‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 7 sur 132 · I.E COMTE · texte numérisé non relu

I.E COMTE

Parbleu! c'est mon ami intime,

LA COMTESSE

C'est juste ! vous venez d'en dire du mal.

LE COMTE

On doit la vérité aux absents. D'ailleurs, voire mari est mon débiteur. . .

LA COMTESSI/.

Ah!

Il me doit la vie. Comme créancier, j'ai toute sorte de droits sur lui. J'ai eu vingt fois l'occasion de faire une veuve, et je me suis abstenu. Vous voyez, madame, que je respecte l'amitié.

Ah ! ceci n'est pas clair !

LE COMTE

Je vais l'éclaircir... Madame, je pouvais provoquer votre mari en duel et le tuer. Nous avons eu vingt fois des querelles politiques sur la désunion des Étals-Unis. Ma main gauche a vingt fois retenu ma main droite sur le chemin de sa joue. Après sa mort, je respectais pendant six mois votre deuil de veuve, et je tombais ensuite k vos pieds pour vous dire que ma vie, ma fortune, mon bonheur, mon univers, étaient sur le grain de poussière qui s'ennoblit sous vos pieds divins. Oh ! madame, vous auriez eu pitié de ma passion, de mon délire, de mon désespoir, parce que votre âme est faite de toutes les bontés de l'ange comme votre corps est fait de toutes les grâces de la femme ; vous m'auriez tendu une main amie ; nos destinées se seraient confondues, et nous aurions vécu de celte vie d'amour qui donne aux élus de la terre les extases des élus du ciel !

LA COMTESSE, avec une agitation extrême. Monsieur le duc, je ue puis prêter plus longtemps l'oreille à des discours qui me blessent profondément dans mon honneur de femme et dans ma dignité d'épouse. C'est l'heure où les visites du soir finissent, surtout celles qui n'auraient pas dû commencer.

LE COMTE

Madame, il m'est impossible de vous quitter sur une parole aussi cruelle. Que votre sévérité s'adoucisse devant un homme que votre beauté seule condamne au désespoir.

LA COMTESSE

Prenez garde, monsieur le duc, si vous ne sortez pas ! votre noble blason sera flétri à jamais, vous aurez chassé une femme, c'est moi qui vais sortir.

Arrêtez, madame... encore un mot... si vous sortez, vous laissez ici un cadavre. (Tirant nn poignard.) Le sang lave lesflé- Irissures du blason.

LA COMTESSE

Ciel!... Monsieur le duc!... par pitié!... l'amour même coupable doit des égards à la femme aimée... Vous voyez mon (rouble... mon effroi... grâce pour vous-même; grâce et giàce...

LE COMTE, l'interrompant ;ivec brusquerie.

Oh ! je connais celte chanson! il y a des passions inexorables qu'aucun pouvoir de femme ue saurait attendrir. On n'a jamais éteint un volcan avec des larmes!... Oh ! madame, un seul mot de tendresse sorti de vos lèvres me donnera patience pour attendre la parole du cœur, (il se met à genoux devant la comtesse.) Belle Clarisse, il y a un mot qui donne la vie aux agonisants, un mot qui vient du ciel et qui pénètre partout,

excepté dans l'enfer; laissez-le tomber sur moi, et je pars, en emportant ce mot comme un trésor.

La porte latérale de gauche s'ouvre ; Brigitte paraît portant un plateau et un service de thé. Elle est confondue de surprise, et rentre aussitôt avec précaution.

LA COMTESSE

Je n'hésite pas à prononcer un mot qui vient du ciel, s'il peut vous donner le repos, vous rendre à la raison et assurer ma tranquillité ; mais je cherche en vain dans la langue ce mot merveilleux, je ne le trouve pas.

LE COMTE

Jamais !

LE COMTE

Jamais ! C'est le mot de l'enfer ! il y aura ce soir un damné de plus.

11 sort précipitamment par une porte latérale à droite.

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