PREFACE
Les plus belles choses ont eu les honneurs de la parodie. C'est le sort de l'humanité littéraire.
Virgile le divin a été parodié par Scarron l'invalide.
Le Ciel de Corneille a été parodié par Boileau.
Chateaubriand a été parodié par M. Chateauterne.
Atala a été parodié par un vaudeville des Variétés, avec Potier.
Le plus grand poëte qui ail existé depuis Homère et Virgile, Victor Hugo a été parodié par tout le inonde.
Ainsi les parodies n'ont jamais rien prouvé.
Le théâtre représente le sein du palais de Thésée. — On aperçoit au fond douze gardes nationaux destinés à ne p?> garder Hippolylc dans le* moments de péril.
THÉSÉE, THE h AMÈNE.
THÉSÉE, au désespoir.
Quel coup me l'a ravi'.' Quelle foudre soudaine?
TUÉ RAMÈNE se mouche, articule gutturalement hum, hum pour éclaircii sa voix, prend une pose classique et commence son récit.
A peine nous sortions des portes de Trézène : Il était sur son char. Ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui rangés...
THÉSÉE
Un instant. . . Est-ce ainsi qu'un précepteur commence?
Est-ce correct? D:t-on : Imiter un silence?
Quant aux gardes rangés autour d'un char, vraiment,
Je ne puis rien comprendre à cet arrangement.
Les gardes, mon ami, sont devant ou derrière,
Jamais autour d'un char ; je le fais la prière
De soigner un peu mieux ton style officiel.
Ainsi, pourquoi mets-tu portes au pluriel?
THÉRAMÈNE, liumblomenl.
Du côté de la mer nous n'avons qu'une porta, C'est juste, mais le vers eût été faux...
THÉSÉE
Qu'importe!
Là, voyons, mettrais-tu ce vers dans les écrits : .1 peine nous sortions des portes de Paris? Nous sortions de Paris, dirais-tu...
THÈRAMÈNE, !,ouri;ml.
Grand TbéséO;
On l'a dit avant nous, la critique est aisée...
THÉSÉE
A peine nous sortions, il était!... Est-ce ainsi Qu'un précepteur grec parle un français réussi?
THÈRAMÈNE.
Oui, mon expression, je crois, est mal venue ; Mais le début toujours m'a gêné.
THÉSÉE
Continue; Et songe bien que j'ai, pour des mots de travers, L'oreille délicate, en prose comme en vers.
thé ramène.
11 suivait tout pensif le clicmin de M\ cènes; Ses mains sur ses chevaux laissaient ilotter les rênes; Ces superbes coursiers...
THÉSÉE
Je t'arrête un moment.
Ces chevaux sont chevaux ou sont coursiers! Vraiment Quelle rage as-tu donc d'employer deux vocables Pour le même animal, coup SU!' coup !
LE IîECIT DE ÏHEI'.AME NE 211
THÉ RAMÈNE
Tu m'accables ! Les uns aiment coursiers, et les autres chevaux ; Je veux dans les deux camps obtenir des bravos.
THÉSÉE
De tes opinions tu n'as pas le courage ! Sois cheval ou coursier. — Allons, poursuis.
THÉr.AMKNE, à part.
J'enrage!
Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant, et la tète baissée, Semblaient se conformer à sa Irisle pensée...
THÉSÉE, éclatant de rire.
Mon cher, laisse-moi rire ! — oh ! c'est trop fort vraiment Des coursiers à l'œil morne, et tous se conformant A la triste pensée!... Oui, mon vieux Théramène, J'en rirai bien, je crois, pendant une semaine.
THÉRAMÈNE, dissitaâlaat son dépit.
Un effroyable cri, sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos, Et du sein de la terre une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable ..
Formidable , effroyable et redoutable! Allons Encore un able...
THÉRAMÈNE
Mais les vers français 5ont Ion' Il faut donc les remplir...
THÉSÉE
Trouve alors dans ta tête In truc, pour varier trois fois une épitlièle.
THÉRAMÈNE
Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé...
THÉSÉE
Vieux poltron!
THÉRAMÈNE
Des coursiers le crin s'est hérissé...
THÉSÉE
Tu parles, mon ami, d'une étrange manière! Le crin! Pourquoi le crin? Tu veux dire crinière? Que vont penser de loi nos critiques moqueurs! Après le fond des flots, tu mets le fond des cœurs!
THÉRAMÈNE
Cependant sur le dos de la plaine liquide S'élève à gros bouillons une montagne humide...
THB-ÉE.
Ah ! ceci n'est pas clair, cl. je n'y comprends rien ! Une plaint' liquide, est-ce la mer?
THÉRAMÈNE
Oui...
THÉSÉE
Bien !
Une plaine n'a point de dos.
THÉRAMÈNE
C'est la montagne, Seigneur, qui fait le dos.