SCÈNE II LÀ COMTEïSE, BRIGITTE
BRIGITTE
Madame la comtesse veut-elle bien m'accorder une permission ?
LA COMTESSE
Laquelle?
BRIGITTE
Ma cousine et mon oncle viennent me chercher pour me conduire à l'Amliigu-Comique. Ils ont une loge !
LA COMTESSE
11 est bien tard.
Maison joue avant la grande pièce un lever de rideau, nu petit acte que nous ne voulons pas voir.
Vous aimez donc bien le théàlre, Brigitte?
BRIGITTE
Oh ! madame, j'en suis folle ! Si j'avais en le bonheur d'êlre nn homme, je me serais fait Mélingneou Laferrière!
LV COMTESSE
Et, comme vous êtes femme de chambre, voire goût passionné pour le théâtre vous donne de fréquentes distractions dans votre service.
BRIGITTE
Oui, madame, le lendemain d'une représentation..,
LA COMTESSE
Et le surlendemain aussi.
BRIGITTE
Quelquefois... Ah ! que voulez-vous, madame, on a un cœur là, quoique femme de chambre ; et lorsqu'on vient de voir une malheureuse mère qui a perdu son fils, au premier acte, et qui le retrouve au cinquième, en tombant à genoux, et en disant à M. Laferrière : « Mon Arthur m'est rendu, je ne crains plus rien de l'injustice des hommes. Merci, mon Dieu ! » Oh ! madame, on ressent au cœur une impression qui ne s'efface pas avec la nuit, comme dit mon oncle ; on revoit cette malheureuse mère le lendemain; on pleure de joie avec elle; on continue à détester M. Laferrière qui la regarde froidement avec un paletot boutonné sous le menton. Si je n'étais obligée (le servir, je passerais ma vie sur le boulevard à voir jouer tous les drames historiques qui ont des succès de larmes ; personne ne pleure comme moi, et, par malheur, ce plaisir m'est accordé bien rarement.
LA COMTESSE
Kh bien, il vous est encore refusé aujourd'hui. Désolezvous tout à votre aise, vous ne pleurerez pas ce soir.
BRIGITTE, très-émue.
Ali ! madame la comtesse, j'attendais mieux de votre obligeance et de votre bonté (elle pleure). Il est bien cruel, quand on fait son devoir, de ne pas trouver son quart d'heure de récréation honnête.
LA COMTESSE
Pas de raisonnement. J'ai besoin de vous, et je ne vous paye pas généreusement pour me servir, à moi-même, de femme de chambre.
BRIGITTE
Et que diront ma cousine et mon oncle?
LA COMTESSE
Ce qu'ils voudront; ils ne sont pas à mon service.
BRIGITTE
Ma cousine a obtenu tout de suite sa permission de sa bonne maîtresse, madame la marquise de ...
LA COMTrsSE, l'interrompant.
Il suffit, mademoiselle... plus d'observations... Allez me préparer le Ihé.
Elle s'assoit et ouvre un livre.
BRIGITTE , à part et d'un ton dramatique.
Oh ! si l'heure de la vengeance vient à sonner!
Elle soit.