‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 111 sur 132 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Lis Mêmes, ANTOINE,

ANTOINE

Monsieur, toutes les issues sont gardées.

ROBINEAU

Va chercher le guet.

ANTOINETTE

A Marly? Le guet ne vient jamais ici qu'avec Cupidon pour sergent.

ANTOINE

Savez-vous ce qu'ils disent, monsieur? que si vos cheveux valent un louis chacun > vous estimiez vous-même la valeur de vos oreilles; qu'ils accepteront leur rançon et leur donneront un sauf-conduit.

ROBINEAU

Me rançonner? (A Antoinette.) C'est toi qui leur a fait venir cette idée en parlant de mes richesses.

ANTOINETTE

Dame ! monsieur, je vois que c'est ça qui vous fait tant respecter, j'ai cru que ça réussirait avec eux.

ANTOINE

A voire place, monsieur, j'entrerais en accommodement.

Qu'est-ce que c'est qu'une centaine de pistoles...

ROBINEAU

Tiens, porte-leur ceci et qu'ils me laissent en paix. (Antoine sort un moment.) C'est bien parce «pie vous m'y forcez, au moins... Il a tenu à bien peu que...

Il indique son Épée,

ANTOINETTE

Il est défendu de tirer l'épée dans le palais des rois, cela étant, vous vous êtes dit que vous ne pouviez dégainer dans le palais de votre reine.

ROBINEAU

C'est juste... je me suis dit ça, et tu en témoigneras au besoin auprès de mademoiselle Clairon... (Voyant entrer Antoine ) Eh bien !

ANTOINE

Eh bien, monsieur, ils trouvent que ce n'est pas assez.

ROBINEAU

Comment?

ANTOINE

Ils disent que ça lait le compte pour une oreille, mais qu'il faut encore autant pour l'autre.

ANTOINETTE, à part.

Il va, il va.

Ah ! par la mordieu ! ma patience est à bout , ils n'auront rien ! Et qu'ils prennent garde, j'ai le bras long... Quand madame de Pompadour saura. . .

ANTOINETTE

Elle sera furieuse, elle qui a si souvent besoin de vous parler à l'oreille ! Et vous pouvez être assuré d'une vengeance éclatante pour réparer... ce qui sera malheureusement irréparable, car la vengeance ne raccommode rien.

ROBINEAU

Elle a beaucoup de justesse dans le raisonnement, cette fille-là. (v Antoine.) Tiens, donne-leur ce billet au porteur et tâche cette fois qu'ils soient contents.

ANTOINE

J'y ferai mon possible. (Bai à Antoinette eu sortant.) La pelotle s'arrondit.

I'.OBINEAU, refermant le portefeuille d'où il a tiré le billet.

Heureusement que j'ai toujours mon portefeuille approvisionné

ANTOINETTE, à part.

Ce Jupiter-là... on pourrait le changer en une pluie... de billets au porteur... Et dire que mademoiselle ne veut pas de lui pour mari... Ali ! si j'étais à sa place! (Comme inspirée tout à coup.) El pourquoi donc n'y scrais-je pas ? Le moyen de se trouver à une place c'est de s'y mettre. Voilà le mari qu'il nie faut et par le moyen de la tragédie tout est possible. Allons! soubrette de Clairon, de l'adresse au mariage, enlevons la bague nuptiale avec le poignard de Melpomène.

ANTOINE, rentrant.

Les soldats sont contents.

ROBIN I" AU

Ah ! je puis donc...

ANTOINE, le retenant.

Attendez ! . . . Les soldats sont contents, mais il y a le sergent qui réclame, il veut une part en proportion de son grade.

Ah!

C'en est trop! -le vais moi-même lui faire entendre raison, à ce sergent. Je lui dirai que je vous prends sous ma protection, que je ne souffrirai pas qu'on moleste ainsi un galant homme, un homme pour qui je me sens de l'affection,

Antoine la regarde ébahi.

RODINEAU.

Tiens, prends ce diamant.

ANTOINETTE, avec une dignité émue.

Souffrez que je refuse. Mou affection se donne, et je n'accepte pour elle aucune récompense.

Ile sort.

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