BRONCHITES
PAR
P. CLAISSE
Médecin de l'hôpital de la Pitié.
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES BRONCHITES. - De tous les grands appareils organiques, l'appareil respiratoire est certes celui qui est exposé aux dangers les plus nombreux. Il est en communication presque directe avec l'air ambiant, dont les modifications thermiques accidentelles peuvent l'impressionner profondément et cela d'une façon parfois si évidente que l'ancienne pathologie rattachait à ces impressions presque toute l'étiologie des bronchites. Ces impressions temporaires, épisodiques, n'ont pourtant qu'une importance restreinte, si on considère le danger permanent qui résulte de l'introduction régulière de germes pathogènes par l'air inhalé. Aucun autre organe n'est exposé au même degré à ces influences microbiennes. Le foie, le rein ne deviennent qu'accidentellement la proie des agents d'infection qui, pour les atteindre, au lieu d'être amenés tout naturellement, doivent suivre une marche rétrograde dans les conduits excréteurs. Le tube digestif est plus exposé à l'action des microbes pathogènes, mais l'intestin ne reçoit les aliments qu'après
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un -('■jour (la h- l'estomac, dont le suc a des propriétés nettement I »a ctéricides. Lesbronches, au contraire, peçoivenl presque immédiatement el directemenl un air toujours impur, chargé de germes pathogènes.
Ces! par leur intermédiaire que se produisent souvenl 1<'- lésions infectieuses du poumon. Mais cel organe peul être aussi contaminé par la voie sanguine. Les expériences de Calmette el Guérin I mil en outre établi l'importance «le la contamination par voie lymphatique; elles mil prouvé qu'après ingestion de produits tuberculeux les bacilles peuvenl cheminer à travers les parois intestinales, leschyli Pères, le canal thoracique, le cœur droit, el se fixer dan- le poumon.
L'inflammation des bronches n'es! donc pas le prélude nécessaire de l'inflammation du poumon.
Si Ton juge d'après le résultai «le- expériences de laboratoire, pratiquées sur des animaux sains, mi peul être amené à celle conclusion que le poumon s'infecte plus facilement par la voie digestive que par la voie aérienne. Mai- le professeur Landouzy 2) fait judicieusement remarquer qu'en pathologie humaine les conditions son! différentes et que la contamination par voie bronchique, difficile chez le sujet qui a gardé l'intégrité de ses muqueuses, esl favorisée par l'anéantissement des protection- naturelles :« inondation des bronchioles et alvéoles, cicatrices trachéales; laryngopathies syphilitiques anciennes ou récentes, catarrhe laryngo-bronchique des coquelucheux et des rubéoliques, inflammation catarrhale aiguë, subaiguë ou chronique des premières voies, etc. ».
Ces protections naturelles des voies aériennes doivent être étudiées en détail si l'on veut bien saisir le mécanisme pathogénique des bronchites, élucidé par divers travaux '.*> .
Avant d'arriver aux bronches, l'air inhalé parcourt le trajet sinueux des fosses nasales, du pharynx et du larynx : il peut ainsi modifier sa température qui tend à s'équilibrer avec celle de l'organisme: il se débarrasse d'une partie des poussières; ce rôle des premières voies respiratoires a déjà été mis en évidence dans un fascicule précédent. Mais cette filtration est incomplète et le torrent aérien est encore bien impur lorsqu'il atteint les bronches. Il se purifie peu à peu en descendant dans le poumon, mais imparfaitement, et l'air qui parvient aux alvéoles pulmonaires est encore chargé de poussières. On peut s'en convaincre en examinant les poumons d'animaux sacrifiés aussitôt après avoir inhalé des poussières de charbon (4).
(1) Calmette et Guérin, Ann. de l'Institut Pasteur, 2r> oct. 1905.
(2) Landouzy, Conf. internat, de Vienne, 19 sept. 19o7.
(3) P. Claisse, L'infection bronchique. Th. de Paris, 1893. — Barthel, Centrnlblatt f. Bakteriologie, 22 et 27 sept. 1898. — Klipstein, Zeitschrift f. klin. Med.% 1898, p. 119. — Quensel, Zeitschrift f. Hygiène, 1902. — Gouget, Presse méd., 29 nov. 1902.
(4) P. Claisse et O. Josué. Recherches expérimentales sur les pneumoconioses (Arch. de méd. expér., mars 1897).