‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 120 sur 132 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MARCELINE, CLAIRE, accourant du fond.

CLAIRE

Tu m'a? comprise?

MARCELINE

Dame ! oui ; c'est pas malin.

CLAIRE

Je veux surprendre tout le monde... et si tu dis mou secret il n'y a plus de surprise.

MARCELINE

Dame! Quand tout le monde connaît un secret.. .

CLAIRE

Il n'y a plus de secret.

MARCELINE

Vous voyez que j 'sommes toujours pas mal bète?

CLAIRE

Très-bien ! Continue...

MARCELINE

C'est pas difficile...

CLAIRE

Tu n'as rien oublié de ton rôle?

MARCELINE

Au contraire, j'en sais plus.

CLAIRE

Tout à l'heure, j'ai tremblé quand mon frère Paul a dit : « Cette fille ne parlera jamais français!

MARCELINE

Oh! j'ai fait semblant de ne pas entendre.

C'est que, vois-tu, nous jouons au pins lin, mon frère, ma

sœur et moi. Chacun do nous veut gagner le prix de famille, et chacun de nous s'est caché des deux autres pendant six mois. Tu sais que notre tante Kerbriant nous a dit en partant pour la Bretagne : « Mes chers enfants, vous avez un long hiver à passer au château ; je veux vous donner une occupation et vous récompenser à mon retour. Il faut vous habituer de bonne heure à réfléchir, pour découvrir dans votre petit cerveau ce qui est honnête, ce qui est beau, ce qui est louable. Je donnerai un prix d'honneur à celui de vous trois qui aura passé ce semestre à faire une bonne aclion que je jugerai la meilleure. Priez Dieu de bien vous inspirer. » Yoilà ce que nous dit notre bonne taule, et nous avons travaillé tous les trois, mais bien secrètement, pour mériter le prix d'honneur.

MARCELINE

11 doit être bien beau, ce prix ; votre tante est si riche!

Bien beau? Tu te trompes, Marceline. Quel mérite y aurait-il à travailler à une chose louable pour obtenir une riche récompense? C'est un prix d'honneur, nous le connaissons; un orfèvre n'en donnerait pas une pièce de vingt-quatre sols. C'est un médaillon d'argent avec le portrait de notre pauvre père en miniature. Cette relique est aujourd'hui entre les mains de notre tante Kerbriant.

MARCELINE

Et c'est pour ce médaillon que vous avez pris tant de peine, mam'zelle Claire?

CLAIRE

Mais, oui.

MARCELINE

Permettez-moi de vous embrasser.

CLAIRE

De tout mon cœur, ma bonne sœur de lait.

MARCELINE

Moi, j'aimerais mieux dix aunes de dentelles que le médaillon !... Vous êtes meilleure que moi.

CLAIRE

Tais-toi?... La voici .

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