SCENE XII
Lks Mêmes, moins MARCELINE.
MADEMOISELLE KEIUMïIANT à Claire.
Voilà une heureuse que tu as faite.
CLAIRE, avec tristesse.
Heureuse!... J'ai bien peur de m'étre trompée.
MADEMOISELLE KERBIUANT.
Ton intention a été excellente, ma bonne Claire, cela suffit. Je te sais un gré infini de tous les soins que tu as pris pour l'éducation d'une pauvre fille villageoise, mais je le crois assez sage pour t'apprendre que le prix d'honneur ne te sera pas donné...
PAUL, triomphant.
Ah ! je crois bien ! Changer une villageoise en demoiselle, quelle idée ! C'est comme si on voulait mettre la place Royale dans notre parc ; chacun doit garder sa place, comme dit ce vieux philosophe, notre voisin, qui est tout habillé de noir.
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Et toi, mon chéri, apprends de bonne heure à faire une action louable pour l'amour de Dieu...
PAUL
Cela veut dire que je n'ai pas le piix.
MADEMOISELLE KERBRIANT.
Ecoutez, mes chers enfants, Claire et Paul, quand vous saurez ce que votre sœur Blanche a fait, vous lui donnerez vous-mêmes le prix?
Bonne tante, nous vous croyons sur parole et nous ne voulons rien savoir; et j'embrasse de tout mon coeur cette sœur chérie qui a mieux fait que moi... Embrasse donc, loi aussi, Paul.
PAUL, embrassant [Hanche, à part.
C'est égal, je voudrais bien savoir ce qu'elle a fait de si merveilleux.
MADEMOISELLE KERBRIANT, prenant un médaillon dans un pli «le son corsage.
Blanche, ma bonne nièce, voici le prix que tu as mérité, c'est le portrait de ton père, murt glorieusement à Pondichéry au service de la France.
BLANCHE, émue et prenant le médaillon avec respect.
Ce trésor de famille ne me quittera plus.