TEoiLLE. Une feuille , avons-non
dit , est une eipan.ion membraneuse provenant du développement en largeur d’une vésicule née sur la surface du cylindre tigellaire , et élaborant toujours de la matière colorante d'abord verte. La feuille est
destinée à receler , dans son aisselle , nn bourgeon qui lui survit.
1000. D’après cette défînition , tonte feuille doit être revêtue d’une membrane continue, et sans aucune solution de continuité ; c’est l’enveloppe CTternc de la vésicule dont la feuille n’est qlie le développement ; c’est l’épiderme. Cette membrane paraît simple, à nos moyens d’observ.v tion , tant qu’elle n’est pas arrivée à des dimensions capables de rendre appréciables les éléments globulaires de sa paroi ; dans ce cas, elle est si mince et si fragile, qu’elle se déchire plutôt qu’elle ne sc détache des tissus internes qu’elle recouvre; le descripteur dit alors qu’elle n’exisie pas. C’est ce qu’on a admis à l’égard des petites feuilles des Mousses (pl. 57 , 6g. 4, S, J!), des Marchanlia, dont le tissu
STnUCTDBE ET DÉVELOPPEMENT
cellulaire icroble souvent n’ctrc qu'un agréj^at de cellules en cotiUcl immédiat avec l'air extérieur. Ou a attribué la même anomalie aux feiiÜles aquatiques, cVsl-à'* dire aux l'euilles qui végètent plus ou moins profondément plongées dans Peau; ces feuilles, d'après les auteurs, n'auraient pas d'épiderme, parce qu'on n'est pas venu à bout de le détacher, comme des feuilles ordinaires. On aurait dû en dire autant de bien d'autres feuilles, surtout des feuilles résineuses, telles que celles du A'erium oicander,
1O01 . 3Jais il est absurde de penser que la nature ait créé des organes analogues , avec de telles anomalies, //analogie aurait du porter les observateurs à ii'atlribuer qu'à l'impuissance de nos dissections l'ab« sence de la surface épidermique de ses feuilles. 11 est facile de concevoir, en ef> fet, que, chez certaines plantes, la surface épidermique d'une feuille , se trouvant à l'abri d'une dessiccation progressive, conserve, par l'épaisseur de sa substance, et par l'infiltration et l'élaboration de ses cellules, une adhérence plus intime avec les tissus intérieurs, et qu'elle larde à devenir écorce , et à sc détacher spontanément, sous l'effort du scalpel. Mais, s'il est vrai que toute feuille a commencé par n'élre qu'un globule vésiculeux, et qu'elle SC soit développée par une succession non interrompue de générations vésiculaires et internes , les unes par rapport aux autres (5iC), il est évident ijue toute feuille doit être revêtue d'uiic enveloppe générale, qui, pour conserver plus ou moins longtemps fépaisseur, la vitalité de ses cellules f cl l'adliéreiicc du ses parois, n'en possédera pas moins le caractère essentiel de l'épiderme, tel que la théorie nous l'a délini. I^cs feuilles et les tigelles des Mousses, les enlronœuds des Couferves, les expansions des Marchantia ^ auront tout aussi bien un épiderme <p>e les itHÛliea des Potamogetorif des Njmphœaf et celles-ci tout aussi bien <]uc les feuilles de nos arbres et do nos herbes. I/expénence suppléera même à f impuissance ou à l'inhabileté de la dissection, pour en cousUlcr partout la préseucej chez les
petites plantes, on distinguera, par le jeu de la lumière transmise, un petit rebord blanc autour de la feqille en miniature , qui, sur tout le reste de sa surface, apparaîtra opaque; ce rebord transparent ne SC produirait pas, si le tissu opaque de la fouille ue se trouvait pas emprisonné dans une vésicule épidermique; c'est ce ce dont on s'assure en observant de la même manière les bordsd'uiie feuillechez la<iueile on a constaté , par no autre procédé, la présence d'un épiderme.
Chez les plantes, au contraire, dont les feuilles, soit résineuses, soilconstaoioieot plongées dans un milieu conservateur, laissent diiricilemeiit détacher leur surface épidermique , ou découvre la, présence de cette membrane externe, soit en laissant macérer la plante dans feau froide, soit en la laissant infuser quelques instants, soit enfiu en la traitant par un réactif acide ou alcalin.
Par un esprit judicieux, l'analogie tient lieux de ces expériences; car nous avons démontré que rien d'organisé ne s'engendre qu'à l'intérieur d'une autre organe; donc la substance de la feuille a du s'engendrer à f intérieur d'une vésicule; et celte vésicule , c'est l'épiderme.
lOOâ. ün a admis des feuilles munies de stomateSf et des feuilles sans stomateSf avec la même logique qui avait établi la distinction précédente ; mais il aurait fallu, avant tout , constater d'une manière positive et le» fonctions, et les caractères essentiel» <pii constituent ce qu'ou a appelé les or, comme nous avons déjà
reconnu (G90) que les fonctions des stomaies sont inconnues, que leur structure, si étrangement décrite par les observateurs, ii'arTpcle aucun oaraclêre stable, et que, de passage en passage, nous sommes arrivés à ne voir, dans ces organes siiperfîciels, que le» analogues de toute cellule non épuisée et cuntinuaut l'élaboratiou qui lui est propre, il s'ensuit qu'une reinlle,qui s'en trouverait à la rigueur privée, fonclioiiiieraitlout aussi bien, cl dans 1rs mêmes circonstances , que celle qui s'eu trouve le plu» richement poiirvuejet leur abscQce ou leur préseuce ne formera
DE LA FEDIELE, DE
jamais nn caracl^TP d’nne classe, d'une famille ou d’un (jenre.
1005. La théorie du développement de la reiiille autorise h penser <]u’â un certain â{je,Je tissu de répiderme n'estqii’un tissu de stomateSf et que les stomates f qui s'offrent sur Vépiderme des feuilles les plus âgées, ne sont que des cellules retar* dalaires ou nouvellement formées.
1001. On peut souvent en dire autant des poils qui subsistent sur le tissu des tiges et des feuilles. Dans le principe, les org.inca ainsi velus n'offrent pas iin point de leur surface qui ne porte un poil simple , glanduleux ou ramiHé. Il est des feuilles destinées à n'offrir plus tard qu'une surface lisse et luisante , et qui, dans le principe, sont couvertes d'un du- ' vet épais \ telles sont les premières pousses qui sortent du bourgeon épanoui de culus hippocaslanum surtout. Quelles liges et quelles feuilles plus lisses que celles du Lilas, à toutes les époques où notre œil est capable d'en apprécier la surface? Eli bien! pourtant, si , à l'aide d'une faible loupe, on cherche à pénétrer dans le sein des plus jeunes pousses, ou du bourgeon prêta s'épanouir, on trouve tous ces organes hérissés de petits poils glanduleux. Le caractère spécifique tiré de la surface glabre et velue, n'est donc qu'un caraclé^rc fugace, qu'un caractère de dépouille- | ment; le moindre ebaugement dans les I influences extérieures est capable de le | rendre durable ou passager, et, dans Lieu i des cas, les plantes velues ne sont pas des ; plantes originairement glabres, qui ont repris des poils , mais seulement des plantes d'abord velues, qui les ont conservés.
1005. Il en est de même de la forme qti'affeclent les feuilles dans leurs contours. Les feuilles découpées le plus profondément, sur la lige âgée, sont simples dans le bourgeon, et privées même de toute trace de dents; les feuilles à réseau nerveux le plus ricliemeiil anastomosé, n'y ont encore qu’une nervure iiiediaiie; les feuilles péliolées y sont sessiles; à cette époque, toute feuille est , par rapport à ce qu'elle sera ud jour, ce que les
feuilles les plus haut placées sur la tige sont à IVgard des feuilles les plus basses , et partant, les plus anciennes; enfin, ce que tout follicule est a la feuille de la même tige (338) (pL 6, fig. 5 et 4). Qu’y a-t-il eu cela d'élonnant, puisqu'eu remontant plus haut, par l'analogie, on trouve que toute feuille a commencé par un globule ?
lüOü. La nervation des feuilles n’est donc pas un caractère préexistant. Les nervures se développent, s'agrandissent, 80 ramifient continuellement par les progrès de l'age. En elfet , les nervures se composant d'organes vasculaires qui engendrent indéfiniment à Textérieur, de même que le tissu cellulaire engendre indéfiiiimenl à rintérieiir de chaque cellule; les vaisseaux se glissent entre les interstices des cellules qui se forment chaque jour, et la capacité qu'ils occupent grossit eu raison des développements qui s'y accumulent. Quelle diflérence entre la nervation de la feuille pl. 6, fig. 4 , et la nervation de la feuille pl. G , fig. â ? La première n'est que le jeune âge de celle dont la seconde ofirc uu fragment.
1007. ün avait cru trouver, entre les feuilles des monocotylédones cl celles des dicotylédones, des différences de structure aussi importantes que celles que Pou avait signalées entre les liges de ces deux classes de plantes; à la vérité, Pimporlance ii'en est pas plus grande. D'après Ica auteurs , les feuilles des monocotylédones afiécteraieut le caractère que nous avons désigné sous le nom desynnervié (fiSjoS"); toutes leurs nervures , parlant de la base, devraient marcher presque parallèlement, pour arriver au sommet, tandis que les nervures des dicotylédones doivent se ramifier et s'anastomoser, comme l'indiquent les figures 8, 13, 41 de la pl. 7. Mais une telle dilTérence est infiniment plus tranchée dans les définitions des auteurs que sur les livres, et il est plus d'une feuille <!e monocotylédones qui rappelle , par sa structure, l’organisation des feuilles des dicotylédones; telles sont les feuilles du Callitrichc J de certains Potamogeton ,
, du Dioscorea, des Âroïdes, du Ruscus, etc*
STRUCTURE ET DEVELOPPEMENT
Le* gignniojqncs feuille* des Musaf de chaque côté de leur nervure médiane , jellenl des rayonnements cellulaires en barbes de plume , sur le type de la feuille du Neriitm oleander 21 , fiq, 10), cl leur déchirement ne peut s'opérer que transversalement, dans le sens des nervures latérales. Les sépales d'un assez grand nombre de fleurs dicotylédones (cl nous savons que les sépales ne sont que les feuilles de la même plante, réduites à de moindres dimensions), ces sépales, disons* nous , arfcclenl on tout point l'organisation des feuilles monocotylédones. Ainsi , les sépales des Géranium sont trinerviées, comme la plupart des paillettes de graminées ou de cypéracéesj on remar(|uc la même chose sur les sépales de certaines dianlhées. f^iie l'on compare avec attention les locustes du Panicumselaria (pl. 18, fig. 3) avec les fleurs de Vüriica dioica femelle (pl. 51, fig, 2), on croira avoir presque devant les yeux l’organisation florale de la même panicule ; les deux valves s'emboîtent chez l'une et chez l'autre fleur de la même manière ; la seule différence, c’est que , chez le Panicum , de même que chez toutes les plantes graminées , la disposition des valves est alterne, tandis qufc , chez VUrüca , elle est opposéecroisée (pl. 51 , fig. 6). Mais la structure, chez celle-ci , est autant celle des monocolylédones que chez celles-là j car toutes ces valves de l’Ortie sont traversées par une forte nervure médiane qui arrive au sommet sans s'anastomoser. Enfin, chez les monocotylédones a feuilles le plus rigoureusement synnerviées , à nervures le moins anastomosées, il arrive fréquemment que la nature s'écarte brusquement de ce type , pour passer , de la manière la mieux caractérisée , au type des dicotylédones. Nous avons rencontré fréquemment celte anomalie , ou plutôt celte confirmation du principe, dans les enveloppes florales des fleurs de Maïs, qui, cultivé dans nos jardins , tendait à reprendre ses caractères primordiaux, pour arriver à ceux du Sorghitntf qui parait être le maïs spontané (131). Je ne pense pas que les observateurs, avant toute cxplicalion ,
eussent été tentés de voir un organe de monocotylédones dans la gltimc iiFférieure (pl. 17, fig. 14), qui n'est pourtant que l’une des enveloppes florales delà locuste (fig. 13); ici, plus de nervures parallèles ou convergentes; toutes les nervures se sont anastomosées. Le caractère tiré de la nervation des feuilles ne peut donc pas plus servir que celui de la structure interne de la tige , à établir une ligne de démarcation entre les plantes sans ou à deux cotylédons.
1008. Une feuille est susceptible d’avoir une gaine, un pétiole et un limbe; mais un lioibe lui suflit pour fonctionner, il ne faudrait pas confondre, avec le pétiole, la portion rétrécie d'une feuille se rapprochant de la forme spatulée. Ainsi, ce n’est pas un pétiole que la portion «, pl. 20, fig. 3 de la feuille; ce n’est que la portion rétrécie d'un limbe sessilc ; caria nervure médiane s'étend sans discontinuité de la base au sommet; la pointe de l'instrument tranchant la traverse, d.vns toute sa longueur, sans reoconlrcr le moindre obstacle. Que l'on cherche , au contraire, à diviser ainsi, dans toute sa longueur, le pétiole {pi) , pour passer dans la nervure médiane de son limbe (/m) , chez les feuilles de l'Érable (pl. 29, fig. 3), de Vlïydrocotyle (pl. 7 , fig. 13), du Passijiora (pl. 6, fig. 9), du Géranium^ de la Vigne , etc., l'instrument , arrivé au bout du pétiole, se trouvera tout a coup arrêté par une articulation sur laqu^fe s'insèrent les nervures divergentes ; cette articulation est la ligne de démarcation du pétiole ou du limbe. Si, du côté opposé, on cherche a diviser le pétiole pour pénétrer jusque dans la tige sur laquelle il s'attache, on éprouve une plus grande résistance encore ; il y a encore là articulation. Le pétiole est donc un véritable enlrcna ud , dont le limbe figure la feuille sossilc et souvent embrassante ; le pétiole est une tige qui s'est arrêtée à sa première feuille. Si , comme toutes les articulations caulinaires , celle qui termine le pétiole n'était pas restée stérile, la feuille eut été chargée de continuer la tige, ou de la termiuer; elle l'aurait continuée, «t