‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 85 sur 132 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêues, SCOPAS.

Ithotlina va s'avoir devant la balustrade, cl travaille à la iiavctle.

SCOPAS

Belle Athénaïs, que cette nouvelle journée vous soit douce et que les grâces soient toujours avec vous!

ATHÉNAÏS

Que le dieu des beaux-arts vous soit toujours en aide, noble sculpteur, fils de Scopas de Milo. Saluez mes dieux lares, ils vous seront hospitaliers... Quelle bonne nouvelle nous apportez-vous?

SCOPAS

Mon œuvre est faite,

ATHÉSAÏS, avec enthousiasme.

Dieux immortels! Que loute la ville cTÉphèse se pare de myrtes et de roses! que la trirème aux dieux d'ivoire, la trirème des bous messages, tourne sa proue vers le Pirée pour apporter cette nouvelle à la ville de Minerve ! que toute la Grèce ariiste tressaille de joie, le grand sculpteur de Milo a créé sa Vénus !

SCOPAS

Vous n'ajoutez rien de plus, belle Athénaïs?

ATHÉNAÏS

Manquera-t-il quelque chose à voire triomphe?

SCOPAS

Oui.

ATHÉNAÏS

Quoi donc?

SCOPAS

Votre amour.

ATHÉSAÏS.

La gloire ne vous suffit pas?

SCOPAS

Fh! La gloire sans l'amour, c'est le Parthénon sans soleil ! 0 belle Alhénaïs, si l'artiste arrache le marbre aux veines de Paros, s'il brûle son front dans les veilles pour deviner l'idéal divin; s'il livre son cœur au vautour du titan pour ravir au ciel la flamme de la création, c'est qu'il veut mettre aux pieds d'une femme ses douleurs, ses joies, ses triomphes ; c'est qu'il veut vaincre des rivaux clans la lutte amoureuse du génie pauvre qui ne donne rien, contre la sottise opulente qui donne tout. L'altiste demande sa gloire à la foule, mais

pour se voir applaudir, loin de la foule, par deux mains charmantes, se voir encourager par des lèvres amies et des sourires célestes ! La gloire n'est qu'un chemin, le but c'est l'amour !

Kt les femmes, Scopas, les femmes de votre pays, croyezvous qu'elles soient insensibles à la gloire et qu'elles doivent se contenter de couronner secrètement un grand artiste, sans recevoir de la foule un peu de cet encens qui brûle pour lui? J'aime aussi, moi, le bruit du triomphe, la mélopée des acclamations; je veux que la foule sache mon nom pendant ma vie et ne l'oublie pas après ma mort. Je me révolte contre l'injurieux oubli de la tombe, je veux conquérir celte grande chose qui console de la mort, l'immortalité.

Je vous la donne, Athénaïs! Votre grâce, votre beauté, voire sourire, sont désormais inséparables de mon œuvre; c'est vous qui m'avez inspiré ; c'est votre main qui a conduit mon ciseau.

Scopas, vous remplissez mon cœur d'un noble orgueil. Oui, la ville d'Éphèse saura (pic la Vénus de Scopas a pris les traits d'Athénaïs de Mylilène; mais je fais un rêve encore plus beau... Excusez-moi, Scopas, lorsqu'il s'agit de gloire, ou ne saurait avoir trop d'ambition.

SCOPAS

Oui, après l'amour, il n'y a rien de si doux... Je vous omp rends, belle Athénaïs; je veux que toute la Grèce sache le nom du glorieux modèle (pie j'ai choisi; je veux l'apprendre aux BÏècles à venir, et j'inscrirai sur le piédestal ces trois mots : Athénaïs de Mvlilène.

GL01KE ET AMOUIl. 219

ATHÉNAÏS, au comble de la joie.

Soyez béni, Scopns, pour avoir compris la pensée d'une femme ! Oh ! je sens que le triomphe de l'orgueil est le baume du cœur! Demain, je serai déesse; demain, j'humilierai la Diane d'Éphèse du haut de mon piédestal! Scopns, si j'avais les trésors de la Perse, les jardins de l'Arabie-Heureuse, le [rône du Pont-Euxin, je vous les donnerais pour récompense aujourd'hui.

SCOPAS

Donnez l'espérance à mon amour, et que le monde garde ses trésors.

ATHÉNAÏS

Espérez !

SCOPAS, aux pieds d'Athénaïs.

Déesse, vous avez l'ait un dieu de l'artiste; l'Olympe est ici...

ATHÉNAÏS, le relevant.

Non, il est à Mytilène. Oh! que je serais heureuse de raconter ma gloire à mon beau pays natal ! C'est là que je trouverai l'amour, c'est là que je vous aimerai.

SCOPAS, au comble de l'exaltation.

Art divin! ciseau du sculpteur! marbre de Paros! soyez bénis! C'est vous qui me donnez cette femme! Toutes les richesses des satrapes n'obtiendraient pas un seul de ses sourires, et un pauvre artiste sera son époux !

ATHÉNAÏS, prêtant l'oreille.

Entendez-vous cette musique, Scopas? Je ne reconnais pas les mélopées des prêtres de Diane.

IUIODINA, accourant de l'estrade extérieure.

C'est une théorie de jeunes filles qui s'avance et prend le

220 NOl VEAU THEATRE DE SAJLOH.

chemin de cette maison. Kilo chante l'hymne d'Amathonle. Diane doit être furieuse comme une voisine qui entend parler d'amour devant sa porte.

SCOPAS, avec sévérité.

Jeune fille, garde/- vous de parler méchamment des grandes divinités.

RHODIHA.

Pourquoi cette grande divinité vient-elle se loger devant nous!

SCOPAS

Félicitez-vous, au contraire, d'avoir sous vos yeux ce temple, qui est la septième merveille du monde.

RHODIHA.

J'aime mieux le colosse de llhodes.

SCOPAS

Esclave, taisez-vous!

RHODIHA.

Il n'y a rien à répondre à cela; vous avez raison.

lillc s'éloignr.

SCOPAS, prêtant l'oreille.

Alhénaïs, ce sont les jeunes artistes du théâtre d'Ëphèee, le* Océanidcs du choeur de l'rométhée qui ont salué mn statue et viennent conduire triomphalement le divin modèle à mon atelier.

AMENAIS

Scopas, vous lisez dans le cœur de la femme, et vous méritez d'être aimé. Ce soir, avant le lever de la lune, allez au mole el faites préparer le navire qui porte les étoffes de Milet à Mylilène.

Ils sortent.

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