‹ Nouveau système de physiologie végétale et de botanique fondé sur les mèthodes d'observation qui ont été développées dans le nouveau système de chimie organiqueChapitre 134 sur 310 · SEMELLE (97, 1091) DE LA PLECB · texte numérisé non relu

SEMELLE (97, 1091) DE LA PLECB

1601. La fécondation est une création ; c'est la combinaison de deux éléments contraires, qui s'attirent, et se confondeut par la copulation. Les circonstances appréciables à la vue qui accompagnent ce phénomène d'attraction , varient à l'infini , en raison de la forme accessoire de deux organes de nom contraire, qui recèlent les deux éléments de la fécondation. En général, les organes mâles, simples feuilles déviées, qui ont transformé leur limbe eu anthère et leur pédoncule en

Süll CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER.

fiUaent, Uê orgaae* mal«a plua libre*, $e porlent *ur le pUlil , iounobile per raoalogie Je ta elrucliire avec te tronc. Cbex cerUioee fleure, telle* que le iiapalustris, le* GeramiK/ny le* Saxifrages, le» Lüiacées, on voit les élamiDes s'avancer une à une au baiser du pistil , et reprendre tuccessiveoieiilleur rangel leur direction, après avoir accompli leur part du mystère. Cbe2 le Mwnenbachia (pl. 96, üg. 9), ou les voit arriver pres<}ue par paquets entiers*, cbes la Capucine, les huit élaniiBes s'accouplent avec le pistil, 1rs unes après le* autres, et recommencent ainsi peudaut buit jour»; cbex d'autres fleurs, comme chez les Syoantbérées (pl. 31, fig. 1, 5), l’appareil staininilère , formant une sorte de fourreau serré, reste lui-méme immobile au milieu du mouvement de l'explosion. Cbez d'autres, l’étamine, fixe sur son pivot, lance son pollen, ou son aura seminaliSj sans manifester la moindre irritabilité. Cbez le plus grand nombre de fleurs, rirritabilité du filament de l'étamine cesse après la copulation ; chez d'autres, telles que la fleur du BerUeris, elle survit longtemps encore à cet acte; l'étamine, par no mouvement brusque, se rapproche du pistil toutes les fois qu'ou la touche avec une petite pointe, et elle repreud sa place quelques instants après; elle reprodultainsi le phénomène des folioles de la Sensitive. Les étamines de VjimarjrllU aurta oiïreul une espèce d'agitation convulsive.

1669. Les stigmates, plus mobiles que leur pistil, se portent vers les étamiiics, chez les Passiflores, les Nigelles, le Lis; leurs fibrilles, ou leurs papilles, exécutent à leur tour des mouveroenU qui dénotent une irritabilité spéciale dans ces petits organes. Les poils balayeurs ^ qu'on avait regardés comme caractéristique* des stigmates des Synaothérées, ne sont que les fibrilles sligmaliques des autres plantes, qui , dans celle famille, se prêtent mieux, à cause de leur longueur, à ce mouvement. Lesstigmates foliacés de la Tulipe et delaGratiole restent béants, et, en quelque sorte, dévorés de Hoipatience érotique, même après qu'ou ies a séparés du pistil ; mais le moin-

dre attouchement d'on corps étranger lea ramène incontinent à la pudeur*

1663. Chez le plus grand nombre dea fleurs, l'accouplement a lieu à l'époque même de l'épanouissenienl de la corolle et au grand jour; chez d'autres, il se réalise plus lard ou plus lentement; d'autres, au contraire, couvrent ce mystère d'un voile épais, et tout est consommé lorsque la fleur est épanouie. Chez les plantes aquatiques, la maturation peut s'achever sous l'eau, mais la fécoudaliona besoin de Pair et de la lumière. La y allUnû’ria est devenue célèbre, dans l'bUloire de la fécondation végétale, par le mécanisme de ta copulation. Cette plante vit au fond des eaux du midi de l'Europe; ies sexes sont séparés sur les individus. La fleur de l'individu femelle est portée par un pédoncule qui se rouie en spirale, de la même manière que le pédoncule, si curieux dans ses mouvemenU, des infusoires fluvlatiles, qu'on désigne sous le nom de Vorticelles rameuses. Les fleurs mâles, au contraire, sont réunies en tètes, dans le fond d'une spalbê , qui ne tient qu'à uu pédoncule radical et très-court. Dès que le jour de la fécondation a lui, 1a spatbe des fleurs males se détache, et vient flotter à U surface de Peait ; U pédoncule de la fleur femelle dérouln ses nombreux tours de

t spire; sa fleur vient s'étaler à la surface, pour recevoir le tribut des fleurs mâles , qui flottent autour d'elle, lui accordent avec explosion les faveurs de leur pollen , cl se fanent ensuite, tandis que 1a fleur femello redescend au fond des eaux , en rapprochant les tours de spire de sou pédoncule, et va mûrir dans l'aisselle protectrice dit rameau maternel.

1664. Nous distinguerons, dans l'acte de l'accouplement, trois circonstances principales, également appréciables à la vue simple ou aidée des verres grossissants : l'eiplosioD , l'émission, et l'éjaculation du pollen.

1665. L'xxplosion a lieu par la déhiscence brusque de chaque theca de l'anthère (565); son effet est de lancer les grains de pollen sur le pistil. L'fmission remplace l'explosion, cbez les anlbères

Digitiz.e<3 by Googic

HISTOIRE DES INFLUENCES

dont le tissu ne se désa^r^ge pas en grains de pollen isolés; elle s'exécute, soit par transsudalion, soit par décomposition.

Le fluide fécondant est transsudé, à travers les parois du tissu pollinique, chez les Asclépiadées , les Orchidées , les Aristoloches, etc.; il parvient au pistil par la décomposition et la marcescence du tissu de l'anthère ,’ chez la Balsamine (pl. 41, flg. 10,11) (371). L'éjacoi,stio5 est l'émission du fluide pollinique hors de chacun des grains de pollen que l'expolsion a lancés sur les stigmates du pistil.

1666. Les premiers observateurs ont depuis longtemps remarqué que les grains de pollen déposés dans une goutte d'eau, sur le porte-objet du microscope, ne tardent pas à éprouver un mouvement de recul, et à lancer ensuite au-dehors un liquide nuageux ,qui se résout en granulations , ou semble rester coagulé, comme une sorte de boyau , autour de la sphère pollinique. Dans un long travail, auquel nous avons déjà plus d'une fois renvoyé nos lecteurs et qui est devenu célèbre , dans rhistoire des séances académiques, par un plagiat couronné , et par les palinodies de trois commissions consécutives [1], nous nous sommes livré, par les procédés delà nouvelle méthode , à l'étude chimique et physiologique du phénomène.

Il résulte de ce travail que la matière éjaculée , dans l'explosioh , est de nature glulineuse, tantôt soluble dans l'eau, tantôt organisée en tissu ductile et élastique , qui , forcé de passer par la filière du grain de hile du pollen , se tord et s'enroule sur lui-méme, comme la pâle que le piston force à sortir par un corps de pompe criblé de trous.

1667. Or, comme le pistil , à l'approche delà fécondation , est enveloppé d'une atmosphère humide , et que ses papilles sont turgescentes d'un liquide limpide et abondant, le pollen qui vient s'appliquer à leur surfaceet qui s'y tient collé avec autant

de puissance que la cellule mâle de la Con • ferve s'attache à la cellule femelle (585); le pollen , dis-je , ne saurait manquer de faire explosion , placé qu'il est dans les mêmes circonstances que sur le porteobjet de l'observation microscopique. La rosée de lanuit et celle dumatin doivent à leur tour favoriser encore la réalisation du phénomène. Aussi n'est-il pas rare de trouver tous les grains de pollen qui ont séjourné quelques instants sur les stigmates de leur plante , munis chacun d'une anse plus ou moins longue de boyau, qui s'est entortillée autour des fibrilles stigmatiques.

1668. Par respect pour la science, nous nous garderons bien de nous occuper des opinions académiques par lesquelles on a cherché à ériger ce boyau glulineux en un pénis végétal, qu'on avait vu, assuraiton, s'insinuer entre les papilles, et jusque dans le tissu cellulaire du stigmate, pour éjaculer, dans ce vagin, les animalcules spermatiques, que, par un plus grand tour de force, on voyait voyager à travers la transparence du tissu du style, et arriver, à bon port et en droite ligne, jusqu'au mamelon basilaire de l'ovule, pour y former de toutes pièces l'embryon, en se nichant juste à la place où plus tard l'embryon s'observe. On croira difficilement, dans un certain nombre d'années, qu'il nous ait fallu deux ans de polémique, pour amener, pas à pas, les commissions académiques à déclarer sérieusement et en so frottant les yeux, qu'il fallait enfin douter de l'exactitude de ces observations, qui furent d'abord si solennellemenl courounées.

1669. Ce que le grain de pollen cède au stigmate, nous l'ignorons; mais ce n'est certes rien de visible à nos moyens d'observation; le boyau qui sort quelquefois du pollen, et qui sc résout souvent en particules nuageuses dans l'explosion , bien loin d'étre un organe actif, n'est qu'un dé-

fi] Mémoire sur Ui tUtut organises ^ $ 6i et %uir. Société it'/üiloire naturelle de Paris , U Ul. — Voy.iur nù»(oiredu \i\SiQ\ei , Annales des Kien>

ces dohseroationt t. I« février 1819, p. a3a et »uiv., et mai i83o, t. IV, p. 3i3.

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER

iris et qu’une désorganisation d’un tissu interne. Les molécules , de forme et de dimension indéterminables, qui semblent s’agiter autour du grain de pollen après l'explosion, ne sont que des molécules de gluten , ou des globules d’nne subslauce oléagineuse ou résineuse, que le tourbillon du liquide fait tourner dans dirers sens, par des mouvements entièrement automatiques [1].

1670. Mais ce qui est constant aujourd’hui plus que jamais, c’est que dès l’instant que le contact a eu lieu entre les grains de pollen et le stigmate, on est sûr que l’ovnletend à se développer en graine. 11 est certain que si, avant la fécondation, on retranchait du style cet organe vasculaire (le stigmate avec toutes scs papilles), l’action du pollen sur le développement du rameau embryonnaire serait nulle.

Ainsi, d’un côté, un rameau rudimentaire avec son tronc vasculaire et sa foliation papillaire (562), c’est-à-dire le style avec son stigmate ; de l’autre, le fluide innominé, que recèlent les cellules qui, en général, s’isolent les unes des autres, dans un organe analogue de la feuille (564), c està-dire le pollen de l’étamine ; or dès que l’une de ces cellules polliniques s’est applic^uée sur les papilles des stigmates, fécondation. Hais nous avons démontré que l’embryon , qui devient de plus en plus visible à la suite de cet acte, n’est qu’une sommité de rameau organiquement adhérente, par sa base, à la paroi de l’enveloppe cellulaire, qui était très-distincte et tonte formée d’avance, longtemps avant la fécondation. Donc la fécondation a pour but , non d’engendrer et d’implanter un nouvel être tout formé dans la capacité d’un organe femelle j mais simplement de provoquer le développement d’un organe qui préexiste, non pas de toute éternité, comme on semblait l’admettre dans la théorie de l’emboîtement des germes, mais seulement depuis que la cellule ma-

f i) Voy., outre les Mimoirct ci-dessus cités, notre Ira rail Sur Ut granuUi du pollen. Mimoira de ta SocUU drutloirt NaturtlU de Paru , l. IV.

ternelle a terminé l’élaboration, qui la rend apte à continuer le type duquel elle émane.

1671. Mais le fluide fécondant n’arrive pas à l’ovule immédiatement, et en suivant les détours de la vascularité; nous avons démontré, en effet, que les organes divers tiennent, par un hile ou uafunicule, à l’organe maternel, mais que leur système vasculaire n’est jamais dans une communication immédiate. Lorsque le style s’est chargé de la puissance électrique du pollen, et qu’il l’a transmise an placenta dont il n'est que la continuation, tout cet appareil est devenu ainsi appareil staminifère par rapport à l’ovule que recèle l’ovaire; dès ce moment, l'ovule éprouve, pour l’appareil placentaire, la même sympathie qui a porté le stigmate au-devant du pollen ; et comme le placenta est immobile, c’est l’ovule qui vient s’attacher à sa surface par le baiser longuement prolongé de son stigmalule (1128); et le scalpel qui éventre la panse de l’ovaire ne met pas fîn à de si intimes amours. Le végétal a, pour ainsi dire , comme l’animal , sa trompe de Fallope , qui répète sur l’ovaire , dans la cavité de l’abdomen , l’accouplement qni vient de s’opérer sur les organes les plus externes de l’appareil génital.

1672. Il n’est pas jusqu’à la structure intime, que dis-je ? jusqu'à la forme du sligmatule, qui ne rappelle évidemment son analogie avec le stigmate du style. En général, papillaire et transparent, terminant un col vasculaire qui représente le tronc du style, on le voit revêtir, chez les Polygala , la forme encapuchonnée qni caractérise, parmi toutes les autres, le stigmate de cette famille de plantes ; chez cerUines espèces de ce genre dont la graine parvient à de grandes dimensions, ce stigmatule imite la forme des casques antiques ; et dans le fond de sa portion antérieure , on remarque une empreinte circulaire, d’un tissu mou et transparent, qui traverse 1« test de pvt en part , et paraît être l’agent intermédiaire de la transmission fécondante, c’est-à-dire l’organe vasculaire et le style de l’ovule, l’orgaue enfin qu’à un âge plus tendre les

HISTOIRE DES INFLUENCES

obferratenrt prenaient pour tine perforation.

1675. Mais si Tembryon n'est rpi'iin rameau terminal, dont ia fécondation provoque le développement , et si , d'un autre côté , nous reconnaissons Pétamine et sa destination à la présence des or(;anes polltniques , Panaioqie la moins contesta* ble doit nous porter h admettre , comme un fait démontré, que nul rameau caulinaire nesVst développé qu'àla luited'une fécondation spéciale, et que la feuille dans faisselle de laquelle il s'est formé a été son étamioe , non*seulcment parce que la feuille occupe, par rapporté son bourgeon , la place de Pélamine à l'égard do pistil, mais surtout parce que, cliec beaucoup de plantes, elle se couvre d'organes polliniquet les mieux caractérisés, de vrais grains de pollen (697). Le bourgeon lui-méme, à l’époque que l'on est en droit de considérer comme antérieure à U lécoodalion , présente l'appareil externe d'un ovaire, il a set stigmates tout aussi régulièrement conformés que cbes les pistils floraux ; et à l'époque de sa maturité, H a, tout aussi régulièrement que les péricarpes , sa déhiscence valvairc.

1674. Enfin, d'analyse en analyse, et en ayant soin d'éliminer du problème toutes les circonstances qui ne sont pas essentielles à l'acte de la fécondation , ndtis sommes arrivés à concevoir et i établir, par des exemples , que la fécondation peut avoir lieu, sans que l'appareil mAle revête la forme babiluelle de l'élamitie, sans que le fluide séminal soit renfermé dans des utricules d'une structure compliquée; enfin sans que l'organe femelle ail un style , tin stigmate , des loges aussi richement organisées que chez les fleurs du haut de l'échelle systématique. Nous avons vu l'appareil mâle et l'appareil femelle, fidèles aux in<luclions de la théorie, se réduire à la forme de deux cellules si simplet et si identiques , que l'œil le plus exercé ne saurait tes distinguer l'une de l'autre avant l'accouplement qui les unit. CVst là , c'est dans la Conferve que le phénomène de ta fécondation doit être désormais étudié; parce que c'est U qu'il

se réduit à son expression la pins simple et en même temps la mieux appréciable à nos moyens d'observation. Or, plus nous approcherons de la solution du problème, plus nous noos convaincrons qu'en dernier résultat le phénomène de la fécondation n'est que le phénomène du développement cellulaire qui change de nom , en changeant de formes accessoires (583).

1675. Ces analogies, qnt simplifienl le phénomène de ia fécondation , en le généralisant, ne datent pas d'une époque reculée ; elles nous furent révélées pour la première fois par la découverte du pollen des feuilles du Houblon [1]. Quant à la démonstration de la fécondation florale, quoique ce genre d'analogie entre les végétaux et les animaux ait été pressenti, dès les temps les plus reculés , elle date à peine d'un siècle.

1676. D'après Hérodote, les Babyloniens distinguaient les Dattiers mâles et les Dattiers femelles* etilsfécomiaient les individus femelles par le procédé de Iscaprification(1467). Théophraste cite le même fait, et parie, en plusieurs endroits de son livre, de plantes mâles et de plantes femelles. D'après Pline, les observateurs les plus compétents de son temps se prononçaient pour reconnaître la distinction des sexes chez les végétaux; et cet auteur désigne expressément la poussière des étamines : JHares rjfîatu visuque et puhere feminasmari’ tant^ il ajoutequetoDte femelle reslestérile •ans cet accouplement. En 1 505,J.Bontaous chanta les amours de deux Palmiers de sexe difTérent, dont l'un vivait à Briades, et l'autre à trente lieues de là , à Otrante, et dont l'individu femelle ne devint fécond qu'aprês que tous les deux se fnrent élevés assez haut au-dessus des arbres environnants, pour que leurs baisers ne fussent pas interceptés au passage. Vers U fin du même siècle , Prosper Alpin était témoin oculaire , en Egypte , du fait ai bien décrit par Hérodote et par Pline. En 1583, Ccsalpiu et Patrizio; en 1601, Za-

[i] Mémoirt tur Ut Uttut orgeniqutt ^ ci-dcuas cité, S fil,

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER. 45f

hizianskî, en Bohème, adniirent la distioc* lion des sexes jusque dans les fleurs her* mapkrodites. Vers la tin du dix-septième siècle , Bobart, Grew, et surtout Rod..

Jac. Camérarins, dans une simple lettre deeenue fameuse en physiologie, reconnurent la distinction des sexes chex les fègètaua , par des expériences qui leur étaient propres, et quMls avaient poursuivies sur des végétaux vulgaires. Mais on était arrivé à une époque où les faits ne sVnregistraient dans les annales des sciences qu'sprès de mûres vérifications; les expériences de Camérarius provoquèrent une controverse active. De 1705 à 1717, Moretand, Geoffpoi le jeune, et principalement Vaillant , écrivirent des dissertations eu faveur de l'existence des sexes. Les poètes du temps chantèrent les amours des plantes. Pontedera , en 17S0, Ant. Jussieu, en 1721 , enfin Linné, dès 1755, confirmèrent la découverte ; et le savant Suédois a fondé sur le phénomène delà sexualité chex les plantes, le système , si poétique et si élémentaire à la fois , qui porte son nom.

1677. Aujourd'hui la fécondation des végétaux a tellement pris le caractère d'une vérité démontrée et triviale, qoe , des bancs de l'école, sonvent trop crédule on trop hardie, cette opinion a passé dans les rangs du laboureur et du maraîcher, dont le bon sens, toujours lent k se prononcer surles idées nouvelles, lesconfirme en les adoptant. Aussi on énonce le fait sans éprouver le besoin de l'établir. Il n'est pas un praticien qui ne sache que répi de Maïs avorte , si Ion ététe trop tôt la sommité de la tige qui porte les fleurs mâles; que les Courges et les Melons ne nouent pas , si , dans l'opération de la taille, on supprime inconsidérément les fleurs stériles, lis connaissent tous le Houblon femelle et le Houblon mâle, le Chanvre femelle et le Chanvre mâle, les cbatonsmâies des C.oniféresel des A mentacées, et leurs cènes femelles. Mais comme les fleurs mâles ne se distinguent des fleurs femelles que par la présence exclusive des étamines chex les premières, et des pistils chex ies secondes, et qu'on a observé en-

suite les étamines et les pistils réunis dans la même corolle, on en a conclu que, dans ces corolles hermaphrodites , l'étamine continuait â remplir, seulement un peu plus à proximité , son rôle mâle â l'égard du pistil femelle , et que sa suppression totale frapperait ce dernier de stérilité. L'expérience ne pouvait manquer de confirmer une induction aussi rigoureuse. La science a poussé plus loin l'induction précédente , par l'analogie , qui est aussi infaitlible que l'expérience directe; et elle a été amenée k admettre la fécondation , par le conconrs des deux sexes, là oû nos faibles moyens d'observation ne nous permettaient d'en distinguer qu'un seul $ en sorte que le phénomène de la fécondation est aussi bien connu chex les v^étaux que chex les animaux, et que les mystères qu'il nous offre encore, que les points qui nous restent â éclaircir, sont de mémo nature et de même nombre dans l'un et dans l'autre règne.

1678. Cependant quelques objections se sont formulées dans ces derniers temps encore ; non pas qtie nous voulions mentionner ici les dénégations de certains esprits, qui, incapables de découvrir «des vérités autre part qtie dans les livres, ont cherché à nier la fécondation végétale, afin de se singulariser, dans l'impuissance où ils se trouvent de se faire remarquer ; nous ne pouvons perdre do vue que nous écrivonsun livre sérieux; mais nous ne saurions passer sous silence les expériences d'un observateur tel que Spallanxani, qui, après avoir pris toutes les précautions que* lui signalait son habileté incontestée, a vu des Chanvres, des Épinards femelles et le Melon d'eau, séparés de tout individu mâle, porter des fruits fertiles aussi beaux que ceux qui émanent de la fécondation; et afin de prévenir l'objection qu'on aurait pu lui faire, sur ta possibilité d'une fécondation opérée, snr lès ailes du vent, par le pollen des fleurs placées à une grande distance du lieu de l'observation, Spallanxani eut soin de répéter l'expérience , en semant des Melons d'eau dans une serre, en hiver, et à une époque où il n'existait certainement aucun mâle dans les champs; or^

HISTOIRE DES INFLUENCES

encore nnc fois, les fruits nouèrent, et mû* rirent sans fécondation. On a répondu que Spallanzani avait sans doute commis quelque oubli ; qu'il avait laissé à son iosu des fleors mâles sur les plantes observées ; car bien des observateurs, et Yolta lui* même, n'ont pas obtenu les mêmes résul* tais que Spallanzani. Il nous est difGcile de penser que de tels oublis aient pu échapper k un observateur aussi soigneui que loi; il faudrait avoir la vue assez mauvaise pour oublier une fleurdu calibre des fleurs de la Pastèque. Mais , depuis 1837 [1], nous croyons avoir suffisamment concilié l'exception signalée par Spallanzani avec la règle générale; car, lorsqu'une loi est démontrée, les exceptions que nous rencontrons ne sont nullement dans la nature ; elles n'existent que ;lans l'impuissance et la difGculté de Tobserva* tion. Nons admettons, comme un fait in* contestable , que Spallanzani a apporté à l'observation toutes les précautions, que la prudence la plus ordinaire n'aurait pas manqué d'observer. Mais Spallanzani , et les observateurs qui l'ont réfuté ou qui ont adopté ses idées, ont donné trop d'importauce à la forme habituelle des organes mâles; à leurs yeux, le fluide fécondant était tellement attaché à la forme d'éta* mine, qu'ils n'ont Jamais même pensé qu'il pût exister, sans s'envelopper dans un semblable appareil. Mais nous avons démontré, par l'exemple du Houblon et du Chanvre, que la surface des follicules calicinaux et même des feuilles de la plante se couvre de grains de pollen, aussi régulièrement conformés que le pollen des anthères. Dans le cours de cet ouvrage (4!8), nous avons prouvé que, dans sa structure intime, la corolle de la fleur femelle des Cucurbitacées possède primitivement l'appareil staminifère, qui avorte, en se dédoublant et se déchirant, et qui, dans certains cas, pourrait certainement continuer et amener à point son élabora-

[>^ Mémoire ttir Ut iittut organiques, ci-ile*- «Ut cité. Voyez Ifouveau Sÿttime de CMmie organique.

tion polliniqiie. On sait, en effet, par l'expérience, combien h suppression artificielle d'un organe profite au développement d'un organe analogue; et l'on doit prévoir ainsi que la suppression de toutes les fleurs mâles d'un individu est dans le cas d'imprimer aux organes ébauchés une impulsion normale. Donc tout porte à croire que l'exception de Spallanzani . rentre, comme un cas particulier, comme une de ses mille modifications, dans la loi générale du concours des sexes pour la formation de l'embryon végétal.

1679. Nous renvoyons nos lecteurs au Nouveau Sjrstème de Chimie organiqucy au sujet de l'analyse chimique du pollen des anthères et de celui des feuilles; et aux démonstrations anatomiques de cet ouvrage, relativement à la structure iutime et aux diverses formes des granules du pollen.

§ VlII. IHVLCSRCBS son LE PISTIL (98, 1091).

1680. Le pistil est l'appareil qni subit l'iufluence de l'action pollinique, et reproduit l'individu à la suite de cet acte. Avant sa fécondation, l'anatomie apprend à y distinguer, à travers les innombrables variations de ses formes extérieures et de sa structure intime, une sommité papiU laire (stigmate) qui s'imprègne du fluide inooniiné du mâle, de l'aura seminalis .* une tige conductrice et vasculaire (sijrle) destinée à transmettré Icfluide au placenta qui le continue, et qui, en général , sert de moelle centrale à l'ovaire, de support aux ovules. C'est contre ce support que l'ovule s'abouche , pour se féconder par sa sommité papillaire , comme le stigmate s'était abouché avec l'anthère, et ensuite, par chacune de ses papilles, avec le hile de chaque grain de pollen. Dès ce moment l'ovule grossit, se développe et organise dans son sein un bourgeon en miniature , que les enveloppes épuisées oonlinuerout à protéger, pendant toute la saison défavorable ; l'ovule prendra alors la dénomination de graine.

1681. 11 n'y a pas bien longtemps encore que l'on professait l'idée aDcieane , que

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER

rinlérieuT des Io(]Cs de Povaire commu* niquait avec Pair extérieur, par le stylo qu'elles supportent ; la conformation d^ style chez quelques fleura semblait venir à l'appui de cette hypothèse. Car la ti(;e listuIcQse de cet organe chez certaines plantes , le Lis , par exemple, se proloii(^e, sous cette forme , jusqu'à son point d'in* sertion sur le sommet de l'ovaire ; et le diamètre interne de son cylindre est si grand qu'il serait capable d'admettre* les ^ains de pollen tout entiers ^ ce qui a porté les premiers observateurs , qui n'observaient qu'à la loupe , à croire que les grains de pollen arrivaient de toute pièce Jusqu'à l'organe féconde. Depuis que l'on s'est mis «à observer au micro* scope le phénomène de la génération, on a senti la nécessité de diminuer le calibre des corps que le stigmate est dans le cas de transmettre à l'ovule j on s'est arrêté aux granulations qu'éjacule le pollen j et de cette façon, on croit échapper à la dé* négation, en se rejetant sur la difficulté de l'observation microscopique. Mais, en Dons occupant de 14 structure vésiculaire des organes , nous avons suffisamment démontré que les parois de Tovulc ne sauraient admettre que des fluides, et que nulle perforation visible n'existe sur leur tissu , pour donner passage aux eprps les plut minimes. 11 est certain, d'un autre cdté, qne le style s'insère sur une sommité imperforée, par une articulation , c'està-dire par un diaphragme , qu'il soit plus ou moins profondément ûstuleux dans toute sa longueur, ou seulement sur sa portion stigmalique : c'est ce que l'anatomie démontre, avec le plus incontestable succès, chez les ovaires qui paraissent oRrir à la loupe , et au premier coup d'œil , la structure la plus illusoire.

1682. Nous ne reviendrons pas sur les phases du développement de l'ovule après son imprégnation ) il nous suffira de rappeler que la végétation , dans le sein des enveloppes de l'ovule , se conforme déjà aux lois qui la régiront dans les airs. La radicule y recherche déjà le côté de l'ombre, et les cotylédons celui de la lumière; et si ie point de l'adhérence de l'embryon

PHTSIOLOGIK VÉCtTALE.

nu périâperme est tel qne la radicule se trouve placée supérieurement par rapport aux cotylédons, la fleur et son ovaire no manquent jamais de se pencher vers le sol, pour diriger, par la flexion du pédoncule , le côté qui correspond aux cotylédons et à la plumule , vers le zénith, et le cùté qui correspond à la radicule vers le nadir; cette influence est si fortement prononcée, que,^dans beaucoup de plantes à tige débile et rampante, l'ovaire entre jusque dans le sol , oii la graine achève de mûrir , en se semant, pour ainsi dire, d'elle-méme; telles sont VArachis hjpogæaf le Trifolium suhierraneum, etc.

1G85. En conséquence , avant toute dissection, on arrivera à deviner, par la direction du pédoncule de la fleur et de la graine , si la radicule est supère ou infère , c'est-à-dire si elle est dirigée du coté c4i pédoncule {ufere) ou du cote du pistil* Toutes les fois que le fruit est redressé , la radicule est infère ; toutes les fois qu'il est penché vers le sol, la radicule est supère, en admettant que l'embryon soit rectiligne. Que si la radicule de l'embryon est courbée surou vers les cotylédonvS , il est certain qu'on la trouvera néanmoins dirigée vers le côté de l’ombre et de la terre. Cette loi avait échappé à tous les observateurs.

Ainsi toutes les fleurs sont droites vers le ciel pendant la fécondation ; elles ne commencent à se courber que dès l’instant ou l'embryon se polarise, et se munit de deux organes opposés. Les Synantbérées, les Ombellifèrcs , les Graminées, dont les fleurs restent droites vers le ciel, ont la radicule infère; les Conifères, les Âmentacées , dont les cônes et les chatons se penchent vers le sol , ont la radicule supère, etc.

1684. La maturation succède à la fécondation, et la déhiscence à la maturation ; la déhiscence esi. 1a parturition du fruit; mais son mécanisme se reproduit sur des organes d'une tout autre nature ; et la théorie que nous avons renvoyée à ce paragraphe expliquera le phénomène chez tous les organes à la fois. La déhiscence d'une capsule n'a jamais lieu, d'une

HISTOIBE DES INFLUENXES

manière arbitraire et imprévue , chez aucune csptice d'organe végétal j elle s'opère, sans aucune exception , sur une nervure vasculaire, qui prend après coup le nom si impropre de suture , mais qui u'est , en réalité, coomie toutes les nervures, qu'un faisceau de vaisseaux. Le mécanisme par lequel s'opère l'explosion des organes reproducteurs de ( 1603) , ex-

plique admirablement celui de toute autre déhiscence; nous avons vu qu'il était dù à la force d'expansion que la dessiccation communique aux spires; or, celles-ci existent en plus grand nombre et avec des dimensions plus grandes dans les sutures vasculaires des capsules , que dans les coques des Efjuiàetum, En conséquence, par les progrès de la dessiccation qui suit pas à pas et termine la maturation , fes pa- | rois valvairos tendent à se contracter, et cela beaucoup plus à l'extérieur qp'à l'intérieur : elles tendent donc à se disjoindre et à sc rejeter au dehors; en même temps les spires des organes vasculaires de la suture tondent à se dilater; les parois des vaisseaux crèvent successivement sous leur effort , et enfin les valves deviennent libres avec l'explosion d'un obstacle vaincu. Cetlc explusiou réagit nécessairement sur la graine , dont le fuuicule n'oppose pas assez de résistance; et les valves , en se rejetant en arrière, lancent au loin la graine., comme l'arc qui sc débande lance au loin le trait. Les siiiques(l 11) sont ceux d'entre les fruits dont Ia forme se prête le mieux à ce résultat ; et il n'esl personne qui n'ait eu l'occasion d'en faire la remarque sur le légume du Genêt, dont les petites explosions interrompent si fréquemment Je silence que la chaleur du jour entretient dans nos bois.

1083. Nous ne mentionnerons ici que comme un dès nombreux exemples de la complaisance avec laquelle les auteurs acceptent réciproquement les hypothèses les plus hasardées, l'opinion qui avait attribué à Varilie ( liélérovule) de VOxaliSy la cause de l'explosion de ce fruit ; il ne inan<|uait à la démonstration de celte idée 4|ue deux données : la première, que ia caroncule fût douée d'une certaine élas-

ticité, et 1a seconde, que les auteurs eussent été témoins de ses mouvements. Uev^nons à la nature.

1G86. La déliiscepce du calice valvaire de la corolle monopélale, et celle des theca de l'anthère, ne sont pas l'effet d'un autre mécanisme que la déhiscence du fruit valvaire; en décrivant l'une, nous avons décrit rigoureusement l'autre.

1687. L'analogie nous amène à expliquer de la même manière la déhiscence, et l’explosion qui l'accompagne, chez certaines cryptogames ; telles que : 1** le PUo^ boltis(p\» 59, fîg. 8), qui lance sa tête comme une balle contre les corps voisins; le Geasirum (pl. 59, 6g. 5), dontl'enveloppe, devenue coriace , s'ouvre tout à coup comme une corolle k plusieurs pétales , et I se retourne sur le dos , pour présenter son sporange sphérique au ciel; 3" le Car* ftobolus, dont le sporange général, après cette première déhiscence, s'ouvre et lance au loin, comme un mortier, les sporanges partiels qu'il recelait dans sa sphère , et offre, pendant ce jeu d'artillerie , tous les mouvements contractiles et sauti Hauts que l'on observe au microscope sur les corps reproducteurs des Equisetum ; 4^ les feuillets des Agarics, les tubes des Bolets et jusqu'aux ramifîcations Hbrillaircs des Mitcors f qui lancent leurs spores par des explosions tout aussi brusques, guoique microscopiques. Enfin partout la déhiscence se fait par explosion , et l'explosion par l'expansion des spires, sous l'inBueDce de la dessiccation.

1689. Les fruits des végétaux phanérogames élaborent la lumière et les éléments de l'air de la même manière que les feuilles , tant qu’ils sc développent ; et, comme les racines et les périspermes en germination, dès qu'ils mûrissent. Ceux dont le péricarpe est charnu, entrent, dés ce moment, en une fermeôtation qni se décèle plus ou moins tard , par le dégagement d'une forte odeur alcoolique (149d). Ils absorbent l'acide carbonique, et en dégagent une portion d'oxygène, dans le premier cas ; ils absorbent plus sensiblement l'oxygène , et en dégagent à In place de l'acide carbonique, dans le second*

SCR CHAQUE ORGANE EN PARTICCLIER. 45

1690. On a publié , il y a qnelqnea années , un procédé qui paraissait propre à augmenter le diamètre des fmitsà pépins; il consistail à tenir le fruit soulevé à l’aide d’une petite planehetle : effet que l’on eiÿiqnaitt en admettant que le pédoncule, se trouvant ainsi moins tordu, opposait Boins d’obstacle à l’ascension de la sève. Cette hypothèse est inadmissible; car le pédoncnie de ces fruits est tonjonrs assez ligneux , pour tenir ses vaisseaux béants et le passage libre. La planchette , dans ces expériences , servait, non-seulement de support , mais surtout de corps réflecteur, et le fruit te trouvait par là constamment dans une atmosphère plus chaude; la surface crépie des murs d’espaliers, un cornet peu conducteur de calorique auraient infailliblement fourni le même résultat (1653).

1691. Eu 1776, Lancry découvrit on procédé qui parait rendre plus bétive de quelques jours la maturité du fruit; c’est celui qu’on a désigné par le nom d’incision annulaire, et qui consiste à enlever un anneau d’éeoree , sur la branche qui soutient-le fruit; on parait avoir retiré un avantage appréciable de l’application de ce procédé à la vigne. La théorie de ce fait se rattache peut-être à la pratique , déjà fort ancienne , qui fait qu’on laisse manquer .d'eau , et partant de sève radiculaire, certaines plantes dont on désire hAter la maturation , et que l’on cneille eerlaius fruits, et spécialement les fruits à conteau, quelque temps avant leur maturité complète. Mais il est possible que la précocité du fruit s’obtienne par là au détriment de son volume, et peut-être encore de sa saveur ; en effet , on force ainsi le fruit à porter toute son élaboration sur le tissu et sur les sucs qu’il recèle , à les transformer par de mutuelles combinaisons , n’étant plus distrait par l’arrivée de nouveaux sucs destinés à un développement ultérieur. On hite la pé-

fl] Prewjae tout les on» sa voit Heurir, an mois de septembre , les msrromiiers de ralice de PObservsleircdsnalejirdiB da Luxembourg! et le nèae

riode de la fermentation , par cela seul que l’on coupe court à celle du développement.

1693. Il est des plantes qui fleurissent et fructifient pendant tout le cours de l’année, même en hiver, pourvu que le ciel leur prête deux ou trois jours de lumière; tels sont le petit Mouron {Msine media) , le Paturin ( Poa annua ), la Traînasse (Polygonum aviculare), qui poussent partout , même entre les pavés des mes , pour sustenter l’oiseau, des champs. Il est d’autres plantes qui fleurissent et fructifient depuis le commencement du printemps jusqu’aux premiers froids ; d’autres enfin qui ne fleurissent et ne fructifient qu’une fois, et mûrissent tard : ce sont spécialement les arbres. Cependant il arrive , pendant certaines années, que de nouvelles fleurs succèdent, vers les mois d’août et de septembre , à la chute des fruits , ou apparaissent même pendant que les premiers fruits mûrissent [IJ, On a attribué l’apparition de ce phénomène à l’ascension d’une xeco/ufe sève, et, pour me servir de l’expression adoptée , de ta sève d'août. Cette expression est restée dans la science , qui n’a pas même cherché d’oû elle lui venait. Or, si l’apparition d’une nouvelle génération de fleurs était le signe de l’ascension d’une nouvelle séve , afin de rester fidèle à la logique, on devrait admettre une sève de tous les mois pour certaines plantes ; une sève de tous les quinze jours pour certaines antres; et enfin une séve de tous les jours pour le plus grand nombre; ce qui reviendrait à admettre une séve continue. Cette séve est, d’après les démonstrations précédentes, la séve qui anime le végétal tant qu’il vit , avec une activité qui dépend de l’élaboration des organes , lesquels ont d’autant plus d’énergie que la saison est plus favorable; or, la saison peut être deux fois favorable à l’élaboration florale de certains arbres ; et leurs bourgeons qui, en général, ne

pliênomCoe sc représente sur une foule sic pommiers, slaus certaines ex|>osilions. v

HISTOIRE DES INFLUENCES

(jermcrit et nVcloscnt qu'au bout d'un an , peuvent 6c trouver dans des circonstances mélcorolojjiqucs , telles, qu'ils aient parcouru , en six mois , toutes les phases de leur maturation, et qu'ils se soient aoûtés complètement avant la chute des feuilles. Ils s'épanouissent alors dés l'automne ou la fin de l'été, l^ourgcons à feuil* les, comme bour^jeons à fleurs; mais ni les uns ni les autres ne fructifient; les bourgeons à feuilles n'aménent pas à point leurs gemmes axillaires ; les bourgeons à fleurs se fanent sans mûrir leurs fruits ; productions avortées et surprises avant terme par les mauvais jours, elles n'ont ajouté aux rameaux du végétal que du bois d'élagage.

1693. Toutes les plantes seraient aptes a porter des fruits sans interruption, si l'hiverne veuaii jamais les surprendre; on l'observe dans nos serres chaudes. On rend plus hâtif l'arbre en plein vent, lorsqu'on le cultive à plusieurs degrés de latitude de distance ; le raisin , qui est bon à vendanger le 15 scpleinbre dans le midi de la Fra.ice, ne l'est que vers le 5 octobre à Taris; le froment, qui se récolte dul'^an lOjuilleten Provence, n'est mûr, année commune, que vers le V' août à Paris; le seigle, que nous récoltons le 1®»^ août, n’est mûr, en Suède , que vers la fin du mémo mois. Les arbres qui ne donnent qu'une récolte par an sont ceux dont les fruits, tardifs à mûrir, ne se détachent qu'à la fin de l'automne, et par conséquent ,dont les bourgeons axilUires sont aussi tardifs à s'nou/er^ que leurs fruits le sont à mûrir.

1691. Une fois parvenus à leur maturité parfaite, les fruits tombent, ou plulûtils se détachent de la tige , de la même manière que la feuille, par l'empâtement de leur pédoncule qui est l'analogue du pétiole ; c'est-à-dire que leur chute a lieu par suite de la désagglutinalion de deux parois acûolces ensemble , par une vraie désarticulation.

1695. Nous terminerons ce paragraphe par un fait qui semblerait être en opposition avec ce que nous avons établi, relativement a la maturation des fruits. Nous

avons dit que les temps humides étaient favorables à la végétation, et la sécheresse à 1a fructification et à la maturation. Or, les agronomes ont observé que les grains de raisin cl les groseilles gagnent en volume par une légère mouillure; et ils ont la précaution de la leur administrer à la main, quand une averse ne vient pas à leur gré. Ce n'eat ici qu'un cas particulier du phénomène, ce n'est pas une nouvelle loi. Le fruit, comme le tronc , et tous les organes en général , possède une écorce plus on moins pelliculeuse , plus ou moins élastique. La pellicule du raisin et de la groseille, oppose, plus que les pellicules des autres fruits, une certaine résistance au développement des tissus internes ; la sécheresse la rend coriace et consistante ; pendant que la peau de la prune et de l'abricot se gerce sous l'effort , que celle de la pomme et de la poire SC prèle, sans subir la moindre solution de continuité, à l'extension indéfinie des tissus périspermatiques, la pellicule de U groseille et du raisin s'arrête et sc dessèche , si l'humidité de l'atmosphère ne vient enlrcleoir sa mollesse et sa ductilité ; ces deux fruits mûriraient tout aussi bien sans cela, mais ils n'arriveraient pas au même volume. 11 est présumable que ce procédé, appliqué à l'écorce des troaca, influerait, dans les mêmes proportions, sur leur accroissement en diamè&re ; il dispenserait même de l'operation par laquelle on fend longitudinalement l'écorce du Prunier et autres arbres anatognes, laquelle acquiert une telle consistance , qu'elle forme obstacle au développement du tronc , qui se tourmente et se corde alors dans la capacité de son enveloppe.

J IX. INFLUENCES CAPABLES DX AKNDBI USaK- DITAIBBS RT TRANSmSSlBLES PAR ORAINKS , LES TR AN8PORUAT10NS ORCANIQUSS QUR NOUS AVONS UKSIGNSRS SOUS LE NOM DR DEVIA- TIONS (183).

I 1696. Lorsqu'on voyait les étamines I d'une fleur se changer en pétales , les péj laies en feuilles, la forme des feuilles se I simplifier ou ao décomposer, les ovaires

SUR CÜAQÜE ORGANE EN PARTICULIER

dîtparaitre en tiges, en pëtales, on en toofTes foliacées , sur une espèce dont on aTait auparaTant déterminé les caractères ordinaires , on désignait ces apparitions insolites sous le nom de monstruosités ; et Ton définissait la monstruosité Tégétale, comme onaTait défini la mtrveiUt et le miroa/e {monslrum) en physique théologiqae : uns pbodoctioiv coktrb l'obdrb natu>

SEL DSS CVOSBS, OD COKTRB LES LOIS ORDI- SAISBS DI LA HATVai. Par tout ce que nous avons exposé dans la deuxième partie, sur le développement spiro^vésiculaire des or* ganes, on comprendra désormais que, dans toutes ces apparitions jadis merveilleuses, il n'y a rien contre les lots de la nature; que ce sont des transformations et non des moostraosités , des modifications imprimées an développement par un concou rs d’influences nouvelles, et non des phénomènes inexplicables; ce sont enfindes déviations dn type organique, dirigées dans un sèns plutôt que dans tel autre.

1G97.â!aintonant que nous savons comment les corolles croissent cl se développent, de quel point elles arrivent à leur développement complet (406) , nous concevrons facilement comment il sc fait que les fleurs de tant de plantes méridionales perdent leur corolle , cti sc transplantant dans le nord : leur corolle s’est arrêtée à ses premières formes, faute de trouver, soos 00 ciel ingrat, ce qui est nécessaire à lin développement ultérieur; elle existe, niais réduite à un volume qui la rend ina* percevable à l'ceil nu. Nous saurons que tes fleurs de PAncoiic, dont les pétales viennent privés de leur éperon (1S17), ne ionique des fleurs qui ont continué leur développement primitif, sans acquérir, en se développant, un organe de formation postérieure et tout à fait accidentel. Le pétale, qui s’offrira avec la forme de la feuille, ne sera que la feuille clle-mème, qui a continué son développement herbacé, au lien d’élaborer les substances polliniqaes. Le pénale è la place de Téta* mine, n’est que la feuille qui s’est arrêtée à l^élaboration qui caractérise le. pétale, et n’a pas achevé le cercle dosa déviation slamioifcrc y en isolaot ses cellules inter-

nes en (grains de pollen. Enfin, il n’est pas une seule transformation organique, qu’on ne conçoive très-bien actuellement, tandis qu'auparavant on les admettait sans les comprendre , en les rejetant dans les faits merveilleux.

1698. Mais nous n’avons fait, jusqu’ici , qu’un pas de plus; nous avons découvert la loi qui préside aux transformations. Le préjugé nous attend plus puissant que jamais à la question suivante. On nous accorde que chaque organe d’une plante peut se trouver isolément dévié sur un individu ou sur un autre. Mais si vous présentez la question ainsi : N’est-il pas possible que tous les organes qui caractérisent l’espèce se trouvent à la fois déviés et devenus méconnaissables sur le même individu? il n’y a pas Jusqu’il l’esprit le plus droit qui ne s’arrête, embarrassé de répondre; et si, après avoir fait admettre la possibilité de l’hypolhèse , vous ajoutez : Celte transformation générale de l’espèce peut-elle ^Ire telle, dans une circonstance donnée, qn’ollo se transmette et se reproduise de graine? je doute que, dans le cas où vousobtiendrez une réponse, ce soit une affirmation. La phrase ressemble trop à celle-ci ; Une espèce est-elle capable dose transformer en une autre? hypothèse qui révolte la raison des hommes actuels.

1699. A force de classer, en effet, nous sommes devenus foriiialistes ; h force de voir l’objet à La même place, nous nous sommes liabitués à no le concevoir dans aucune autre; à force de le voir sc conformer aux influences de son terrain et de son climat, nous n’imaginons même plus rju’il soit capable de se montrer sensible aux influences d’un autre genre; les formes et les modifications dont il est redevable à l’humidité, h la chaleur, h la nature du sol de telle localité, il doit les conserver parla sécheresse, le froid, et dans un sol d’une nature dilTércntc. Une fois qu’une plante a clé inscrite , dans nos catalogues, avec le titre d’espèce, elle a acquis un titre indélébile et héréditaire ; délensc à Dieu de Wli ravir son cachet , et d’en priver sa progéniture* La des-*

UISTOIBE DES INFLUENCES

cription équivaut à renregUlrepient ; et ces prétentions à l'Invariabililé simultanée (le ces formes qu’on voit ai souvent varier en détail, ne reçoivent pas le moindre échec par l'idée qu’on ne tarde pas à se faire de la légèreté , de l’outrecuidance et de l’arbitraire enfin, qui président, chez messieurs les descripteurs de profession, à la création, pour me servir d’une expression de leur langue, à la création d’une espèce ou d'un genre. La plante est, sous leur plume, ce que le tronc deGguier est sous le ciseau de l’ouvrier d’Horace , qui en fait é son gré un banc de bois on le maître du tonnerre; et quand le trait est achevé, il faut se conformer avec une foi également docile, qu’il s’agisse de fouler aux pieds ou de se mettre à genoux; l’espèce est proclamée , elle ne saurait plus dévier, et le caractère que nous en avons une fois enregistré dans une page de. description, est transmissible, sans interruption et en ligne directe , à sa postérité la pins reculée. Hais ce qui esterai en descendant , doit être également vrai en remontant; et, de père en fils, l’espèce doit compter des aïeux marqués du même sceau qu'elle, jusqii’aujour de la création; car nos auteurs admettent aussi de père en fils , que les formes spéeifiques ont été aussi invariables avant nous qu’elles le seront après nous. Ainsi la nature, le jour de la création, a dû créer quarante mille espèces au moins, que nous comptons dans nos catalogues, y compris les vingtaines d’échantillons pris sur le même individu d’une plante exotique , qui , observés dans nos herbiers, offrent à trois législateurs, réunis ensemble pour décider la question, des caractères assez saillants dans la longueur du pédoncule , dans les proportions des feuilles et les nuances de la fleur, pour constituer une vingtaine d’espèces.

1700. On va peut-être croire que nous eiagéronsles prétentions des auteurs qui agissent d’après ces idées; nullement; et si on les trouve, dans leurs livres, moins ridicules et moins inconséquentes que dans le nôtre, c’est qii'elies n’y sont i|ue supposées , qu’admises , pour ainsi dire , sous

le manteau , et non formulées avec la netteté de notre langage.

1701. Lorsqu’on jKiusse un peu trop loin les auteurs partisans de l’invariabilité des formes , ils prennent à leur tour l'offensive , et voua somment de montrer ce que vous avancez, de présenter une plante qui ait, par la culture on autrement , revêtu des formes differentes. Cet argument peut se retourner contre eux ; car on leur demande aussi à montrer que le tout reste invariable, quand ils avouent que chacune de ses parties est susceptible de varier en détail ; on les invite à être conséquents avec eux-mêmes ; car ils avouent que le Blé, par exemple, peut provenir d’une espèce sauvage ; que 1a culture a pu élever un chiendent à la dignité du développement do blé; pourquoi alors u’admettraietit-ils pas qu’à son tour le blé abandonné par la culture soit capable de retourner aux habitudes du chiendent, ou de tout autre graminée? Hais sur ce point , le scandale est à son comble la question des céréales a été de tout temps une question fort délicate en botanique, comme en économie. Laissons donc un instant là les botanistes avec leurs <»talogues, aussi invariables que les règlements des économistes ; et revenons uniquement à la nature, comme s’il n’existait pat de livret dans les bibliothèques de ce monde, ai différent de celui que nous étudions. Établissons des principes puisés dans l’observation des lois générales , et confirmons-les ensuite par des exemples particuliers.

170i. 1° Nous avons ramené à un seul et même type toutes les organisations végétales , dont la réunion , variée de mille manières différentes, sert à caractériser les espèces que nous admettons dans nos catalogues. Cet dilférences caractéristiques se réduisent donc à des différences dans les dimensions, dans les configurations extérieures , et dans les multiplications d’organes , trois pccidents indéfiniment variables d’un développement que nous avons ramené à l’unité. En un mot, le nombre, la fornic et le volume des mêmes organes , sont les trois éléments sur les-

SUR CHAQDB ORGANE EN PARTICÜUER. 450

qoelt reposa la dîstinclion syttématique des espèces et des indÎTiduSi

1703. i** Le développement n'est pas One /onction indépendante; il faut sans cesse se prémunir contre celte manière d'envisager le sujet , qui date , dans notre esprit, de notre première enfance, de cet ige, où l'oD compte pour rien ce que l'on ne voit pas, et où l'espace c'est le vide ; cette idée nous poursuit , à notre insu , presque dans tous les raispnnemenls auxquels l'étude des sciences nous amène, lia plante ne sc développe pas, dans les airs, aux dépens des provisions qu'elle aurait puisées dans sa graine ; dans la graine , elle n'a rien encore de ce qu'elle aura plus tard ; et la veille , elle n'a rien de ce qu'elle ajoutera à sa masse le lendemain. £/le ne saurait accroître son volume d'an millionième de millimètre, qu'en s'emparant des éléments qui l'entourent et l'enveloppent , depuis IVxlrcmilé de sa dernière Rbrille radiculaire , jusqu'à celle de son dernier rameau ; son accroissement est une combinaison ; son dcveloppemeol dans l'espace est une solidifîcalion de l'espace qu'elle occupe ; la végétation est , en déânilive , une véritable cristallisation organisée. Les modincalions que le végétal subit dans ses formes, dans leurs dimensions et dans leurs rmiUiplications , sont donc toujours la conséquence immédiate des modiBcatioiis, que l'espace envahi peut subir dans tes proportions et le nombre des éléments qui le composent.

Vous ne sauriez modifier, dans les pins petites limites, un seul de ces éléments , •ans modifier d'autant ses influences sur l'espèce, et, par conséquent, les formes végétales qui en sont le résultat; autrement il faudrait admettre dans la nature le caprice, mot aussi vide de sens que celui de hasard ; car les créations les plus minimes de la nature se font avec une rigueur mathématique : elle ne crée que par le concours de lois. En conséquence de toutes ces observations, le développement du moindre bourgeon est une création de toute pièce, c'est-à-dire une combinaison d'une loi , qui est le type , avec d'autres lois, qui sont les influences ; et le résul-

tat est toujours la somme de ces diverses lois.

1704. 30 Or, l'expérience nous a appris à reconnaître l'origine de quelques-uns de ces résultats et à les reproduire à volonté. Nous savons dans quelles proportions la plante si modeste dans ce pauvre terrain élève tout à coup sa tige, allonge et éternises feuilles, se dépouille du duvet qui cachait ses surfaces verdoyantes , dès que sa graine est tombée sur un sol constamment arrosé et exposé à une température élevée ; ces deux individus , mis en présence , constitueraient certainement deux espèces distinctes , si leur généalogie ne nous avait pas passé par les mains. Nous connaissons les différences énormes qu'imprime, aux plantes provenues des graines de la même espèce , uii sol meuble et uii sol compacte ; nous nous gardons bien d'inscrire au catalogue, sous deux noms différents, le mélilot rabougri sur les liords des chemins avec sa tige déguenillée, et le mélilot tombé dans un champ privilégié, et s’y livrant à tout le luxe d'une plante fourragère; nous prédisons d'avance les qualités et les furuiüs surprenantes que le jardinage communiquera à la plante des champs , la culture des champs à la plante rustique; et la puissance du climat et la puissance du soleil , qui voudrait la nier, en voyant l'herbe devenir arbre , et l'arbre s'arrêter à la végétation herbacée, selon que la graioc pousse en France ou sous ré<|iiateur , c'est-à-dire selon que les rayons parviennent au sol, plus ou moins obli(jues? Or de notre 45<’ degré à zéro, voyez sous quel nombre infini d'angles dilférenls les rayons sont dans le cas d'arriver obliques, et, par conséquent, d'enfanter de variations dans les formes, les dimensions, et enfin les dénominations spécifiques. Transportez dans un appartement la plante en pleine floraison dans un jardin; et les IleiirH qui s'épanouiront dans cette nouvelle habitation seront tontes plus grêles (|uc les autres , cl cet effet sera plus prononcé sur les boutons derniers venus.

1705. 4® Le nombre des pièces qui composent une fleur et un fr^iil varie si

HISTOIRE DES INFLUENCES

AouTent, que Ic« exemples se présentent en masse dans la plus courte herborisation : trois lo(ve8 au lieu de deux; cinq divisions au calice et à la corolle au lieu de quatre j une, deux ou trois étamines de plus ou de moins, ce sont des accidents aussi fréquents que les avortements des ovules, qui donnent à un fruit polyspcrmerapparcncc d'un fruit monosperme. Arrêtons-nous , comme types généraux de ces variations , aux exemples suivants : 1^ le Ptelca Irifoïiata a ordinairement un calice à quatre divisions, une corolle de quatre pétales , quatre étamines, une capsule à Jeux loges ; mais on trouve des individus dont le ca> lice, la corolle et les étamines sont qui* naires, et dont le fruit est à trois loges. Sur notre planche 53 , fig. 1*G , nous avons représenté une fleur de cctlc espèce cultivée au Jardin des Plantes, en 18^ , dont le calice ctia çorolle étaient ternaires, velus à la loupe, et dont les étamines avaient conservé leur nombre quaternaire. Il est certain que si ces trois sortes d'é* chanlillons étaient arrivés des pays loin* tains dans Pberbier de nos botanistes , avant toute espèce d'avertissement , ils n'auraient pas manqué de les inscrire au catalogue, sous trois noms génériques ou au moins spécifiques différents ; il est des genres, en clTet, dont les caractères sont moins tranchés que ceux de nos trois échantillons de la même espèce ; et pour vous assurer de la justesse de ces observations, présentez à un botaniste descripteur les trois phrases suivantes : — Calice à quatre divisions profondes, corolle à quatre pétales , quatre étamines , ovaire à deux loges. — Calice à cinq divisions profondes, cinq pétales, cinq étamines, ovaire à trois loges. — Calice à trois divisions , trois pétales, quatre étamines, ovaire a deux loges ; il n'en est pas un qui ne vous réponde : «< Il y a là trois genres différents. » Le Ponlcderia haslata{[i\, iig. 1â'l7) présente une fleur et un fruit ternaires aussi régulièrement que les fleurs des Liliacées ; il est probable que le Pontederia cordata SiÜ y fig. 1*11, ctpl. S3, fig. 2-3) fleurit avec la même régularité, dans les climals qui lui sont

favorables; mais il nVn est pas ainsi dans les bassins de nos jardins botaniques [1] : sa corolle (pl. 22, fig. 5, et fig. 3-5, pl. 23) est plutôt biiabiée que composée de six pétales ; ses étamines sont télradynames (151), en quelque sorte, et insérées à trois hauteurs différentes ; et l'ovaire , qui est trigonc , tfiloculaire , polyspcrme chez Xhaslaiaj reste cylindrique, monosperme, et presque uniloculaire (Gg. 2, 3,4, pl. 22) chez le cordata ; le descripteur peu avisé aurait même prononcé qu'il est unilocu* laire, si la dissection ne notus indiquait la place des deux loges avortées (fig. 2).

\^E\fonymus offre, sur la même

inflorescence, deux types de fleurs diamétralement opposés. La fleur qui couUnue la lige est organisée d'après le type binaire : — quatre sépales, quatre pétales, quatre étamines, ovaire en pyramide à quatre faces et A quatre loges. Les deux fleurs latérales, au contraire, par rapport à la précédente , sont organisées sur le type quinaire : — cinq sépales, cinq pétales, cinq étamines, ovaire en pyramide à cinq faces et cinq loges ; deux genres difTéreiiU sur la même arliculalioii. 4** La fig. 1 de la pl. 40 représente un bout de rameau AeXIIydrati^ea dont l'analyse (fig. 2*8) est la preuve la plus frappante des écarts, que se permet la nature contre les lois les mieux établies de la classification. Si l'on oiixTe les fleurs de la sommité {,fs m fig. 1), on leur trouve un caractère qui n'a plus le moindre rapport avec les fleurs placées sur la partie plus inférieure de la tige ifshj fig. 1). Celles-ci (Gg. 2, 3) sont conformes à la phrase systématique; leur fruit à deux loges est infère; il est sur* monté d'un petit calice à cinq sépales , d'une corolle à cinq pétales, de dix étamines insérées sous le disque, de deux gros sligmalcs en tète, type qui rappelle s! bien celui des Ombeliifères. Mais les fleurs de la sommité (fig. 8) deviennent tout à coup complètement binaires ; elles offrent quatre grands sépales opposés-croisés (j) ,

[i] yotîc9 tur le genre poxrcniRtA. Mimoiredu Muténn d'iûtioire naturelle, t. XV.

Dk; ' (TOOgle

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER. 4il

quatre petits pétales Q/a^fîg. G), huit ctainioes, et un fruit supère (Of;. 7) qui est avorté. Nous ne poursuivrons pas plus Join IVoumération de ces sortes de cas, dont chacun trouvera sous sa main une jUDpIe moisson, dans lecours de scs éludes.

1700. Au nombre des influences dont nous avons à nous occuper ici , nous de* vont placer en première ligne celle que Pon a désignée sous le nom dVi^^n- On a découvert que, si Ton coupe les étamines d'une fleur, avant la fécon* dation , et qu'on imprègne le pistil , avec le pollen pris sur la fleur d'une espèce voisine, les graines qui proviennent de cette fécondation donnent des individus métis qui tiennent des formes de la mère et de celles du père \ on désigne ces produits d'un mariage adultérin chez les plantes, par le nom tVhfürUUSf qui correspond à celui de mulets parmi les solipèdes. Camerarius soupçonna que les plantes avaient leurs mulets comme les animaux \ Linné confîrma celte prévision par deux exemples bien connus des Jardiniers de son temps , celui de Tulipes panachées, provenant desgraines d'une Tulipe fécondée par le pollen d'une fleur de Tulipe d'une couleur différente. Gmelio ajouta à ces deux exemples celui de deux Delphinium qu'il avait reçus de Sibérie , et qui déjà, dans le jardin de Saint-Pétersbourg , en avaient produit six autres. Plus tard, Linné reconnut l'bybride provenant de l'accouplement adultérin du yerbascum thapsus et du y. Ijrcknilis , et un autre provenant du Tragopogon pra~ tense et àuporrifolium, Roblreuter approfondit le phénomène , et parvint à formuler qoelques lois que l'expérience des modernes n'a fait que confirmer. H en est de l'A^^rû/<7e comme delagre^ (1576) : elle ne réussit qu'entre des espèces congénères, et elle n'a Jien qu'à l'époque où le stigmate est encore vierge, qu'il est, pour ainsi dire, encore en sève; carie stigmate ne saurait être fécondé deux foisconsécuiivement; il ne survit pas à la première. Le catalogue des végétales s'est

enrichi , dans ces derniers temps : on connaît l'hybride (Trévir.) du Campanuladi-

vergens , fécondé par le Phyteumu be^|Omœ^ folia; l'hybride (Gærln.) du Convolvulus sepium par Vlpomcea purpurca ; des Datura levis et metel par dos Jusquiames; celle du Glaucium luteum par des Pavots ; celle du Chou par le Raifort (Sagerct); celle du yicia faha par VErvum lens , et du Pisum a/vense par le P^icia Jabm ( Wiegman ) ; celte du Ranunculus pjrretueus par le R. aconitifolius , d'où provient le Ênnnnculuslacerus. Tout annonce que ces métis sont susceptibles de sc reproduire de graipc, et par conséquent, de modifier leurs caractères à l'infini , par des fécondations aüulléçjoes, analogues à celles d'où elles provienneDt; car les hybrides des végétaux sontpiulol les analogues des mulâtres que des mulets chez les animaux; ce sont des races qui se modifient, mais qui ne s'éloignent pas toujours. Or, une fois celte grande loi de croisement établie, et sans nous arrêter aux divergences des auteurs, sur les résultats de leurs expériences si mal conduites ou si mal interprétées, prévoyez par combien de combinaisons le même type est dans le cas do sc modifier , à la longue , dans nos champs ; que de races nouvelles sont dans le cas d'apparaitre; que de races anciennes sont dans lo cas de s'abâtardir ou de disparaître ! car enfin , quand on a admis un principe, on ne doit reculer devant aucune de ses conséquences naturelles ; c'est dans ce cas que la vérité se trouve toujours dans la plus grande hardiesse, et que Pabsurde consiste à s'arrêter; ne croire qu'à ce qu'on a vu , et ne rien prévoir de ce qui en découle , c'est le propre d'un esprit servile et étroit , esprit faux , aussi nuisible aux progrès des sciences , que l'observateur crédule ou l'observateurquiment.

1 707.6° Abordons lesapplications de ces principes. Chacune des déviations organiques dontnous venons de parier, êst le produit d'une influence, comme l'écart d'une comète est le résultat d'une perturbation ; le développement aurait continué d'après son type ordinaire; si la présence cTune cause nouvelle n'était venue lui imprimer uneimpulsion qui l'a poussé d'un cùté plutôt que d'un autre ; ce principe est incontesU-

mSTOIRR DES INFLUENCES

ble. Cette feuille, qai se modiSesi étran* sur la plante provenue de. la même graine que la plante voisine, a subi une inRiicnce différente de celle qui agit sur cette dernière. (^)uaud le pétale dévie de son type , quand la corolle s^arrète à son premier état, ou se développe outre mesure, quand il revêt les caractères et les fonctions do rappareil staniinifère, quand le pistil devient pétale ou organe foliacé , noos sommes forcés d'admettre l'existence ou d'une cause spéciale, qui a agi longtemps après la germination de la graine d'où provient la plante , ou d'nnc prédisposition qu'a coaimuni<|iiée à la graine même la fécondation du pistil qui la recélalt. Il nous arrive même assez sou* ▼CDl de décotivrirla nature décrite cause, le siège de celle inRuence, quoique la science ne soit pas encore avancée , au point de nous fournir les moyens d'expli* quer le mécanisme de cette action perturbatrice, ou pliitêt , tout autrement organisatrice. Or, si l'influence qui , chez cette plante, a modifié la feuille j si celle qui, chez la plante voisine, a modifié, raccourci, allongé oïl supprimé entièrement la corolle; si celle qui, chez cette troisième, a multiplié le nombre desétamines, celui des loges et des graines ; si , dis>je , toutes ces influences venaient h la fois s'exercer sur le même individu, tout à coup la plante se dépouillerait de tous les caractères par lesquels elle se classait dans nos catalogues systématiques ; elle passerait à nos yeux dans un genre et même dans une famille différente. Hais c'est ici que le descripteur nous abandonne déconcerté; et c'est ici qu'il manque le plus de logique : car la conséquence que nous venons d'exprimer est tirée rigoureusement des prémisses , qu'on ne saurait révoquer en doute; car nier la possibilité du concours simultané des influences dont on est

[il Cei graini , exposé» tlsn» un hocal bouché à une atmosphère lécèremeot hunule, ne tardent pas à Qoiroir, k s« décomposer, et k être dévorés par la larve* (le ta moiirbc , qui rcclierrhe les cadavres; à plus forte ratooii cet'cifot a lieu dans le sareo|>ha(*c lui-otéiM pendant la traversée, si fou ne prend pas

forcé d'admettre l'action isolément , ce serait nier que te! set et Ici engrais puissent se rencontrer simultanément sur tel soi , que le végétal puisse être expose k telle ou telle température, à telle ou telle circonstance météorologique plutôt qu'à telle . autre , à la piqûre de tel insecte ( 14G5); ce qui serait absurde.

1708. 7® Nous réfuterons les objections suivantes, plutôt pour consoler les esprits timides que pour satisfaire et achever de convaincre les esprits forts ; au reste , la réponse à une objection quelconque sert presque toujours à éclaircir un point imprévu delà question.

1709. On rcncoii.trc fréquemment, dans les sarcophages des momies égyptiennes, des pnquels de plantes contemporaines, que ces pebples , avides de commurriqitcr avec la postérité la plus reculée , avaient déposés, comme les témoins de l'état de leur agriculture , dans la tombe qui devait attester les progrès de leurs arts. Or , l'analyse la plus minutieuse ne rencontre pas la moindre différence spécifique entre CCS plantes et celles de nos jours. Ce sont les plantes parasites iuséparables de nos moissons : le Billet , la Vesce , le Behen , la Nielle des blés, le Miroir de Vénus, avec tiges , fleurs , fruits et graines; ce sont des Céréales, le Blé et l'Orge suf tout qui ont été préalabicmentlégèrement turréûésaii feu, ainsique nous l’avons déoiontré en 18i5, dans les Altmoires du Muséum; procédé mystique, que Moïse a consacré en formule de loi dans le Penlateuque [1]. Ainsi , depuis plus de trois mille ans , nous dirat-on , les plantes ci-dessus énumérées n'ont passubi la moindre modification dans leurs formes spécifiques et génériques.

1710. De semblables objections tirent leur principale force du vague qui règge dans leur rédaction ; elles se trouvent réfutées dès l'instant qu'on les précise, et

certaioes prccautioos. CVit dans cct état que quelques auleur» tes ont examinés et décrits, cl iU ont pris ainsi un fait récent |M>ur une circon»(ancc coutem)K>raine de la momie; iU ont cru que ic biti avait été brûlé exprès, jusqu'à la carbuuisaliou cornpiété.

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER

qu'ôn let réduit h leur plus simple expression. Il est certain que le Blé cultivé à Pépoque des Égyptiens affeclait les mêmes foriDes et donnait tes mêmes produits que Je Blé cultivé de notre temps ; ce qui d'avance aurait dA être admis, avant la découverte de toute espèce d'échantillons, puisque les hommes d’alors étaient organisés exactement comme les hommes d'aujourd'hui, pensaient, écrivaient, agissaient exactement comme les hommes d'aujourd'hui, ainsi qu'en fait foi l'histoire,* que leurs animaux domestiques étaient les mêmes qii'aojoiird'hui. Or les influences qui agissent sur la nature animale sont les mêmes qi|j agissent snr la nature végétale; en sorte qu'en connaissant l'anaiogie de l'une des branches du régne organisé d'alors, nous devons en déduire rigoureusement l'analogie de toutes les autres. Ainsi, puisque l'homme et les animaux de notre temps ont vécu à cette époque, tout ce qui vit et végète aujourd'hui avec nous a dA vivre et végéter avec J'homme d'alors et aux mêmes conditions ; la culture a dû produire et conserver les fflèiaes résultats d'uo cûté, que la civilisation et la domesticité de l'autre; toutes les formes organisées d'aujourd'hui ont enrichi le catalogne d'alors. Mais quant au passage de ces formes les unes daos les autres, par le concours et la combinaison de certaines inflnences, c'est un point de la question que cette considération n'inüircne ni ne démontre ; oo ne fait, en la reproduisant, que déplacer la question de trois mille ans. 11 ne s'agit pas* en effet, de savoir si» placée constamment sous les mûmes influences, l'espôce a conservé les mêmes formes pendant plusieurs milliers d'anuées, mais bien de savoir si ces formes contemporaines ne sont pas susceptibles de passer les unes dans les autres par le concours fortuit et insolite de certaines •nQueoces, contemporaines également ; si, par exemple, l'espèce sauvage, en passant successivement par tous les arliBces de la culture, n'a pas pu arriver, dans an certain laps de temps, aux formes et aux dimentions de l'espèce cultivée, et si,cusuite, OeJJe*ci, ahandonuée à la dissémination

i|»ontanée, n'a pas pu reprendre pou h peu les formes de la vie sauvage. Un dernier rapprochement fera sentir toute la faiblesse de l'objection qui nous occupe; trois mille ans avant notre époque, la race noire et la race blanche dè l'espèce humaine existaient simultanément; de leur croisement a dè naître souvent alors la race mulâtre ; or, si nous ne connaissions pas aujourd'hui l'origiue de U race mulâtre, nous ne saurions de prime abord que répondre a ceux <]ui nous objecteraient que cette dernière race est invariable ; car on la trouvait, il y a trois mille ans, contemporaine de la race noireel de la race blaoche. L'objection n'a pas une autre valeur, quand il s'agit de la végétation.

1711. 8" On nous dira : Montrez-nous d'une manière directe, et le passage de telle forme â telle autre, et les influences par le concours desquelles ce passage s'effectue et ses produits sc propagent et s'entretiennent. Nous répondrons à ceux qui se rejettent ainsi sur l'état incomplet de nos sciences d'observation , pour ne rien accepter de 1a part des théories ; B|oDtrcz- Dous, à votre tour, que telle espèce provient de père en 61s de la même espèce, qu'aucun changement d'exposition , de culture, de température , n'a pu en faire varier le type héréditaire ; il n'est pas une seule espèce admise dans vos catalogues , qui ait subi l'épreuve d'une seule observation de ce genre. Puisque les faits observés manquent des deux cotés, l'objection doit être écartée de droite et de gauche. Que dis-je? les faits observés vieunont en foule démontrer que tout va* rie dans la nature selon les influences ; que la culture, surtout, imprime â l'espèce des formes si insolftes, que, crainte de déranger l'harmooie et la sévérité de la classification, le collecteur se refuse â admettre les plantes cultivées dans ses armoires ; or, la culture, avons-nous déjà dit, n'est pas un être de raison, une puissance occulte ; c'est une influence fufge/icris, d'après la définition que nous avons donnée de ce mot (1251).

1712. 0^ Voyez, ajoute-t-on : depuis cciit ans et plus, nous récoUons^ dans nos

HISTOIRE DBS INFLUENCES

environi et clant le* mimes localités , ^ même espèce; confrontez cet individu avèc ceux des herbiers de Rousseau, de Bulliard, de Barbeu-Dubourg , de Vaillant, de Tournefort, et décoiivrez-y, si vous pouvez, la moindre différence. — Cette objection ne prouverait en définitive qu'une seule chose , qui est que l’espèce a conserve les mêmes formes, tant qu'elle a été exposée aux mêmes influeDces , ce que nous admettons en principe ; car ce n’est pas en cent ans, et en trois mille ans même, qne les influences de l’air , du sol, de la lumière , peuvent varier de manière à bouleverser tous les résultats. Or, l’objection, mieux résumée, se réduit à établir, qu’on trouve, depuis plus de cent ans, cette forme dans la même localité, mais nullement qu’elle ne provienne pas de la forme habituée d’une localité voisine, et que sa graine, en se dépaysant, en te disséminant nu peu plus loin, dans un sol et i une exposition différente, n’ait pas modifié k la longue son type , et n’ait pat revêtu les formes de l’espèce voisine.

1715. Ainsi ces objections ne sont plut qne de simples dénégations, lorsqu’on se donne la peine de les traduire d’une manière un peu moins métaphorique. Mais ce n’est pas par de semblable* fins de nonrecevoir qne nous avons la prétention de nous livrer i la discussion de cette question physiologique, qui est d'une si hante importance; c’est, an contraire, par des observations directes et par des faits constatés.

1714. 10° TRsatroBMtTion dk h'jigroitis spica venli[\]. — h'ÀgrostU spica venti est sine graminée qui croit communément sur les bords des chemins, sur les murs, et dans les terrons abandonnés ; elle est reconnaissable à sa belle paniculc soyeuse, qui se courbe avec mollesse, et se balance au moindre sonflle du vent. La petitesse de scs fleurs est peut-être, après celui de la panicule , le seul caractère qui ait déterminé Linné à placer cette espèce dans

£■] j4matet det tchnen d'oiiirvalion, C. I, p.4>°, mars i(sg.

le* vrais Agrottis, avec lesquels elle n’a aucun rapport. Il arrive souvent que la panicule, surprise dans ses divers développements par les variations brusques de l’atmosphère, allonge beaucoup plot set entrenoeuds on rachis , que les rameaux nombreux qui partent en semi-verlicilles de chaque articulation ; en sorte quNl existe une interruption entre ses divers verticilles ; cette forme a été élevée au rang d’espèce , et, par les plus timides , au rang de variété, sans un plus ample examen ; elle porte, dans les catal<^nes, le nom A'Agi'osüs interrupta. L’agriculteur le plus rustique n’aurait jamais commis une telle méprise ; ne npus y arrêtons pat; passons à une transformation qui rend l’espèce méconnaissable. J’ai retrouvé celle-ci , pendant trois ans , avec tous tes intermédiaires, dans une carrière abandonnée de Genlilly, sur une pente exposée an sud-ouest, et composée de vieux déblais de l'exploitation. Sur le haut de cette petite colline , de 15 Ou 30 pieds d’élévation , ce gramen se montrait avec sa stature habituelle, scs larges et longues feuilles, ta grosse tige., et sa panicule, qui se balance au moindre vent. A deux pieds au-dessus, les individus de cette espèce raccourcissaient leurs feuillet , leurs tiges, et redressaient leurs panicule* appauvries. Plus bas, les verticilles de la panicule, plus courts, s'inséraient sur des articulations plu* distantes , et formaient cette singulière espèce dont nous avons parlé plus haut. A mesure que l'on continuait à descendre la pente, le faciès de l’espèce se dégradait de plus en plut, jnsqu’àcequ’enfin, arrivé à la base, X'Agtvslis, dans les rameaux duquel te jouaient les vents, n’était plut représenté qne par une tige haute de trois centimètres, ornée de trois ou quatre feuilles à limbe filiforme et canaliculé, et dont la panicule était devenue , d’après l’ancienne classification, un épi à deux locustes, et même à une seule par articulation ; et les organes de la locuste avaient décru dans la même proportion. Cette plante n’avait plus un seul des caractères que lui assignent les ^ phrases systématiques de nos catalogues j

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTfCULIER. A4S

et il nom paraît certain qu’avant toutaverlisscment , oottc espèce n’aurait pas manqué <le se placer à cAté du Triticum nardus, sous la plume d’un descripteur, même le plus compétent dans les questions qui se rattachent A la détermination des espèces de cette famille. Ajoutons, du reste, ce qu’ignorakntles descripteurs, que la fleur de XAgrostis spica venti, dans toute la série de ses transformations , couserTe tous lee caractères qui distinguent le prétendu Trüicum nardus , que nous avons pla'bé dans les Fesluca,- la seule place qui lui coovieane.

1715. 11° TSAHsroBiuTioifs nu Festuca LIS sas osas les acTtas [1]. — Prenons le groupe des espèces qui rentrent le plus naturellement dans ce genre , les Festuea ooina, IcnuifoUa, duriusada, amethjstina, Unuuùi, heterophylla , mjrurus, imiglunùs, ciliata, bromoïdes. Or, dans toutes ces espèces, on trouve, en descendant des organes supérieurs aus organes inférieurs (pl. 15, fig. 3), 1° un ovaire glabre, surmonté de deux stigmates distiques blancs, qui s’étalent à la fécondation. Cet ovaire se change en une^graine elliptique, rougeâtre, convexe du cAté du scutellum, sillonnée longitudinalement do cAté opposé, et revêtue , avec une étroite adhérence , par les paillettes , surtout par la supérieure; 3° les étamines, au nombre de trois, réduites à une seule chez Vuniglumis, ayant, dans les deux cas, à leur base. Jeux écailles charnues à l’état frais et avant la fécondation, membraneuses après celteèpoqne et parla dessiccation, inégalement bidentées an sommet ; 3° une paillette supérieure , binerviée , bicarinée , plus longue on plus courte, selon les espèces ; 4* une paillette inférieure concave, sillonnée par cinq nervures convergentes au-dessous du sommet, d’où elles s’échappent en une arête plus ou moins longue ; &* une glome supérieure plus courte que la paillette, ayant trois nervures, et une glome inférieure plus courte que laginme supérieure, et traversée par une seule

nervure. Tels sont les caractères que l’on i^lronvc constamment chez toutes ces espèces, et dont la somme constitue le caractère générique, le caractère qui permet de les grouper, sous le même nom de Fesiuca. Quant aux caractères qui les séparent les unes des autres dans nos catalogues, les voici : Vuuiglumis se distingue, de toutes les autres, par la petitesse et l’absence presque complète do la glome inférieure, et par l’arête dont se munit en même temps la glume supérieure. Mais l’arête est on caractère si variable et si accidentel, qu’elle s’allonge, se raccourcit, et disparait souvent sur le même épi de blé ; or, on observe la même chose sur la même panicule de* Fesluca uniglumis. Quanta la glume inférieure, tantAt elle est de -J-, -j- , x> T ^o millimètre, et tantAt, sur le même échantillon, elle atteint Jusqu’à 4 millimètres, et égale ainsi en longueur la glume correspondante des espèces voisines ; dès ce moment, le Festuca uniglttmis ne se distingue plnsduiRj^unuqoe parla rigidité desa panicule, qui est flexible dans cette dernière. Mais remarquez qu’on trouve le Festuca mjrurus sur nos pelouses ou nos terres meubles un peu humides ; tandis que Vuaiglumis ne vient, on plutAt ne se rencontre que dans nos sables brûlants; aussi ses graines, semées dans nos jardins, donnent un Festuca qui ne conserve plus rien de ce qui distinguait le Festuca des sables ; et si on a soin de ne pas prodiguer les arrosages, on obtient tantAt le mjrurus, tantAt une des formes dont nous allons nous oconper. Car le mjrurus ne se distingue de toutes les espèces précédentes que par sa panicule plus resserrée et plus allongée ; or, nous avons vu, en parlant de \'Agroslis spica i/enti , combien il serait absurde d’attacher la moindre importance au caractère tiré de la richesse ou de la pauvreté de la panicule. Le Festuca bromoïdes est un être imaginaire, qui est né de la discordance, que le descripteur remarqua, entre l’échantillon qu’il étudiait de ses propres yeux, et la description générique consignée dans les livres, dont personne, , depuis près de cent ans, no s’est appliqué à vérifier l’exaclitade. Le

[i] Mémoire dwlessas cité, p. 4sS.

446 H1ST01HE DES INFLUENCES

Fesiuca ciUatant $e distingue de Vuniglu^ mis que par les Heurs supérieures de U même locuste, qui avortent et se réduisent à une seule paillette, dont, partant, les uervures diminuent en nombre, et dont la substance s'appauvrit; par suite de cet avortement, les paillettes se couvrent de poils plus ou moins nombreui; mais sur certains échantillons de Festuca uniglunus de nos environs, on observe les mêmes avortements, et quelquefois même les pilosités du Fesluca ciliaia de Corse* Le Festuca hetcrophj'llof d'après les descriptions, se distinguerait des autres espèces, par ses feuilles basilaires, aussi fines qu'un cheveu. Mais les feuilles que l'on désignait sous le nom de feuilles basilaires, ne sont que les feuilles des touffes avortées, qui se pressent autour de la lige fertile, en sorteque celle-ci, isolée de ses sœurs, ii'uffre pas la moindre différence avec les espèces caractérisées par de larges feuilles; remarquez que l'on ne trouve le Fesluca heierophjrll^ que dans les fourrés de nos bois, à l'ombre desquels tant de choses avortent, et jamais dans nos champs, où les gramens prospèrent avec tout le luxe, souvent ruineux, de 1a végétation; aussi la graine des hcterophjrlla de nos bois, semée dans nos champs, et surtout daus nos jardins, donne naissance à des formes qui ne rappellent plus rien des formes qui caractérisent la plante-mère. Le Festuca ovina offre un caractère moins étranger à sa tige, dans les feuilles roides, canajiculées, et en alêne, qui accompagueol la tige jusqu'à la hauteur de sa maigre panicule; mais nous avons vu à quelle courte distance les larges feuilles de VAgroslis spica vend prennent les dimensions et les formes que nous venons d'assigner au iuca ovinn. Le Fesluca ovina ne vient que d^s les éclaircies de nos bois à sol sablonneux; aussi tonte sa crinière rustique se change en belles touffes de feuille, quand on en sème la graine dans nos jardins ; et dès ce moment, le Fesluca ovina cesse d'èlre une espèce différenlc de ses voisines. Quant aux Fesluca duriuscula , rubt'Oj ametfiystinaf etc., vraiment par respect pour la science que nous devous

traiter au sérieux jusque dans nos rèftita* tions, nous nous dispenserone de les apprécier; je ne pense pas que nous en soyons arrivés au point de discuter la question de savoir, si une teinte de rouge ou d'améthyste sont des caractères con^ staots et durables ; qu'est-ce qu'on caractère qu'efface la maturation? Mais arrivons à des transformstions plus positives* La panicule, chei toutes ces prétendues esp^*es, peut, dans certaines circonstances, se réduire à ne plus porter qu'ane seule locuste par articnlaüon; je ne peifae pas que personne, parmi les descripteurs les plus routiniers, ose nier cette hypothèse; or, dès ce moment, les Fesluca dont noos venons de parler prennent, dans nos catalogues, les noms de Tritiewn narduSf ils deviennent des Blés en minta* tare, non pas qu'ils revêtent les caraclérea réels de nos Blés cullivé8,mais parce qu'aux yenx des descripteurs ils en avaient tous les caractères systématiques. Dans notre classification, nous avons rendu cêa prétendus Trilicum aux Festucaf dont lia ne sont que des transformations appauvries. 11 nous reste, dans toutes ces espèces, une arête qui, dans nos catalogues, joue un si grand rôle, et qui, dans la nature, change si souvent de rôle; «ette arête, en effet, s'allonge dans les mauvais terrains, se raccourcit, au contraire, toujours en raison inverse de la prospérité de la graine. On admettra sans peine que, chez pos Fesluca J elle vienne à disparaître, comme l'arête de nos filés d'été disparaît sur nos Blés d'hiver. Mais, dès ce moment, tous nos Fesluca passent dans un autre genre ; ceux à panicule rameuse daus le genre Pou, et ceux à panicule simple dans le Triticumf sous le nom de T.poOf que nous trouvons dans les sols calcaires, et qui prend le nom de Trilicum rollhœllay dans les sables humides du bord de la mer, et puis qui passe aux formes du Poa rigUia, en allongeant le pédoncule de ses locustes. Quant au Poa rigida de nos champs, nous l'avons vu revêtir, dans nos jardins, de caractères si nouveaux, par sa couleur verdâtre , ses feuilles larges et oudoyaiUcs, sa panicule épanouie, ses lo-

(le

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER. 447

cu$tct à quatorze (leurt, et enûo un aspect tout à fait étrange, qu’un œil exercé aurait pu seul, au njiJieu de ce riche tra* vestissemeoidu /^oa^'retrouver les traces de son humble origine. Les graines semées l’aDoée suiTante donnaient des formes tellesy que l’on se bâtait de faire disparaître ces pieds, de la place assignée au Poa rigiiüt , comme des gramens venus U par une méprise.

1716. Nous venons de passer d’une forme à une autre, en procédant par dégradation, par appauvrissement; si nous procédons par la voie contraire, qui est tout aussi rationnelle que la première, puisque l’une n’est que l'autre prise dans le sens opposé, nous arriverons à des résultats non moins capables d’inspirer de la réserve aux amateurs de créations spéciliques. Chacun des organes qui caractérisent les espèces précédentes peut croître, dans les mêmes proportions que nous venons de les voir décroître: un bon terraiu est dans le cas de les enrichir, tout autant qu’un mauvais sol les appauvrit.

Hais alors nos P’ejtuca des bots, à larges panicules, deviennent, dans les prés, le f'cJluca elatiorf et, sur les bords humides des chemins, le Festuca arundinacea ; enfin dans les sables maritimes, où nos blés se couvrent de poils , ces Festuca arundinacea deviendraient les Fcstuca arenaria et sabultcola. Car invoquez le secours de l’analyse anatomique, et entre nos maigres et nos riches Festuca, 1a dissection la plus minutieuse ne vous indiquera que des différences dans les dimensions. £n6n , pour nous arrêter aux inductions les plus positives, à celles que l’expérience directe confirme d’une année à une autre , ouvrez les locustes des <yft<MHrlts crutatus de nos prés, vous trouverez les locustes fertiles organisées exactement comme celles des Festuca ordinaires ; la différence qui constitue le caractère de ce genre réside uniquement dans un certain nombre de locustes dont les fleora avortaoti se réduisent, comme dans le F^siuca ciliata, à une seule paillette, et, en s’aplatissant par la compression de b gaîoe, prennent la forme d’é-

veotail. Hais des avortements semblables ne sont rien moins que des phénomènes constants; changez la graine de sol, les éventails de la paoicule seront remplacés par des locustes fertiles; etydéscemomenty le Cjrnosurus cristatus sera un Festuca des mieux caractérisés, dont le nom spécifique variera eu raison des nouveaux accidents de forme que lui aura imprimés la nature du sol et de rexposition nouvelle.

1717. En conséquence, voilà quatre genres très-naturels, pour me servir de l’expression reçue, et si naturels que, dans ces derniers temps, on lésa élevés à la dignité de familles, pour me servir du langage de la botanique descriptive ; voilà donc quatre familles naturelles dont les individus passent de l’un dans l’autre, sans le moindre respect pour la classification. Mais attendez-vous à des sacrilèges d’une bien plus grande gravité de la part de la nature.

1718. 13° TEANSFOaMATlON DO eKNRZ LO~ lium (286) [1]. Le genre Lolium (pl. 15, fig. 11) est essentiellement caractérisé par la structure suivante : une gluoie inférieure alternant avec le rachis , et de l’aisselle de laquelle s’élèvent immédialemeot les (leurs dont se éompose la locuste^ et dont celles d’un cùté sont adossées, par leur paillette inférieure , contre la gtume , et celles de l’autre côle, contre la concavité du rachis. Toutes les locustes de la même tige alternent entre elles, et sont organisées sur le même type. Mais la locuste du sommet offre une structure différente, qu’eo se reportant aux principes que nous avons établis (287) , on ne tarde pas à reconnaître , comme une simple modification due à la position terminale de cet organe* En effet, elle offre deux glumes {gm gm ^), tandis que les autres n’en ont invariablement qu'une. Mais re- Irancliez au scalpel cette locuste terminale; et celle qui vient inférieurement se présentera tout à coup avec deux locustes, la deuxième n’étant autre que le rachis (rn).

[1] Annalét de$ seieneet ttohêervtuianf l. Il, DUR i8*9, p. l33.

HISTOIRE DES INFLUENCES

D'un autre côté , si l'on suppose que la tige ait conlinuc n produire un plus grand nombre do locustes, il est évident que ce sera parce que l'une d'entre elles deviendra rachis; et ce sera toujours celle des deux qui alterne avec le rachis de la locuste inférieure J pour se bien rendre compte de la démonstration , on n'a qu'à placer côte à cétc deux épis complets de Lolinnif qui portent un nombre inégal de locustes.

1719. Or, supposez que les deux glu> mes deviennent raebis à la fois, votre épi se ramiiiera; on le trouve communément sous cette forme dans les champs. Supposes ensuite que toutes les fleurs de celte locuste, dont les deux gluines sont deve- DU<» rachis , avortent dans leur germe , les deux rachis se présenteront, comme sur la fig. 11 , pl. 15 , sous la forme de deux pédoncules ; modifications que l'on rencontre fréquemment sur les échantillons rameux dont nous venons de parler.

Faisons un pas de plus , et admettons que les glumes de toutes les locustes, excepté celles des locustes terminales , deviennent rachis, et que les rachis prennent le nom de pédoncules , par l'avortement de toutes lesfleurs de la locuste ; et, dés ce moment, l'épi du Lolium aura revêtu tous les caractères de la paniculc la mieux caractérisée ; et si on cherche , dans l'étude anatomique des organes de la locuste, des signes qui puissent restituer ce genre, on n'en trouvera pas d'autres que ceux qui caractérisent les tDeux glumes, l'inférieure plus courte , étayant un nombre de nervures moindre que la supérieure; paillette inférieure concave à cinq nervures se détachant , au-dessous du sommet scarieux , en une arête plus ou moins longue ; paillette supérieure à deux nervures carinées ; ovaire glabre à deux stigmates distiques ; deux écailles bidentées et glabres , membraneuses par la dessiccation. » L'identité ne saurait être plus complète. Or, la vérification d'une transformation aussi étrange au premier coup d'œil peut s'obtenir chaque année à Ia porte de la capitale , dans les prairies de GentiUy, ai toutefois , depuis que

nous l'avons signalée, les recherches des amateurs, en récoltant un trop grand nombre d'échanlillous, n'ont pas interrompu les formes intermédiaires qui , à cette époque, se présentaient en si grande abondance. Sur les bords d'une portion de celle vaste prairie , située à l'entrée du grand Gentilly , et destinée à l'exploitation d'une blanchisserie, je remarquai un gramen en épi , dont les épillets étaient très-longs et fortement divariqués. Je crus apercevoir un Jironuts pinnaUu ; et l'humidité de celle localité rendait à mes yeux le fait assez piquant pour mériter une remarque; car le Bromus pinnatus ne se rencontre presque que sur les berges arides de nos bois. Mais, observé de plus près, ce faux Bromus èi&\t un Lolium , par l'aspect et la physionomie , et un B'es^ (uca, par l'organisation do sa locuste pédooculée; c'était évidemment là ce que les auteurs ont désigné , sous le nom de Festuca loliacea, et que je cherchais depuis longteoipa aux environs de Paris.

Mais en confrontant tous les individus de cette forme, qui croissaient côte à cote avec les Lolium , dans celle mêmç localité, je me convainquis que les premiers n'étaiunt que de simples transformations du second : 1<> parce que le même pied de Lolium portait , à la base de l'épi , des locustes btglumées et pédonculées, qui, dès-lors, étaient, prises isolément, des locustes de Festuca^ et, en approchant du aommet, des locustes uniglumées et scsstles, et qui, par conséquent, appartenaient au genre Lolium ; parce que tel jet, muni de locustes loliacées et sans la seconde glume, sortait de la même souche que les jets qui portaient exclasivemenl les locustes à deux glumes ; 3<* enfin , parce que les locustes des jTieds isolés , qui, par la constance de leurs formes, appartenaient systématiquement au genre Festuca, ne dilTéraicnt en aucune autre manière des locustes du Lolium, soit par le nombre des nervures de leurs paillettes, soit par la forme de tous leurs organes internes et externes, soit enfin par leur coloration et les teintes dont elles se lavent dans cette localité, à l'époque do

Digifij* 1 , C'oo^lc

SUR CIIAOÜE ORGANE EN PARTICÜLIER. iiO

TobscrTation. Rien ne permettait donc de nier la communauté d'onjjine de ces deux formes.

1730. Mais dès que le pédoncule des locustes du I^esttica loliacca s'allongeait d*une manière plus sensible, les difTérenccs delà glume s’effacaient tellement, que peu à peu le Festuca loUacea revêtait tous les caractères du Fesluca elatior (pl. 16, figure 14), si commun dans celte prairie.

Or voyez quelle distance nous venons de franchir d’un seul coup, dans l’échelle systématique, en avançant du bord de la prairie vers la partie centrale I car le L0‘ lium perenne (ou sans arête) se trouve sur les sentiers foules aux pieds , et peu inondés, l’hiver, par les eaux qui couvrent la prairie; \e Festuca loliacea j dans les portions de terrain plus humides, plus grasses et moins battues ; et le Festuca elatior couvre, comme une moisson, toute la partie qui , entièrement submergée pendant l’hiver, reste spongieuse pendant tout l’été.

1731. J’ai eu soin de placer en regard, sur la pl. 16, fig. 13, les organes analogues, d’un côté, de la locuste du Festuca /o//nrea pris sur un échantillon le plus voisin, par sa physionomie, des

de celte localité , et de l’autre , du Festuca elatior du milieu de la prairie; les proportions respectives ont été gardées, même dans le grossissement adopte pour les dessiner; les organes marqués A , B , C, U, appartcnaol au Festuca loliaceaf et les organes marqués A% B' , C , D' , au Fesluca elatior. On jugera par soi-méme à combien peu de chose se réduisent les différences de ces deux termes extrêmes de la transformation ; à part la longueur , elles résident uniquement dans le nombre des nervures de la glume inréricurc (gni«), qui est de trois chez lo loliacca , et d’une seule chez Velatior, Or, peu à peu, en se rapprochant davantage, ces deux formes finissent par perdre jusqu’aux traces de ces faibles distinctions ; car je ne parlerai pas ici de la ramification plus ou moins riche , caractère qui, d’après ce que nous avons déjà observé, ne saurait eu être un.

mrsioiooni végétalx.

1722. Si l’on poursuitees investigations dans cette localité, où les qualités du sol et de l’exposition changent, pour ainsi dire , à chaque pat , on rencontre , surtout dans les terrains nouvellement remués, et dans lesquels on semble vouloir cultiver le Ray-grass on Lolium italkum , on rencontre le genre Lolium se jouant de la gravité de la classification, avec le cynisme le plus scandaleux que l’on puisse imaginer, SP ramifiant de cent manières différentes , quittant toutes ses glumes, pressant ensuite les unes contre les autres , en crête de coq , toutes ses locustes , et se dépouillant, tanlèt d’une manière, tantôt d’une autre, de tous les caractères, jusqu’aux moins saillants , que les systèmes lut assignent dans nos livres; et ces déviations ne sont rien moins que des monstruosités stériles; elles se propagent dans ces localités, puisque tous les ans on les y retrouve, si les mêmes conditions du sol y ont été conservées.

1723. 13° TAAICSFORUATION DU MAIS XT

SON RETOCR A l'sTAT SAUVAGE. PoUr l’în-

tclligcncc de ce qni va suivre, il nous paraît indispensable d’analyser les caractères ordinaires du Zea maïSf que Palisot de Beauvois avait tant dénatures dans scs planches, etquc nous avons rétablis, pour la première fois, dans notre Essai de elassijication des Graminées [1]. Le Maïs possède, sur te même individu, deux sortes d’innorescenccs : l’une ayant l’apparence d’une panicule, et qui ne donne naissance qu’à des fleurs mâles (pl. 17 , fig. 1, 5, 6), l’autre, qui s’oi^anisc en un gros cylindre, contre la surface duquel les fleurs femelles (pl. 17, fig. 2, 7), et plus tard les graines nues (fig. 11)) sont incrustées par rangées longitudinales. La panicule conserve des traces ineffaçables de l’organisation qui caractérise les vrais épis de celle famille, et qui réside en ce que les glumes inférieures ont des nervures plus nombreuses que les glumes supérieures et des dimensions plus grandes ;

[i] Annales des sciences naturelles, t. V, juil- ^ Ict i8a5, p!. 10, fig. 4>

HIST01HE DES INFLUENCES

et sans la présence du pédoncule de ces locustes, et si les locustes étaient sessiles contre Je rachis, cette panicule apparente (fjfj. 1 ) aur^ïit la structure de IVpi composé dos Antlropogon , sur lequel les locustes sont doubles contre le rachis qui continue répi. La locuste mâle (fîg. 1)sc compose d\ine glume inférieure (gm « fig. 5) à neuf nervures , d'une glume supérieure {gm /$) à cinq nervures, et de doux fleurs alternes sessiles (fig. 6) , ayant chacune une paiU lette inférieure {pe «), membraneuse, à une seule nervure, et une pailictte supérieure également membraneuse et à deux ncrvu> rcs (/7C/9) ; dans le sein desquelles on ne trouve que l'appareil male , composé de trois étamines et de deux écailles épaiS' ses; le pistil est resté à l'état tellement rudimentaire, qu'il en est devenu inapercevable. Or, malgré la distance immense qui semble séparer les locustes femelles (fig, î le) des locustes mâles (fig. 1), il résulte d'une analyse exacte, que toute leur diflérence réside dansles proportions et d.ins les configurations des organes, mais que les unes et les autres possèdent le même nombre de pièces. Car, contre chacune des cavités qu'on observe sur le rachis (m fig. s'appuient deux locustes tellenieutadhércntes, qu'au premier coup d'œil elles sembleraient n'en former qu'une seule (/r). Leur adhérence apparente ne lient qu'à leurs deux gliimes inférieures (fig. 3), qui sont soudées cote h cote par leur base ; mais chacune de ces deux glumes appartient à une locuste différente; car, dans l'ordre alterne avec chactine d’elles, se trouve une glumc supérieure {gm ^ fig, 4) ; et, entre les deux glumes , on rencontre un système de deux fleurs sessiles et alternes (fig. 7), dont les deux paillettes membraneuses {pe « et pe ^), comme chez les fleurs mâles, restentanerviées | et ont pris leur développement cnlargeiir plutôt qu'en longueur; i'nne des deux {fs* s) reste stérile, et l'autre ne possède qu'un pistil (o) dont le style {sjr) aplati, hinervié, acquiert une longueur d'un demUpieü.

L'ovaire croît seul ; les paillettes se dessèclient et restent en arrière; et la graine ( fig. 11 > mùrk en dehors, dépouillée de

ses enveloppes florales qu'elle laisse k sâ hase. £n cooséquence, les différences qiii distinguent les fleurs mâles et les fleurs femelles sont, à part les organes sexuels , uniquement dans la configuration exl4~ Heure des pièces florales. Les deux épis deviendraient identiques, si les pièces de la fleur femelle s'aliongaieut, au lieu d^^ s'élargir; si le pistil avorté des fleurs mâles se développait, et si les étamines avorlées de la fleur femelle te développaleat à leur tour.

1734. Or, ce rapprochement s'opère en* tre les deux épis, lorsque la plante pousse dans des conditions différentes de celles que reproduit autour d'elle notre système de culture; les caractères se jouent alors de la classification de la manière la plus variée , mais toujours en se conformant aux prévisions de la physiologie. Parmi les exemples nombreux qui nous ont passé sous les yeux, nous nous arrèteroos au suivant, qui , à lui seul , les résume tous y et pourra leur servir de type.

1735. Dans le jardin de l'École de Médecine, situé alors derrière Vbospice de l'Observance, je rencontrai, en 1838 »

I contre les planches qui palissadaient rentrée, des individus en fleurs de Zea mai^, qui me parurent avoir réformé entièrement leur type générique. L'analyse dépassa la h.irdiesse de toutes mes prévisions ; je n'aurais jamais osé d'avance prédire ce que je trouvais à chaque instant ; les détails en sont gravés sur U pl. 17 (fig. 8, 9, 10, 13, 13, 14 et 15).

1736. L'epi femelle , grêle et tendant à la ramification , portait à sa hase des Locustes mâles (fig. 15), mais dont tontes les enveloppes florales étaient celles des fleurs femelles ordinaires; tandis que Ica locustes femelles, qui étaient placées supérieurement, portaient les enveloppes des fleurs mâles (fig. 1 4) ; et de plus des ovaires (fig. 15'), à la base desquels ou remarquait deux écailles (s^) , et entre elles un rudsmeut d'étamine réduit à son filament (si) ; tous les stigmates étaient rougeâtres et purpurins , couleur qu'affectent ceux des Sorghum et des Antlropogon*

1737. A la base de l'épi mâle, je ren-

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER. 4ÎÎ1

contrai le rameau de la fig, 9, dont Porganiiation rcnfeniie la plus piquante anaiogie ; ear cette locuste ramifiée, ai je puis mVxprimer ainsi, possédait à la base deui gluiaes (gm) munies de sept à neuf oerva* res; dans PorJre alterne, venaient ensuite des baies ou fleurs mâles , dans les paillettes de Puoe desquelles se trouvait Pappareil que représente la Rg. 10, avec son follicule C/f) qui part de Pentre-deui des écailles {sq ). Dans Pordre alterne , et au-dessus de ces deux fleurs mâles , vcnaienldeox follicules, et, au-dessus (Peux, le curieux épi {ra) dont la structure est, sous tous les rapports, celle des Sorghum, LaCg. 8 en représente un fragment déta> ché , avec tous le détails essenti(ds â Pétabjjsfement du caractère. La fleur femelle y est péfionculée et insérée sur la même articulation que deux fleurs, Puoe sessile et stérile, et Pautre destinée à continuer le type de Pépi. La graiue (o) de la fleur femelle reasurl de ses glumes et paillettes membranenses; elle sVdéve droit vers les cieux , tandis que les graines des épis ordinaires du Maïs (fig. 11) gardent, tu se pressant, l'horizontalité la plus rigonreuse; elle porleàla base une ou trois étamines plus ou moins développées (fîg. 12 tm ) ; sa nouvelle position , qui la metâPabri de toute contrainte, lui rend en même temps les formes générales des graioes caractéristiques de la famille des Grarotoées. Que Pon compare , en elTet , Pjoalysc de la graine ordinaire du Maïs (pj. 16, ’lig. 7) avec celle de notre Maïs dévié (pl. 17, fig. 12), et Pon croira avoir sons les yeux les graines de deux genres dilTéreuts; ce ne sont pourtant laque des graioes venues dans deux positions diflérentes. Mais que Ton compare , d'antre part, le jeune ovaire de notre Maïs dévié (pl. 17, fig. 15) avec le jeune ovaire des Sor^hum {ibid.j *fig. 16), et Pon croira «voir sous lés yeux deux figures du même organe. Or, celle analogie entre le A/fli'J dévié(fig. 8) etle-iS'o/^gAum normal (fig. 17) se soutient jusqu'à la dernière pièce ; chez rim comme chef Pautre, toujours deux locustes biflores , Pane complète , l'autre stérile , sur le rachis qui coulinue fa tige ;

et au sommet, trois locustes ensemble, l'une complète, et les deux autres stériles ; la graine se développant, chez Pun comme chez Pautre , beaucoup plus que chez les enveloppes florales , toute la diflérence réside dans les proportions des organes; sans cela , notre Maïs eût été le Sor^hum le pluscoinpiet. Mais qu'on remarque qu'il n'était qu'au premier pas de son retour vers son étal sauvage, et que ce n'est pas par une déviation d'uue seule saison qu'il aurait pu reconquérir la série complèto des caractères qu'une culture immémoriale lui a ravis. Quoi (]u'Ü en soit, pour un esprit philosophique il ne restera pas le moimire doute que le Maïs ne soit la forme cultivée du Sorghum, qui lui-mémo pourrait être ramené, sans beaucoup d'efforts et par les passages les mieux ménagés, vers toutes les espèces d’-^«r//Yj/jogun que nous possédons dans nos catalogues, et dont «{uelipies-unes, telles que le Xerochloa R. Rrown [1] , ne sont que des jeux de la végétation, et des in^stificatioiis exotiques de la bolaiiiiine descriptive.

17:18. La nature vient de faire , sous les yeux de l'analyse, de bien larges écarts; mais si, fidèles à l'analogie, il nous arrivait de vouloir appliquer ces résultats au genre JUéf il n'est peut-être pas un agronome <]ui ne reculât devant l'application même la plus rigoureuse , comme devant un scandale au premierchef. Le Bléo'est pas un gramen comme un autre; il reste invariable au milieu des plus grandes variations; enfant inséparable de la culture, il pr éfère disparahre et s'étouffer dans son sein , plutôt que de passer dans les bras de la nature sauvage. Nous allons cependant démontrer que le scandale est, sur ce point, la piiisexacte vérité.

1729. 14" TRANSFORMATIONS DU ÛEKRI trUÎcum» — En prenant pour type, non l'ancien genre si mal assorti, tel qu'il se trouve copié de maiu en main dans les ' livres , mais le Triticum cultivé dans toutes scs

[i] Veye* noire Ciastif cation des Graminées • (pt. 9, fig. 5); Annalss des sciences natureiles, avril-juillet i83â«

HISTOIRE DES INFLUENCES

v.irietés , voici qucUc est la atructure florale de ce gramerij dont la fî^. 12, pl. 15, représente la portion inférieure de IVpi. Chacune des articulations du rachis porte les traces évidentes de la feuille caulinaire, qui est réduite à Pétât de follicule (,^), de Paissclle duquel part une lo» ciistcsessile, comme laj’emme partdePaisselic des feuilles inférieures qui décorent lechaume ; U* racA/V est donc ici Panalogue de Pentre-nœud ; c'est un entre^nœud rac> courci. Quanta la locuste , elle se compose de deux glumes qui croisent le rachis, le pressant , non de leur dos , mais de leurs flancs, et ayant leur nervure médiane en de- Iiors; en sorte que, si elles restaient soudées parleurs bords respectifs, du côté du rar/iw,leuridentilcavec la feuille parinerviéc desgemmes , que recèlent les gaines inférieures, serait saillanteà tonales yeux. Du sein de ces deux gliimes s'élèvent, dans Tordre ordinaire d'alternation , les bâles ou fleurs , dont le nombre, si la sommité n'avortait pas, serait indéfini; mais, ainsi que nous Pavons vu chez le /.o/wm , le type change aussitôt que IVpi sc termine [1] ; les giumes de la locuste terminale , au lieu d'ètre parallèles aux deux giumes de l'articulation immédiatement inférieure , croisent cette disposition inférieure, et font quePune des deux regarde par le dos la locuste inférieure, et Pautre regarde par le dos la troisième locuste en descendant. En cherchant, dans celte locuste terminale, les équivalents de tous les organes que nous avons découverts plus bas, on s'assure que la glume inferieure de cette locuste terminale tient la place du rachis, que sa glume supérieure ne s'esl pas divisée en deux, mais qu'elle conserve dans sa substance les traces de la parité des nervures, qui indique qu'elle est la somme des deux autres, et qui rappelle son analogie avec la feuille parinerviéc; enfin les bâles se sont développées au sein de cette

[t] BulhlinHtticitnctt tuüurelht tt degiotogiê, mars i8s^, n»

[i] Dan» UD autre codroitclc ce livre , noiu avon* cru cnlrovotr lei traect du follicule daiu U Uebe

locuste , dans l’ordre qu’cllea auraient conservé sur les arliculatious inférieures, sans la pression exercée par le rachis. En un mot, la locuste terminale de l'épi des Triticum sativum est organisée d’après le type de la locuste terminale du Lolium. Du reste, à part les giumes , l’ovaire velu au sommet, et les écailles velues du Triticum, tous les autres organes offrent la structure des organes analogues du Lolium : paillette inférieure concave à cinq nervures , se terminant en pointe conrte ou en arête, et paillette supérieure binervice et bicarinée.

1750. Or, admettons que le follicule (Jl, fig. 1S,pl. 15) qui forme une collerette à la base de l’articulation de chaque locuste, SC développe en glume, comme clici le Lo/ium(fig. 11 ) [2] i cette supposition se réalise si souvent, que vouloir la démontrer plus longuement, ce serait déjà en douter. Or, dès ce moment, les tieux glnmes tenues dans l’ombre conserveront une consistance molle et membraneuse , une structure presque anerviée ; elles n’auront que les deux nervures qui les caractérisent , enfin elles affecteront la forme vari-ible qu’on leur trouve chez les Lolium (pl. 16, fig. 15 « , /9) ; et aussitôt chaque locuste du Triticum sera descendue à la structure des locustes dû £.o/ium; carnous n’attacherons pas à la présence des poils de l'ovaire et des écailles du Triticum une pliisgrande constance qu’à la présence des poils chez tous les organes des aiilret familles. Il n’est pas une seule raison au monde qui soit capable d'infirmer la justesse de ce rapprochement; aussi, bien loin de reléguer dans les fables le passage du Blé en Ivraie ou en Seigle, que, sur le témoignage des agricnlteurs de tous les temps , n’ont cessé de professerics auteurs les plus graves jusqu'à Linné, je l’admets comme un fait démontré , et qui finira par passer dans la science , coonne la pluie de

circulaire do chaque articulation du Loltum. Cette manière de concevoir le fait était plut favorable à la clarté dcladémootU'ation clcmcutaire.

SUR CUAOÜE ORGANE EN RARTICULIER. 453

crapanJt et la plaie de pierres , dont les saTsnU de cabinet ont ri aux éclats pendant tant d'années. Bonnet(l), du reste, a surpris sur le fait la métamorphose dont nous nous occupons ; et qu'on ne se rejette pas sur ce que lesGramcns ii'ayaienl pas été étudiés alors aussi soigneusement qii'aujourd'hui; cette fîn de non-recevoir serait des plus ridicules aux yeux de quiconque aura pris connaissance du désordre des classifications récentes de cette famille ; qu'on ne révoque en doute ni 1a compétence ni la bonne foi des ténrains oculaires; c'est Bonnet qui le rapporte, et c'est Duhamel qui procéda à l'analyse de l'échantillon ; et Duhamel ne croyait rien moins qu'au passage du Blé à la forme de l'Ivraie ; et pourtant il fut constaté , aax yenx de tous les assistants , qu'un même chaume portail à la fois un épi de Froment sur une de ses articulations, et un épi d’ivraie sur l'autre. Si tout le chaume n'avait porté que des épis d’ivraie , la démonstration directe eût été perdue , par cela seul que le fait eût étéplus accompli.

1731. Nous avons déjà vu par quel mécanisme l'épi , ordinairement si simple , du LoUuntf peut arriverct arrive réellement à la forme la plus compliquée de la panicule ( 987 ) ; nous venons de concevoir comment la forme générique du Triticum est.danslecas de passer, sans offrir la moindre '^anomalie , à la forme générique ùvt Lolium; donc rien ne s'oppose à admettre que les Triticum paissent se ramifier à leur tour; mais*si nous admettons cette dernière conséquence, il est impossible de prédire oû la transformation doit s'arrêter. Or, la ramification de Tépi des Triticum ne s'établit pas seulement sur une conséquence théorique, qui, quelque évidente qu'elle soit, laisse toujours quelque chose à désirer aux esprits exclusivement positifs ; c'est un fait démontré par l'observation directe. Si l'on analyse en elTet l'épi de la variété surnommée Blé de miracle, on ne manquera pas de décou-

[i] AseAsrcAss iur Us fsuitlês, 5* mém. $ CIX ,

vrir que l'épi simple s'est élevé à cette complication de structure , en vertu des mêmes transformations , qui , chez les Lolium (1719), rendent si souvent la fécondité aux gliimes , aux paillettes, à leurs arêtes, àleurs nervures médianes et même latérales, élèvent les deux paillettes à la dignité de glumes de locustes , et même do glumes d'épis partiels; et tout cela avec une verve de création qui dépasse toutes les hardiesses de la prévision théorique. Mais est-il rationnel de croire que la nature, qui a bouleversé tant de caractères pour faire passer l'épi de Blé ordinaire à la forme de Blé de miracle, ne puisse pas pousser plus loin sa puissance de transformation? est-il digne de l'homme de n'avancer plus loin , que lorsque le fait observé l'y force; de s'arréteraii dernier, avec le même entètemenl qu'on s'était arrêté au premier? Ce serait n'avoir reçu l'inrelligcnce que pour la soumettre en esclave au service des yeux. Si les glumes, chez les Lolium, sont capables de devenir rachis o\\ pédoncule, elles ne sont certainement pas déshéritées de ce droit chez les Triticum; si la locuste intermédiaire à ces deux glumes ainsi métamorphosées est dans le cas d'avorter chez les Lolium, \a même chose peut arriver chez les Triticum, surla première , la seconde , etc., articulation , et cela à l'infini ; et dès ce moment le Blé a une panicule; il se dépouille de son caractère systématique, delà noblesse que lui imprime la culture , pour retourner à la rusticité des Gmmens ; il redevient un jivena, si ses glumes s'allongent plus que les haies , et que son arête se détache sur le dos de la paillette plutôt que sous le sommet; il devient un />i?nca si ses glumes 1-5 nerviées restent plus courtes que les paillettes , et que l'ovaire et les écailles restent lisses et ne se couvrent pas de poils; il devient Dactylis, si , associant la structure compacte et serrée qui caractérise l'épi à la ramification de la panicule , il allonge peu les pédoncules et ses rachis; enfin qui sait dans le corps de quel gramen foulé aux pieds , l'ame de cet enfant, déchu de la culture, peut passer ainsi , sous la hagnette magique de la trauS'

HISTOmB DES INFLUENCES

formation ? Or quels sernicnt donc les ç<^om^tres qui , après avoir déterminé tous les points nécessaires pour tracer une courbe, chercheraient ensuite h s'arrêter arbitrairement?

Nous venons de mentionner les cas les plus hardis, on aura moins de peine à nous suivre dans les suivants, oû tout le mystère de la transformation ne consiste plus que dans le raccourcissement des organes.

1759. Nous avons placé côte à côte, sur la pl. 15, la figure d’un fragment d'épi de Blé (fig. 19) et celle d'un fragment dVpi iVÆgyiops {fig. 13). Si nous procédions à IVtudedel'organisation végétale, comme on le faisait en France il n'y a pas encore dix ans, la différence entre ces deux épis nous semblerait un obstacle insurmonta> Lie à la transformation; mats, en examinant de plus prèit, on arrive à se convaincre que cette différence ne réside que dans le nombre des arêtes des enveloppes florales, et souvent des glumes seules. Ainsi laglume de blé (fig. 19 ^m) n'offre qti'une seule arête, tandis que celle de VÆgjlops en oITre de trois à quatre, nombre qui varie sur la même espèce et sur Je même individu. Mais nous savons que rien n'est pins inconstant que la présence de l'arête; que cet organe est moins un organe que le prolongement d'une ou de plusieurs nervures réunies; qui ne sait que la même graine donne naissance à des Avoines aris* léesetàdes Avoines miitiques, c'est-à-dire privées d'arêtes, à des épis de Blé avec ou sans barbes? Pourquoi donc i'arêle serait-elle admise comme un caractère plus constant chez VÆgjlopsf c'est éviilemmeiU parce que , si cel organe vient tout à coup à se raccourcir ou à disparaître tout à fait sur ces individus, ils cesseront par ce seul fait d'être des Æf^lopx, et ils prendront la dénomination de Blés, dont lia possèdent, jusqu'au dernier, tous les autres caractères ; mais les enveloppes florales du Blé peuvent à leur tour se munir de plusd'unearête; fréquemment nous avons rencontré les paillettes inférieures, et surtout les glumes, oinnies de trois arêtes, les deux Iatér;iles, il est vrai, plus courtes. Et remarquez que les Ægjlopj

ne viennent que dans les sables brûlants^ 011 tous les organes des céréales ont une tendance à sacrifier la richesse de la graine au luxe de la végétation des paillettes et des glumes, qui s'allongent outre mesure, se hérissent de prolongements, en s'amaigrissant de parenchyme; aussi trouvet-on peu de grains venus à terme dans le sein de ces locustes sauvages, ^ue si on livre à la culture les grains maigres et si peu nombreux qu'on en recueille, ou si le vont les jette sur un terrain plut favorisé du ciel, ou les voit perdre une â une les habitudes de l'étst sauvage, se façonuer à la culture, de telle sorte qu'à part le Jades (\u\ rappelle encore leur origine, laT plume hésite à leur assigner un caractère qui les difTéreocie du genre Triticum; A peine osera-t-on encore leur conserver le nom ù^Egylops squarrosa. Fininvez-leiir, par une culture nouvelle, l'épaisseur de la substance de leur gliime, et VÆgflops squarrosa est devenu un \gao)3>\eckiendent ( Triticum caninum ). Latapie de Bordeaux a, du reste, réalisé, par la culture directe, cette transformation, qui parut alors si hardie, que nos académiques descripteurs placèrent , au rang des chimères, le fait a»noiicé, avec tout l'accent de la bonne foi, par l'observateur provincial ; mais nos botanistes descripteurs auraient certainementadmisplusdedilféreoces entre leJ9/e de Pologne et notre Blé cultivé, dont l'autre n'est qu'une variété inconstante, qu'ils n'en ont signalé entre VÆgjdops et le Tritfcumf si leiS/^dlei’o/ognecroissailsauvage.

1 733. De son côté, le Blé le pins ennobli par la culture, ne tarde pas à s'abâtardir, dès que la culture l'abandonne à ses tendancea spéciales. Nousavons fréquemment semé les plus beaux grains de récolte, sur les terres de déblai des carrières de Geotiily, en ayant soin de tracer les sillons en figures de géométrie, bien sôr qve les semis provenus de la disséroinatioD spontanée ne se confondraient jamais de cette manière avec les nôtres; nous avons fiai par obtenir presque toutes les fornies sauvages de nus 7'r/V/fMm des carrefours; des' feuilles à limbe étroit et enroulé, rigide.

SUR CHAQUE ORGANE EN PARTICULIER

A gAtoes emboîtées les ânes dans les autres ; un épi à peine sorti de la gaine, mûrissant lard, et s'allongeant peu, réduit à qoatrc, trois, et même deux locustes, dont la terminale seule fertile et les deux autres avortées et même atrophiées. En Italie on obtient des résultats encore plus surprenants, en semant les céréales quelconques dans le champ le plus maigre, et en ayant soin de les faucher en vert, deux ou trois fois , pour les bestiaux , et de les récolter a la quatrième , pour en faire servir la paille à la confection des chapeaux dits (T Italie^ les chiendents {TrUicum caninum) de nos fossés sont des Blés de Tniracle , en comparaison de ces Blés ainsi tourmentés par la culture.

1754. Or, admettons, ce que , du reste, on rencontre fréquemment dans ces sortes (Texpèriences, qu'ahandonnéà rinfliience d'un mauvais sol, l'épi de Blé se réduise A une seule locuste, qui sera ainsi la première et la dernière du rachis j nous connaissons la struetnre de cette locuste terminale (1728), qui, par tous ses caractères, sort da genre Trilicum, pouf rentrer dans celui des Festuca, à la suite de qiiehfucs modifications. Mais le chaume qui supporte cet épi , ainsi réduit à sa plus simple expression , part de raisselle de la feuille supérieure, qui, dans certains cas, peut rester elle-même réduite A la forme de rolltcule ou collerette plus ou moins effacée (pi. 15 , fig. 19 .Ji)y si ensuite un épi de même nature part avec son chaume, de Taisselfe de la feuille plus inférieure , qui , elle-même , se réduise encore à l'état de rollictile, et que, par la pensée, on eootiooe cette transformation, en descendant le long du chaume général , on trouvera que le grain de Btê aura donné lieu a la Ibnnâlion de la panicule la plus rigoureusement caractérisée ; et nul n'osera plus loi donner le nom de Blé, earla plante en aura perdu tons les caraelères systématiques , tout jusqn'an port et au fucitSy deux caractères qui parlent encore aux yeni quand aucune expression ne saurait plus les traduire.*'

1755. Nous avons procédé, dans tout ce paragraphe, en combinant l'observation

directe avec les inductions théoriques, les faits observés avec l'analogie ; nous nous arrêtons, pour ne pas erlaroticher les esprits qui n'avancent que terre à terre. Mais si nous osions être conséquent d'une manière complète, nous le déclarons, nous ne rencontrerions plus un seul point de repos dans la grande f.imilie des Graminées; nous transformerions, avec une irrécusable évidence, les genres les uns dans les autres; et nous arriverions à cette conséquence qu'etprima Tournefort , savoir : <|uc l.i famille des Graminées ne foriiie réellement qu'un seul genre. Nous demandons à nos directeurs titulaires des jardins royaux Je chercher enfin à nous donner un démenti, par des expériences directes, entreprises aux frais et sur les terrains de l'État ; nous leurannonçonsqiie, pour la première fois, les deniers de l'État auront été prolUables â MOS travaux.

1736. 15” Nous avons pris cos exemples dans la même famille de plantes ; l'orgueil de l'érudition aurait adopté une autre méthode; mais l'exactitude de la démonstration nécessitait celle que nous venons de suivre. Comment, enefret, déterminer avec succès la réalité des transformations, si, par l'étude fa plus approfondie, oo n'est pas venu à bout de sc faire une idée exacte des modifications des formes organi«|iies , et si d'avance ou u'a point tracé, d'une manière graphique, la marche du phénomène? Or, comment arriver à ce résultat préliminaire, si ce n'est en prenant, pour sujet de l'analyse et de l'expérimentation , la famille la plus nombreuse, et, en même temps, la plus triviale; celle dont les individns envahis- •ent tous les climats, tous les genres de terrain , tontes les expositions, et qui, par conséquent, duivenl porter le cachet de toutes les ioflncnces. Ajoutons qu'avant le travail auquel nous l’avons soumise, celte famille était celle chez laquelle il eût été le plus difOcile de démontrer la moindre des transformations.

1737. Il en coûterait , certes , bien moins pour obtenir les mêmes résultats, en recommençant ce travail sur tontes les

HISTOmE DE6 INFLUENXES

fimilles également nombreuses du catalo* |}ue; que de genres se réduiraient ainsi à une seule espèce, si , par le mot d'espèce, ou entend l'invariabilité des caractères assignés par le système! que de formes, constantes dans cette localité, sc moJi* fieraient, de la manière la plus étrange, en arrivant pas à pas dans une localité plus éloignée , en passant graduellement du cercle polaire vers l'équateur, et de l'équateur vers le cercle polaire, en descendant du sommet d'une haute montagne vers sa base, ou en montant de sa base %'crs le sommet, en s'acclimatant sur le granit au sortir du calcaire, sur le èal- Caire au sortir du sable , sur le sable au sortir de l'argile; enlin , en quittant les champs pour la ville, le terreau pour les gravats , le sillon labouré pour les fentes de nos murs, le soleil pour la lumière diffuse , le plein-vent pour l'espalier , la terre pour le plein-vent! que de Campanules, de Saxifrages, de Gentianes, ne sont que des formes affectees à telle ou telle autre élévation de la montagne! Semez-lcs toutes ensemble dans le même jardin, et, au bout de quelques années, il vous sera impossible de les reconnaître et de leur appliquer les noms systématiques^ vous aurez créé, sous vos yeux, de nouvelles espèces , que vous vous garderez bien de dénommer , dédaigneux que vous êtes de tout ce qui est votre propre ouvrage.

1738. L'espèce, nous dira-t-on, n'cxisle donc pas dans la nature? Non, elle n'y existe pas de la manière dont on l'avait définie. L'espèce n'est pas dans la nature, commeune forme hérédhaireelinvariable.

Elle subsistera dans nos catalogues, avec des caractères mieux appréciés, mais avec une acception moins arbitraire, avec ses rapports plutôt qu'avec sa prétendue constance, avec son histoire physiologique, plutôt qu'avec le titre trompeur de son inaltérable définition.

1759. l'espèce SIAE CNE POItUE INOIVl-

nORLLB , COXSTSXTE DAMS UX SOL , UN CLI- MAT, Ü!<B EXPOSITIO?! DO?«XKS. l.K GBNHF SERA LA- FORME IDEALE ET TYrÎQCB DO^T lES FUA.VES SPÉCIFiyULS AB SEBOAT QVB DES

MODlFICATIO!^S. MAIS LA RATtJAB NB DONRB PAS, A DBS IDÉES OU FORMES IDEALES, URB INFLUENCB CBEATAICB OU CORSERVATRICB DES FORMES RÉELLES ET PHYSIQUES. 11 Serait donc absurde de prêter au gbrrr, une invariabilité que la démonstration refuse à l'KsrÈCR. La forme constante, dans tel sol, telle exposition et tel climat donnés, peut, on passantgradueliemenl d'un climatdans un autre, franchir les limites que l'opinion , et souvent le caprice du classificateur , avaient tracées autour d'elles , et se trouver, tôt ou tard, en dépit de nos théories taxologiques f dans le domaine d'un genre plus ou moins éloigné.

1710. Appcldoncâla physiologie pour la réforme des bases de la classification! que la botanique ne soit donc plus une science stérile dVcliantillons et de synonymie, une voie d'échanges pour la politesse des citations, mais plutôt une grande et large formule, pour reconnaître d'oô procèdent les formes végétales , et jusqu'où elles peuvent pousser la série de leurs transformations ; une formule dans laquelle les intliicnces rentrent comme toutautanl de données, et les formescomme tout autant de résultats!

§ X. GÉOCRAPHIS BOTAMQUB , ou IRFLVBRCEA

Page 1