SCÈNE XIV
Les Mûmes, I,E BARON.
CHARLES, se levant.
Eh bien, mon oncle, vous arrivez à propos.
LE BARON
Connne.,1 ! monsieur mon neveu, cinq minnlcs après vos
"CV°"S !?« u,,e Position suspecte devant une
lenme! Lt que dirait mademoiselle Yolande, votre noble
fiancée, si elle vous voyait aux pieds d'une rivale de bassecour?
chari.es.
Ma fiancée déjeune de sa nourrice en ce moment.
LE BARON
Mon neveu ! parlez avec plus de respect de la dernière rejetonne de la maison de Frontezac!
CHARLES
Mon oncle, je connais, quoique très-jeune, nos affaires de famille, et si vous me contrariez dans mes amours, je vais en Amérique avec M. de la Fayette, je me fais tuer, et je vous deshérite dans mon testament.
LE BARON, à part.
Il le ferait comme il le dit, ce petit démon ! (Haut.) N'importe ! vous ferez ce que vous voudrez, mais je défendrai, moi, jusqu'au bout, l'honneur de notre illustre maison. Vous rentrerez au château, à l'instant même, et vous ne parlerez plus qu'à des bergères peintes, à des villageoises de porcelaine, à des paysanes de carton.
LÉONARD, ù peut.
Je respire
CH RLES.
J'irai en Amérique, pays d'égalité.
LE BARON
Seul?...
CHARLES
Avec Marguerite... Lisez l'histoire romaine, mon oncle. Vous verrez que Homulus...
LE baron l'interrompant.
Romulus obéissait à son oncle.
CHARLES
Les oncles n'étaient pas inventés, de son temps. 11 n'y avait que des neveux; et ils enlevaient des bergères pour les épouser.
LÉONARD, à part, avec un gémissement.
Il y tient! je suis perdu! je suis mort! Adieu, ma belle Marguerite!
chaules, se retournant.
Monsieur Léonard! Ali! mon Dieu ! il se trouve mal.
MARGUERITE
Ce pauvre homme! il m'aime trop!
LE BARON, à Charles.
Vous désespérez un tuteur qui est une des lumières de la science.
LEONARD, présentant un livre au baron, et d'une voix éleinle.
Je n'ai pas... la force... de donner à M. Charles... ma... dernière leçon d'histoire romaine... La voilà, monsieur le baron... lisez- là.
LE BARON, lisant.
u Une femme était au pouvoir du grand Scipion... et cet illustre général la rendit à son mari, avec une générosité qui a été célébrée par les poètes, les peintres et les historiens. Ce trait de noblesse passera jusqu'à la dernière des postérités... » 0 Scipion! j'achèterai la gravure qui a immortalisé ta sublime vertu. Dieu! que cela est beau! A s.i place, j'en aurais fait autant. Il est si doux de rester garçon !
CHARLES
J'ai une idée...
LE BARON
Voyons l'idée?
CHARLEf.
Si je commençais ma vie par une action sublime ?
LE BARON
Je la fais graver à mes frais par Lejay, place Dauphine, qui a gravé Scipion.
CHARLES
Mademoiselle Marguerite, approchez... Monsieur Léonard levez- vous... Soyez unis... il y a deux Scipions... Je me marierai dans quatorze ans.
LE BARON
C'est superbe!... Embrasse-moi, Charles... et vous tombez aux genoux de Scipion II, pour faire tableau.
CHARLES
L'histoire a corrigé l'histoire... Monsieur Léonard, vous avez très-bien fini mon éducation. Je vous donne une pension de trois cents pisloles, mais je ferai élever vos enfants par le précepteur des miens.
LÉONARD
Mille grâces, chevalier Scipion l'Africain.
LE BARON, à Marguerite.
Jurez d'être fidèle à ce soleil d'instruction, votre mari.
MARGUERITE
C'est le second serment d'aujourd'hui?
LE BARON
C'est égal, mademoiselle; habituez-vous de bonne heure à prêter des serments de fidélité.