‹ Nouveau système de minéralogieChapitre 48 sur 50 · M:/ - AA V · texte numérisé non relu

M:/ - AA V

dans le spinelle ainsi que dans le gahnite , avec une quantité de base dont l’oxigène est | de cette terre; mais 2.878x6 = 17.268. L’oxigène de l’eau n’est que 16.71, suite nécessaire de ce que l’acide sulfureux a occupé une partie des deux autres corps; et l’on peut considérer comme certain que l’oxigène de l’eau est égal à celui de l’alumine combinée avec l’oxide de plomb. La formule qui exprime la composition de ce minéral est donc Pb ÀH+12 Aq, Pb S2, AI S3.

(3i) Euclase.

Pour déterminer la composition chimique de l’émeraude , ainsi que de l’euclase , il fallait connaître les rapports dans lesquels la glucine se combine avec les acides, par lesquels on peut, avec une grande probabilité, conclure à la quantité d’oxigène que cette terre contient. Yoici les expériences que j’ai faites à cette fin.

On a fait dissoudre de la glucine pure dans de l’acide sulphurique en excès; on a évaporé le liquide jusqu’à ce que l’acide commençât à se volatiliser. On l’a alors étendue d’alcohol, et on a lavé par de l’alcohol la partie non dissoute. Le sulfate de glucine ainsi obtenu a été précipité par du carbonate d’ammoniaque en petit excès , lequel a été chassé par l’évaporation. La glu-

cine chauffée à un feu rouge pesait o gr.553 ; le liquide filtré a été précipité par du muriate de baryte , qui donna 5 gr, oo de sulfate de baryte , équivalents à 1.7185 gr. d’acide sulfurique. Le sel était donc composé de

Acide sulfurique 75.68 100.0.

Giucine .... 24.82 82.1.

Comme ce sel pouvait fort bien avoir excès d’acide, je le neutralisai avec du carbonate de giucine (qui ne contenait point d’ammoniaque), en les faisant digérer ensemble. lise formait une dissolution d’une consistance gommeuse , et en même temps une masse non soluble , molle à la température de l’eau bouillante , qui s’endurcissait par le refroidissement, et devint transparente comme de la gomme, mais qui du reste parut être de la même nature que la partie dissoute ; elle renferma un excès du carbonate de giucine ajouté.

La pai'tie dissoute fut partagée en deux : i° Une moitié fut mêlé avec de l’eau , aussi longtemps qu’il se forma un précipité. Le mélange laiteux fut filtré , et la solution claire fut décomposée de la manière indiquée plus haut. Elle donnait 1.001 gr. de giucine et 4-549 gr. de sulfate de baryte, équivalents à 1.5635 gr. d’acide sulphurique. Ce sel était donc composé de

Acide uslfurique 60.97 100.00.

Giucine ® « . » 39.08 64-o5.

2® L’autre moitié fut évaporée à siccité, et l’eau en fut chassée par la chaleur d’une lampe à esprit-de-vin, à laquelle on l’exposa aussi longtemps qu’elle éprouva une perte sensible. Elle se boursouffla comme de l’alun, et laissa une masse spongieuse. 2 gr. 5 du sel ainsi séché ont été décomposés au feu dans une très-haute température, et ont laissé 1 gr. 24 de glucine , qui redissoute par de l’acide muriatique, ne se troubla point par l’addition de muriate de baryte. Ce sel était donc composé de

Acide sulfurique 5o-4 100.0°

Glucine .... 49°^ 98.4»

La partie précipitée par l’addition de l’eau dans une des expériences précédentes, analysée dpune manière analogue , donna

Acide sulfurique 28.11 loo.

Glucine .... 53a 4 *89. 6

Eau ..... 18.75.

Les rapports entre l’acide et la glucine, dans ces différents sels, sont comme 1, 2, 3, et 6. Il s’agissait de savoir lequel d’entre eux est le sel neutre, c’est-à-dire celui où l’acide contient trois fois autant d’oxigène que la base. Un sous-sulfate où l’acide sature deux fois autant de base que dans le sel neutre , serait contraire aux lois des proportions fixes, dans lesquelles ces combinaisons se forment. Le premier ne peut

donc être qu’un sel avec excès d’acide , comme aussi son goût acide le démontre ; si, d’un autre côté, le second est le sel neutre, les sous-sels contiennent i 7 et 3 fois autant de base que le sel neutre , ce qui est parfaitement d’accord avec les proportions daris lesquelles l’acide sulfurique se combine avec d’autres bases, bien que le rapport de i j ne se rencontre que rarement.

En adoptant donc que dans le second de ces sels, l’acide sulfurique contient trois fois l’oxigène de la base , la glucine doit-être composée de :

Glucium ...... 68.83 ioo.oo.

Oxigène . 3 1.17 4^*25.

Une solution de muriate de glucine évaporée jusqu’à ce que l’excès d’acide en ait été chassé , a donné 0.626 gr. de glucine et3.3q2 gr. de muriate d’argent , équivalents à 0.648 gr. d’acide muriatique. Le sel est donc composé de :

Acide muriatique 50.87 100.0.

Glucine «... 49- *3 96.5.

En calculant d’après cette analyse la quantité d’ oxigène dans la glucine, elle ne serait que 3o.2 p. 100. Je considère le premier nombre comme plus exact. L’analyse du muriate nous sert toutefois à prouver que nous ne nous sommes point trompés dans la détermination du sulfate qui doit être considéré comme neutre, et

minéralogique: 289

les rapports dans lesquels nous trouvons la glucine combinée avec la silice et l’alumine dans l’émeraude et dans l’euclase, viennent encore à l’appui de ce que nous venons d’avancer.

La composition de l’euclase a jusqu’ici été douteuse, M. Yauquelin , qui en a fait la première analyse , ayant eu une perte de non moins de 27 pour 100. La générosité de M. de Souza, ancien envoyé de la cour de Portugal , m’a nais en état de faire un nouvel examen de cette pierre, jusqu’ici si difficile à se procurer. En voici le résumé.

L’euclase en poudre a été fritté avec trois fois son poids de sous-carbonate de soude ; on a fait dissoudre la masse dans de l’acide muriatique , qui a laissé une poudre blanche , laquelle cependant ne fut point une partie encore non décomposée .Cette poudre examinée par une expérience particulière , se trouvait être une combinaison de l’oxide d’étain et de la glucine ; on la rendit soluble en la traitant au feu avec du sulfate acide de soude ; on en sépara ensuite l’étain par le gaz hydrogène sulfuré, et la glucine par l’ammoniaque. J’avais déjà , une autre fois, rencontré des combinaisons de cette terre avec les oxides de manganèse et de cérium , qui résistaient avec opiniâtreté à l’action des acides. On a réduit la silice à l’état gélatineux, puis on l’a fait sécher; on

a repris les terres par l’acide muriatique et on les a séparées par le carbonate d’ammoniaque : Feuclase a donné :

Silice . • . 43.22.

Alumine . . 3o.56.

Glucine . . 21.78.

Oxide de fer 2.22.

Oxide d’étain 0.70.

Les poids des trois terres se rapprochent tellement de ceux d’un atome de glucine , deux d’alumine, et trois de silice, que si l’on calcule dans une telle supposition la composition de cette combinaison pure , on a presque le même résultat ; savoir : silice 44-33 , alumine 3i.83, glucine 23.84 • Cette pierre est donc composée d’un atome de silicate de glucine , et de deux de silicate d’alumine G £4-2 A S.

Les rapports que j’ai trouvés sont si rapprochés de ceux trouvés par M. Yauquelin , qu’on pourra soupçonner plutôt une méprise dans la détermination du poids employé dans son analyse, qu’une si grande perte proportionnelle de tous les principes constituants de l’euclase.

(32) Serpentine noble.

Les serpentines n’ayant jamais été observées sous une forme régulière , il est difficile de rien décider sur leur nature chimique ; cependant, comme on les trouve souvent formant des masses

homogènes très -considérables, et quelquefois douées d’un certain degré de translucidité , on peut conjecturer qu’elles sont la même combinaison chimique. L’analyse en a retiré de l’eau de silice et de magnésie, mais cependant dans des proportions qui ne permettaient point une explication facile. M. Almroth , jeune chimiste suédois , s’étant occupé de l’analyse d’un minéral que M. Hausmann a décrit sous le nom de picrolith , et qui vient de Taberg , en Suède , trouva que ce minéral n’était autre chose qu’un mélange mécanique de chaux carbonatée magnésifère , avec la serpentine , et en comparant ses expériences sur la serpentine , avec celles faites par MM. Hisinger et John , il trouva que les serpentines sont des combinaisons du trisiîicate de magnésie avec de l’hydrate de la même base , et que la variété dite serpentine noble, est composée de M Aq : d’où il semble résulter

que les carbonates ne sont point les seuls sels qu peuvent se combiner avec les hydrates.

(33) Arragonite.

Tout le monde connaît le problème qu offre la différence de forme primitive des vcristaux, et l’identité de la composition chimique de l’arra gonite et de la chaux carbonatée ordinaire. Mais

ce n’est point seulement la forme primitive , c’est encore la dureté et la pesanteur spécifique qui les distinguent; et cependant dans les autres substances inorganiques cristallisées, ces propriétés restent invariables pour la même substance. Ces différences doivent avoir une cause , et c’est cette cause que la chimie a long-temps cherché en vain ïl y a quelque temps que le célèbre chimiste de Gottingue , M. Stromeijer , trouva que les arragonites contiennent du carbonate de strontiane et un peu d’eau essentielle à leur constitution ; et on en conclut que ces différences étaient dues à la présence de ces substances. Dans les pages précédentes ( 19-20 ) , j’ai énoncé quelques idées à ce sujet , mais je suis loin de prétendre qu’elles puissent résoudre la question.

M. Haiiy vient de prouver que la forme de l’arragonite ne se laisse point déduire de celle du carbonate de strontiane , dont la quantité , en même temps qu’elle est très-petite , varie beaucoup dans les arragonites , sans que cela ait aucune influence sur leur forme et sur leur poids spécifique. Il paraît donc qu’il faut attendre quelque autre découverte , avant que ce problème puisse être considéré comme résolu.

MINÉRALOGIQUE. 2g3

(34) Chaux carbonatèe magnésifère.

M. Wollaston a trouvé que la chaux carbonatée magnésifère a pour noyau un rhomboïde , dont les angles sont à très-peu-près les mêmes cpie ceux du noyau de la chaux carbonatèe pure. M. Haviy regarde ces deux noyaux comme étant identiques , et il pense que les petites différences qui se rencontrent quelquefois dans la mesure des angles , viennent des inexactitudes inévitables ' de nos moyens de recherches. Ce serait être trop présomptueux que de vouloir porter un jugement entre deux minéralogistes qui occupent le premier rang parmi les savants de notre siècle ; la seule chose que la chimie puisse faire, c’est de prouver que ce que l’on appelle chaux carbonatèe magnésifère , lorsqu’elle est pure et cristallisée, est toujours un sel double de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie , dans lequel les deux bases contiennent une quantité égale d’oxigène , et par conséquent aussi une égale quantité d’acide carbonique : c’est par leur tendance à former ce sel double qu’il est si difficile de séparer d’une manière complète les deux terres dans nos analyses. Toutes les analyses des chaux carbonatées magnésifères cristallisées, ont donné environ 54.2p. de carbonate de chaux, et 45.8 p. de carbonate de magnésie , qui est leur poids respectif

donné par le calcul. Il est donc clair que cette substance ne doit point être considérée comme une variété de la chaux carbonatée , mais bien comme une espèce particulière. Sous ce rapport, le nom de chaux carbonatée magnésifère ne lui convient point , on ferait peut-être mieux de lui donner le nom de dolomie , qu’a porté jusqu’ici sa variété granulaire.

Il y a des apparences que ces deux carbonates sont susceptibles de se combiner dans plus d’une proportion. On trouve par exemple à Gurhof en Allemagne , une chaux carbonatée magnésifère , que l’on appelle gurofian , parce qu’elle diffère de l’autre par sa composition et par ses caractères extérieurs : elle paraît , d’après l’analyse de Klaproth , être composée d’un atome de carbonate de magnésie , et de deux de carbonate de chaux. Une autre qui vient de Frankenhain et qui a été analysée par M. Stromeijer, paraît être composée d’un atome de carbonate de chaux , sur deux de carbonate de magnésie ; mais comme ces deux derniers minéraux sont toujours compactes , ce n’est que leur grande dureté , qui excède beaucoup celle de leurs principes , qui peut donner lieu à les considérer comme des combinaisons. Cependant, pour être définitivement admis dans le système comme des espèces particulières , ces minéraux ont besoin d’un nouvel examen.

(35) TJranite.

Ce minéral a jusqu’ici été considéré comme l’oxide d’urane pur. J’avais trouvé qu’il contient de l’eau , et voulant en déterminer la quantité , je trouvais que les proportions obtenues ne s’accordaient point bien avec les proportions chimiques , au cas que le reste fût de l’oxide d’urane pur. Ayant à ma disposition une petite quantité de l’uranite d’Autun., que je dois à la générosité de MM. Barruel , je croyais devoir en entreprendre une analyse ; j’ai trouvé que ce minéral est une combinaison de l’oxide d’urane , avec de la chaux et avec de l’eau, en un mot, que c’est un véritable sel à base de chaux , où l’oxide d’urane joue le rôle d’acide. Bucholz avait déjà trouvé que l’oxide d’urane était susceptible de se combiner avec la potasse , et que dans cette combinaison il résistait à l’action du feu, qui décompose l’oxide pur. M. Chevreul vient plus nouvellement de rappeler aux chimistes les propriétés de corps électro-négatifs dont cet oxide est doué, et l’analyse de ce minéral achève , pour ainsi dire , les preuves que l’oxide d’urane possède les propriétés d’un acide très-faible. Voici un résumé de mes expériences sur la composition de l’uranite. On chauffa la pierre au rouge, après l’avoir auparavant séchée à une chaleur mode-

rée pour en éloigner l’humidité hygroscopique t de laquelle la structure lamelleuse de ce minéral le rend très - avide ; la pierre privée d’eau a été dissoute à froid dans l’acide muriatique ; le liquide a été filtré pour en séparer une partie de gangue non dissoute par l’acide , et ensuite rapproché jusqu’à ce qu’il commençât à cristalliser. On l’a alors étendue d’alcohol, et on y a ensuite ajouté un mélange d’alcohol et d’acide sulfurique , pour précipiter la chaux ; le gypse a été lavé avec de l’alcohol ; le liquide a été mêlé avec de l’eau et évaporé ; l’oxide d’urane a ensuite été précipité par de l’ammoniaque. Après avoir déterminé son poids on l’a repris par de l’acide muriatique et l’on y a ajouté du carbonate d’ammoniaque jusqu’à ce que l’oxide ait été redissous. Il est resté de l’oxide d’étain ; le liquide d’où î’oxide d’urane a été précipité , évaporé à sec , et le sel exposé au feu , a laissé des traces de magnésie et d’oxide de manganèse. J’en ai retiré :

Chaux ....

Oxide d’urane .

Eau .....

Oxide d’étain .

Silice, magnésie, Gangue . . .

oxide de manganèse 0.80.

Dans ce minéral , l’oxigène de l’urane est trois fois , et celui de l’eau six fois l’oxigène de la chaux. 11 y a un petit excès tant d’oxide d’urane que

d’eau ; ce qui est dû , ou à ce que je n’ai point pu en séparer parfaitement la chaux ( ce qui ne se laisse point effectuer ni par l’oxalate, ni par la dissolution de l’oxide dans le carbonate d’ammoniaque. , ni même par sa précipitation moyennant l’ammoniaque caustique ) , ou , ce qui me paraît plus probable , à ce que la couleur verte , inégalement distribuée dans les cristaux de ce minéral , provient d’un excès d’oxide ou d’hydrate d’oxide qui n’y est qu’un mélange accidentel, étranger à la constitution de l’uranate de chaux.

Le même minéral se rencontre en Cornouailles, en Angleterre ; mais il est coloré en très-beau vert foncé. Cette couleur est due à la présence d’une certaine quantité d’arséniate de cuivre, qui n’y est qu’un mélange étranger. En traitant cette uranite au chalumeau avec de la soude, elle donne des globules métalliques blanches , composées d’arseniure de cuivre.

(36) Amphibole et Pÿrox 'ene.

M. Haüy vient de réunir à une même espèce un grand nombre d’espèces différentes de l’école de Warner ; savoir, sous le nom d’amphibole, les amphiboles proprement dites , la grammatite ou trémolite, et l’actinote; et sous celui de pyroxène, la diopside, la malacolithe, la coccolithe , la sahlite , la mussite , l’alalite , etc. L’analyse chimi-

que, il est vrai, ne justifie point encore cette réunion ; mais on peut toujours répondre que Fanalyse géométrique entre les mains de M. Haiiy a jusqu’ici, d’une manière bien triomphante, devancé l’analyse chimique , et a prédit , pour ainsi dire , des résultats que cette dernière a enfin été obligée de reconnaître. On se rappelle encore l’histoire de l’émeraude et de l’apatite ; il est donc permis de croire que ce qui est arrivé pour ces minéraux , pourra arriver pour les précédents.

Les analyses de la diopside et des malacolithes

pures sont d’accord entre elles pour une formule

chimique bien simple , savoir , C S 2. La

différence de couleur , de transparence et de pesanteur spécifique même, peuvent donc fort bien n’y indiquer que des mélanges étrangers , tels que des silicates doubles de chaux et d’alumine , de chaux et de fer, d’alumine et de fer , et enfin d’oxidule de fer sans combinaison avec la silice. Toutes ces substances , prises ensemble par l’analyse chimique , paraîtront indiquer des compositions variées de mille manières. Il y a cependant des occasions où une telle explication de la différence des résultats analytiques n’est guère admissible ; j’en citerai un exemple. M. D’Ohsson vient d’examiner une malacolithe de Bjôrnmyresweden , en Dalécarlie , qui lui a donné : 2 C S*. C’est encore cette même formule

qui résulte de l’analyse de M. Yauquelin, de la coccolithe , si l’on y considère les oxides de fer et de manganèse comme purement accidentels. En admettant qile la partie qui détermine la forme de cette malacolithe soit C S2-{-M S2, et en défalquant cette combinaison , il en reste C ^ , combinaison jusqu’ici inconnue et qu’il serait bien difficile d’y admettre comme mécaniquement mêlée.

Je crois donc que malgré la grande probabilité en faveur de la réunion faite par M. Haiiy, on ne doit point considérer ce point comme décidé, avant qu’on ait pu, d’une manière satisfaisante, réconcilier le résultat de l’analyse chimique avec celui de l’analyse géométrique. On a beau chercher à donner de la prépondérance à celle-ci , en considérant les difficultés de la première, toutes les deux ont des limites , hors desquelles elles ne peuvent point , sans une grande négligence, être inexactes; et d’ailleurs il n’y a aucune circonstance géométrique ou chimique qui s’oppose à ce que deux différentes combinaisons aient ou la même forme primitive , ou des formes si rapprochées , que nos moyens d’observer ne nous permettent point d’en apprécier la différence.

Pour les amphiboles il y a les mêmes difficultés , mais on s’en débarrasse mieux par la grande

tendance que ces pierres ont eu, lors de leur formation, à se mêler mécaniquement avec la substance qui leur sert de gangue ; tendance si évidente dans les grammatites de Saint- Gothard, où ce minéral se trouve toujours pénétré de dolomie et coloré en blanc ou en gris , suivant que la gangue est elle-même grise ou blanche. La grammatite de Fahlun est probablement une des plus pures ; elle vient d’être analysée par M. Hisinger, qui a trouvé pour sa composition la formule de C S^-h-zM S2. Cette grammatite se trouve dans une stéatite dont la composition est M S3; si on voulait en défalquer , comme probablement mécaniquement mélangé, MS 3, il en resterait C S 2 -i-M S2; mais cette composition appartient au pyroxène pur, et par conséquent il est à présumer que cette grammatite ne contient point de stéatite , et que dans la grammatite , la base est C- f-2 M, tandis que dans le pyroxène elle est C-+-M. Mais en comparant à l’analyse précitée celles qui ont été faites sur des amphiboles, on entre dans un dédale d’où il est bien difficile de sortir. La première observation générale qui se présente , c’est que dans l’amphibole les bases sont moins sa turées de silice que dans le pyroxène. Le plus souvent l’oxigène de la base est égal en quantité à celui de la silice , mais d’autres fois la dernière en contient deux fois autant que la pre-

MINÉRALOGIQUE. 3oi

inière. L’oxide de fer se trouve dans les amphiboles tantôt en forme de silicate , tantôt en forme d \oxidurn ferroso-ferricum ; le dernier a lieu surtout dans les amphiboles fortement magnétiques. Tous les amphiboles contiennent du silicate d’alumine, qui, d’après ce que nous venons de dire, n’y doit être qu’un principe accessoire, ainsi que le silicate de fer et les oxides de ce métal. Dans un grand nombre de grenats, le silicate d’alumine et celui de l’oxidule de fer se trouvent réunis , d’où l’on peut conjecturer que les amphiboles contiennent fort souvent , comme mélanges , des combinaisons qui , abandonnées à elles-mêmes, auraient formé desgrenats. En effet, plusieurs amphiboles présentent au chalumeau les mêmes phénomènes que l’almandine (A S -*rf S), c’est-à-dire que le morceau ne se dissout que lentement dans le borax , et conserve sa couleur noire jusqu’à ce qu’il soit entièrement dissous. Mais si, d’un autre côté, le silicate de magnésie est un ingrédient nécessaire, on s’étonne de trouver des amphiboles qui, possédant tous les caractères de cette pierre d’une manière bien prononcée , ne contiennent que deux centièmes de magnésie , tandis que l’on y trouve de 12 à 26 centièmes d’alumine. (Comparez les analyses faites par Klaproth , décrites dans les Beytrâge V. i53-4- ) Les actinotes jusqu’ici analysés ne

3oa nouveau système

contiennent que des silicates de chaux et de ma™ gnésie, quelquefois colorés par du silicate d’oxidule de fer; mais dans tous, la silice contient deux fois autant d’oxigène que la base , et la quantité de magnésie excède celle de la chaux. Ces pierres méritent par conséquent de nouvelles analyses faites sur des échantillons les plus purs qu’on puisse trouver.

La plus grande difficulté à résoudre consiste dans le différent degré de saturation de la hase dans ces différentes pierres , puisqde c’est celui que l’on peut le moins regarder comme accidentel.

Je viens de faire une exposition des difficultés que présente la classification de ces minéraux. Mon intention n’a point été de porter des arguments contre la justesse des conclusions du savant cristallographe , mais j’ai voulu diriger l’attention des chimistes vers ce point , afin que , par des efforts réunis, ces difficultés soient bientôt levées.

(37) Tourmaline de Brésil.

Les divers minéraux connus sous le nom de tourmalines , diffèrent souvent quant à leur composition trop essentiellement, pour qu’on doive les considérer comme une même espèce. La tourmaline de Brésil contient , d’après l’analyse de

MINÉRALOGIQUE. 3o3

M. Yauquelin , silice, alumine, chaux et oxide de fer ; celle de Sibérie, d’après MM. Yauquelin et Klaproth , silice, alumine, soude , et oxide de manganèse ; celle d’Utô, d’après M. Arfwedson, silice , alumine , lithine , acide borique et oxide de fer ; celle de Kâringbricka , en Suède , silice , alumine , magnésie , oxidule de fer et des traces de potasse. Il paraît donc que chaque alcali ou terre alcaline peut avoir son espèce de tourmaline, tout comme la plupart d’entre eux ont leur espèce particulière d’alun. Comme je ne crois pas qu’aucun naturaliste voudrait considérer l’alun ammoniacal comme étant la même substance que l’alun fait avec la potasse , parce que leurs cristaux ont ou paraissent avoir la même forme, je considère comme également d’accord avec les principes scientifiques de ne pas faire une même espèce de tourmalines, qui sont des silicates doubles d’alumine et de chaux , d’alumine et de soude, d’alumine et de lithine ; si toutefois les recherches sur la nature des tourmalines que l’on a commencées viennent à l’appui de ce que j’avance ici sur leur différence de composition,

(38) A llanite Cérine , Orthite , Pyrorthite.

La composition de ces pierres est d’une trèsgrande importance pour la connaissance de la constitution chimique des minéraux mélangés ou

3c>4 NOUVEAU SYSTÈME

fondus ensemble. L’analyse y a démontré un silicate double de chaux et d’alumine , qui est mêlé avec un autre silicate double d’oxidule de fer et de cérium ( les mêmes bases dont un sous-silicate se trouve mêlé avec le silicate d’y ttria dans la gadoiinite ) , lequel donne à toutes ces pierres une grande ressemblance extérieure. Le silicate double des oxidules de fer et de cérium n’a point encore été trouvé sans mélange , quoique le défaut de rapport entre lui et l’autre silicate prouve qu’ils ne sont que mécaniquement mêlés dans ces minéraux. Ces pierres sont donc dans la même catégorie que plusieurs espèces de pyroxène et d’amphibole , avec cette seule différence que dans ces derniers nous ne connaissons point avec certitude la composition de la masse principale , ni des substances qui sont mélangées. J’ai hésité quelques moments sur la place que l’on peut donner à ces mélanges dans le système ; car il est clair que l’on peut les considérer comme contenant principalement le silicate double des oxidules de fer et de cérium , en prenant les autres substances pour accidentelles et secondaires. Dans ce cas, elles doivent être rangées dans la famille du cérium ; mais comme cette $ous-division de la famille du calcium permet d’y placer des substances dont on n’a point encore pu former une opinion fixe, je les y ai placées en attendant,

MINERALOGIQUE.

(39) Mica.

Il y a peu de minéraux qui présentent autant de différences extérieures que les micas ; on les a cependant considérés comme une même espèce , à laquelle on a nouvellement réuni la lépidolithe et la chlorite. Il est vrai que tant que l’on considère la structure lamellaire comme le caractère essentieldu mica ,il paraît juste de comprendre tous ces minéraux dans une même espèce ; cependant le système minéralogique n’étant point un système de formes, mais un système de différentes combinaisons , on doit examiner si des formes analogues sont dans tous les cas soumises à une même composition chimique, ta lépidolithe exposée au chalumeau, se fond avec plus de facilité qu’aucune autre substance minérale , en se boursouflant un peu; elle donne un verre clair et sans couleur. Le mica, même celui qui ressemble le plus à la lépidolithe , se divise en lamelles , devient blanc, opaque, et dans le feu le plus violent que le chalumeau peut produire , il s’arrondit seulement sur les bords , et y présente une petite masse fondue qui , refroidie , est blanc d’émail. Déjà cette expérience indique qu’il y a entre ces deux substances des différences de composition essentielles , puisque toutes les deux produisent

3o6 NOUVEAU SYSTÈME

des phénomènes si différents dans leur état de cristallisation le plus parfait.

M. Biot vient de faire des observations importantes sur l’influence diverse qu’exercent les micas sur les rayons de lumière qui les traversent ; il pense qu’il y a parmi eux plusieurs combinaisons chimiques. Déjà les trois analyses que je viens de citer , et qui ont été faites par le plus grand maître dans l’art de l’analyse minérale , nous prouvent qu’il y a des différences réelles dans leur composition chimique. Les expériences de M. Biot paraissent les partager en deux sections, dont l’une n’a qu’un axe polarisant, et dont l’autre en a deux. Les micas qui contiennent de la magnésie, appartiennent à cette dernière. Nous sommes accoutumés à ce que , dans la nature inorganique, les différents degrésde combinaison ne doivent varier que par de grands sauts d’un degré à l’autre. Cela est invariablement vrai pour la combinaison de deux corps ; mais déjà l’addition d’un troisième donne lieu à une multitude de variétés possibles dans la théorie , mais qui probablement ne sont point toutes produites par la nature. Les micas sont composés en général de trois silicates , K S 3, A S, FS ou f S; en y ajoutant un quatrième M S, et probablement aussi un cinquième mgS, l’on voit qu’il peut y avoir de très-nombreuses variétés de combinaisons. Ces

variétés ont probablement toutes la texture feuilletée de mica , sous des formes primitives peutêtre un peu variées. Le mica peut , sous ce point de vue, être considéré plutôt comme une forme générale de cristallisation que comme une espèce minéralogique. N’est-il pas d’ailleurs vrai que le talc , le diallage , l’uranite, l’hydrate de magnésie partagent tous cette même texture lamellaire?

Les recherches commencées par M. Biot promettent de nous guider dans ce dédale ; mais il y a une circonstance qui tend à diminuer leur force comme preuves, c’est la propriété qu’ont plusieurs combinaisons de cristalliser ensemble sous une même forme , mais sans se combiner ; circonstance connue depuis long-temps , mais que les belles expériences de M. Beudant vieiiîient de rappeler d’une manière si intéressante. Lorsque deux combinaisons cristallisent dans un même liquide, leurs molécules se repoussent quelquefois , et les différents cristaux se déposent les uns à côté des autres1. Mais lorsque quelque circonstance , probablement mécanique et relative à la forme de leurs molécules , permet à celles-ci de se réunir , elles se disposent symétriquement , et si la cause qui leur fait prendre l’état solide , agit sur elles d’une manière uniforme , cette symétrie se conserve dans toute l’étendue du cristal, et son influence sur la lumière est probablement

3o8 NOUVEAU SYSTÈME

la somme des deux sels mécaniquement réunis; Si, d’un autre côté, cette cause agit à différentes époques d’une manière inégale; si par exemple dans la cristallisation de deux sels d’une même solution, l’un d’eux abandonne! e dissolvant]dans une proportion plus grande, comparativement à l’autre, au commencement de la cristallisation que vers sa fin, les parties du cristal formées les dernières en contiennent moins que les premières, ce qui peut faire varier dans les différentes parties d’un même cristal la couleur et probablement aussi l’influence que ces parties exercent sur la lumière. La minéralogie nous présente des exemples nombreux de cristaux transparents dont la couleur a changé dans diverses époques de leur formation.

Il paraît donc qu’une solution définitive de ce problème est encore éloignée.

(4o) Talc.

Il est évident que ce que je viens de dire sur les micas est en grande partie applicable aux talcs. Aussi les analyses ont-elles donné des résultats fort différents. Dans quelques-uns il y a de la potasse, dans d’autres il n’y en a pas. Le talc zographique ne contient presque pas de magnésie, tandis que le talc lamellaire, d’après l’analyse de M. Yauquelin (Journal des mines,

MINÉRALOGIQUE. 3og

n° LXXXVI1Ï, p. 243), est exactement 2 MS5-\-4qf et paraît devoir se rapporter entièrement à la stéatite. Le talc zoographique au contraire ne paraît être qu’un silicate double à base d’oxidule de feé et de potasse, où la petite quantité de 2 centièmes de magnésie que Klaproth y a trouvée, n’est probablement qu’un mélange accidentel.' Ces observations prouvent donc qu’il y a encore beaucoup à faire sous le point de vue chimique pour faire disparaître toutes ces difficultés.

(40 Sulfate et mur iate d’ammoniaque*

On s’étonnera peut-être de trouver les sels ammoniacaux parmi les substances d’une composition analogue à celle des substances organiques. Outre qu’il est difficile de les placer parmi les substances de la première classe , je dois observer que si le phénomène de la réduction de l’ammoniaque en un corps métallique au moyen de la pile électrique , qui est parfaitement analogue à la réduction que présentent les autres alcalis dans les mêmes circonstances , n’est point une ressemblance entièrement trompeuse , il faut que l’ammoniaque soit l’oxide d’un radical composé ou double , et qu’il soit , par rapport aux autres alcalis, ce que sont, par exemple, les acides acétique et tartarique par rapport aux acides dont

3lO NOUVEAU SYSTÈME MINÉRALOGIQUE.

le radical est simple , par exemple aux acides sulfurique et phosphorique. Comme toutes les circonstances prouvent que l’hydrogène ne contient pas d’oxigène , l’azote doit être un corps oxide , dont le radical dans la réduction de l’ammoniaque se combine avec l’hydrogène , en formant une substance analogue aux métaux et qui se combine avec le mercure. J’ai exposé ces idées plus en détail dans un mémoire publié dans les Annalen der Phjrsik de M. Gilbert, à Leipsick, février i8i4, ainsi que dans les Annales de M. Thomson pour cette même année.

Page 1