SCENE PREMIERE
ANTOINETTE
Elle entre, et dépose sur un guéridon un plateau.
Maintenant, mademoiselle Clairon peut arriver... l'eucas est préparé par mes soins... tout ce qu'elle aime au retour de la promenade... groseille, sirop de capillaire, lait d'amande... et brioche... Il fait si chaud à Marly!... Ces rafraîchissements me font venir l'eau à la bouche. .. Il y en a de trop... c'est du luxe... Je serai grondée... Mademoiselle Clan ron n'a que dix-huit mille livres de rente... Je lui retranche le sirop de groseille par économie... (Elle se sert et boit.) Il faut toujours prendre les intérêts de sa maison... J'étais née pour être intendant... Ah! une idée! si je lui économisais encore le lait d'amandes... Ce sirop de groseille m'a altérée. On dit que l'appétit vient en mangeant ; il parait que la soif. .. Hein ! qui entre par la grille? (Elle regarde par la fenêtre.) Ah ! c'est le fermier général notre voisin ! Je centième amoureux de mademoiselle... Il fait le zéro, lui. C'est égal, elle a bien tort de ne pas vouloir l'épouser; voilà l'idéal des maris! un galion
vivant, cl bêle comme un lingot d'or! Tiens! qui donc est avec lui?