‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 126 sur 132 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Lss Mêmes, MARCELINE.

Marceline a quitté son costume villageois; elle porte le costume des nobles demoiselles de l'époque. Elle tient un éventail et >a tournure e=l pleine de distinction. Son accent est au>si complètement changé.

MARCELINE, .-alliant.

Je suis Irès-lionorée d'être présentée au château de Val bois par ma jeune amie, mademoiselle Claire. On quitte Paris sans peine dans la saison des lilas. Le beau monde déserte Versailles et court les champs; M. de Choiseul a ouvert ses salons d'été à Chanteloup. La semaine passée, après avoir entendu le Miserere a Longchamps, nous sommes partis pour Chanleloup ; on a joué le Devin du Village de M. Rousseau, de Genève. Un M. Legros, haute-contre de la Porle- Saint-Martin, a chaulé à ravir. On lui a demandé son fameux couplet sur la naissance de monseigneur le dauphin; sa voix est du dernier bien... Connaissez-vous le couplet? (Signes néuaiif-.) Il est charmant. Le voici.

Elle chante en chevrottant.

Amis, célébrons cet enfant Oui nous rend heureux en naissant; C'est presque notre frère.

Eh bien.

Son père es! notre père.

Vous m'entendez bien.

Ce couplet fait fureur à la cour et à la ville. Lu l'ail de modes, rien de neuf. Les femmes ne mettent plus de mou-

r.lii NOUVEAU THEATRE DE SALON.

elle?, les hommes portent des gants. On dit que le bailli de Suffren va repartir pour les Indes. On a publié une édition ù'Estelle avec des gravures de Lejay; c'est d'un pastoral délicieux! un bijou de campagne s'il en fut; nous en ferons notre livre de château cet été.

CLAIRE, riant.

Eh bien! personne ne répond à mon amie? (Moment de

silence; mademoiselle fcefbriant, Blanche et Paul écoutent et regardent

avec étonnement.) Voilà poui'lant mon élève, une élève que j'ai formée en six mois : elle va vous en donner la preuve.

MARCELINE, reprenant sa voix de paysanne.

J'aimons ma chaumière

EL ma liasse-cour;

Petite fermière

N'a pas d'autre amour.

TOUS, après avoir contenu le rire, s'écrient :

C'est Marceline! c'est Marceline !

MARCELINE, sautant.

C'est Marceline !

CLAIRE

Voilà les bienfaits de mon éducation secrète.

r-AUL, avec tristesse.

C'est décidé ; ma sœur Claire aura le prix !

CLAIRE

Et Marceline lit comme un ange ; elle écrit comme moi ; elle ne dit plus morgnenne, tatigué, j'avions, cl toules ces horreurs que 1rs paysannes devraient oublier une bonne fois pour ne pins nous écorcher les oreilles; il est si aisé de ne pas dire toutes ces bêtises!

MARCELINE

Oui, c'est très-aisé ; la preuve, c'est que je parlerais maintenant une semaine sans les dire une seule fois.

. Et enfin, pour achever son éducation, je lui paye, sur mes économies, un an de couvent à Paris.

MARCELINE, essuyant une larme.

Hélas ! tout cela est bien beau ; mais j'éprouve là un serrement à l'idée de quitter mon village ; il est beau, lui aussi, c'est pour lui qu'on a fait ces vers :

Déclamant.

Adieu, mon village Qu'à la fleur de l'âge Je quitte demain!

Adieu, mes prairies, Adieu, fleurs chéries, Bijoux de ma main !

Adieu, blés et vignes, Qui formez deux lignes Sur le grand chemin !

Ma triste pensée Sur vous est laissée, Oui, je pars demain!

Si je vous regrette, Je suis toujours prête A vous revenir.

Robes et dentelles, Hélas! valent-elles Votre souvenir !

Loin du toit champêtre, Ma gaîté peut-être Bientôt va finir.

Si je vous regrette, Je suis toujours prête A vous revenir!

Et, puisque je suis en train de pleurer, je vais faire mes adieux à madame de Valbois.

Elle bort en courant.

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