‹ Nouveau tableau de Paris, au XIXme siècleChapitre 20 sur 28 · LE MONT-DE-PIÉTÉ · texte numérisé non relu

LE MONT-DE-PIÉTÉ

font passer de main en main les objets à vendre, et d une voix de Stentor proclament les endu res. Leur tête, qui se meut régulièrement de droite et de gauche pour recueillir les propositions successives des prétendans, représente assez bien une machine à balancier; tandis que leur voix criarde, lancée à temps égaux au milieu des bourdonnemens de la foule , en imite le carillon régulier.

Ajoutez à cela que, dans les ventes nocturnes , un quinquet à sept becs descend de la voûte , et proje té sa rouge lumière sur l'assemblée. Il semble qu'alors on voie se dessiner plus vivement les traits de ces physionomies rapaces qui s'agitent sur ces bancs noircis; l'acre fumée de l'huile se joint à l'air usé et fétide, aux cris discordans qui s'élèvent de l'assemblée; la salle des ventes prend un aspect hideux et rebutant; et, si la curiosité vous y a conduit , vous en sortez bien vite las et le cœur navré.

— Un mont-de-piété!... — Si vous voulez que le nom s'accorde avec la chose , appelez-le un gouffre, un abîme de toute piété et de toute pitié, ne vous tromperez pas.

Page 1