CLASSE PREMIÈRE
PYREXIES , ou MALADIES FÉBRILES.*
{PYREXIÆ,)
Dans les maladies de cette classe on remarque d’abord des frissons , puis une augmentation de la chaleur animale , de la frequence dans le pouls,’ un trouble dans la plupart des fonctions , et un abattement marqué des forces, particulièrement notable pour les muscles des membres : tels sont au moins les caractères que leur a assignés le célèbre Cullen.
ORDRE PREMIER
FIÈVRES ( FEBRES ) .
11 est impossible de donner de la fièvre une définition exacte et concise, parce qu’il n’y a aucun symptôme qui soit invariablement attaché à cette affection , et qui puisse en faire connaître la nature intime. Le pouls présente en effet une
^ * ÉTTMOLOOIE, Uyp , îgnis , et y habitus.
ÉTYMOLOGIE. Fëhris , mot Jatin.
% PYREXIES ,
infinité de variétés : il peut être faible, dépriméç lent , serré et irrégulier ; ou bien fort , plein , vif et régulier ; il peut encore être dur ou mou, selon qu’on l’examine au début de la fièvre , pendant son accroissement, lors de son plus haut degré d’intensité, ou à l’instant de sa terminaison ; enfin, la nature de chaque fièvre a encore une influence marquée sur les phénomènes qu’il présente. De même aussi la chaleur peut être également répandue par tout le corps, ou bornée seulement à quelques régions : quelquefois tout l’extérieur est frappé de froid , quoiqu’il y ait à l’intérieur un sentiment d’ardeur manifeste ; dans d’autres cas , la chaleur ou le froid sont généraux ; enfin , la température peut être comme dans l’état de santé. Chez certains malades, la face est pâle ; chez d’autres, elle est rouge et animée : son expression est tantôt naturelle , tantôt plus ou moins altérée. Les yeux sont abattus , languissans et mornes ; ou bien ils sont injectés, et l’impression de la lumière est douloureuse pour eux ; quelquefois ils paraissent saillans, égarés ou menaçans ; d’autres fois ils sont timides , hébétés ou terrifiés , baignés de larmes, et privés de leur éclat ordinaire. La langue est le plus souvent sèche , gercée , âpre , rouge , ou bien blanche et tachetée ; souvent elle est enduite d’une couche de mucus ; souvent aussi elle est humide et naturelle , sans aucune altération. La respiration est fréquente, inégale ou gênée ; l’haleine est chaude ou d’une mauvaise odeur. Ordinairement il y a perte d’appétit ; ce-
ou MALADIES FEBRILES. 3
pendant , par momens , les malades sentent le désir de manger. L’urine est crue et aqueuse ; ou rouge et peu abondante ; ou épaisse , trouble et sédimenteuse ; ou enfin tout-à-fait naturelle. A ces symptômes il faut joindre des douleurs dans différentes parties du corps, la dépression des forces , l’insomnie , ou , au contraire , la stupeur et la torpeur , l’affaiblissement de l’esprit et le délire , la diarrhée ou la constipation , le vomissement, la tension des hypochondres , les soubresauts des tendons , l’amaigrissement et d’autres accidens qui naissent en même temps que la fièvre elle-même , ou se développent pendant qu’elle parcourt ses périodes.
Outre les signes que nous venons d’indiquer, comme la chaleur delà peau, le trouble de la circulation , l’enduit saburral de la langue, la soif, la suppression ou l’altération des sécrétions , que précèdent un sentiment de pesanteur, de nonchalance et de lassitude , et des frissons , on re**. marque encore , dans la fièvre, une douleur pulsa^ tive de la tête, s’étendant le long de la moelle épinière; cette douleur est accompagnée d’une chaleur assez vive pour être sentie avec la main, quob que souvent le tronc et les membres soient froids. Il se manifeste aussi des pulsations plus fortes que de coutume dans les artères du cou et desr tempes : alors les yeux sont injectés , il y a une altération des traits du visage plus facile à observer qu’à décrire , avec trouble des fonctions cérébrales. Si à tout cela nous joignons l’agitation pendant le sommeil, ou l’insomnie, symptô^
J PYBEXÎES,
mes communs à la vérité à un grand nombre de maladies , mais plus particulièrement attachés à celle dont nous traitons ici, nous aurons certainement assez de caractères pour pouvoir découvrir la présence de la fièvre dans f économie , et obtenir les indications les plus claires sur sa nature .
L’ensemble seul de tous ces symptômes, et non point la présence de chacun d’eux en particulier, peut faire décider si la fièvre existe ou n’existe pas. C’est donc d’après l’idée qui naît de leur réunion que nous donnerons le nom de //èez-e à une maladie qui a son siège dans toutes les parties du corps, et où Ton observe surtout constamment une gêne dans quelqu’une des fonctions qui caractérisent la vie.
Sous le rapport de leur durée et de leur marche , on divise ordinairement les fièvres en ' intermittentes y rémittentes et continues. Les pre-' mières sont composées d’un certain nombre de paroxysmes qui se succèdent à des intervalles de temps réguliers ; dans les secondes, un paroxysme succède à celui qui vient de finir avec tant de rapidité , qu’il n’y a jamais d’apyrexie complète ; dans les troisièmes , les paroxysmes sont tellement rapprochés , que l’un arrive avant que l’autre ait éprouvé le moindre amendement dans ses symptômes.
Quelquefois, dans ce dernier cas, les rémissions et les exacerbations sont si peu prononcées, qu’il est très-difficile de- les, reconnaître : ?iussi quelques praticiens ont cru qu’il y avait"
ou MALADIES FÉBEILES. 5’
une espèce de fièvre dont le paroxysme dorait plusieurs jours ; mais nous croyons avoir des raisons de nier l’existence d’une semblable affection, et d’assurer que toute fièvre continue consiste dans f enchaînement de plusieurs paroxysmes , comme nous venons de l’avancer tout à l’heure. . ^
On peut cependant observer des fièvres formées par un seul accès, dont la durée est de quelques heures : telle est l’éphémère simple ; mais le cas doit être assez rare.
Les anciens nosologistes avaient bien reconnu de grandes différences dans les fièvres continues; mais les modernes seuls les ont parfaitement séparées en celles qui présentent une irritation inflammatoire et en celles où il y a affection dii système nerveux, etpar suite altération de la sensibilité et des puissances motrices : aussi la distinction des fièvres en inflammatoires et en neîveuses est-elle maintenant généralement adoptée. Les premières sont quelquefois désignées sous le nom de Synoqv.e ^ et les secondes sous celui de Typhus. Néanmoins ces deux espèces peuvent se combiner, et il en résulte une sorte de fièvre continue très-fréquente dans notre pays , et dont je traiterai sous la dénomination àç. Fieyre simple continue ^ ou Sjnochus .
Quelques médecins ont indiqué sous le titre de Sjnoque bilieuse une variété de la fièvre continue , qui présente, de plus que les autres, une -augmentation et une altération dans la sécrétion de la bile ; d’où il résulte des vomissemens d’une
6 PYREXIES ,
matière d’un vert foncé , ou un flux diarrhéique : elle est ordinairement produite par la température élevée de l’atmosphère. Dans certains cas pourtant la contractilité des intestins est comme engourdie ; et lorsque l’on procure des selles à l’aide des purgatifs , elles sônt'd’une consistance solide et leur couleur est celle de la poix noire. Au reste, comme cette variété de fièvre se montre rarement sous le type continu, et est presque toujours caractérisée par des rémittences, nous devons indubitablement la ranger parmi les fièvres rémittentes.
Les fièvres appelées Typhus semblent aussi renfermer plusieurs variétés ; mais toutes se rapportent évidemment à une seule et même espèce, et leurs différences ne dérivent que d’un degré plus ou moins grand d’intensité dans la cause qui les produit, ou de l’influence du climat et de la saison , ou du tempérament particulier du malade, ou d’une prédisposition à la putridité.
Nous avertissons aussi que , comme la fièvre hectique n’est point une maladie essentielle , mais paraît être seulement la conséquence d’une affection d’un tout autre genre , et spécialement de la phthisie pulmonaire, nous ne lui consacrerons point un chapitre à part, et que nous la décrirons à la §uite de la consomption pulmonaire.
DES FIÈVRES INTERMITTENTES (Fehves intermittentes').
Ce nom est appliqué à des espèces de fièvres qui consistent en une série de paroxysmes, entre lesquels les symptômes disparaissent absolu-
ou MALADIES FEBEÎLES; 7
ment , ce qui produit une véritable période d’apyrexie.
Suivant l’intervalle de temps qui s’écoule entre îa fin d’un accès et le retour du suivant , les fièvres intermittentes ont reçu des noms différens. On les appelle quotidiennes lorsque les accès re- ^viennent toutes les vingt-quatre heures ; tierces^ quand ils ne reparaissent qu’au bout de quarantehuit heures ; quartes^ lorsque l’espace de temps qui les sépare est de soixante-douze heures. Les tierces sont les plus fréquentes, et dominent surtout dans le printemps ; les quartes , plus rebelles et plus fâcheuses , sévissent spécialement en automne ; les quotidiennes, enfin, ont plus de tendance que les autres à revêtir la forme continue.
Chacune de ces espèces de la fièvre intermittente offre plusieurs variétés : ainsi on reconnaît une double-tierce avec des paroxysmes une fois chaque jour, mais semblables entre eux d’un jour l’un ; une double-tierce avec deux paroxys- ' mes dans un jour et un seulement le lendemain ; une double-quarte avec deux paroxismes le premier jour, apyrexie pendant le second et le troisième , et deux paroxysmes encore le quatrième ; une double-quarte avec un paroxysme le premier jour, un le second, et apyrexie le troisième; une triple-quarte avec trois accès chaque quatrième jour ; et enfin une triple-quarte dans laquelle les accès reparaissent chaque jour, et présentent de quatre en quatre jours les mêmes caractères.
8 \ PYREXIES,
Lorsque les fièvres intermittentes se développent au printemps, on les appelle vernales ; et on leur donne le nom automnales quand elles se manifestent à la suite de F été. Dans les pays chauds elles sont souvent opiniâtres et de longue durée ; on les y voit fréquemment résister aux méthodes de traitement employées, et donner lieu à des affections chroniques , telles que Fanasarque, les engorgemens du foie ou de la rate, etc.
Il est généralement reconnu que les fièvres dont il s’agit sont le plus communément produites par les émanations des eaux stagnantes , surtout lorsque la chaleur atmosphérique vient à augmenter l’activité de leurs effluves pernicieux. On pense aussi que les matières animales et végétales qui se pourrissent continuellement dans les marais doivent contribuer également à leur invasion, en donnant à ces effluves des qualités particulières encore. Nous ne possédons point, à la vérité , des connaissances assez précises pour expliquer comment les miasmes qui s’élèvent de ces lieux peuvent amener les fièvres intermittentes ; mais il est présumable que l’humidité de l’atmosphère joue ici un grand rôle en favorisant leur action.
Des aîimens de mauvaise qualité , la fatigue , les veilles prolongées, le chagrin, l’inquiétude, la faiblesse de la constitution , l’habitation d’une chambre humide , Fusage de linge mouillé , l’humidité de l’atmosphère jointe au froid ou a un excès de chaleur, la suppression de quelque évacuahon habituelle, la rétropulsion d’une éruption
ou MALADIES EÉBEILES. 9
Cütanée ancienne , l’existence d’une maladie anterieure , telles sont les circonstances que l’on regarde ordinairement comme les causes excitantes des fièvres intermittentes. Mais ne serait-il pas plus juste de dire qu’elles ne font que mettre le corps dans la disposition propre à les faire contracter? Quelques auteurs ont cru que ces maladies pouvaient être causées par un principe contagieux ; mais leur hypothèse ne s’accorde en aucune manière avec l’observation.
Quant à leur cause prochaine , nous ne savons encore rien de certain ; mais assez généralement on l’attribue à un dérangement de l’estomac et des premières voies.
Ces fièvres présentent encore une particularité remarquable : elles se renouvellent avec la plus grande facilité , et sous l’influence des causes les plus légères. Peut-être reste-t-il dans l’économie une prédisposition qui en favorise le retour? Cette circonstance nous fournit un moyen de plus de les distinguer des fièvres continues; lorsqu’en effet une de celles-ci est guérie, l’individu qui en a été atteint n’est pas plus exposé que tout autre à une nouvelle attaque.
Chaque paroxysme de fièvre intermittente parcourt trois périodes différentes ; celle du froid , celle du chaud et celle de la sueur.
B ans la première période, celle du froid, le malade éprouve d’abord un sentiment de langueur et de faiblesse ; il n’exécute que lentement les mouvemens auxquels il se livre; il est tourmenté par des bâillemens fréquens et par dcc»
to PYREXIES,
pandiculations ; il a un dégoût marqué pour les alimens ; la face et les membres pâlissent ; les traits du visage se contractent; le volume de chaque orgas^ extérieur semble diminuer; la peau paraît surtout resserrée de la même manière que si elle avait été exposée à un froid intense.
Ensuite surviennent des horripilations; des frissons généraux ; des douleurs dans la tête , le dos , les lombes et les articulations ; des nausées ; des vômissemens bilieux ; la respiration devient petite, précipitée et pénible ; burine est incolore ; la sensibilité générale paraît fortement émoussée ; un léger trouble dans les idées se manifeste , et le pouls est petit, fréquent et souvent irrégulier. Dans quelques cas seulement , on a vu bassoupissement et la stupeur portés à un assez haut degré pour simuler le coma ou bapoplexie.
Au bout d^un temps assez court, ces symptômes cessent, et la seconde période commence par une augmentation de la chaleur générale du corps, la rougeur de la face, la sécheresse de la peau, la soif, la céphalalgie, des pulsations dans les artères temporales; en même temps on observe de bimpatience et de l’anxiété ; la respiration est plus profonde et plus libre , mais elle reste toujours fréquente ; la langue est chargée ; le pouls devient régulier, dur et plein. Si l’accès est fort, le délire peut se manifester.
Lorsque cette période a duré pendant quelque temps, le front devient moite et se couvre de sueur; bientôt celle-ci gagne tout le corps, et à mesure qu’elle coule , la chaleur générale dimi-
ou MALADIES F:ÉbBILES. ÏI
Due insensiblement , la soif cesse de se faire sentir, burine laisse déposer un sédiment épais, la respiration devient libre et pleine , et la plupart des fonctions reprennent leur type ordinaire. Seulement le malade demeure faible et fatigué encore quelque temps.
Après avoir ainsi reconnu l’ordre de succession des symptômes qui constituent un accès de fièvre intermittente , n’oublions point de remarquer que leur intensité peut être plus ou moins grande ; que leur série peut être plus ou moins complète ; et que ses périodes peuvent être plus ou moins longues, relativement les unes aux autres.
On a vu , mais très-rarement , un accès de fièvre intermittente débuter par un abattement des forces vitales tel que la mort est survenue aussitôt.
Rarement aussi on observe , pendant la durée des fièvres intermittentes;, les signes d’une inflammation générale , ou ceux d’une congestion sanguine vers le cerveau ou les viscères thorachiques, comme cela arrive souvent dans les fièvres continues. Cependant lorsque leur durée se prolonge, elles se compliquent avec certaines •affections, comme l’anorexie, les flatuosités intestinales , le squirrhe du foie , les infiltrations séreuses , et une faiblesse générale qui, à la fin, peut devenir funeste d’un moment à l’autre. Dans les pays chauds, particulièrement, on voit fréquemment ces accidens se développer, ou la fièvre se changer en continue , si les accès n’ont point cédé assez promptement.
PYR-EXIES^j
Quand les paroxysmes sont d’une courte du“ rée, que leur retour est régulier, que l’apyrexie la plus complète remplit leurs intervalles , on peut espérer une prompte convalescence ; mais l’issue devient douteuse quand ils sont longs , violens, et compliqués d’une profonde anxiété et de délire. Les autres symptômes défavorables sont une grande prostration des forces , le vertige, la fétidité des excrétions, la dysenterie, le cholera-moi bus les engorgemens du foie et de la rate, qui conduisent à l’hydropisie ou à laqaunisse , et les convulsions qui surviennent pendant un accès qu’a précédé le coma.
En général on a à craindre les rechutes pendant cinq et six mois , et même pendant un an ; et lorsque la maladie s’est déclarée en automne , elle est plus opiniâtre qu’au printemps.
En ouvrant le Corps des individus morts à la suite d’une fièvre intermittente^ on trouve ordinairement une altération dans quelques-uns des viscères de la poitrine ou de l’abdomen; mais le foie^ la rate et le mésentère paraisseirt attaqués beaucoup plus fréquemment que les autres.
Les indications à suivre dans le traitement des fièvres intermittentes se rangent sous deux chefs principaux : premièrement, mettre fin à l’accès aussi promptement que possible; secondement, prévenir son retour , soit à l’époque accoutumée, soit à un autre temps.
Pour remplir la première de ces intentions , il est passé en coutume d’administrer un vomitif
ou MALADIES EE:BB1LES, 1 3
pendant la période du froid (i). Après son action il faut avoir recours aux boissons chaudes délayantes, aux pédiluves ou aux fomentations des pieds, aux cordiaux diaphorétiques (2); Mais comme ces divers moyens restent souvent sans effet , les praticiens modernes ont imaginé d’autres procédés pour arrêter les accès des fièvres intermittentes, et ils ont dirigé leurs recherches vers des remèdes plus puissans et plus énergiques. Le docteur Trotter rapporte, dans sa Médecine nautique^ que voyant les fièvres intermittentes devenir très-communes à bord du navire la Vengeance , il se détermina à employer
(1) P ulv. Ipecac . gr. viij — xv.
Tartrat. Potass, et Antim . gr. j.
F. Ftdvis, ^
VEL
Vini Ipecac. . . § j.
- Antim. lartaris. . . . . gutt. xv.
F. Haustus.
(2) Misturæ Camphor. S xij.
Ammoniæ . . , . ^ . . gr. iij.
Vini Antimonii • . . . . . gutt. xij.
Syrupi simplicis. . . 5j.
F . Haustus secundâ quâque horâ sumendus.
VEL
Kali præparat .
Succi Limoniorum . • • .
Aquæ Cinnam .
- — puræ .
Tartrat. Pot. et Antim. . , Syrup. Gortic, Aurant. , .
F. Haustus.
• q. s. ad saturaiionem.
. gr. I /6, f 5 j.
4 PYREXIES,
l’opium pour prévenir les access Aux premières, atteintes les malades s’empressaient de courir à l’infirmerie pour être soulagés. On leur donnait aussitôt une dose de teinture d’opium, et si, dans l’espace de dix à quinze minutes, il ne survenait pas quelque chaleur , on leur en faisait prendre encore douze à vingt gouttes. La première dose n’était jamais au-dessous de trente gouttes, et le médecin ne fut jamais obligé de monter au-delà de soixante gouttes dans l’espace d’une heure ; en effet , pendant ce temps le remède ne manquait jamais d’amener du soulagement , ainsi que nous en sommes convaincu.
Le même auteur assure aussi que peu de minutes après l’administration du médicament , on apercevait une détente à l’extérieur ; les joues devenaient rouges , et la physionomie prenait une apparence de gaîté; que le pouls, de vif, faible et quelquefois irrégulier qu’il était auparavant, devenait moins fréquent, plein et régulier; qu’une chaleur agréable se répandait par tout le corps , et qu’en moins d’un quart d’heure , dans certains cas, tousles symptômes morbides disparaissaient. En général le sommeil ne suivait que lorsque la dose avait été portée trop loin.
Dès que quelque signe annonçait un nouveau paroxysme^ il donnait la teinture d’opium de la même manière que la première fois, et toujours avec un égal succès ; en sorte que rarement les malades éprouvaient des trembfemens et un frisson marqué. Le second paroxysme, ajoute-t-il encore , arrivait ordinairement une heure ou deux
ou MALADIES FÉBRILES. l5
heures plus tard que le premier, et il ne s’est trouvé que fort peu de cas où il y ait eu menace d’un troisième accès, à l’heure accoutumée. Aussi les malades eux -mêmes étaient tout étonnés des effets avantageux obtenus avec un moyen si simple.
Dans un ouvrage publié par le docteur Duncan on rapporte que M. George Kellie, chirurgien distingué de la marine , a obtenu de bons effets de l’application du tourniquet pour couper l’accès des fièvres intermittentes pendant la période de froid. Plusieurs observations viennent à l’appui de ce fait curieux. Selon lui, il faut appliquer l’instrument sur une cuisse et sur un bras seulement de chaque côté du corps, et en même temps. En deux minutes le frisson et les autres accidens de la période de froid sont entièrement calmés; une chaleur douce succède immédiatement , et est suivie d’un calme profond ; au bout de quinze minutes on peut enlever les tournis quets, et l’accès ne revient point.
Des divers essais que M. Kellie a faits , il conclut que, I®. si pendant la période de froid d’un accès de fièvre intermittente , n’importe à quelle époque , on applique des tourniquets de manière à suspendre la circulation dans deux des mem* bres ( par exemple sur l’artère iliaque gauche et sur l’artère sous-clavière droite tout à la fois ), la période de chaleur se manifeste deux ou trois minutes après ; 2“. si des tourniquets sont posés avant l’invasion du paroxysme, la période de froid
* Medical Commentaries for the years 1^94 1797. ^
1 6 PYREXIES,
avorle entièrement ; S'’, si celle-ci est ainsi rendue plus courte ou même totalement arretée dans son développement, la^durée de la chaleur qui suit est moins longue , et son intensité beaucoup moins forte.
On a vu dans quelques circonstances la période de chaleur être prévenue par l’administration d’un gros d’éther sulfurique au moment de l’invasion de l’accès. Dans le cinquième volume d’un ouvrage périodique M. Davidson a consigné l’histoire de deux cas où ce remède a eu un heureux succès , et dans lesquels le quinquina et quelques autres médicamens, qu’on avait employés préalablement, avaient échoué. Une première dose ne peut suffire pour amener la guérison complète, aussi faut-il recommencer aux approches de l’accès suivant, en ayant soin de donner du quinquina et d’autres toniques dans les intervalles.
N’y aurait-il point aussi quelque ombre de raison à employer les affusions d’eau froide , deux ou trois heures avant l’époque où le paroxysme doit éclater, ou immédiatement après que la période de chaleur est définitivement établie? Je puis assurer avoir essayé ce moyen , et avec qùelque avantage, dans le premier cas indiqué.
D’après tous ces faits, il paraît que nous possédons des moyens énergiques de couper subitement l’accès d’une fièvre intermittente pendant la période de froid , et que , quand même celle de la chaleur devrait ne pas manquer, elle serait beaucoup moins intense. En outre, on peut as-
* Medical Facts and Ohseivations,
ou MALADIES EEBFtILES.' Î7
surer aussi que les paroxysmes suivans seront d’une moindre durée. Si pourtant on était trompé dans son attente, ou si les symptômes fébriles avaient un haut degré d’intensité, on pourrait essayer les diaphoré tiques à petites doses fréquemment répétées (i), comme on le verra au chapitre de la fièvre continue simple. Au reste, pour accroître l’effet de ces médicamens , le malade devra prendre en abondance des boissons délayantes tièdes, auxquelles on ajoutera du nitrate de potasse , s’il n’existe aucune diathèse inflammatoire^
Si la fièvre intermittente est compliquée de
(i):^ Succi Liraoniorum . ^ C.
Kali præparat . 9 j.]
Aq. Menth. præparat . . . § j.
Tart. Pot. et Antim. . . gr. 1/6.
Sympi . ^ . S ij.-
M. F. Haustus secundâ quâqiie horâ repetendus.
' VEL
if Aq. Ammoni. Acet . 5 iij.-
- Cinnam . 5 ij.
- puræ . 3 V.
Vin. Antimon. . . . gutt. x.
Syr. Cort. Aurant. 3 j.
.Haustus.
VEL
^ Pnlv. antimonial. • gr. ij.
- Contrayervæ. . . . gï"*
M. F. Puhis quartâ quâque horâ sumendus.
VEL
^ Pulv. Ipecacuanli. comp. • . . O.- . gr. X. Capiat secundâ quâque horâ.
1 8 PYREXIES,
toux' et de douleur de côté avec gêne dans larespiration , il faut faire appliquer un vésicatoire , et même tirer un peu de sang, si celui-ci reste sans effet. Lorsque la tête se prend d’une manière marquée , soit pendant les paroxysitiés, soit dans leurs intervalles, il faut renoncer aux opiacés, pour poser un vésicatoire au dos et des sangsues aux tempes.
On mettra des sinapismes à la plante des pieds si le malade ressent un grand froid aux jambes, et si eh même-temps son pouls s’éteint. ^
Le docteur Lind préconise particulièrement l’emploi de l’opium pendant la période de chadeur. Il prétend avoir observé que , donné pendant l’apyrexie, ce médicament n’empêche nullement le retour du paroxysme, et n’en affaiblit pas même la durée. 11 dit aussi que lorsqu’il l’a administré pendant la période de froid, il n’a vu qu’une ou deux fois l’accès être reculé ; mais que, s’il s’en servait une demi-heure après l’établissement de la chaleur, il arrivait communément un soulagement subit. Son action avait coutume de se manifester par les effets suivans ; i®. l’accès était diminué dans sa durée et dans son intensité d’une manière plus ‘marquée qu’iine once de quinquina n’aurait pu le faire ; 2°. il en était de même 'des symptômes qui pouvaient se manifester du côté de la tête ; la chaleur mordicante de la fièvre disparaissait; une sueur abondante s’établissait et procurait à la peau une douce température; 3^". souvent il -survenait un somm'eil tranquille et réparateur, et, à leur réveil, les ma-
ou MALADIES FÉBRILES. ig
lades se trouvaient baignés de sueur et étaient délivrés , pour ainsi dire , de toute douleur.
Le même médecin a remarqué aussi que toujours les effets de F opium étaient plus sûrs et plus constans dans les fièvres intermittentes que dans toute autre maladie, et se manifestaient beaucoup plus promptement et d’une manière plus marquée que ceux des autres médicamens. Il assure que telle est la puissance d’un opiacé , ainsi donné après l’établissement de la période de chaleur, pour combattre la violence et la durée de la fièvre , que depuis qu’il en avait fait usage , il n’a presque point vu de malades être atteints d’hydropisie ou d’ictère à la suite des fièvres intermittentes.
Lorsque l’opium n’abattait point sur-le-champ la violence des symptômes, au moins il ne l’augmentait jamais; et le docteur Lind le considère comme étant le meilleur moyen de disposer à l’administration du quinquina, parce qu’il procure une àpyrexie complète, seul cas où cette écorce puisse être donnée sans danger , et parce qu’il en rend la quantité nécessaire beaucoup moins forte , en raison de l’abondante évacuation qu’il a provoquée par les pores de la peau.
Si on donne le quinquina dans les intermissions, il faut que ce soit à forte dos'e ; par exemple, à celle d’un ou deux gros toutes les heures, si l’estomac peut en supporter la quantité ; car les avantages du médicament sont d’autant plus prononcés, qu’on en fait prendre le plus possible
PYREXIES,
dans un court espace de temps. Ainsi, cinq ou six onces de cette ëcorce, prises en peu de jours, seront plus efficaces que ne le pourraient être plusieurs livres données dans le cours de quelques semaines. Il est néanmoins nécessaire de savoir que si le quinquina en substance n’est point facilement gardé par l’estomac , on peut se contenter de faire prendre sa décoction, son infusion, ou même son extrait(i), en y ajoutant quelques gouttes d’acide sulfurique.
Si les intervalles entre les accès sont trèslongs , comme cela a lieu pour les fièvres tierce et quarte , on ne doit commencer à donner le quinquina que huit heures environ avant l’invasion du nouveau paroxysme.
Si le quinquina ne pouvait être supporté par l’estomac sous aucune des formes que nous avons indiquées , et causait des nausées , alors on le donnerait en lavement , moyen très-énergique aussi. Pour cela on fait dissoudre à peu près un gros de son extrait dans suffisante quantité d’eau, avec addition de quelques gouttes de teinture d’opium, pour que l’intestin s’en débarrasse moins promptement. C’est ainsi que l’on peut se comporter à l’égard des enfans qui se refusent à prendre ce médicament. Il faut aussi avoir soin
(i) ^ Extract. Cinchonæ . gr. xv.
Decoc. ejusdem . . . j
Tinct. Gort. Aurant . S j.
M.F. Haiistus secundd horâ sumendus.
ou MALADIES FEBKILES. 21
de réitérer F administration du lavement toutes les quatre heures. Dans quelque^ circonstances , et pour guérir les fièvres internhttentes chez les enfans , on a encore obtenu de bons effets en renfermant la poudre de quinquina dans l’épaisseur d’un vêtement piqué et appliqué sur ta peau.
Peut-être que, dans la plupart des fièvres intermittentes, la meilleure marche à suivre est de combiner l’opium au quinquina, parce qu^alors l’estomac en supporte des doses beaucoup plus foi’tes , et parce que l’efficacité du médicament en est considérablement auginentée.
Dans cette dernière intention , on a souvent uni des astringens , des stimulans , des aromates au quinquina : tels sont le sulfate acide d’alumine et de potasse , les diverses préparations de fer, la muscade , la serpentaire de Yirginie, etc. ; mais , en raison de leur volume , ces médicamens diminuent la dose réelle du quinquina : aussi vaut-il mieux le donner seul , à moins qu’il n’ait une action purgative , et alors on y ajouterait huit ou dix gouttes de teinture d’opium, ou environ un gros de teinture de kino. Si l’effet contraire , c’est-à-dire la constipation, avait lieu, on y remédierait par de doux laxatifs , par quelques grains de rhubarbe , par exemple.
Lorsque les fièvres intermittentes ont duré long-temps, que le sujet est avancé en âge , faible, d’un tempérament lymphatique , qu’il habite des lieul humides ou que la saison est pluvieuse , il est convenable d’ajouter au quinquina la serpentaire
PYREXIES ,
de Yirginie ou quelque autre excitant (i), ou du carbonate de potasse , si les symptômes dénotent une tendance à l’inflammation (2).
Dans les climats froids, avant de donner le quinquina , il faut attendre une intermission parfaite et régulière. Mais dans quelques pays chauds , où les fièvres intermittentes ont une grande disposition à devenir continues ou rémittentes , et dont les habitans ont en général une constitution faible et irritable , on l’administrera dès qu’on aura quelque apparence d’intermission ou même de rémission.
Dans toute fièvre intermittente, ce n’est point assez que le quinquina ait suspendu un ou deux accès , on a encore à craindre une rechute ; et pour la prévenir il faut continuer l’administration du médicament à des intervalles réglés ; pendant même plusieurs semaines après la disparition entière de la maladie^ il serait bon d’en faire prendre un peu de temps en temps , sur-
(i) ^ Pulv. Cort. perav .
îi-
Coque in
Aq. fontis .
tb ad ife fS.
Colaturœ adde
Tinct. Serpent. Virg. ^
- Gard. Compos . 3
ââ 5 vj.
M. Capiat Cochlear, ij. magna pro dos.
{1) Dec. Cort. Cinch. . .
5 je.
Kali præparat .
gr. X ad XV.
Syrup. Altheæ .
M. F. TJaustus.
ou MALA.DIES FEBRILES. 23.
tout lorsque Tatmosphère, est humide ou qiie ie vent d’est règne avec violence.
On trouve chez les droguistes plusieurs variétés de quinquina*, et, de l’avis de quelques praticiens des plus distingués'^, on doit préférer Je jaune, et le regarder comme bieq plus jénergiqpe que le rouge et toutes les autres espèçes qu’on, a, employées jusqu’à, ce jour. Ces médecins, d’aprèa leur propre expérience, le trouvent plus amer et plus astringent ; sa décoction et son, infusipn, paraissent moins disposées à fermenter, et, d^us, tous les cas où ils en ont fait usage , ils, en ont obtenu un succès marqué. Un demi-gros de sa poudre, donné de deux heures en deux heures, leur a suffi en général pour faire cesser une fièvre intermittente ; ce qui les a conduits à penser que cette espèce avait une force fébrifuge double de celle du quinquina ordinaire. Quant à moi, je puis affirmer que j’en ai retiré les effets les plus avantageux.
Pendant mon séjour en Amérique , j’ai reiir. contré plusieurs cas de fièvres intermittentes , dans le traitement desquelles le .quinquiua ayant échoué , il fallut avoir recours au quassia. Ce dernier remède a été reconnu comme si efficace dans ces fièvres, et il. est si aisé de se le procurer, que, dans les colonies, il est en général substitué au quinquina par tous les praticiens. La meilleure manière de le faire prendre est sous la forme de
* Les docteurs Relpli , Saunders , Babington , médecins de riiopitat Guy j le docteur Lind, de l’iiopital Hasiar, et le docteur’ Woodvilie,
PYREXIES ,
décoction ou sous celle d’infusion (i). Souvent aussi j’ai obtenu des succès avec l’écorce d’angus ture.
On a plusieurs fois cherché des médicamens qui pussent tenir lieu du quinquina. Dans le sixième volume des Medical Facts and Observations ^ publié en lyqS, le docteur Roxburgh nous donne l’histoire d’une nouvelle espèce de Swietenia (6*. Mahoganj^^ que des expériences et des essais multipliés lui font regarder comme un succédané de cette précieuse écorce. Il lui donne le nom de Swietenia febrifugal et dit que son amertume et son astringence sont bien plus prononcées que dans le quinquina, et que ses principes actifs sont beaucoup plus solubles , spécialement dans les menstrues aqueux. D’ailleurs , ajoutet-il, ses préparations aqueuses se conservent bien plus long-temps , et on peut , sans crainte de décomposition, les mêler en toute proportion avec les teintures à l’alkohol ; enfin , elle possède aussi la propriété antiseptique à un degré plus éminent.
(i) If Quassiæ . 5 ij. Coque ex
Aq. font . tb j ad tfe {5.
Colaturœ acide
Tinct. Card. comp. , . . 3 j.
M. Siimat cochlear, iij. tertiâ quâque liorâ.