‹ Nouveau tableau de Paris, au XIXme siècleChapitre 21 sur 28 · CIRQUE-OLYMPIQUE · texte numérisé non relu

CIRQUE-OLYMPIQUE

C'est a un anglais , nommé Atshley , que nous devons l'importation en France des spectacles équestres. Vers l'année 177 1 , Paris vit s'ouvrit dans le faubourg du Temple, une espèce d'à-

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chaque soir en concurrence de façon assez grossière et monotone. Cette enfance de l'art durait depuis quinze ans; depuis quinze ans, tous les jours , à des exercices de cheval succédaient des exercices de chien; lorsque, en 1786, un homme vint trouver l'écuyer Atshley, cl lui proposer une association. Cet homme était de Veniseet s'appelait Franconi . Il avait révé, lui, un véritable cirque, un magnifique théâtre de tournois, de combats et de fêtes. Seul, il eût probablement réalisé tout d'un coup ses superbes projets; mais associé, il lui fallut attendre; il lui fallut préparer longuement, par une transition presque insensible, la brillante métamorphose que l'importation d' Atshley devait subir un jour. Pendant dix-sept ans, Franconi et Atshley exploitèrent rétablissement du faubourg du Temple, d'apivs la méthode que leurs successeurs suivent encore aujourd'hui, c'est-à-dire, en étant«sédcntaires à Paris tous les hivers, et voyageurs nomades durant l'été. Eu i8o3, l'association fut dissoute, et Franconi , resté maître de la troupe équestre, put enfin commeneer l'œuvre d'agrandissement qu'il méditait depuis si longtemps. Il débuta par faire construire un cirque provisoire sur une partie du terrain de l'ancien couvent des Capucines. Là furent essayées les

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premières pantomimes chevaleresques. Diverses scènes empruntées aux fantastiques histoires de

Don Quichotte et des Quatre Fds Aymon obtinrent un succès prodigieux. Bientôt le modeste théâtre de 1 enclos des Capucines ne put contenir la foule qui, chaque soir, en assiégeait les portes. Sa chétive enceinte de planches disparut pour faire place aux murailles de pierres du cirque de la rue Monthahor. Ce dernier local était fort beau. On y voyait une arène à l'antique , entourée d'un seul rang de loges, que surmontaient dévastes gradins comme dans les amphithéâtres de Rome ou d'Athènes : au fond s'ouvrait la scène , haute et spacieuse, mais un peu écrasée par le reste. Le Cirque de la rue Monthahor fut inauguré en l'année 1807, et de cette époque seulement date la véritable existence du mimodrame équestre , genre de spectacle éminemment populaire, dont l'invention fait honneur à la mémoire de Cuvelier. Les ouvrages les plus remarquables joués au cirque de la rue Monthahor sont Gérard de Nevers > Robert le Diable , les Français en Egypte, la Prise de la Corognc, et le Pont de Lodi. Ces trois derniers surtout, réalisation de la pensée toute française de Franconi , furent accueillis avec enthousiasme, et dès lors, le théâtre du Cirque-Olympique dut se con-

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%idéwt çonxnie, privilégié pour la reproduction acénique 4e nos gloires militaire». Qn sait aveç quelle magnifique persévérance il est resté fidèle arç principe de son institution, et le gouvernement en l'autorisant naguèresà s'appeler Théâtre rMtiQqal , n'a fait que ratifier le vœu fort ancien 4e tout, Paris. Cependant, après quelques années de prospérité, le Cirque de la rue Monthabor devint presque désert. Théâtre du peuple avant tout , il était mal placé là , entre les Tuileries et la Chai^ssée-d'Antin, et puis avec l'empire s'était enfui le public obligé du cirque. Les soldats de Napoléon, qui, la veille encore venaient, au sortiç du palais de leur empereur , se revoir corn-' battre et vaincre chez Franconi , les soldats de Napoléon n'étaient plus là. Aux spqçtateurs qui les avaient remplacés , il fallait un autre spectacle : le Pont de, Lodi , la Corogne , les Pyramides devenaient choses séditieuses. Le directeur du. Cirque comprit cela parfaitement, et, dans l'intervalle de 1816 à 1817 , il reporta ses p4r nates guerriers dans le faubourg du Temple , au lieu où jadis U avait été l'associé d'Atshley, h montreur d'animaux. (Jn, théâtre fut bâti à cet endroit , ej, d'abord , pour ne pas effaroucher trop fort, les opinions régnantes , on revint ai* mimpdjran^ faj^s^iy?; On jp^a. ftolajidjuçieux,

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Melmoth , pièce ou l'acteur Gautier se fit une effrayante réputation. Ensuite fut tolérée k Mort de Kléber, l'un des chefs-d'œuvre du genre; puis vinrent Y Attaque du Convoi, la Diligence attaquée, h Prise du Trqcadéro , à laquelle une royale galanterie de Louis XV III fit assister toute l'armée d'Espagne ; enfin V Incendie de Salins , désastreuse copie qui mit 1e feu au théâtre , et le détruisit de fond en comble le 26 mars 1826. Alors Franconi et sa famille reçurent du peuple de Paris un éclatant témoignage de sympathie et de reconnaissance. Une souscription fut spontanément ouverte dans tous les quartiers de la ville au profit des incendiés du cirque , et cette souscription , presque toute formée de sommes minimes, atteignit en deux mots le chiffre de cent cinquante mille franes. Dans le courant de Tannée 1826, une société d'actionnaires fit bâtir la salle actuelle du bouleVart du Temple, construction gigantesque, dont k charpente en fer défie l'incendie. Gette société élut pour ses représentans MM. Adolphe Ftanconi, petit-fils de l'ancien associé d'Atshley, Ferdinand Laloue etVillain de St.-Hilaire; les deux . premiers son! restés directeurs de l' entreprise.

Depuis fors, le théâtre du Cirque-Olympique rfa fait que grandir d'importance et de gtoire*.

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Pouvant déployer à Taise des forces immenses au milieu de la vaste arène du boulevart, il a clé ce qu'il fallait être, Topera du peuple, et cet opéra , je vous jure , ne cède rien à celui de la rue Lepelletier. Si l'Académie royale de musique est fière de la Muette , de Guillaume Tell et de Robert le Diable , le Cirque nomme avec orgueil le Siège de Saragosse , la Tour d'Auvergne , le Vétéran et les cinquante tableaux de l'histoire impériale. Aux chœurs, aux danses de T Opéra, le Cirque oppose ses batailles, ses armées de cent mille hommes . ses forteresses oui s'écroulent , ses villes qui brûlent , ses chevaux y ses canons. L'orchestre deFranconi joue, comme celui de TOpéra, les admirables symphonies de Meyerberr, de Rossini, d'Aubcr , et je crois qu'à tout prendre, la prose de M. Prosper vaut bien les vers de M. Scribe. L'Opéra n'oserait pas risquer les hardiesses de mise en scène que le Cirque s'est rendues familières : le bal masqué de Gustave n'est pas plus beau que le bal du mariage de l'empereur dans V Homme du siècle; la cathédrale de Palerme de Robert disparaît devant la Notre-Dame de Napoléon , et tout Paris citera long-temps comme des prodiges la marche du cortège du Sacre et Y Assaut de la citadelle d'Anvers. Et pourtant cette concurrence si

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bien soutenue par le Cirque ne coûte rien à l'Etat ; l'opéra du peuple , le théâtre national par excellence , ne figurç point au budget : c'est tout seul et sans aide qu'il met debout ses colossales peintures historiques ; c'est tout seul et sans aide qu'il nourrit cinq cents familles, qu'il dépense cent mille francs pour monter une pièce, qu'il ouvre tous les soirs ses portes avec deux mille francs de frais, lui, ce pauvre théâtre , presque sans loges , où le beau monde ne vient point , parce qu'on y sent la poudre ; théâtre de faubourg inconnu à la ville , que bien des gens se figurent être un manège où l'on montre des chevaux le soir aux quinquets ; théâtre qui ne vit enfin que par ses places de douze à quarante sous. Or, combien il en faut pour payer deux mille francs de frais journaliers! Aussi l'administration a-t-elle depuis long-temps renoncé à tout bénéfice sur ses pièces : la représentation d'un ouvrage paie la mise en scène de l'autre et rien de plus : en un mot, le théâtre qui apprend au peuple l'Histoire de France , est livré à luimême et périra peut-être faute de secours, tandis que le soi-disant Théâtre-Français reçoit deux cent mille francs de subvention annuelle pour jouer des Bertrand et Raton 1 : ,

Il y aurait de bien curieuses choses à dire sur

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l'intérieur de ce théâtre tout spécial , ou riett ne se fait comme ailleurs. Là, comédiens, écuyers , comparses, forment une grande famille, qui reconnaît pour chefs , aime et respecte , comme des enfans leur père , les deux directeurs que nous avons nommés. Lu , tous les emplois sont distinctement pris et religieusement gardés : personne ne cherche à jouer le rôle du voisin ; chacun s'est incarné dans sa position première ; chez tous l'habitude est devenue nature , dans la pure expression dû mot. L'aide-de-camp d'aujourd'hui était aide-de-camp il y a trois ans; dans dix ans il le sera encore ; ainsi du général, ainsi du maréchal , ainsi du soldat : chacun s* croirait perdu s'il montait ou descendait d'un grade. Vous verrez qu il sera impossible à l'acr tcur qui fut Napoléon dans ¥ Empereur* Napor léon dans lu République > V Empire et les Cent jvurs , Napoléon dans Y Homme, du Siècle, d'é% tre jamais autre chose que Napoléon. Le Cirque n'est pas un théâtre , pas une scène , c'est un champ de bataille , un camp, une caserne ; tout le monde y sert , tout le monde y monte la garde; on n'y connaît d'autre bonnet que le bonnet de police , d'autre code que le code militaire, d'autre appel que le tambour. On ne sonne pas V heure des répétitions comme dans, les autres

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théâtres , on la bat. Là , on ne joue pas la comédie: on se fait , on se croit le personnage que Ton représente. Tout est pris au sérieux. J'ai vu les comparses du Cirque groupés et causant dans les coulisses , se ranger respectueusement , se taire et porter la main au front parce que l'acteur chargé de jouer l'empereur passait au milieu d eux. J'ai vu un acteur rendre au directeur le rôle qui lui avait été distribué , parce que c'était un rôle de traître , et que lui , vieux soldat de Napoléon, disait-il les larmes aux veux, aimerait mieux donner sa démission et mourir de faim, que de jamais trahir son empereur. Estce que cela n'est pas admirable ? J'ai vu des figurans pâlir de colère et se mordre les poings parce qu'il leur fallait le soir s'habiller en Autrichiens , et se battre contre la France , eux qui avaient espéré être de la garde impériale. La garde impériale est la légion d'honneur du cDmparse de Franconi : un homme a servi pendant deux ans avec distinction comme autrichien , anglais ou russe, il devient soldat français l'année suivante , avec perspective d'entrer dans la vieille garde un an plus tard. Un homme s'est mai conduit , il est venu ivre aux répétitions , il est insolent , querelleur , mauvais camarade , on ne lui inflige point une amende , on le met dans

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les Autrichiens : c'est le punir dix fois plus. Ces quelques traits, choisis entre mille du même genre, rendent facile l'explication de l'admirable vérité imitative des représentations militaires du Cirque. Il ne faut pas les animer , ces hommes , il ne faut pas les pousser au combat, il faut les modérer, les retenir, les arrêter; ils se blesseraient , ils se tueraient si les chefs ne leur répétaient continuellement que tout cela n'est qu'un jeu. Pris parmi les vétérans de l'armée impériale , ils ont tous vu ces belles batailles de l'empereur: jamais un fait n'arrive à la scène, fait d'Egypte, fait d'Autriche, fait d'Italie, sans que deux ou trois de ces braves n'y aient tenu un emploi sérieux : l'un y fut blessé , l'autre y gagna la croix : ceux-la montent la téte aux autres; ils les excitent, ils les enivrent, ils les transportent ; et quand vient le soir , que le tambour bat, que le canon tonne, que devant eux sont des uniformes blancs ou rouges , autour d'eux la poudre qui brûle, derrière eux le public qui applaudit, ces figurans redeviennent tous soldats, ils ne jouent plus, ils se battent. Voilà le secret.

La mise en action de ces merveilles scéniques , la clef de ce niécanisme admirable appartiennent exclusivement au directeur sédentaire , M. Ferdinand Laloue; c'est lui le général, c'est lui le

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maréchal d'empire qui , d'un mot , d'un signe , lance, enflamme, apaise toute cette artillerie, tous ces chevaux, tous ces hommes. Les attributions de son collègue , M. Adolphe Franconi, sont différentes; possédant au plus haut degré les qualités héréditaires qui ont fait du nom qu'il porte le symbole de la perfection équestre , M. Adolphe Franconi s'occupe spécialement des exercices de manège , de l'étude et de l'instruction des chevaux. Les plus hardis voltigeurs , comme les plus savans écuyers pourraient encore prendre de lui des leçons d'audace et de science. Cet homme est né sachant monter à cheval; son école est une véritable pépinière de prodiges, où se forment et se développent chaque hiver des animaux et des hommes à faire l'admiration du monde. Toute la France en a pu juger dans les voyages que la troupe équestre entreprend annuellement sous la conduite de son habile directeur. Certes , dans les villes où se sont montrés les élèves de Franconi , on avait pu voir avant eux des hommes qui sautaient plus haut, des chevaux qui couraient plus fort ; jamais on n'avait vu tant de grâce. Là, chevaux et cavaliers se suivent, s'écoutent, s'obéissent mutuellement; ils font essentiellement partie les uns des autres; ils s'entendent, se voient et se retrouvent tou-

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jours sans le moindre effort au milieu de leurs plus furieuses manœuvres. On n'est pas effrayé à les voir , on ne croit pas que ce cheval qui court à devenir invisible puisse se fatiguer jamais; oii ne croit pas que l'homme suspendu sur ce cheval puisse tomber et se tuer un jour; la terre n'est qu'un accessoire pour eux, Tair les emporte, ils ont des ailes. Les écuyers de Franconi sont aux autres écuyers, comme Perrot et Taglioni aux autres danseurs.

Du reste , ce n'est pas aux pompes militaires de M. La loue , ce n'est pas aux chefs-d'œuvre d'éqùitation de M. Franconi que se borne la magie théâtrale du Cirque. Peu satisfaits d'avoir étendu des batailles immenses sur une scène de soixante pieds, d'avoir montré des hommes qui volent, des chevaux qui dansent et jouent la comédie, les directeurs du Cirque-Olympique ont voulu ressusciter les antiques et terribles spectacles que donnaient les Césars au peuple-roi. ils ont amené sans peur au milieu de Paris, sous leur tente guerrière, au plafond de héros, aux piliers de fer doré , devant un public d'honnêtes et simples bourgeois sachant à peine qu'il y eut jadis des empereurs romains ; ils ont amené des éléphans, des lions, des tigres, et leur ont fait faire ce que font les chevaux et les hommes.

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Lûéphàni du roi de Siam et les lions de Mysore resteront dans la mémoire dés Parisiens comme d'inerOyàbles événement, commè mie effrayante expression de ce que peut oser la témérité humaine. Comment se rappeler sans frémir la forêt vierge des lions dé Mysore, où couï raient, se balançaient * volaient et criaient joyeusement les animaux des quatre parties du monde, jusqu'à ce qué deux lions, aux yeux sanglans^ à la crinière hérissée , vinssent les mettre en fuite par leurs épouvantables rugissemens ; où paraissait un homme qui seul et sans autre arme qu€ son invincible volonté maîtrisait ces bêtes furieuses et les forçait à lui lécher les pieds, tandis qu'un tigre, lancé à travers l'arène, saisissait un enfant et l'emportait plein de joie aux yeux des spectateurs terrifiés ! Ceux qui n'ont pas vu cela riront d'incrédulité en lisant ce que je viens d'écrire ; ceux qui l'ont vu croient rêver quand ils s'en souviennent ; cependant il existe , l'homme qui entrait en scène de cette manière et jouait un drame avec les lions, et attendait, sans se troubler, la réplique de ses terribles interlocuteurs ; il est célèbre aujourd'hui , il s'appelle Martin; il a pour camarades de route, pour commensaux d'auberge des lions et des tigres ; il avait appris à ce tigre à emporter l'enfant sans lui faire mal en le

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lançant sur une poule et lui défendant de la dévorer quand il l'avait saisie , et jamais ce tigre n'a désobéi à Martin, et quand Martin parle à ses lions , ses lions l'écoutent ; quand il leur dit ce qu'il veut, ils le font; ils se couchent, ils se ltvent , ils se battent , ils se caressent , ils mangent, ils jeûnent à la parole de Martin. Eh bien! cet homme n'a pas la croix d'honneur seulement, lui qui a su faire plier des volontés de lion sous sa volonté d'homme , lui qui peut-être un jour donnera aux caravanes le mot de passe du désert !

Auguste LUCHET.

mom '■ ut

Lorsque je vois le nombre de voitures qui circulent incessamment dans les rues de Paris ; je m'étonne toujours dune chose , — c'est de trouver encore des piétons sur les trottoirs.

Fiacres, cabriolets, diligences, tilburys, calèches, landaus, omnibus, voitures à un cheval , voitures à deux chevaux , voitures à six che-

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