‹ Nouveau tableau de Paris, au XIXme siècleChapitre 3 sur 28 · LES MENDIANS · texte numérisé non relu

LES MENDIANS

xiétés , lui seul ne fait rien, et reste tranquille au coin de sa borne , au soleil; tous ces gens qui remuent sont ses esclaves et ses tributaires ; ils travaillent pour lui, et lui paient une dîme.

Un mendiant , en faisant des tours de force et d'équilibre , laissa tomber son enfant et lui cassa une jambe ; il le ramassa et l'embrassa en pleurant de joie. Maintenant , dit-il , je n'ai plus aucune inquiétude pour ton avenir ; tu as un bon métier dans les mains : que Dieu te soit en aide, et avec une jambe de moins , tu es sûr de faire chemin.

Quoique en ce temps de liberté , où Ton voudrait inventer de nouveaux jougs pour avoir le plaisir de les briser, on ait mauvaise grâce a demander des entraves pour aucun genre (l'industrie, nous voudrions que Ton obligeât à vivre heureux et riches, dans un asile consacré aux pauvres , certains troncs difformes , certains lépreux, certains lambeaux d'hommes qui semblent corrompre l'air et salir le soleil.

Sur le boulevart, non loin du passage des Variétés, je rencontrai un soir, vers onze heures et demie , une femme d'une trentaine d'années, enveloppée d'un grand mauvais schall brun; monsieur, me dit-elle en tendant la main, quelque chose pour mon pauvre petit enfant auquel je

ne puis plus donner le sein, faute de nourriture.

Cette femme avait dans la voix quelque chose de si malheureux, que je m'empressai de lui donner quelques secours.

Il y a de cela trois ans.

Avant- hier j'ai encore rencontré la même femme qui, toujours enveloppée de son grand schall brun, un peu plus mauvais que la première fois que je la vis , s'avança vers moi et me dit : Monsieur, quelque chose pour mon pauvre petit enfant auquel je ne puis plus donner le sein, faute de nourriture. Comment! dis- je dans un accès de naïf étonnement , il tette encore ? la femme me quitta en murmurant.

Il y a quelques mois, pendant l'hiver, je crois que la police y a mis ordre depuis , on vit , attaché au pied d'un arbre , sur les boulevarts , un petit enfant, demi nu, tout bleu de froid et pleurant. Cet enfant à coup sûr n'avait pas deux ans; à côté de lui était une sébile dans laquelle les passans jetaient leur offrande.

Il paraît que la spéculation était bonne, car deux jours après , on rencontrait à chaque instant des enfans à moitié nus, attachés au pied des arbres.

Le spéculateur se tenait à l'écart , se contentant d'inspecter; ou si §es moyens lui permettaient

LES MENDIANS. 3g

d'avoir plusieurs enfans attachés à différens arbres , il se promenait de l'un à l'autre pour veiller à ses intérêts.

On a souvent dit en parlant du laboureur auquel ses enfans tiennent lieu de garçons de charrue, de faneurs, de moissonneurs, de vendangeurs , les enfans sont la fortune du pauvre.

Gela s'appliquerait plutôt encore au pauvre mendiant qu'au pauvre laboureur; les pauvres font des enfans , comme d'autres font de la toile: c'est une simple spéculation. Si une femme de mendiant accouchait d'un monstre, on lui dirait: le fruit de vos entrailles est béni. Ceux qui n'en peuvent faire ont une ressource , ils en louent ; c'est un trafic très connu et très bien établi. Les enfans se louent plus cher à proportion qu'ils sont plus pâles et plus chétifs, qu'ils paraissent plus malheureux et plus souffrans; on les paie de dix sous à trois francs par jour ; pour qu'un enfant rapporte trois francs par jour , il faut qu'il soit presque mort. On fait une remise à ceux qui louent des familles entières, et on donne le treizième par dessus le marché. Tout cela est horrible!

Alphonse KARR.

igiiizea uy

L'inégalité des fortunes, des jouissances et du bien-être, telle est la condition nécessaire de toute association humaine. La société civile doit un remède à ces maux, et pour palliatifs nous avons, nous modernes, nos établissemens de charité, nos hôpitaux et nos hospices.

La France est de tous les pays celui qui possède les plus nombreux monumens de son hu-

manité. Depuis le premier établissement d'un service hospitalier, fondé à Lyon par Childebert, la charité germa de ville en ville comme dans un sol fécond. Les élémens épars du code hospitalier se rallièrent bientôt dans un centre commun, et l'indigent aujourd'hui voit sa carrière suivie depuis le seuil de la vie jusqu'au bord de la tombe.

Noire cadre, trop circonscrit, repousse l'histoire de la formation des hôpitaux. Nous ne pouvons tenir note des travaux administratifs et des actes de charité qui ont affermi sur ses bases le système de secours aujourd'hui adopté. Nous ne pouvons jeter sur les asiles ouverts à l'infortune et à la souffrance qu'un coup d'oeil rapide de promeneurs ; heureux si, en découvrant un coin du tableau si riche en détail, si fécond par l'étude, nous parvenons à faire entrer sjans les coeurs, le vif sentiment d'admiration que nous éprouvons pour les hommes qui ont réalisé les utopies de la philantropie la plus exigeante !

Quand Mercier traça dans son Tableau de Paris ce bizarre chapitre du Jugement dernier, où il suppose que le Père éternel absout tous les enfans des hommes et n'en réprouve qu'un seul , c'est un administrateur d'hôpital , cette boutade du misanthrope avait pour excuse les abus sans

nombre, qui rendaient la pitié de son siècle aveugle et meurtrière. Et aujourd'hui le peintre de Paris déchirerait de son livre la page où on lit : Cruelle chance que celle de nos hôpitaux , fatal secours, appel trompeur et funeste, mort cent fois plus triste et plus affreuse que celle que l'indigent recevrait sous son toit, abandonné à lui-même et à la nature !

Si Mercier, de son œil qui saisissait si rapidement le vice die détail, regardait de nos jours cet asile où, sous le patronage de saint Vincent de Paul , l'enfant abandonné est reçu et retrouve, pour ainsi dire, un père et une famille, il n'aurait pu de long-temps effacer le souvenir consolant de cette salle dite la Crèche , au fronton de laquelle on lit : Laissez venir à moi les enfans. Là , toute la propreté du luxe y respire : les enfans, ces berceaux, le soin tout maternel des religieuses , chaque chose parle au cœur, émeut , intéresse ; il faut assister à la réception d'un enfant pour se faire une juste idée des soins minutieux avec lesquels on acquitte la dette de la pitié. Là aussi , près du nouveau né que le vice ou la misère délaisse, la pauvre femme, fille trompée ou épouse de l'artisan sans ressources est recueillie au moment de devenir ^hère. Ici, la honte semble se cacher au sein de la décence ; iv. 3

tout ce qui peut inspirer la confiance a été prévu. La délicatesse des personnes qui viennent s'y réfugier ne peut être compromise en quoi que ce soit ; la femme qui se présente peut taire jusqu'à son nom : elle fait la déclaration qu'elle juge à propos ou se dispense d'en faire , elle a même la liberté d'y rester voilée. Nul étranger n'est admis dans l'intérieur sans une permission spéciale. En attendant le moment de leurs couches, les femmes, dans un atelier commun, s'occupent au travail des layettes.

Toutefois, en entrant dans ces murs, une femme obtient , suivant ses mœurs , un accueil différent. Si l'hospice accepte indistinctement l'enfant de la pauvre mère et le fils de la prostituée , c'est qu'il voit également un citoyen dans l'un et dans l'autre ; mais en offrant des secours à la misère, on ne la condamne pas à vivre en communauté avec le vice. Les deux espèces de femmes deviennent mères, mais dans un local distinct.

Ce n'est pas ordinairement pour leurs premiers enfans que les femmes d'artisans ont recours à l'hospice : dans le premier temps de leur mariage , les petites avances qu'ils ont amassées, des moyens ^e travail plus assurés , une famille moins nombreuse , tout concourt à les entretenir

dans une médiocrité que l'économie et des privations graduées soutiennent pendant quelque temps; mais enfin les besoins, naissant de jour en jour, les réduisent à l'indigence; l'hospice alors est un bienfait réel. La femme du pauvre vient y frapper avec d'autant plus de confiance qu elle obtient la faveur d'y nourrir , au milieu de toutes les douceurs de la vie, son fils ou sa fille , à la charge par elle de prendre un enfant abandonné pour le soigner concurremment avec le sien. Voilà la condition que la philantropie met à son bienfait.

Après ses couches, la mère de l'ouvrier reporte dans la famille le nouveau membre qui un jour aidera par son travail au soutien de la petite colonie industrielle ; mais l'enfant abandonné ,

voyons ce qu'il devient. L'hospice est fidèle au

Tl O"*™ ~ «vijuLuauouauuu , CU1111US SOUS

le nom de Meneurs, conduisent des départemens à Paris ; les soins les plus minutieux président aux préparatifs du départ ; l'enfant abandonné est considéré comme dépôt , puisque ses parens ont tôt ou tard le droit de le reprendre; il faut donc veiller à tout ce qui peut empêcher une erreur d'identité. Chaque orphelin reçoit autour du cou un cordonnet de soie en forme de collier,

qui ne peut, vu la grosseur de la tête , être enlevé p3r en haut, ni glisser par en bas , retenu qu'il est par la carrure des épaules ; à ce collier est jointe une médaille creuse, aplatie par le timbre de l'hôpital, et contenant intérieurement les détails nécessaires pour reconnaître l'enfant; puis après avoir été recommandé à la nourrice, dont le zèle est stimulé par des primes, l'innocente créature, mise côte à côte de ses frères, va chercher dans la Picardie ou dans la Brie une patrie adoptive, placé pendant le voyage sur un chariot ingénieusement construit, dont chaque cahot berce la petite créature , en balançant en

tous sens sa barcelonnette d'osier

Quelques années après , le nourrisson est placé chez un fermier et passe par tous les degrés de la vie agricole , ou, revenant à la ville, il est reçu comme apprenti dans un atelier d'artisan où il va grossir la population des ouvriers de manufacture ; l'enfant de l'hospice est encore sous la surveillance et le patronage de ses bienfaiteurs jusqu'à ce que, parvenu à sa majorité, il devienne son maître. Cependant sa famille adoptive lui prescrit une loi de reconnaissance ; elle veut que l'enfant devenu homme ne contracte pas mariage sans l'autorisation de l'administration des hospices, qui, aux yeux de la loi, représente toujours ses père et

mère; après l'avoir élevé, elle lui doit encore des conseils pour son bonheur. Il est consolant d'ajouter qu'il ne s'est peut-être jamais présenté un seul exemple où l'orphelin transgressât cette loi par un de ces actes de brutalité légale , bizarrement nommés sommations respectueuses , si communs chez les fils de la noblesse et de la bourgeoisie.

L'orphelin est devenu père à son tour, il doit ses bras à sa famille ; mais , si la maladie vient suspendre ses travaux et l'arracher à son atelier, où cherchera-t-ii un asile , pauvre qu'il est , vivant chaque jour du gain de la veille, et souvent par anticipation sur les profits du lendemain; où ira-t-il poser sa tête où fermente un sang enflammé; à quels saints temples demandera-t-il un baume bienfaiteur : il n'a que l'embarras du choix. Les asiles pour la souffrance ne manqueront pas à son désir, et le premier nom qui s'offre a sa mémoire est celui de la maison paternelle du pauvre, Y Hôtel-Dieu ! Qu'il entre, il y sera bien reçu. Entrons avec lui, et après avoir traversé le pérystile, et salué le cénotaphe du vertueux Monthyon, rappelons - nous ce que fut l'Hôtel -Dieu pour apprécier ce qu'il est aujourd'hui.

Je ne parlerai pas des améliorations d'archU

teclure introduites , de ces larges espaces livrés à la circulation de l'air; mais apprécions les maux écartés des malades , les dégoûts enlevés au lit de souffrance. Qui croirait qu'il y ai peine soixante ans, et au moment où Mercier faisait entendre ces anathémes contre les gérans des hôpitaux , on voyait dans cet hôpital jusqu'à six malades sous une même couverture , et non content de remplir les .lits, on établissait encore des matelas sur le ciel même des lits , et que par des échelles on y hissait les malades? On a vu jusqu'à cinq femmes en couche reposer leur tête sur le même traversin. Quand il fut question de réformer des abus aussi monstrueux , croirait-on que cet ordre de choses ait trouvé de très fervens apologistes? Mézence aurait-il pu inventer un plus cruel supplice que celui d'un malade se sentant pressé entre un cadavre et un agonisant? La routine avait encore consacré un autre usage; les âges et. les sexes étaient confondus pêle-mêle et placés sous le numéro d'ordre de l'entrée, et sous la date de l'invasion de la maladie. En ce temps encore, l'entrée de l'hospice était comme banale , les hôpitaux avaient leurs parasites comme les tables bourgeoises ; et l'artisan paresseux trouvant agréable de vivre , quoiqu'au régime , sans cependant gagner son pain ,

venait, sans autre forme de procès, se placer de lui-même dans un lit , sans qu'aucune autorisation lui fut donnée, et la, il séjournait jusqu'à ce qu ? enfin on parvînt à l'expulser; il battait alors en retraite, et se repliait sur un autre hôpital. Aujourd'hui un comité de consultation veille à ce que la place du malade ne soit pas occupée par l'oisif bien portant , qui ne cherche qu'à abuser sa paresse; mais quand l'homme souffrant est introduit , avec quels soins tendres la pitié prévient tous ses besoins ! Qui pourrait dire l'activité des salariés surveillés par le dévouement des sœurs hospitalières ^ et la régularité de ce service de santé confié aux premiers praticiens de l'Europe, qui , fidèles à la dignité , et plus encore à la probité de leur vocation , traitent les pauvres avec la même doctrine , les mêmes scrupules qu'ils apportent à leur clientelle de la ville. Ainsi, si le dernier des artisans, si le vagabond , sans autres demeures que l'hospice , se trouve à diverses époques de sa vie attaqué par un mal aigu ; si le char du banquier ou le tilbury de l'agent de change lui brise la jambe ; si les affections de poitrine menacent ses jours ou que les tortures d'un vice vésical le minent , le voilà tour à tour entre les mains des Bfoussais, des Du-

puytrcn, des Richerand., des Cloquct, des Civiale ; ils quitteront leurs hôtels pour s'enquérir si le mal de cet homme, placé si bas dans l'échelle sociale , a fait des progrès ou cède à leurs soins. Lui, inconnu et insolvable, il occupera les veilles de ces hommes illustres , comme s'il s'agissait de la poitrine ou de la cuisse d'un souverain ; et pour celui qui ne leur donnera à sa sortie qu'un coup de chapeau , ils agiront comme s'il s'agissait d'emporter de la consultation les inévitables tabatières, cadeaux de prince, où les portraits passent à la faveur des diamans qui les entourent.

A l'Hôtel-Dieu, les noms de Desault et Bichat, gravés sur le marbre , attestent ce que la science a fait dans ces lieux en faveur de l'humanité souffrante; le peuple sait comment les successeurs de ces grands hommes continuent leur dévouement, sous les longues voûtes des galeries aérées où sont rangés (divisés par salles) i34o lits dans lesquels il couche annuellement de douze à treize mille malades. Interrogez ces convalcscens qui se croisent dans leurs promenades de la salle aux préaux; regardez -les sous ces longues robes uniformes que le règlement a établies, il y a , dans ces physionomies-la, une expression de

bien-être; dans quelques unes, c'est du regret de quitter bientôt un asyle ou rien ne manquait aux besoins.

Comme cette masse est reconnaissante , quand elle rencontre sur le passage un des médecins de service, ou un des agens de l'administration ! Si quelques mots sont échangés , c'est toujours de la part du malade un témoignage de son bienêtre ou de sa gratitude. Il n'y a que ceux qui n'ont pas couché dans les draps de l'administration qui disent du mal des hôpitaux , me disait un jour un vieux concierge qui avait laissé sa jambe gauche sous la scie de M. Dupuytren, et son œil droit dans la main de M. Dubois, et ce brave homme ajoutait un souhait qui avait son côté généreux : je voudrais , disait-il , que tout Paris vînt a l'hospice; un mois après, on n'entendrait plus dire que le peuple y meurt de faim, qu'on y fait des essais sur son corps, et que les religieuses et les infirmiers aident à mourir en donnant le coup de pouce aux malades. Il y a dans une certaine classe du peuple , parmi les femmes surtout , une répugnance marquée pour le séjour à l'hospice; il n'est pas rare d'entendre sous les vestibules du bureau central les gémissemens d'une victime qu'une famille pauvre ou un mari raisonnable conduit vers le lit hospita-

f\1 PARIS MODERNE.

lier du parvis Notre-Dame. Le lendemain, le jour même, vous êtes étonné d'entendre Faffligée chanter les louanges de la maison de secours , et il arrive qu'on ne peut souvent pas la décider à demander son exéat quand est venue la convalescence ; cette faculté de se familiariser avec la règle de l'hospice vient surtout aux malades conduits aux petits hôpitaux , tels que ceux de la Charité, Beaujon, Cochin; les constructions de ces localités plus modernes , le luxe de propreté qui distingue des salles petites , l'aspect pittoresque de leurs lits de fer sur lesquels se drapent des rideaux de blanche cotonnade , et qui roulent sur les carreaux toujours cirés, cet ensemble jette une teinte qui n'a rien de lugubre. Un auteur a dit que PHôtel-Dieu sentait la mort, Beaujon la convalescence , et la Charité la santé : cette pensée cesserait d'être juste pour l'Hôtel-Dieu , si son architecture , sa position topographique ne rendaient pas son aspect plus mélancolique.

Au nombre des récriminations que le peuple lance contre le système administratif des hospices , est la plainte relative aux entrées publiques des jours pendant lesquels la famille et les amis sont admis à faire visite au malade. Depuis longtemps, le désordre qui provenait des entrées

quotidiennes a nécessité une réorganisation, et il a été arrêté que les malades ne pourraient plus recevoir que deux fois par semaine , et si vous voulez voir de quel côté est la justice, placez- vous, un jour d'entrée, dans la loge du concierge , douanier placé sur la frontière qui divise l'hospice de la rue, pour surveiller la contrebande qui manœuvre à la porte. Convaincu que le malade manque des alimens nécessaires à son existence , une population de visiteurs cherche, par tous les moyens possibles, à faire pénétrer des vivres dans la place; les contrebandiers des Pyrénées sont des enfans comparés aux ligueurs des hospices. Demandez à madame Leprêtre, la concierge de la Charité , la douanière la plus redoutée et la plus subtile des hôpitaux de Paris : voici une des cinquante scènes dont elle est témoin et actrice chaque année. Elle se met a gauche de la (île de curieux qui attendent l'heure ( côté des dames )f son mari se place à gauche (côté des hommes ); l'heure sonne, et le dialogue s'entame.

la concierge à un cliarbonnier.

Eh! monsieur... vous qui filez sans rien dire... la veste noire , est-ce qu'il vous est survenu une infirmité dans le dos?

le charbonnier, se redressant un peu.

Parce que?...

LA CONCIERGE

Parce que vous allez me faire le plaisir de déposer votre bosse dans les mains de mon mari. (La concierge fait ôter le vêtement du charbonnier > et il trouve un pâté dans la doublure).

LA CONCIERGE

Allez faire votre visite , vous reprendrez votre infirmité en sortant. ( Une grosse femme à l'œil vif à la démarche franche ; passe et va franchir la ligne d'octroi.) Dites donc, ma petite mère , est-ce qu'il vous est tombé une bydropisie de poitrine? comme votre fichu gonfle aujourd'hui! (La concierge , bon gré, mal gré , soulève le châle de la visiteuse et saisit deux boules de fromage de cochon artistement modelés et placés sur sa poitrine. ^

Page 1