‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 10 sur 132 · U3 COMTE, BRIGITTE · texte numérisé non relu

U3 COMTE, BRIGITTE

LE COMTE, en robe de chambre.

Ne vous dérangez pas, mademoiselle !

BRIGITTE, Interdite.

C'est que... monsieur le comte... je croyais être seule. et.'-, monsieur le comte... vous ne méritez pas cela oh' non, vous ne...

LE COMTE, riant.

Je ne mérite pas d'avoir une femme de chambre qui ne jj^mte pas à prendre mon thé? C'est ce que vous voulez

BWGITTE, d'un ion bas et mystérieux.

Oh ! non... c'est plus sérieux qu'une lasse de thé... Mou-

sieur le comte, vous avez été toujours pour moi un excellent maître, et ma reconnaissance m'impose un devoir rigoureux que je veux remplir.

LE COMTE

Quel air étrange prenez-vous pour me dire cela?

BRIGITTE, imitant les poses et l'accent du théâtre.

C'est l*air de la situation, monsieur le comte. On ne prend pas un ton joyeux pour raconter une chose lamentable... Monsieur le comte, il y a dans cette maison une femme, une grande dame, qui trame le déshonneur de votre famille et de votre nom .

* LE COMTE, à part.

Elle joue bien! (liant et d'un ton furieux.) Malheureuse ! c'est une infâme calomnie ! je vais t'écraser sous mes pieds comme un vil serpent.

BRIGITTE

Voyez mon calme, monsieur le comte, c'est le calme de la femme innocente qui accomplit un devoir. Si je mens, écrasezmoi, mais si je dis la vérité, écoutez-moi.

LE COMTE

Parle !

BRIGITTE

Tout à l'heure un jeune homme de très-bonne mine était aux genoux de la comtesse, comme un amant heureux, et votre femme paraissait l'écouter dans le ravissement de sa joie.

LE COMTE

Aux genoux de ma femme ! malédiction.

BRIGITTE, découvrant le stick laissé contre l'angle «le la consolé;

Ah ! voici un témoin à charge que la Providence m'envoie!

Elle va prendre le stick qu'elle présente au COlrile;

LE COMTE, examinant le stick sur le i iméau,

Jnsle ciel ! ce sont les armes du duc d'Albonza !... oui, il s'est trahi cent fois devant moi... il est amoureux de ma femme, et il savait que ce soir je serais absent! oh ! je m'écrierai comme le More de Venise, Othello, traduit par Ducis :

Les lions du désert, dans leurs antres brûlants, Emportent quelqufois les voyageurs tremblants.

11 vaudrait mieux pour lui que leur faim dévorante Dispersât les lambeaux de sa chair palpitante, Que de tomber vivant dans mes teribles mains.

Brigitte.

Mon Dieu ! comme c'est beau!

LE COMTE

(loi homme ne verra pas le soleil demain. (Tirant son portemonnaie.) Brigitte, prends ceci ; de pareils services ne sauraient trop se payer.

BRIGITTE, refusant avec un ^e?tc solennel.

De l'or! de l'or, monsieur le comte, un devoir ne doit jamais être payé !

LE COMTE

Elh bien, ton talent d'aitis-tc mérite sa récompense. A dater de ce jour, je ne le donne plus de gages, tu recevras des appointements. Te voilà engagée dans ma troupe.

BRIGITTE

Ah ! vous vous faites directeur de théâlre?

Oui.

BRIGITTE

Quel bonheur !

LE COMTE, prêtant l'oreille.

J'entends le frôlement d'une crinoline criminelle ; laissenous.

Brigitte s'esquive lentement.

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