oxide de fer , de chaux et d’alumine , et de chaux et de magnésie , dont chacun donne une sous-division particulière. Dans chacune de ces sous-divisions , le nombre des espèces peut devenir grand , par les causes suivantes : i° la base double peut être composée d’un différent nombre de molécules de chaque base simple ; ainsi , par exemple , dans les silicates doubles de chaux et d’alumine , la base double peut être composée de C -+- A , C + 2 A , C-t-3 A , C 4-4 A, etc., ou bien de 2 G -f- A , 3 C -4- A, etc. , quoique je ne sache aucun exemple de ces deux derniers ; 20 les bases peuvent être dans des degrés différents de saturation avec la silice. Quelquefois les deux bases sont au même degré de saturation , et d’au très fois la base la plus forte -est plus saturée de silice que la base plus foible. On verra par la suite que nous connaissons déjà un grand nom-
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bre d’espèces différentes, où la base est C -4- 3 A,’ et dont la différence consiste dans leurs différents degrés de saturation par la silice. J’ai , dans quelques familles , ajouté encore une sous-division pour des silicates avec trois ou plusieurs bases. J’ai des raisons de croire que de telles combinaisons existent ; mais cette matière est encore si peu examinée , et nos connaissances là-dessus sont par conséquent si imparfaites , que je ne puis pas dire avec certitude si des silicates à base triple existent en effet ou non , puisqu’il serait possible que des minéraux que nous considérons comme tels , ne soient en effet que des silicates à base double intimement mélangés , mais non chimiquement combinés avec d’autres silicate^ simples ou doubles.
Dans la table suivante , on trouve les genres chimiques dans la première colonne ; la seconde contient le nom du minéral. J’ai , avec peu d’exceptions , employé les noms de M. Haüy , nonseulement parce qu’ils sont mieux connus dans ce pays , mais sur - tout parce qu’ils sont en général bien choisis, sonores , et peuvent appartenir à toutes les langues, circonstance que je considère comme d’une très-grande importance. La troisième colonne contient les formules qui expriment la composition des minéraux, et la quatrième les citations des analyses d’après les-
quelles les formules ont été calculées. Bans ces calculs , j’ai souvent examiné la méthode analytique employée , et j’ai fait des corrections partout où l’auteur, en tirant son résultat d’un précipité de sulfate de plomb ou de barite, de muriate d’argent, etc. , a fait son calcul d’après des analyses moins exactes de ces combinaisons. On trouvera que la plupart des minéraux bien caractérisés ont déjà une formule qui possède un haut degré de probabilité , quoiqu’il soit très-possible qu’il y en ait quelques-unes qui, ayant été calculées d’après des analyses inexactes , auront besoin de rectifications. J’ai quelquefois mis des signes d’interrogation (P) où j’ai eu des doutes, tant sur la place véritable duminéral, que sur la justesse de la formule ou de l’exactitude de F analyse , d’après lesquelles j’ai calculé. J’ai quelquefois admis , d’après les analyses de grands chimistes , comme espèces particulières, des minéraux qui, sous un point de vue cristallographique, ne peuvent point être considérés comme tels ; et je Fai fait , puisque je ne me considère point comme ayant le droit de rejeter un résultat chimique , si je ne Fai point répété et trouvé inexact. Le labrador peut servir d’exemple. On le considère comme une variété du feldspath ; mais Klap-roth n’y a point trouvé de potasse , il ne peut donc pas être un feldspath, si toutefois le résultat de
Klaproth est exact. Des expériences futures éclairciront ces doutes.
Je me suis servi de deux espèces de formules , les chimiques et les minéralogiques. J’ai prévu que cela pourrait donner lieu à des méprises, sur-tout avant que l’on soit accoutumé à leur usage ; mais j’ai cru pouvoir les prévenir en écrivant toujours les formules minéralogiques en lej^ très italiques. Je me suis servi des formules minéralogiques , comme je l’ai dit, parce qu’elles ne dépendent d’aucune hypothèse , et ne sont qu’une expression extrêmement simple delà composition qualitative et quantitative d’un minéral. Quant aux formules chimiques , elles sont sujettes à changer, d’après des changements dans nos idées du nombre des atomes élémentaires dont chaque substance est composée. Celles que je donne ici se basent sur ma manière très-hypothétique , à la vérité , de compter ces atomes , mais la seule «jue j’aie pu trouver jusqu’ici. Il est à présumer quffl’on parviendra avec le temps à saisir des circonstances qui , d’une manière plus sûre , nous indiqueront le nombre des atomes ; et ce que j’ai supposé être le poids d’un atome , peut en effet être celui de deux, ou quelquefois aussi de trois ou quatre atomes. Les signes changeront donc d’après les changements dans l’hypothèse qui leur sert de base. Mais , du reste , chaque signe dénotant un poids
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donné d'une substance donnée, il peut être entièrement indifférent, quant aux avantages pratiques que présentent ces formules , que le nombre d'atomes soit exact ou non. Pourvu qu’on les ait construits d’une manière conséquente ,. le résultat d’uh calcul fondé sur elles, sera toujours le même , comme si elles étaient exactes.
J’ai tâché de n’oublier aucun minéral dans
l'énumération suivante ; mais je n’ai pu y placer ceux qui n’ont point été analysés jusqu’ici. Plusieurs substances regardées comme des espèces particulières par l’école allemande , ne s’y trouvent point, puisque M. Haüy les a combinées avec d’autres espèces, et puisque les raisons qu’il en a données me paraissent concluantes et décisives.
Quant à la seconde classe des substances fossiles , laquelle contient des restes d’une organisation détruite , elle doit être arrangée d’après un principe analogue à celui de l’histoire naturelle des corps organiques , c’est-à-dire , en groupes dont les différents membres ont une affinité extérieure entre eux , puisque les éléments y sont toujours les mêrpes , et ne varient que dans leurs proportions. J’ai partagé cette classe en six genres , en commençant par ceux où les traces de l’état primitif se sont le mieux conservées , et en avançant vers ceux qui sont: déjà si altérés ,
que toute tracede leur origine a disparu. J’ai terminé la classe par quelques sels fossiles dont l’un des principes constituants est d’une origine organique.
Énumération systématique des minéraux .