L.-H. TIIOINOT
— CHOLÉRA ASIATIQUE
bonne méthode, un succédané delà transfusion veineuse, mais peutêtre plus à conseiller dans les cas moyennement graves que dans les cas in extremis, où la transfusion veineuse reste la seule chance possible de succès.
PROPHYLAXIE. — La prophylaxie du choléra est à l'heure actuelle internationale, régionale, urbaine, individuelle.
Nous ne pouvons qu'esquisser rapidement' ces très intéressantes questions. Pour les nations comme pour les villes et les individus le choléra est une maladie évilable. Nous savons les moyens de l'éviter, il ne s'agit que de vouloir les appliquer.
A. Prophylaxie internationale. — Celle prophylaxie vise à la protection de l'Europe el des diverses contrées méditerranéennes contre le choléra venant de l'Inde, soit avec relais à la Mecque, soit sans ce relais, en transit direct par le canal de Suez. L'établissement d'un Conseil sanitaire international à Alexandrie — paralysé trop souvent, par malheur, par l'influence anglaise absolument réfraefaire à tout ce qui peut léser les intérêts de son commerce — veillant à la protection de l'Égypte ; l'établissement de stations d'observation et de désinfection pour les pèlerins arrivant de l'Inde à la Mecque, el les navires contaminés se présentant pour franchir le canal : telles sont les principales mesures delà prophylaxie internationale.
Les navires suspects, c'est-à-dire ayant eu des décès depuis plus de sept jours, traversent le canal de Suez sans communiquer avec la terre s'ils ont un médecin et une étuve; sinon ils s'arrêtent el on pratique la désinfection. Les navires infectés, c'est-à-dire ayant eu des décès depuis moins de sept jours, s'arrêtent à la slation de désinfection établie aux sources de Moïse. La surveillance des mesures sanitaires est confiée à des médecins à Suez el à des gardes sanitaires, lesquels accompagnent le navire dans la traversée du canal. Tout navire passé en quarantaine est signalé aux gouvernements européens.
B. Prophylaxie régionale. — Un pays doit se proléger contre les importations de terre et de mer. La protection contre les importations de mer est facile : c'était autrefois la méthode des quarantaines rigoureuses ; c'est aujourd'hui la mise en observation et la désinfection des bâtiments contaminés dans des stations (lazarets) munies des appareils de désinfection nécessaires.
La protection par terre est plus difficile, l'inefficacité des quarantaines terrestres el des cordons sanitaires n'étant plus à démontrer. La France a inauguré en 1890, sur la frontière espagnole, el poursuivi en 1892, aux frontières du Nord el de l'Est, une méthode qui semble réunir les deux conditions exigibles en pareille matière : arrêt de tout germe à la frontière, minimum du retard à apporter au transit. Arrôl est fait à la frontière des marchandises, telles que linges, bardes et vêlements portés, literie ayant servi, chiffons, etc., en provenance des
PROPHYLAXIE
pays ou localités infcclcs : l'entrée de ces objels est absolument interdite. Aux gares fronlicrcs, le linge sale, les vèleineiils contenus dans les bagages des voyageurs venant de pays ou local iïés infectés sant désinfectés; et ces voyageurs, à leur arrivée à leur lieu de destination, sont visités pendant plusieurs jours : de cette façon, aucune importation cholérique ne peut échapper. Les canaux sont l'objet d'une surveillance spéciale, en raison de la fréquence d'importation du choléra par la batellerie : des stations d'observation et de désinfection sont établies sur les canaux à la frontière.
La conférence de Dresde (1892) a rendu l'exécution de ces mesures plus facile en prescrivant que le gouvernement d'un pays contaminé devait notifier aux autres gouvernements l'existence sur son territoire d'un foyer cholérique, dès son apparition.
C. Prophylaxie urbaine. — Elle repose sur deux conditions : 1° stériliser la ville, la rendre impropre à l'introduction et au développement du germe cholérique ; cette condition est obtenue par l'assainissement, clans lequel doit entrer en première ligne la pureté de Veau ; 2° détruire et sans délai les germes qui auraient pu pénétrer : cette condition est obtenue par la déclaration obligatoire des cas même suspects, et l'établissement d'un service municipal de désinfection bien outillé et bien réglé.
D. Prophylaxie individuelle. — Hors du contact du cholérique, on évitera pour ainsi dire infailliblement la maladie en faisant usage d'eau pure ou stérilisée artificiellement (ébullition, filtration, etc.), de lait bouilli, et en bannissant de l'alimentation toutes les crudités, qui sont nuisibles à double titre : trop souvent le germe du choléra a éLé déposé à leur surface par un procédé quelconque; quelques-unes, en outre, prédisposent à la diarrhée, cause adjuvante du choléra. Au contact du cholérique, il faudra prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter le danger qui peut résulter de ce conlacL (Voy. ci-dessus).
Nous rappelons que le moyen principal de préservation consiste dans la rigoureuse désinfection des mains après tout contact avec le malade ou les objets souillés par lui, et, en outre, en règle absolue, avant de prendre les repas.
DENOUE
l'An
ARNOLD NETTER
Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, Médecin de l'hôpital Trousseau, Membre de l'Académie de médecine.
DÉFINITION, HISTORIQUE. — On donne le nom de dengue à une maladie épidémique spéciale aux pays chauds, se traduisant cliniquement par une fièvre de durée assez courte, des douleurs très violentes occupant la tête, le tronc et les membres, et par une éruption particulière suiviededesquamation etoccupanl surtout lescxtrémités. A ces caractères il convient d'ajouter une bénignité remarquable (l'affection n'est jamais mortelle) et, contrastant avec cette bénignité, une convalescence lente et pénible.
Chacun des caractères que nous avons indiqués a été considère tour à tour comme plus particulier à l'affection qui nous occupe, ainsi qu'en témoigne la synonymie extrêmement riche :
Fièvre de trois jours ;
Breakbone fever (Rush), scarlatine rhumatismale, abourekabe (père des genoux, Syrie), abou abous (père des massues, Tnpohtaine). Le mot dengue vient sans doute de dandy, employé pour indiquer 1 attitude compassée prise par les malades en raison de leurs douleurs
L'éruption a valu àla maladie les noms de fièvre rouge, de calenlura
roia, de rosalia. , Son peu de gravité, sa bénignité lui ont valu en Espagne le nom de
piadosa, maladie bénigne. .
Les habitants de Philadelphie, enfin, ont employé le terme de breakhearl fever, destiné à indiquer l'abattement marque qui persiste si longtemps après la guérison.
L'étude de la dengue n'intéresse pas seulement les médecins des réaions tropicales. MM. Mahé (1) et de Brun (2) ont montre que celle maladie est au, portes de l'Europe et qu'e/fa pourrait ne pas s arrête là. La dernière épidémie de 1889 a montré, comme nous le verrons, que cette crainte était fondée.
(1) Mahû, article Dekojjh du Dictionnaire encyclopédie £
(2) Dn Britm, La lïùvre rouge en Syrie (Revue de méd., 1889). en 1889 [Revue de méd., 1890).