LE VONT- DE-PIÉTÉ
Mais à ceux qui veulent connaître les souffrances du peuple , et qui ne craignent pas de les étudier de près dans le désir d'y porter remède, si cela est possible, je leurs dirai d'aller aux renouvellemens.
C'est par le renouvellement des reconnaissances que le mont-de-piété perçoit une partie de ses rentes. Là se rendent les pauvres qui ne pouvant dégager leurs effets ne veulent pas cependant les laisser vendre; ce sont les contribuables du mont-de-piété, et ceux qui enflent son budjet.
Là ce vampire se montre dans toute sa laideur; nulle part on ne voit une misère aussi profonde, aussi rebutante. Chaque jour, dès l'ouverture des bureaux , il y a foule : on fait queue deux ou trois heures afin de pouvoir déposer son argent. Les salles de renouvellement sont aussi nues , aussi délabrées , aussi hideuses que les malheureux qui s'y pressent. — D'abord , des corridors étroits et obscurs , où l'air ne pénètre pas plus que le jour, où la foule se pousse et se heurte. — Puis une espèce de salle, sombre et basse, où elle s'entasse, circulant avec peine entre des barrières d'un bois noir et lisse à force d'usure, et qui la parquent comme un bétail. — C'est à qui se devancera pour arriver à la lucarne grillée du
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bureau, que l'on aperçoit de loin, illuminée d'un rayon de jour , brillant faiblement au milieu de l'ombre.
C'est là qu'attendent les malheureux tributai^ res du mont-de-piété. - Des femmes vieillie* avant le temps par le chagrin et le besoin ; des enfans , des vieillards au front chauve. <— Un bruit rauque et discordant de juremens et de, murmures s'élève de cette foule impatiente; la discorde se met facilement entre ces esprits air gris par la misère. Us se disputent avec acharnement et colère les premières places, et toutes ces physionomies pâles et défaites prennent un caractère farouche.
Là l'homme fait mal à voir. Ces murs nus et mal crépis; ces hautes et noires barrières qui resserrent et divisent la foule, ces vêtement en désordre, ces visages creusés par la faim, cet air fétide que Ton respire, déjà usé par tant de bouches : — tout oppresse et peine le coeur. Devant, derrière, à côté, et jusque dans l'atmosphère, on sent la misère, profonde, irrémédiable.
Sur les murs et sur les piliers enfumés sont placardées quelques affiches lues et relues par la multitude oisive. — Consolante lecture !
— Avis important : Le public est prévenu