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voyons , par exemple , que lorsque le salpêtre se forme de la dissolution mélange' e obtenue par la lessive des terres salpétrées , les cristaux sont réguliers, mais de couleur brune et contenant du sel marin. Aucun chimiste n’a jamais cru que ni la couleur brune , ni le sel qu’ils contiennent pussent appartenir aucunement à la composition chimique du salpêtre ; nous les regardons généralement comme des ingrédients étrangers dérivant de la solution dont le salpêtre s’est évaporé. Il est connu aussi que plus la dissolution a cristallisé lentement , et plus elle a formé de grands cristaux, plus le sel cristallisé peut être impur. La même chose doit avoir lieu dans le sein de la
expériences, c’est l’électricité -, et ce qui, dans nos laboratoires, est produit pendant un jour ou deux tout au plus, demande, dans le sein de la terre, des siècles pour son développement. Les masses mélangées du globe, traversées et pénétrées de toutes parts par l’eau , produisent une multitude de circuits électriques qui se croisent dans tous les sens, sans se gêner mutuellement dans leur opération , comme la lumière rayonnante dans l’atmosphère, et déterminent cette activité éternelle par laquelle la masse intérieure de la terre éprouve par degrés des changements continuels, des destructions et des formations nouvelles. Des cristallisations, des dissolutions, des réductions , des oxidalions s’y produisent incessamment sous des formes et sous des rapports que l’art, incapable de disposer de même des forces agissantes, ne sera peut-être jamais en état d’imiter»
terre lorsque les minéraux se cristallisent dans des solutions mélangées. La substance dont la solution contient le plus , et de laquelle elle est saturée , forme le cristal. Mais ce cristal renfermant entre ses lames des parties de la dissolution, est par là rendu impur et souvent en reçoit une couleur qui ne lui appartient absolument pas. C’est là la cause pourquoi un grand nombre de minéraux qui , à juger de leurs ingrédients particuliers , devraient être incolores , sont rouges» jaunes , bleus, et verts ; couleurs qui dérivent de la présence d’une petite quantité d’autres minéraux qui s’y trouvent mêlés , et qui sont ordinairement si bien divisés , qu’ils diminuent à peine d’une manière sensible la transparence du cristal. De là il arrive aussi que nous trouvons dans l’analyse des minéraux les mieux cristallisés deux, trois ou plusieurs ingrédi en ts qui n e montent pas à plus d’un pour cent , quelquefois même à moins, et qui, selon tout ce qu’on peut avoir lieu de croire , n’ont pas appartenu à la composition du minéral plus que le sel marin et la substance colorante n’appartiennent au salpêtre. Il est clair que , lorsque le résultat de l’analyse doit être jugé d’après la doctrine des proportions chimiques , les substances étrangères doivent en être soustraites. Mais il survient encore ici une autre difficulté : c’est que nous ne pouvons dé-
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terminer si quelques parties des substances considérées comme ingrédients principaux , n’appartiennent point aux corps étrangers qu’il faut retrancher. Une connaissance complète des minéraux dont les substances analysées sont accompagnées , peut aussi être utile pour nous aider à déterminer le véritable résultat analytique.
3° Une autre circonstance à laquelle on a fait jusqu’ici moins d’attention , c’est que lorsqu’une dissolution de deux ou plusieurs combinaisons est saturée avec quelques-unes d’elles , et commence à déposer des cristaux , il arrive souvent qu’une particule, ou molécule d’un composé est déposée à côté, ou avec plusieurs molécules d’un autre composé , de manière que par leur réunion elles constituent un cristal qui pour la forme , la couleur , la transparence et la pesanteur spécifique , diffère entièrement autant de la substance dont sa principale masse est formée, que de celle qui est mêlée à la première , le dernier ingrédient n’allant Souvent pas à un pour cent , lorsque quelquefois il se porte au delà. La quantité relative des substances qui s’associent dans la composition de ces cristaux paraît , autant que s’étendent nos expériences , dépendre entièrement de la quantité de chacune de celles , que le liquide est prêt à déposer au moment de la cristallisation. La chimie peut citer plusieurs
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exemples pareils, comme la cristallisation du sel commun en octaèdre, et celle du sel ammoniac en cubes dans l’ urine, la cristallisation simultanée du nitrate et de l’arséniate de plomb , lorsqu’une dissolution de ce dernier sel dans l’acide nitrique est évaporée.
Nous en avons un autre exemple remarquable dans le sel ammoniac cristallisé dans une solution saturée de muriate d’oxide de fer ; le sel cristallise en cubes transparents réguliers d’un rouge de rubis foncé , dans lesquels la proportion d’oxide de fer souvent ne va pas au delà d’un pour cent et demi.
La dissolution de ces cristaux dans l’eau est presque incolore ; le sel ammoniac se cristallise ensuite comme d’ordinaire par l’évaporation, et l’on ne trouve plus dans l’eau mère qu’une trace de muriate d’oxide de fer. 11 y a encore un exemple de sels, de nature très-différente , cristallisant ensemble dans le liquide qui restait après le procédé usité en Mande pour faire de l’oxi muriate de chaux. ( 'Wilson , dans les Annales de Thompson , page 365.) Le cristal est composé de sulfate de soude, de muriate de manganèse et d’environ 1 £p. c. de muriate de plomb. Ges sels ne peuvent exister emsemble , excepté dans une solution acide , semblable à celle dont ils se sont déposés , et ils se décomposent mu-
tuellement lorsqu’on les dissout dans l’eau pure.
Je suis persuadé qu’il en est ainsi de beaucoup de minéraux cristallisés, et jusqu’ici cet objet a été fort peu examiné ; ainsi par exemple , il paraît -à-peu-près certain d’après l’analyse de Strômeyer, que la forme des cristaux d’arragonite , sujet si remarquable de discussion , et qui diffère fort de la forme des cristaux de carbonate de chaux, est due à une formation environ semblable. Des molécules de carbonate de strontiane avec leur eau de cristallisation s’étant jointes dans un certain ordre à des molécules de carbonate de chaux , donnent naissance à une forme secondaire , qu’on ne saurait dériver uniquement de la forme primitive du carbonate de chaux pur. On peut comprendre par là comment l’arragonite contient une aussi petite quantité d’eau combinée chimiquement , d’un demi à trois quarts, ou d’un par cent , dont la soustraction détruit sa transparence, car cette quantité d’eau dépend de celle du carbonate de strontiane auquel elle appartient probablement comme eau de cristallisation.
11 n’est pas douteux néanmoins qu’il n’y ait encore beaucoup de difficul tés à craindre dans les procédés pour porter les analyses des minéraux , et par conséquent les conclusions qu’on peut en tirer, à la plus grande perfection possible.
J’ose cependant espérer que ces difficultés ne seront pas insurmontables.
Il reste maintenant à dire quelques mots sur la détermination du résultat quantilalif des analyses minérales , et sur la répartition exacte des parties constituantes des minéraux. Il est évident que si dans l’examen de la composition d’un sel , de l’alun par exemple , nous nous bornions à le considérer comme composé de potassium, d’aluminium, de soufre, d’hydrogène et d’oxigène , nous ne pourrions retirer sous le rapport scientifique qu’un très-petit avantage de cette détermination ; nous approchons un peu plus dë la nature du composé, lorsque nous le considérons comme formé d’acide sulfurique , d’alumine , de potasse et d’eau. La composition de ce sel avait été long-temps regardée comme telle par les chimistes , et c’est de là qu’il avait reçu le nom de sel triple , ou de sel composé de trois ingrédients principaux. Un second pas vers une connaissance plus parfaite de la nature de l’alun , était de le considérer comme composé de sulfate de potasse et de sulfate d’alumine , avec de l’eau de cristallisation , ce qui l’a fait nommer un sel double. Enfin en dernier lieula théorie des proportions chimiques, a achevé , si je puis parler ainsi , le complément de nos connaissances sur la nature de ce sel ,
en nous faisant connaître qu’il est composé d’une molécule de sulfate de potasse , de deux de sulfate d’alumine , et de vingt-quatre d’eau de cristallisation.
Les chimistes ont long -temps considéré les pierres comme composées de diverses terres sans les réunir en combinaisons binaires et sans s’apercevoir de leurs proportions définies , de meme qu’ils avaient fait à une epoque peu éloignée pour les parties constituantes de l’alun. Depuis le développement de la théorie électro-chimique et les lois des proportions, il est devenu nécessaire d’entreprendre d’éclaircirde même scientifiquement la nature des minéraux. Nos devanciers , et parmi eux au premier rang l’excellent Klaproth, nous ont préparé, par leurs différentes analyses, beaucoup de matériaux pour ce travail , quoique l’entier accomplissement de l’entreprise , ne puisse être le résultat que de travaux futurs dirigés entièrement vers l’objet avec tout le soin possible pour obtenir la plus grande exactitude , sans quoi le but ne sera jamais atteint.
C’est principalement l’examen de la classe minérale dans laquelle la silice est l’ingrédient électro-négatif, c’est-à-dire joue le rôle d’acide, qui répand le plus grand jour sur le reste de la minéralogie , parce que cette classe est la plus
nombreuse , et que ce qui lui est appliqué peut l’être naturellement et sans difficulté à d’autres classes qui ne sont pas encore bien connues. Je la désignerai par le nom général de silicates.
Dans mon Essai pour établir un système électro-chimique, avec une nomenclature appropriée (Journal de Physique , ann. 181 1) , j’ai fait mention des combinaisons de silice avec les autres oxides , comme de sels que j’ai nommés silicates , Il eût sans doute été prématuré alors d’essayer de diriger davantage l’ attention vers les silicates minéralogiques, parce que le cahos où se trouvaient ces derniers , eût servi plutôt à prévenir contre de pareilles idées , sur-tout comme la nature de ce traité ne comportait pas une exposition plus étendue du sujet. J’ai appris depuis , avec une vraie satisfaction que M. Smithson , l’un des minéralogistes les plus expérimentés de l’Europe , sans avoir eu connaissance de mon Essai, a publié une idée semblable dans un Mémoire sur la nature de la natrolite et de la mésotype. On ne pourra disconvenir qu’une pareille coïncidence dérivée d’une part de la chimie seule , et de l’autre d’un point de vue d’analyse minéralogique , ne fournisse une preuve très-forte de la justesse de l’idée, ce qui me fait espérer qu’aucun minéralogiste , au courant de l’état actuel de la chimie, ne conservera des doutes.
La silice considérée comme un acide , a la propriété de former des silicates de plusieurs degrés différents desaturation. Les plus communs sont ceux dans lesquels la silice contient la même quantité d’oxigène que la base avec laquelle elle est combinée ; je leur donnerai le nom latin de silicialés. Ceux qu’on rencontre ensuite sont distingués en ce que la silice contient trois fois l’oxigène de la base. Je les nommerai trisilwiatés ; il arrive aussi assez souvent qu’ils contiennent deux fois l’oxigène de la base ; ce seront les bisiliciatés . La silice produit également un grand nombre de combinaisons avec un excès de base à différens degrés dé saturation , ce que je désignerai dans la nomenclature par les termes de bi, tri , etc.; par exemple, silicias bi-aiummicus tri-aluminiçüs annoncent que la base, c’est-à-dire l’alumine , contient deux ou trois fois l’oxigène de la silice.
La silice , ainsi que les autres acides , donne aussi des silicates doubles en partie avec , en partie sans eau de cristallisation. On trouve le plus fréquemment que les bases ayant une tendance à produire les sels doubles aivec d’autres acides, en font autant ici ; ensorte que dans les doubles silicates nous trouvons encore, quoiqu’il se présente quelques exceptions, les mêmes proportions entre les bases comme dans les autres
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sels doubles de ces memes bases déjà connues. Ainsi , par exemple, si dans le feld spath commun on changeait le silicium en soufre, on aurait l’alun anhydre. t
Mais la nature dans ses riches réservoirs, où se trouve un si grand nombre de silicates , qui peuvent obéir sans aucune résistance au plus faible degré d’affinité, présente aussi un grand nombre de combinaisons encore plus variées , qui n’ont que peu ou point d’analogues dans les produits de nos laboratoires. Ainsi, par exemple, on trouve des silicates avec trois où quatre , et peut-êtqe même d’après des expériences qui seraient plus étendues, encore plus de bases, qui toutes constituent une combinaison commune et dont la forme régulière cristalline semble rendre évident qu’elle peut être regardée comme un tout chimique , à moins qu’il ne soit prouvé dans la suite par les circonstances que de pareils corps appartiennent à la classe des cristaux, qui sont formés de différentes substances juxta-posées, mais non combinées chimiquement. Dans ces cas, il arrive souvent que les silicates combinés ne sont pas au même degré de saturation , mais qu’une ou plusieurs des bases les plus faibles sont des sous-silicates ou des silicates > en même temps qu’une ou plusieurs des plus fortes sont des bi ou tri-silicates . C’est au moins ce que
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les analyses paraissent indiquer maintenant.' L’impossibilité où nous nous trouvons de produire de semblables combinaisons dans nos laboratoires vient évidemment de ce que nous obtenons d’ordinaire nos résultats par l’application de circonstances momentanées qui agissent d’une manière trop rapide et trop violente pour permettre l’influence des affinités les plus faibles.
J’ai eu aussi l’occasion de me faire cette question : Peut-on croire que dans une telle combinaison , lentement formée , des silicates de même base , mais à différents degrés de combinaison , puissent être unis avec des silicates d’une autre base , de manière à former une combinaison chimique? Par exemple , une molécule de silicate de potasse peut-elle être unie avec deux molécules de silicate d’alumine , et deux molécules de sous-silicate d’alumine? Des raisons théoriques me conduisent à regarder un pareil effet comme peu probable. Ainsi, il est à croire que lorsqu’un semblable cas se présente , il faut considérer le minéral comme un mélange endurci de deux silicates en différents états de saturation, comme si l’on avait fait évaporer à sec une solution d’un sel neutre , mêlée d’un sous -sel de la même base. Telle est, par exemple, la composition de l’agamaltolithe , d’après l’analyse de John. Cependant on doit laisser la so-
lution de cette difficulté à une expérience future.
Pour mettre mes lecteurs en état de juger jusqu’à quel point ces idées théoriques peuvent être vérifiées, je vais ajouter quelques exemples relatifs à différents silicates.