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ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES BRONCHITES

Ludwig 1 a réalisé la même démonstration par deux expériences. D'abord renouvelant une expérience de Sanger qui avait employé une solution colorée), il pulvérisa une culture de prodigiosus et lui fît traverser des tubes contournés à parois humides : la vapeur recueillie à la sortie contenait encore des microbes. Il fit circuler ensuite ce liquide par le nez, le pharynx, le larynx d'un animal, le recueillant par une plaie trachéale, et obtint le même résultat.

Quelle que soit la méthode employée, on arrive à cette constatation que la filtra tion est imparfaite.

Toutefois il est évident que l'air est de moins en moins dangereux à mesure qu'il aborde des ramifications bronchiques plus fines. L'appareil bronchique est donc destiné non seulement au transit, mais aussi à la filtration de l'air. Il est très différent à ses deux extrémités. Les régions supérieures, en contact avec Pair brut, ont une paroi épaisse formant entre l'air et le parenchyme pulmonaire un véritable matelas d'isolement et présentant une structure complexe. Les régions inférieures, en contact avec fair filtré, sont minces, de structure simple et intimement unies au parenchyme. Cette distinction en système bronchique supérieur et système bronchique inférieur mérite de nous arrêter, car elle donne la clef de nombreux phénomènes pathologiques.

Le système bronchique supérieur est composé d'une armature à la fois souple et résistante de tissus musculaire, conjonctif, cartilagineux, supportant une muqueuse de structure complexe : les cellules superficielles de l'épi thélium (cellules à cils vibra tiles, cellules à mucus) reposent sur une couche épaisse de cellules de remplacement; sous cet épithélium, on voit des glandes à mucus, un riche réseau de capillaires sanguins, et un système lymphatique qui communique largement avec les ganglions du médiastin. Enfin, le système bronchique supérieur est parcouru parles filets sensitifs du nerf laryngé supérieur (région sus-glottique), par ceux du récurrent et du pneumogastrique. Par ces voies centripètes, la présence d'une irritation locale est transmise aux centres bulbaires, lesquels, par des voies centrifuges (phrénique, intercostaux, plexus cervical et brachial) sont en relation avec les divers muscles expirateurs.

Lorsque des grains de poussière ont franchi la barrière des fosses nasales, ils vont se déposer sur la paroi humide des bronches : là ils sont brassés, retournés par les cils vibratiles, empaquetés, enrobés dans le mucus dont la sécrétion va se proportionner à leur nombre, à leur importance. Les petits amas formés de la sorte traduisent leur présence par une sorte de chatouillement qui donnera lieu à l'acte réflexe ou volontaire de l'expectoration : les muqueuses sont alors balayées par un violent courant d'air qui entraine au dehors les

l Ludwig, Zeitschrîft /'. Hygiène u. Infektionskrankheiten, sept. 1902.

8 F. CLAISSE. — BRONCHITES.

produits exogènes ou endogènes, débarrassanl ainsi les bronches des microbes envahisseurs, arrêtés pour La plupart sur la paroi des gros conduits. C'est parce procédé complexe que les premières voies respiratoires, grâce à une surveillance toujours en éveil, préservent l'alvéole pulmonaire contre les germes de l'air inhalé. D'autre pari, l'épaisseur et la vitalité des parois défendent les tissus directement avoisinants contre les bactéries arrêtées sur la muqueuse : ainsi se trouve écarté le double danger de l'infection par voie aérienne el de rinfection par contiguïté.

Sans aborder l'élude détaillée de ces moyens de défense, nous voulons seulement mettre en relief leur multiplicité et leur puissance, pour montrer ensuite par contraste la simplicité et l'insuffisance de la protection des fines bronches.

Les fines bronches, moins exposées à l'infection, sont en effet moins bien armées contre elle. L'épithélium cilié fait place à un simple revêtement de cellules cylindro-cubiques : l'appareil sécréteur manque complètement. La sensibilité a disparu, et les corps étrangers peuvent stagner sans déterminer de rétlexe expulsif. L'armature, simplifiée et amincie, contient en proportions décroissantes des éléments musculaires et conjonctifs irrégulièrement répartis, et n'offre^' qu'une barrière insuffisante a la pénétration des produits pathologiques. L'organisme ne réagit plus par des procédés mécaniques : l'expulsion des produits anormaux est incomplète et la défense incombe surtout aux éléments cellulaires. Les microbes sont absorbés et détruits sur place ou bien entraînés par voie lymphatique jusqu'aux ganglions voisins. Mais il faut remarquer que leurs produits solubles pénètrent dans l'organisme par voie directe ou par osmose : ainsi s'explique l'apparition de la fièvre, des troubles généraux, lors de l'invasion du système bronchique inférieur.

Cette comparaison entre les extrémités de l'arbre aérien montre les différences considérables qui les séparent. Il existe en somme deux systèmes bronchiques. — Le système bronchique supérieur, richement armé contre l'infection toujours imminente, oppose une résistance chronique à un danger permanent. — Le système bronchique inférieur, moins menacé à l'état normal, n'oppose à l'infection accidentelle des états pathologiques qu'une résistance rudimentaire.

Cet aperçu général de l'anatomie des bronches permet déjà de concevoir pourquoi, en fait de bronchites, le danger croît à mesure que l'inflammation descend. Limitée au système bronchique supérieur, elle n'est pas redoutable : c'est un épisode local qui se passe en quelque sorte en dehors de l'organisme, puisque les produits morbides sont expulsés, au prix, il est vrai, d'une réaction plus ou moins douloureuse et fatigante, mais sans troubler les échanges respiratoires, sans retentir sur l'état général. Étendue au système bronchique inférieur, linflammation devient dangereuse : les conduits

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