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lA.'F . Mistura cujus sumat cochl. iij. magna ter quaterve in die»
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‘2f Infiis. Cort. Angust . * • I vj.
Tinct. Golumb . . 5 j.
- Catechu . . , 3 ij.
Spirit. Piment . . 3 {5.
^ Decoct. Cinchonæ . 5 j <5.
Tnict. ejusdem . . . • . 3 ij.
- Kino . . 3 j.
- - Lavend . . | fi.
. Haustus quartis horis sumendus»
jf^O . NÉA'ROSES,
- tours de cette maladie , soit en raison d’une faiblesse particulière , ou d’une trop grande irritabilité des intestins , doivent vivre avec tempérance , s’abstenir des fruits crus , de la plupart des végétaux, des alimens malsains et indigestes. Ils doivent également éviter le froid , l’humidité, ou tout ce qui peut supprimer la transpiration ; et porter de la flanelle en contact immédiat avec la peau.
Du Diabètes ( Diabetes )
Cette maladie est caractérisée par un sentiment de fatigue et de faiblesse, par un dégoût pour toute espèce de mouvement , par la sécheresse et la rudesse de la peau , la constipation , une grande soif, une faim dévorante, accompagnée cependant d’un mauvais état très-apparent des fonctions assimilatrices , par un amaigrissement progressif de tout le corps , et par l’abondance des urines, dont la quantité excède de beaucoup cede des alimens ou des boissons, et qui contiennent en assez grande proportion une matière sucrée. On a distingué deux espèces de diabètes, l’un sucré (^diabetes dans lequel Turine a une odeur
forte , avec la saveur et la couleur du miel ; l'autre insipide^ dans lequel l’urine est limpide et non douceâtre : mais plusieurs auteurs ont considéré cette division comme fondée plutôt par le ca rice que sur la raison, et comme plus systématique que naturelle.
* Etïmologie. , per, transeo.
ou MALADIES NERVEUSES. i4l
Le diabètes attaque plus sp cialement les individus d’une constitution faible et les personnes avancées en âge. Je n’ai, eu occasion de l’observer qu’un petit nombre de fois dans ma pratique, mais toujours sur des gens adonnés aux liqueurs fortes, menant un mauvais régime de vie, et exposés au froid. 11 n’est point rare non plus de voir cette affection suivre l’hystérie, l’hypochondrie , la dyspepsie et l’asthme ; mais elle est toujours bien moins intense quand elle est symptomatique , que lorsqu’elle constitue une maladie essentielle et primitive.
L’abus des diui cliques , l’intempérance, les excès de boissons alcohoiiques ou dans les plaisirs de Vécus , les évacuations trop fortes , l’usage immodéré des acides , un travail excessif joint à l’emploi d’alimens fades et peu nourrissans, le chagrin et les autres passions tristes, et en général toutes les circonstances qui peuvent affaiblir l’économie ou aHérer la nature du sang, sont regardés comice étant les causes du diabètes. Néanmoins, dans certains cas , la maladie se déclare sans aucune cause connue.
Pour ce qui est de sa cause immédiate, on l’a toujours regardée comme un point fort obscur , et on a avancé à ce sujet plusieurs théories différentes. Assez généralement pourtant on considère le diabètes comme la suite d’un relâchement des reins et comme l’effet d’une sorte de colliquation des fluides animaux. Le docteur Richter, professeur de médecine à l’université de Goettingue , suppose que presque toujours c’est une
affection spasmodique , produite par l’action d’un stimulus qui s’est fixé sur les reins ; et il explique ainsi l’augmentation et l’altération de l’urine. Le docteur Darwin pense que dans le diabètes, il s’établit une communication entre les intestins et la vessie, outre celle qui existe déjà avec les reins, en raison des vaisseaux sanguins, et suppose que cet effet est le résultat d’une circulation rétrograde dans les branches urinaires des vaisseaux lymphatiques ; une semblable doctrine a été vivement critiquée par les anatomistes et par les physiologistes les plus distingués , quoique dans • les premiers temps elle ait été forthien accueillie. Çullen a cru que cette cause immédiate , tant • cherchée , pourrait bien se rencontrer dans une altération des forces assimilatrices, ou de celles qui ont pour but de convertir les matières alimentaires en notre propre substance ; cette opinion de Cullen a ensuite été adoptée par Dobson, et depuis par Rollo , chirurgien en chef de l’artillerie royale. Quelques médecins aussi ont fait du foie le principal siège de la maladie , mais rarement le diabètes est compliqué d’une affection de* cet organe, comme l’ont démontré de fréquentes autopsies de cadavres ; et lorsqu’on a rencontré cette complication , elle a paru accidentelle. »
Mon opinion particulière sui la cause du diabètes sucré, est qu’il dépend d’une perversion ou d’un dérangement dans l’action des reins , dérangement qui produit la matière saccharine qu’on trouve dans.l’urine.
ou MALADIES NERVEUSES. i45
Le siège primitif de la maladie est loin d’être détermine , mais , en pesant attentivement toutes les circonstances, la plupart des praticiens ont été conduits à regarder le diabètes comme dépendant d’une altération dans les reins. L’état dans lequel on a trouvé ces organes aprèsla mort, milite fortement en faveur de cette opinion , et, puisque la sécrétion de Furine est double de ce qu’elle est ordinairement , nous sommes au moins poiiés à conclure que l’action des reins est singulièrementactivée. îlfaut pourtant avouer d’ailleurs que la faim excessive qui tourmente les malades , et qui coïncide avec un vice notable dans la nutrition , indique quelque altération dans les organes de la digestion, mais peut-être n’est-elle que consécutive.
Le docteur Rollo , ayant observé avec un grand soin plusieurs cas de diabètes , tire de ses remarques les conséquences suivantes dans son excellent ouvrage :
I®. Le diabètes sucré est une maladie de l’estomac qui provient de quelque altération morbide dans les puissances naturelles de la digestion et de l’assimilation.
2®. Les reins et les autres organes de l’économie , comme la tête et la peau, sont affectés consécutivement par sympathie et par un stimulus particulier.
3®. L’affection de l’estomac consiste dans une action et une sécrétion augmentées , avec altération du suc gastrique , et absorption trop vive de la part des vaisseaux chylifères.
l44 KEVROSES,
4‘'. On obtient la guérison de la maladie par im regime et des mëdicamens propres à prévenir la formation de la matière sucrée , et à diminuer l’activité maladive de l’estomac.
5°. Le repos, l’entière abstinence des alimens tirés du règne végétal , une diète purement animale , les vomitifs , le sulfure d’ammoniaque , et les narcotiques, sont les principaux moyens à employer.
6°. Le succès du traitement dans plusieurs cas confirme la vérité des cinq corollaires précédens.
7°. La matière sucrée qu’on trouve dans l’urine est formée dans l’estomac et surtout par les alimens végétaux , ainsi qu’il est facile de le prouver en bannissant leur usage et en nourrissant seulement les malades avec des substances animales.
8®. L’estomac des diabétiques a une grande propension à rendre acides les matières qui y sont renfermées , et cette disposition dure encore quelque temps après que l’on a cessé l’usage des végétaux , et que le sucre ne fait plus partie des matériaux de l’urine. Au reste , tant que cette disposition à l’acescence persiste , on ne peut regarder la maladie comme guérie.
9“. Dans l’espace de trois jours , on peut voir disparaître la matière sucrée , sans crainte qu’elle se reproduise de nouveau, pourvu qu’on rejette les alimens végétaux ; mais il est impossible d’assigner exactement l’époque à laquelle la maladie et la cause qui l’entretient peuvent être définitivement anéanties. On parviendra cependant à
ou MALADIES KER.VEUSES. î45
acquérir cette connaissance , si les malades consentent à suivre rigoureusement le régime indiqué.
IO^ On a vu que , quoique la formation du sucre ait été prévenue , il reste pourtant encore un tel accroissement d’action dans l’estomac, que l’assimilation et la nutrition en sont véritablement viciées. Il y a donc deux points de vue différensà considérer et à isoler dans le traitement; car on n’a point encore déterminé si, en s’opposant à la formation du sucre par une abstinence absolue de toute matière végétale et par l’usage d’alimens gras tirés des animaux , on ne détrui- I rait point aussi Faction morbide de l’estomac.
I II®. Les poumons et la peau n’ont aucun rap- I port à la production de la maladie.
1 12®. La quantité de l’urine est probablement
proportionnée à celle des liquides introduits dans t l’estomac , et n’est que faiblement influencée par les absorptions cutanée et pulmonaire.
i3®. Quoique Ton reconnaisse que l’affection ( consiste dans une action augmentée de l’estomac, et probablement dans la viciation et l’exhalation ( trop abondante du suc gastrique, cependant la i nature intime de ces altérations est encore incon- [î mie et le sera tant que les physiologistes n’auront If point éclairci tous les points qui ont rapport à la ij digestion dans l’état de santé.
I On a fait au docteur Hollo , sur sa théorie du
i diabètes , les objections suivantes ;
: I®. On n’a jamais trouvé de matière sucrée ni
! dans le sang ni dans l’estomac.
lO
ï46 NEVROSES,
<1^ , Souvent la maladie est compliquée de dyspepsie et de faiblesse digestive.
3®. L’affection de Testomac peut être symptomatique de celle des reins , en raison de la sympathie qui existe naturellement entre ces organes ; et,
4°. Gomme les mamelles des femmes , les reins peuvent être susceptibles de former et de sécréter une matière par suite d’une action spéciale.
llollo répond à la première de ces objections, qu’il est très-difficile d’établir exactement , dans l’acte de la digestion, l’époque à laquelle ce changement peut avoir lieu, et que par conséquent les vomitifs pourraient induire en erreur. Quant au sang , le docteur Dobson affirme que chez les diabétiques il contient de la matière sucrée. Dans beaucoup de cas il a trouvé que le sérum était trouble et sans consistance, et ne subissait point, par le repos , les changemens ordinaires à la matière animale.
Pour ce qui est de la seconde objection , il prétend que l’augmentation d’action de l’estomac est de nature morbide et se complique de débilité , et que par conséquent il n’y a rien d’étonnant que la digestion se fasse mal, en vertu même de cette action irrégulière.
Il répond à la troisième , en disant que les affections de restomac qui accompagnent le diabètes sont tout-à-fait différentes de celles qui suivent une maladie primitive des reins. Il observe, en outre,, que, dans beaucoup de cas, la maladie a été précédée d’un dérangement d’estomac et pro-
ou MALADIES NERVEUSES.
duiîe par des causes qui avaient porte leur action sur ce viscère.
11 combat la quatrième objection , en observant que les reins sont seulement des organes séparateurs ^ et ne secrétent point , et qu’il faudrait qu’il arrivât dans leur structure un plus grand changement que tous ceux qui ont été observe's jusqu’ici, pour qu’ils devinssent propres à fouimir une matière sucrée. D’ailleurs, ajoute-t-il , dans beaucoup de cas, la structure des reins n’est point visiblement altérée.
En outre , le même médecin se sert encore des preuves suivantes pour appuyer sa doctrine :
I®. Une affection de l’estomac précède constamment celle des voies urinaires qui caractérise la maladie.
2°. Uneaffection de l’estomac essentiellement différente de celle qui arrive sympathiquement à la suite d’une altération primitive des reins , accompagne constamment la maladie.
3-. Les symptômes généraux en sont promptement calmés par l’usage d’alimens tirés uniquement du règne animal, en même temps qu’on voit l’urine diminuer en quantité, perdre ses propriétés extraordinaires , et ne plus contenir de matière sucrée.
4*’. Les ouvertures des cadavres n’ont laissé apercevoir aucune altération physique des reins ; il y a donc eu ici excitation prolongée sous l’influence d’un stimulus simple , ou probablement effet d’une sympathie , qui n’aura fait qu’augmenter le diamètre des vaisseaux de ces organes.
ï/j.8 NEVROSES,
Tels sont les argumens. que le docteur Rollo appelle à son aide ; mais le succès qui a suivi le mode de traitement qu il a mis en usage est un peu plus fort qu eux ; d’après sa recommandation, plusieurs praticiens l’ont adopté et s’en sont bien trouvés.
Le diabètes se développe quelquefois d’une manière lente et insensible , sans aucun signe d’affection antécédente ; il parvient ainsi à un très-haut degré, et dure fort long-temps, sans aucun dérangement notable dans la santé , une soif vive et continuelle, et un appétit dévorant étant souvent les seuls symptômes qui se montrent. Mais, parfois aussi, le début de la maladie est précédé d’une altération visible dans les fonctions de l’estomac , et pendant son cours , outre les symptômes dont nous venons de parler, il y a sécheresse de la peau , sentiment de pesanteur dans les reins , et douleur dans les uretères ainsi que dans les autres parties de l’appareil excréteur de l’urine. La température du corps est ordinairement moins élevée que dans l’état de santé. Les facultés morales sont sans énergie , il y a une égale propension pour le travail et pour le repos, les forces sont abattues , et le sentiment de la virilité est éteint. Cet état est presque toujours accompagné d’un trouble dans le mode d’expulsion des matières stercorales , et la constipation en est la suite la plus commune ; dans quelques cas même , tel est l’engourdissement des intestins , que les plus forts purgatifs donnés à haute dose n’ont qu’un effet léger. Assez souvent aussi
ou maladies KERVEUSES.
on observe un commencement criiiflammation et de gonflement à Forifice externe de Furètre
On a remarque egalement cjue le diabètes est souvent précédé ou accompagné d’une affection des poumons ; et le docteur Bardsley assure que, dans tousles cas , cette maladie est compliquée d’une lésion dans quelque viscère de la poitrine.
Quand le diabètes a duré long-temps , le malade devient très-maigre ; ses pieds enflent ; il est très-faible , et une fièvre sourde , ayant tous les caractères de la fièvre hectique , s’empare de lui. Le nombre des battemens du pouls varie beaucoup ; dans le plus grand nombre des cas , il est plus vif que dans l’état naturel ; quelquefois aussi il est plus lent : mais , prompt ou lent , il indique toujours une grande faiblesse dans l’économie. On a vu aussi des malades avoir la vue troublée , et être tourmentés par des vertiges.
Dans le diabètes, Furine , d’abord insipide ^ claire, sans couleur, acquiert bientôt une saveur douce et sucrée, qui en est le signe caractéristique ; et , quand on l’analyse , on en retire un principe généralement analogue au sucre.
Quelquefois elle est rendue en si grande quantité , qu’on ne peut y rien concevoir, en réunissant même toutes les sources d’oii elle peut provenir. On cite des individus qui , pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois, en ont fourni de vingt-cinq à trente pintes par
* Cases of Diabetes, by R. Watt, pag. iSo.
** Medical Reports,
î5o NÉVR.OSES,
vingt-quatre heures , et dont tous les alimeiis ensemble ne s'élevaient pas à la moitié du poids du liquide excrété. On a prétendu expliquer ce phénomène par Fabsorption cutanée de beau tenue en suspension dans Fair , et par celle qui a lieu dans les poumons. Darwin est complètement de cette opinion ; et comme Rollo , après avoir laissé un malade pendant dix minutes dans un bain chaud, na pas trouvé son^poids augmenté au moment de la sortie , il pense que si le bain est très-chaud , au-dessus de la température du corps , par exemple , Findividu qui y est plongé perspire plus qu'il n’absorbe , et devient réellement plus léger. Mais dans un bain tiède , pourvu que le malade ait été préalablement affaibli par l'abstinence ou par la fatigue , il peut bien se faire, dit Darwin , qu’on absorbe beaucoup ; tandis que si les tissus sont gorgés des fluides produits par les alimens et les boissons qu’on a pris récemment , Fabsorption pourra être nulle.
Pour moi , je ne saurais croire que les vaisseaux absorbans de la peau pussent pomper une assez grande quantité d’eau pour rendre raison de la différence qui existe entre la masse de l'urine et celle des alimens et des boissons.
On regarde communément le diabètes comme une maladie difficile à guérir , et dangereuse , particulièrement quand il attaque des personnes avancées en âge , et dont la constitution a été affaiblie par une cause débilitante quelconque , mais surtout par l’abus des liqueurs fortes : cependant , si nous nous en rapportons au témoi-
ou MALADIES NERVEUSES. l5î
gnage de,Rollo , qui paraît etre un homme franc et instruit , témoignage confirmé déjà par plusieurs médecins , qui ont adopté le mode de traitement qu’il propose , nous devons croire que le pronostic ne doit pas en être désormais si défavorable , et que , même dans les cas les plus embarrassans , on peut obtenir du succès , pourvu qu’on s’astreigne rigoureusement à la marche tracée.
Si la soif et la faim dévorante diminuent d’intensité , si la peau devient douce , si la transpiration se rétablit, si la constipation paraît moindre, si les selles sont régulières , en même temps que l’émission de l’urine est moins fréquente*, que sa quantité, sa saveur, sa couleur^ se rapprochent davantage de l’état ordinaire , que la dyspepsie paraît céder par degrés , que les forces physiques augmentent , et que les facultés morales reprennent de l’énergie , on doit considérer l’issue comme beureüse ; si les symptômes suivent une marche contraire , il faut s’attendre à une mort plus ou moins prochaine.
L’ouverture des corps des diabétiques a permis de remarquer qu’en général il y avait une altération profonde des reins. Quelquefois on trouve le tissu de ces organes relâché et ramolli, leur volume augmenté , et leur teinte d’un jaune pâle ; dans d’autres cas, leurs vaisseaux sont plus développés que dans l’état de santé ; ils paraissent être alors dans un état de phlogose véritable , et le bassinet renferme un fluide blanchâtre, analogue au pus, quoique pourtant on n’aperçoive aucune trace
î32 névkoses,
d’ulcération. En même temps qu’ils présentent ces altérations à l’intérieur, on trouve les veines de leur surface gorgées de sang , et formant un très-beau réseau , dont les plus grosses branches ont l’apparence des vaisseaux lymphatiques. D’autres fois tout le mésentère paraît malade ; ses ganglions lymphatiques ont acquis un volume extraordinaire ; quelques-uns d’entre eux sont durs et irréguliers à leur surface ; les autres sont ramollis , et d’une forme sphérique. Beaucoup de vaisseaux lactés sont en même temps fort dilatés. Ordinairement le foie , la rate , le pancréas et l’estomac sont sains ; et quand une affection morbide existe dans ces organes , elle ne paraît jamais qu’accidentelle. Dans plusieurs cas, la vessie est remplie d’urine bourbeuse , ou bien ses parois sont fort épaissies, êt sa cavité paraît de beaucoup rétrécie.
On voit aussi quelquefois la graisse que contiennent la poitrine , l’abdomen et le bassin , changée en une matière de couleur ambrée , et analogue à la gélatine , de manière à ne plus présenter aucun caractère d’onctuosité lorsqu’on la presse entre les doigts. Le tissu cellulaire souscutané contient en général aussi fort peu de vésicules adipeuses.
Ramener l’excrétion de l’urine à sa quantité ordinaire, et rétablir la tonicité perdue des organes , tels sont les deux principes d’après lesquels jusqu’ici on a dirigé le traitement du diabètes.
Pour remplir la première de ces indications ,
ou MALADIES NEB,VEUSES. ï53
on conseille les mëdicamens diaphorëtiqiies et* ëmëtiques , les bains chauds à 25 ou 28 degrés -H O. R. , l’usage d’une plus grande quantité de vêtemens qu’à l’ordinairh , ou les voyages dans les pays chauds. On emploie surtout ici , comme diaphorétiques , la poudre d’ipécacuanha composée et les antimoniaux unis àl’opium. On fait quelquefois aussi usage des vésicatoires appliqués successivement sur la région occupée par chaque rein , et on en entretient la suppuration avec la pommade épispastique ou celle de Sabine.
Les astringens et les toniques paraissent les moyens les plus propres à rétablir le ton des organes, seconde indication proposée. Les astringens qu’on met le plus communément en usage , sont l’alun , le sulfate de zinc , la gomme kino , le cachou et les acides sulfurique et nitrique ; les deux premières substances sont évidemment plus efficaces que les suivantes , et on les donne ensemble (i) ou séparément. Quant aux toniques, ce sont les diverses préparations de quinquina , de myrrhe , de fer , comme nous le disons au chapitre de la Dyspepsie , et les bains froids.
Les eaux minérales de Bristol , bues sur les lieux , ont été long-temps en grande réputation
(i) ^ Alum. rup. ........... gi*- xij.
Zinci vitriol.. . . . . g^* ij*
Conserv. B.osæ . q. s.
O pii . gr. i5.
M. F. Bolus ter quaterve die sumendus cum
Aqiiæ Calcis . § iv.
î54 NÉVROSES,
pour le diabètes , et plusieurs médecins en ont fait une sorte de spécifique : on peut donc en indiquer l’usage , lorsque les circonstances et l’état du malade le permettent ; dans le cas contraire , on y substitue l’eau de chaux à la dose d’une pinte ou plus , chaque jour , en ayant soin de la couper avec une égale quantité de lait. On ne peut aussi que se bien trouver de faire dissoudre dans le lait une once de gomme arabique par pinte.
Les eaux minérales qui tiennent en dissolution des carbonates alcalins , ont été également recommandées , et celle de Schvs^eppe , qui contient de la soude , et qui remédie aux acidités de l’estomac^ peut être fort avantageuse. On doit, en effet, préférer la soude potasse , comme moins susceptible d’agir sur les reins.
Dans certains cas , on a obtenu aussi un succès marqué en administrant l’opium à haute dose.
Lateinturé de cantharides a été également employée quelquefois.
On a attaché encore beaucoup d’importance à oindre la surface du corps avec de l’huile ou quelque autre substance grasse , pour empêcher l’absorption que l’on supposait se faire par la peau ; mais, d’après les expériences de Gerrard , à l’infirmerie de Liverpool, et de Rollo, il ne paraît y avoir dans le diabètes aucune absorption de ce genre, puisque le corps, plongé dans un bain chaud , ne devient pas plus pesant. Ce moyen est donc d’un emploi fort douteux.
Pour favoriser Faction des remèdes , les ma-
ou MALADIES NERAEUSES. l55
ladcs feront un exercice modéré , des promenades à cheval et des frictions fréquentes sur les lombes , à l’aide d’une brosse à peau ou d’un morceau de flanelle , et à moins qu’il n’y ait déjà des vésicatoires appliqués ; en meme temps ils porteront, immédiatement en contact avec la peau, des vêtemens d’une étoffe peu conductrice du calorique. Ils s’abstiendront de toute liqueur forte , et ne se nourriront, autant que possible, que de substances animales , en rejetant tous les alimens végétaux. Il éviteront l’action du froid extérieur et de tout ce qui peut empêcher la transpiration cutanée : rien en effet ne détermine autant sur les reins l’afflux d’une quantité de fluides. On remédiera également à la constipation et on tiendra le ventre libre, soit avec la rhubarbe, soit avec l’infusion de séné.
Quand le diabètes n’est qu’un symptôme de l’hystérie , de l’hypochondrie ou de l’asthme, il faut recourir aux médicamens administrés contre ces maladies elles-mêmes.
Le mode de traitement que je viens d’exposer est , saut quelques- modifications , celui que suivent la plupart des praticiens : il faut avouer pourtant qu’il ne réussit pas chez tous les malades ; et c’est là le cas de faire connaître celui qu’a recommandé Piollo , et qui, dit-on , a souvent produit des guérisons auxquelles on était bien éloigné de s’attendre.
Il prétend que les indications à remplir sont d’arrêter la formation'd’une matière sucrée dans l’estomac , de ramener l’assimilation à son état
l56 NÉVROSES,
naturel , de prévenir l’absorption qu’on suppose s’opérer par la surface du corps , de diminuer l’augmentation d’action , et de faire cesser l’espece de dérangement qu’on croît exister dans les reins.
En conséquence , il ordonne une diète purement animale , l’abstinence de toute substance végétale qui pourrait produire du sucre, le sulfure d’ammoniaque à la dose que nous allons faire connaître , des onctions avec le lard , le repos, le vin d’antimoine uni à l’opium pour être pris la nuit , l’établissement d’un exutoire dans le lieu qui correspond à chacun des reins , et enfin l’usage de l’aloès et du savon pour lâcher le ventre.
Dans les premiers temps , Rollo donnait à ses malades le sulfure de potasse ; mais il le remplaça par la suite avec celui d’ammoniaque , pensant que le premier pouvait avoir une action nuisible sur les reins. C’est à Gruikshank, célèbre chimiste, que nous devons la manière la plus facile de préparer le sulfure d’ammoniaque , qu’il considère comme un excellent remède : il l’a consignée dans des observations publiées à la suite du traité de Rollo. 11 faut , suivant lui , faire passer un courant de gaz hydrogène sulfuré pur à travers l’eau ammoniacale de la pharmacopée de Londres , jusqu’à parfaite saturation. Pour cette opération , le gaz devrait être dégagé^ des pyrites artificielles ou du sulfure de fer , à l’aide de l’acide muriatique. Il obtient son sulfure de fer en mettant en contact un canon de soufre
ou MALADIES NERVEUSES. l5^
avec im morceau de fer chauffe au blanc ; la combinaison se fait aisément à cette temperature , et il faut recevoir le produit dans un vase plein d’eau ; on le réduit ensuite en une poudre , qu’on , place dans un ballon , et sur laquelle on verse une suffisante quantité d’acide muriatique. La dose du médicament lui-même est d’abord , pour un adulte , de trois à. quatre gouttes, trois ou quatre fois par jour; on l’augmente graduellement jusqu’au point d’amener un léger vertige. Il ne faut retirer la quantité prescrite de la fiole qui la renferme qu’au moxnent .même de s’en servir, et la verser dans un peu d’eau distillée. Si l’on ne pouvait point se procurer le sulfure d’ammoniaque , on y substituerait le carbonate d’ammoniaque en pilules , à la dose d’environ douze par jour , chacune d’elles devant contenir environ quatre grains de ce sel.
On trouve rapportée dans le treizième volume du Journal de IVlédecine , par M. Earnest, chirurgien de l’hôpital général de Sclieffield , l’histoire d’un diabétique qui fut guéri par le régime animal , l’exercice , la limonade nitricjue à la dose d’un à trois gros d’acide pour deux livres d’eau et une once de sucre. 11 nous apprend aussi que, dans trois autres cas de polydipsie excessive , il ^ avait retiré de bons effets de l’acide nitrique. C’est donc encore une méthode à mettre en usasse, si les moyens que nous avons indiqués venaient à échouer. L’acide nitrique sans doute est trèsavantageux enmitigeant la soif et la chaleur, et en diminuant la quantité de l’urine ; mais il ne peut
î58 NÉVROSES,
suffire pour Fempêcher de contenir du sucre ou pour faire cesser les autres symptômes caractéristiques de la maladie : il faut que son usage soit accompagné d’une entière abstinence des végétaux.
Plusieurs auteurs nous ont rapporté un assez grand nombre de cas de diabètes où le régime animal a corrigé les mauvaises qualités de Furine, et a remédié aux accidens concomitans , pour que nous puissions croire à son efficacité. D’après les expériences entreprises par quelquesuns de nos plus grands médecins, je pense aussi que nous pouvons raisonnablement affirmer que l’abstinence des végétaux, l’usage d’une nourriture animale , celui de l’acide nitrique , des opiacés , des bains tièdes, et l’application des vésicatoires aux lombes, sont les meilleurs moyens à employer ; et que , par leur secours , on peut guérir la maladie lorsqu’elle n’est point invétérée ou accompagnée de quelque affection organique profonde : on peut ^lême dire que , dans les cas les plus graves , une persévérance opiniâtre dans le régime prescrit , arrêtera probablement les progrès des symptômes , et conduira à la conva- •iescence. Mais le quinquina, les astringens et les alcalis , soit seuls , soit combinés avec le soufre , comme le sulfure d’ammoniaque , sont de bien peu d’utilité , ou pour amener la guérison , ou seulement pour empêcher les progrès du diabètes.
Lorsque la saveur sucrée de Furine et que la boulimie ont disparu, on doit employer graduel^
ou MALADIES NERVEUSES. ïSg
îement , et avec précaution , une nourriture formée du mélange des substances animales et végétales , dans la vue de rendre au malade une santé parfaite. Après la cessation des symptômes de la maladie , il faut aussi faire une grande attention a Félat des premières voies , car pendant quelque temps encore Testomac conserve une grande faiblesse, les intestins perdent une partie de leur sensibilité , et* acquièrent une grande tendance à l’inflammation , si on ne se hâte point de provoquer des évacuations.
D’après la nature des phénomènes qui caractérisent la marche du diabètes sucré , et â cause de l’augmentation de volume des reins , et de la dilatation de leur système vasculaire , quelques médecins ont pensé que ces organes étaient le siège d’une inflammation. Si on admet une pareille opinion , il faut nécessairement admettre aussi un mode de traitement entièrement différent. Au lieu donc des toniques, des astringens, des bains froids , du régime stimulant et animal, il faudrait faire usage des antiphlogistiques , des évacuans convenables , et des topiques accommodés à l’état du malade et au degré de l’affection locale
Un auteur moderne , M. Robert Watt, de Glascow , rapporte plusieurs observations qui appuient fortement l’opinion que nous venons de citer, et dans lesquelles le régime antiphlogistique et la saignée ont eu un grand succès, quoique
Medical and Chirurgical Reyiew n,® Lxyu.
Cases oj' Diabetes.
ï6o NEVROSES,
l’état des malades semblât désespéré, que leur pouls fût lent et faible , que leurs forces fussent abattues au physique et au moral , leurs membres froids et infdtrés , etc.
ORDRE QUATRIÈME
VÉSANIES. (^VeSANIÆ.)
L’altération des facultés de l’intellect , sans fièvre et sans coma , constitue le caractère essentiel de cet ordre de maladies.
De la Folie ou Manie. (Mania. ) *
Jusqu’ici l’on a généralement cru définir la manie en disant qu’ elle consiste en un délire sans fièvre ; mais une semblable définition ne me paraît point exacte , car le délire simple existe quelquefois sans aucune augmentation dans la fréquence du pouls ou sans fièvre comme sans manie , ainsi qu’ori l’a observé chez plusieurs femmes hystériques.
Quelques personnes ont prétendu que la manie était carAtérisée spécialement par la formation, dans le siège meme des facultés intellectuelles, d’images qu’on ne peut point distinguer des sensations produites par les impressions extérieures ; ou , si l’on aime mieux , par une telle activité dans les idées , que les perceptions restent confuses , cé qui amène le défaut de liaison entre elles , et , par suite , l’incohérence dans les dis-
^ Etymologie. , insanio.
ou MALADIES NERVEUSES. l6l
cours, et le desordre dans les actions. Pour moi, je pense qu’on peut définir la manie une fausse perception des choses , qui se développe plus particulièrement dans les jiigemens que porte le malade sur ses plus proches parens , et qui est accompagnée du manque de liaison convenable dans la série des idées, ce que témoignent assez leur incohérence et leur fausseté ; d’une vive résistance des passions aux commandemens de la volonté ; de violence dans les actions , et de fureur si la moindre contrainte se fait sentir.
Dans la manie , l’esprit n’est plus le maître d’exercer convenablement toutes ses fonctions ; il reçoit des sens des impressions tout-à-fait différentes de celles qui ont lieu dans l’état de santé ; le jugement et la mémoire sont très-affaiblis , ou meme totalement perdus ; la sensibilité du corps a aussi perdu beaucoup de son énergie, puisque les maniaques, à ce qu’on prétend, résistent aux mauvais effets que le défaut de nourriture ou de sommeil produit ordinairement. On a cru généralement aussi qu’ils étaient susceptibles de braver de même la rigueur du froid ; mais M. Haslam pharmacien à l’hospice de Bethlem , n’est nullement de cet avis, il nous apprend que , dans cet établissement , ceux qui sont sévèrement confinés dans leur loge , sont particulièrement exposés à avoir les pieds gelés , et que ceux qui ont la permission de se promener par la maison cherchent à s’approcher du feu le plus possible pendant l’hiver.
* Obsen>aUo7is ^on Madness.
1 62 NÉVFvOSES,
M. le professeur Pinel a pleinement confirmé les remarques de M. Haslam ; et il nous engage à être en garde contre l’idée où l’on est de ce pouvoir de résister fortement au froid. Rarement il s’est passé une année , à Bicêtre , dont il a été le médecin , sans qu’on ait vu survenir quelque accident fâcheux par l’action du froid sur les membres.
Il est bien certain que dans plusieurs cas de manie, l’insensibilité est portée à un très-haut degré , en sorte que la même température qui produirait un malaise marqué sur des personnes dans leur bon sens, paraît n’incommoder aucunement les maniaques ; mais l’expérience a démontré que généralement ils souffrent des intempéries de l’air. Quelques-uns, il est vrai, refusent tout vêtement, mais ce cas n’est pas commun ; et chez eux l’habitude de rester exposés aux injures du temps , peut bien leur faire supporter un degré de froid qui produirait des accidens chez ceux qui sont habillés suivant la saison. Nous ne pouvons donc point voir là l’effet d’une propriété particulière à l’aliénation mentale.
Quelques auteurs croient que la manie estime maladie de l’esprit uniquement, et qu’elle n’agit point sur le corps ; d’autres , au contraire , pensent qu’elle peut très-bien être le résultat d’une affection morbide ou d’une désorganisation dans quelque partie du corps; l’autopsie des cadavres appuie fortement cette dernière manière de voir.
Il y a deux espèces de manie , la mélancolie et la fureur. Dans toutes les deux, la liaison des idées
ou MALADIES NERVEUSES. 1 63
est également dérangée. Entre elles, pourtant, il semble exister une variété intermédiaire. C’est ♦ ainsi qu’on peut regarder comme une manie à un faible degré , une originalité portée à un haut point , la lenteur d’esprit , et la tendance violente à des habitudes immorales , malgré les meilleurs préceptes et les exemples les plus vertueux. Quelques auteurs ont encore admis un plus grand nombre de sortes différentes de manies , mais probablement que la meilleure division à établir serait celle par laquelle on les distinguerait en aiguës et en chroniques, en périodiques et en continues.
Les affections de l’âme , comme l’inquiétude ^ le chagrin, le tourment de l’absence , la frayeur subite , la colère , les traverses de l’ambition , le passage de l’infortune à un état heureux , la terreur religieuse ou l’enthousiasme de même nature , l’habitude de se livrer fréquemment à quelque passion ou émotion , l’étude assidue des sciences abstruses , en un mot tout ce qui peut avoir une action assez forte pour occuper l’esprit et en chasser tout le reste , sont les causes de la manie les plus communes. Une cause fort ordinaire aussi , est le tourment produit par la présence d’une idée fixe et fausse , que nous pouvons nommer hallucination maniaque. Un exercice violent , l’habitude de l’ivresse , une vie sédentaire , la suppression de quelque écoulement périodique , la répercussion des éruptions cutanées^ la mauvaise conformation et les maladies de la tête , les évacuations excessives, l’administratiom
ï64 ISÉVROSËS,
inconsidérée du mercure , les fortes doses de ce médicament, les attaques de paralysie , sont aussi rangés au nombre des causes éloignées de la manie. On Fa vue arriver encore après un accouchement laborieux, ou à la suite de quelques fièvres violentes , accompagnées de délire.
Dans certains cas la maladie est héréditaire , et c’est bien la plus déplorable de toutes les affections que les pères transmettent à leurs enfans. Le fait est incontestable ; les enfans des aliénés sont plus disposés que les autres à perdre l’esprit ; les parens, soit le père, soit la mère, doivent donc leur en communiquer le germe. En outre, on remarque souvent que les descendans d’une famille placée dans cette circonstance, lors même qu’ils ne se livrent point à de grands traits de folie , s’abandonnent à des penchans aussi contraires aux mœurs que destructeurs du bonheur social.
En raison de la disposition héréditaire , des malheurs des temps , et des diverses causes excitantes que nous avons énumérées , la manie semble, beaucoup plus fréquente aujourd’hui qu’autre fois.,
Tout ce qui tient à la connaissance de la cause prochaine de la manie est tellement obscur, que je ne chercherai à émettre aucune idée à cet égard. Plusieurs médecins ont , il est vrai, tâché de la re trouver dans les altérations observées dans les organes à l’ouverture des corps ; mais ces altérations varient prodigieusement suivant les cas^ et celles qu’on regarde comme les plus prononcées
OÎT MALADIES NËBA^EUSES. 1 65
et les plus constantes, dénotent seulement lesprogr es et les derniers résultats de la maladie , et non point la condition sous laquelle elle s’est développée. Ce que nous savons se borne à cela, que chez la plupart des maniaques dont on a pu disséquer le corps , on a trouvé une lésion plus ou moins profonde de F encéphale, et qu’on pourrait le plus souvent considérer comme la suite d’une congestion , contre nature , du sang vers la tête.
Cette affection choisit particulièrement ses victimes parmi les personnes d’un tempérament sanguin ou mélancolique. Sa nature est par cela même légèrement modifiée. Elle attaque des individus de toutes les complexions et de toutes les teintes de cheveux ; mais sur deux cent soixante-cinq malades examinés par M. Haslam, à Bethlem, deux cent cinq avaient la peau basanée et les cheveux foncés et noirs ; les soixante autres avaient le teint clair elles cheveux châtains ou rouges.
La forme sous laquelle se présente ordinairement l’aliénation mentale est l’intermittente , c’est-à-dire, que la maladie offre de véritables paroxysmes , séparés entre eux par des intervalles de lucidité. L’invasion des accès est loin d’être régulière , mais le plus souvent ils commencent immédiatement après le solstice d’été , et continuent avec plus ou moins d’intensité pendant les chaleurs de cette saison , pour cesser vers la fin de l’automne.
La manie peut se développer à plusieurs époques différentes de la vie ; mais , la plupart du
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temps, elle se manifeste, pour la première fois, entre trente et quarante ans ; alors en effet on est plus susceptible d'éprouver Finfluence des causes éloignées qui la déterminent ; on a fait choix d’une profession qu’on exerce déjà ; on est marié assez généralement et on a des enfans ; les habitudes ont pris beaucoup d’empire, et on ne les quitte qu’avec regret et chagrin. C’est dans ces circonstances qu’on sent bien plus vivement tous les malheurs attachés à la vie de l’homme.
Quelquefois néanmoins la manie , au lieu de revenir par intervalles, et d’offrir des paroxysmes distincts, est continue et ne laisse jouir le malade d’aucun moment de lucidité , en sorte qu’il finit par succomber sans que les symptômes se soient amendés , ou tombe dans l’idiotisme complet.
On ne rencontre point deux personnes chez lesquelles la maladie se déclare et suive son cours d’une manière semblable : les penchans et les habitudes, tellement variés suivant les individus, font que chacun pense et parle alors différemment. Les symptômes précurseurs de l’accès sont pourtant assez fréquemment ceux-ci : il existe un sentiment de constriction dans la région de l’estomac , avec anorexie , constipation et chaleur dans les entrailles. Le malade éprouve un malaise dont il ne peut se rendre compte , et qu’il ne saurait décrire ; il est tourmenté par une sorte de crainte, qui va quelquefois jusqu’à la terreur ; il ne ressent que fort peu le besoin de dormir , ou même il se trouve dans l’impossibi-
ou MALADIES NERYEUSES. 1 67
îité absolue de se livrer au sommeil. Peu de temps après , rincohérence et le désordre des idées se manifestent par une conduite bizarre , par des actions extraordinaires , par une altération dans l’expression et les mouvemens de la physionomie. Ordinairement la tête est levée , et les yeux sont fixés vers le ciel ; la voix est creuse et sourde . Le maniaque se promène d’un pas vif et précipité , puis il s’arrête tout-à-coup comme plongé dans les réflexions les plus profondes, ou pour se livrer à la contemplation. Quelques-uns se font remarquer par une grande gaieté , qu’ils expriment par des ris immodérés. D’autres au contraire sont .constamment moroses ; des larmes continuelles attestent le chagrin qui les dévore , ou bien, sans verser une larme, ils dépérissent par l’influence d’une peine secrète qui les porte à rechercher la solitude. C’est ce qui arrive dans la mélancolie, qui est ordinairement accompagnée d’un vif désir d’être seul, de timidité, d’inconstance dans le caractère , d’.insomnie , de la présence de flatuosités dans l’estomac et dans les intestins, de constipation, de la petitesse et de la faiblesse du pouls. La manie Wec fureur est caractérisée par de fortes douleurs de tête , par l’injection des vaisseaux sanguins de la face , des tintemens d’oreille , un air féroce , un mouvement continuel de tournoiement dans les yeux , des grincemens de dents , des hurlemens , des efforts violens , des discours « absurdes et incohérens , une méchanceté inexpliquable envers certaines personnes , et surtout envers les plus
î68 NEVROSES,
proches parens et les amis les plus chers , un degoût pour les lieux et les scènes où auparavant on ti ouvait un veritable plaisir, un pouls plein et vif, enfin une diminution notable dans la sensibilité du corps par rapport au froid , à la faim , au sommeil.
On prétend que les symptômes sont généralement plus prononcés le matin que le soir; peutêtre ce fait est-il moins constant qu’on ne fa supposé. Dans beaucoup de cas , au début de la maladie , les maniaques éprouvent plus d’agitation le soir et peiidant la plus grande partie de la nuit. On ne sait point encore non plus si, che2^ 'le plus grand nombre , les accidens ire sont point aggravés parla position horizontale. Ils paraissent éviter , autant que possible , de prendre cette position, quand ils sont dans leur accès, et, s’ils sont attachés de manière à ne pouvoir rester debout, ils se tiennent assis ou accroupis.
De tous les organes des sens qui peuvent être affectés pendant la folie , l’oreille est celui qui offre le plus particalièrement des altérations ; peu de maniaques deviennent aveugles; mais M. Haslam en a compté un assez grand nombre de sourds ; ceux même, suivant lui, qui n’étaient point tout-à fait privés de l’ouïe , étaient tourmentés par des tintemens d’oreille ou par la dysécie.
On doit distinguer la manie de la frénésie , parce qu’il n’y a ni fièvre ni céphalalgie , et du délire en raison du pouls, et parce que le malade ne jouit pas de la conscience des objets ex-
oü maladîe;& i^ee yeuses. 169
teneurs, même quand il les fixe , et qu’il retombe bientôt dans l’inattention ; tandis que dans la manie , il perçoit bien souvent les sensations , et médite les moyens de prévenir ou de punir les injures qu’il suppose lui être adressées.
On a vu quelquefois une fièvre intermittente produire la guérison d’une manie qui durait depuis long-temps , et rétablir les sens dans leur intégrité.
Quandlamanie s’est déclarée à la suite de quelque autre maladie , et quand ses attaques sont légères et peu fréquentes, il est possible d’en opérer la guérison radicale ; mais si elle est héréditaire , si elle se trouve compliquée d’une mélancolie profonde , si elle est caractérisée par une idée fixe sur un objet spécial, comme l’amour ou la religion , on ne doit avoir que fort peu d’espoir. Les maniaques furieux sont rendus beaucoup plus souvent au bon sens que les mélancoliques ; la jeunesse est aussi une condition favorable. Quand la maladie attaque des personnes âgées la chance de guérison devient fort douteuse. Elle devient aussi de plus en plus incertaine à mesure que la maladie dure depuis un plus long espace de temps. Quand l’aliénation mentale succède à l’épilepsie ou à la paralysie,, on doit rarement attendre une issue heureuse. L’espoir est encore fort peu fondé , quand la mélancolie a remplacé un é tat de fureur qui reparaît au bout de quelque temps.
Si la manie a subsisté pendant un temps plus ou moins long sans qu’on ait vu paraître aucune
170 NEVROSES,
amelioration, elle se termine ordinairement par ridiolisme ; et cet anéantissement des facultés de fame est presque toujours incurable. Quelquefois cependant des individus jeunes , après être restés idiots pendant plusieurs mois et même durant plusieurs années , sont atteints d’un paroxysme de manie qui les rend à la raison.
Dans les établissemens où on reçoit des fous , on a observé qu’ annuellement le nombre des femmes qifon y amène surpasse de beaucoup celui des hommes. Les phénomènes auxquels elles sont assujetties, comme la menstruation, l’accouÿiement , la lactation, les maladies auxquelles elles sont exposées à ces diverses époques de leur existence , la vie sédentaire qu elles sont condamnées à mener habituellement , l extrême vivacité de leurs sensations, circonstances qui sont autant de causes éloignées de la manie , pourraient bien fournir l’explication de ce fait. Au reste , celles qui ont perdu l’esprit à la suitR de l’accouchement , guérissent dans une proportion bien plus grande que tous les autres malades de ce genre; et dans ce cas, si le traitement est rationnel , il est couronné du succès. Mais, quelle que soit la cause qui ait pu produire la manie , on doit regarder cette affection comme peu susceptible de guérison chez les femmes , s’il y a des redoublemens à l’époque des règles, ou si l’écoulement menstruel est trop faible ou immodéré.
Un fait fort curieux aussi dans l’histoire de la manie , c’est que son invasion fait souvent dispa-
ou MALADIES NERVEUSES. . i^t raître d’autres maladies. Darwin * a vu ainsi se dissiper plusieurs anasarques.
A l’ouverture du corps des maniaques, on trouve souvent un épanchement de sérosité dans les ventricules du cerveau ; dans quelques circonstances aussi , on peut distinguer les signes évidens d’une inflammation précédente*, comme l’épaississement et l’opacité de l’arachnoïde et de la pie-mère , et des adhérences du péricrâne aux os. Dans un petitnombre de cas, la substance cérébrale a une consistance plus grande «qu’à l’ordinaire , et parfois l’encéphale offre des tumeurs irrégulières ; mais pres(^ue toujours il est le siège d’une lésion organique , occasionnée probablement par l’afflux du sang , ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer déjà.
D’après les observations anatomiques du docteur Greding , il paraît que quelque temps avant de mourir , la plupart des aliénés tombent dans l’atrophie et l’épuisement ; c’est au moins ce qui est arrivé à soixante-huit d’entre eux sur cent. De toutes les maladies, l’hydrothorax est celle à laquelle ils paraissent te plus exposés , puisque , sur cent aussi , il y en eut soixante-seize qui en furent atteints. Le même médecin nous apprend encore que la consomption avec ulcération des poumons, est également une affection qui termine fréquemment les jours des aliénés : il a trouvé effectivement quarante phthisiques sur cent maniaques.
M. Haslam a observé que chez eux la paralysie
* Zoonomia, vol. lu ^ pag. i^5.
172 ÎÇEVROSES;.
et l’apoplexie étaient des maladies très - communes.
Le traitement à suivre contre la manie , consiste à diriger le malade suivant la cause de son mal, et à lui administrer les médicamens convenables : on doit bien plus compter sur le premier moyen que sur le second.
Il faudrait que le directeur et le surveillant cherchassent constamment à gagner la confiance des malades , et à leur inspirer le respect et l’envie d’obéir ; ce à quoi ils peuvent parvenir par l’égalité dans le caractère , et en mettant toujours de la dignité dans leurs actions. Une tyrannie sévère excite de la crainte chez les fous ; mais ce sentiment se trouve presque toujours alors mêlé de mépris. Il faut pourtant ne rien négliger pour avoir sur eux un empire absolu ; et si une fois 011 atteint ce point , il devient facile , dans toutes les occasions , de diriger et de régler leur conduite d’une manière convenable. Il faut avoir de la fermeté , et, quand la circonstance l’exige , exercer son autorité avec force , sans jamais menacer, mais bien en agissant. Quand le malade s’est mal comporté , il faut le renfermer sur-le-champ ; et comme ici l’exemple a plus de force que les préceptes , il est convenable d’ordonner la réclusion de celui qui a fait une faute, en présence des autres aliénés , dans les établissemens publics comme dans les pensions particulières. Une semblable démarche accroît le degré d’autorité , et celui qu’on punit , tenu en respect par la présence des assistans, se soumet beaucoup plus
ou MALADIES NERVEUSES. I73
promptement. Si le malade est un homme fort et robuste, il faut le faire prendre par deux ou par plusieurs infirmiers ; car, pour peu qu’il s’aperçoive qu’il a plus de force ou d’adresse , il ne négligera point un tel avantage , et les suites pourraient être funestes pour un homme seul Cependant, en général , les aliénés sont poltrons, et on peut facilement leur en imposer dans sa conduite avec eux.
Le surveillant doit persuader aux malades que son pouvoir est sans bornes , et que toute faute de leur part sera réprimée par la force. Une puissance coeîxitive , dirigée avec prudence et vigueur , réprime souvent la fureur et rappelle rapidement la raison dans quelques cas. Alors on agira avec douceur et bonté ; on aura pour le malade les égards dus à sa situation dans la vie , et on lui inspirera ainsi les sentimens d’un pupile envers son tuteur ; en conséquence de quoi on pourra lui pardonner toutes les fois qu’on le «jugera utile et qu’on ne craindra point de compromettre la sûreté générale. Il est donc certain que le seul moyen rationnel et utile à employer contre les extravagances des aliénés , consiste à les intimider sans dureté , à les réprimer sans les humilier, à maintenir un ordre et une discipline sévères , et à ne pointnégliger cependant les voies de douceur et de conciliation.
Dans les légères attaques , il est suffisant de renfermer simplement le malade , en lui enlevant pourtant tout moyen de . s’évader ou de
* Observât, on Madness , by- M. Haslam.
It
faire du mal à lui-même et aux autres. Il faut adoucir son imagination exaltée et distraire autant que possible son attention , en lui conseillant de s'exercer , ou en lui faisant prendre part à quelque amusement capable d’occuper tout à la fois et le corps et l’esprit. On rompra ainsi renchaînement maladif des idées ; et voilà pourquoi , dans la mélancolie , cette méthode devient doublement nécessaire , et comporte très-bien la lecture des livres intéressans , de même que les plaisirs procurés par une société joyeuse.
Dans les accès violens , au contraire, le malade doit être renfermé seul dans une chambre ôbscure et tranquille , de manière à ce qu’il ne soit frappé ni par la lumière ni par le bruit , ce qui dispose assez naturellement au sommeil. Pour l’empêcher de commettre aucune violence , on lui appliquera des menottes et on l’attachera par une jambe ; on pourrait même l’asseoir sur une large chaise , fixée dans le plancher , et qui serait disposée de manière à lui assujettir les pieds et les mains. Il faut éviter avec soin la position horizontale, qui, pendant le jour, tend à accroître l’engorgement des vaisseaux du cerveau. Quant au gilet de force , c’est un très-bon moyen d’arrêter les aliénés dans leurs tentatives furieuses sur les autres ou sur eux-mêmes ; mais dans l’accès, et surtout pendant l’été, il devient irritant et prolonge l’insomnie , dont les malades ne sont déjà que trop atteints. Il faut remarquer aussi que si l’individu n’était point assez furieux pour ne plus être sensible à des procédés moins vio-^
ou MALADIES NERVEUSES. I75
lèns, on devrait le ^unir simplement en l’enfermant dans sa chambre et en le privant de la compagnie des convalescens , dont il avait coutume de jouir en liberté . Dans aucune circonstance on ne doit avoir recours à des châtimens physiques.
On fera lever les aliénés de grand matin , on les obligera à prendre de Fexercice autant que leur état le comportera , on leur servira leurs repas à des heures réglées. Un pareil ordre , outre qu’il contribue à l’entretien de la santé , a encore l’avantage de les rendre plus traitables. Dans tous les cas , on éloignera le malade des objets avec lesquels il se trouvait auparavant en rapport , rien n’étant plus propre à l’entretenir dans les idées qu’il s’est formées : il changera donc d’habitation , et on écartera tous ses amis ; aussi est-ce un fait bien connu que tous les fous ne se rétablissent que bien rarement, ou même jamais , quand ils restent chez eux. Souvent on en voit qui avaient au sein de leur famille des accès de fureur , devenir calmes et traitables quand on les place dans une maison destinée au traitement , tandis qu’au contraire il s’en trouve dont la maladie renaît dès qu’on leur a permis de retourner chez eux, quoique pendant long-temps déjà ils aient donné des marques de bon sens dans le lieu de leur réclusion.
A la vérité , dans les diverses classes de là société , parmi les grands comme parmi le peuple , on a élevé diverses objections contre la méthode de séquestrer les fous. La principale est la crainte
d’un traitement dur et baAare , et le risque de rendre la maladie permanente : elle paraît peu fondée ; car il faut bien modifier quelque peu le mode de traitement des maladies de l’esprit, quand on s’aperçoit que l’habitude des refus et que les violens efforts de la volonté n’ont amené ni des sentimens raisonnables ni une conduite réglée. Il faut empêcher encore le maniaque de recevoir des visites , soit chez lui , soit dans un établissement public. .A l’hôpital Saint -Luc les malades sont plus traitables et plus faciles à conduire que ceux d’une pension particulière , où la faiblesse de caractère et les appréhensions des accès sont causes d’une indulgence peu convenable et d’une sévérité mal calculée qui se succèdent alternativement.
On assure qu’on a guéri plusieurs maniaques en les forçant à un travail pénible et prolongé : cela me paraît d’autant plus probable , que rien ne peut mieux distraire l’esprit des idées qui l’assiègent , que de fixer son attention sur les moyens de s’acquitter d’un exercicp physique. Les voyages de long cours sont aussi recommandés : mais ils conviennent plutôt pendant la convalescence , que dans le fort de la maladie.
M. Pinel rapporte que , dans les principaux hôpitaux de l’Espagne, les aliénés, capables de travailler, sont distribués tous les matins dans des endroits séparés. Un surveillant est assigné à chaque classe ; il distribue individuellement à chacun d’eux sa tâche respective, dirige leurs' actions, et prend garde à leur conduite. C’est ainsi
ou MALADIES NERA^EüSESr que tout le jour, à l’exception de quelques instans de repos, se trouve employé dans un exercice salutaire pour eux. La fatigue qui en résulte les dispose au sommeil pour la nuit. En suivant cette méthode , presque toujours celui que sa condition n’^lève point au-dessus de la nécessité de travailler , vient à guérir , pendant que le grand , qui attache une sorte de déshonneur à un exercice de cette nature , paraît généralement incurable.
Un médecin habile doit toujours chercher à discerner l’idée principale d’un maniaque ; il pourra deviner ainsi ses projets, et l’isoler des autres s’il est nécessaire , et surtout il sera conduit souvent au mode de traitement le plus efficace. M. Gox, D. M., qui a écrit dernièrement sur la manie et qui a long-temps dirigé un établissement pour les aliénés des deux sexes , cite plusieurs exemples du succès le plus heureux obtenu en paraissant s’accorder avec les malades sur les causes de leur état. Afin de fournir au jeune praticien un modèle dans ce genre de traitement moral, j’extrais de l’ouvrage de M. Cox l’observation suivante :
M. âgé de 4oans, d’une constitution maigre et mélancolique , remarquable par réfendue et le nombre de ses cpnnaissançes, avait altéré sa santé par une application trop soutenue à des opérations de commerce. Au bout de quelque temps , on observa que chaque fois qu’il éprouvait quelque sensation, il en était vivement frappé,
Practical Ohsciyaticm on Imanitj.
et en parlait longuement dans sa famille. Cette disposition augmenta ; bientôt il devint la proie des empiriques , lut plusieurs de ces brochures populaires aussi ridicules que dangereuses , et regarda son corps comme le siège d’une foule de maladies ; il employa successivement des pilules, des potions , des poudres , des frictions , des lotio-ns, etc. , et en abandonna l’usage successivement aussi. On Famusa pendant quelque temps avec le Perkinisme , jusqu’à, ce que lui et ses amis, témoins des expériences, furent convaincus que les fameux tracteurs métalliques n’avaient pas plus de vertu qu’un vieux clou. Alors toutes ses craintes se réunirent en une seule , à laquelle il pensaitsans cesse, et qui revenait continuellement dans sa conversation : il attribuait toutes ses souffrances à la répercussion d’une gale. On assembla des médecins qui firent une consultation dans les formes , et reconnurent la nécessité de ne point contrarier le malade sur le sujet de son affection; en conséquence, on tomba d’accord sur la justesse de ses présomptions ; on lui traça une méthode de traitement ; de temps en temps , à l’aide de riibéfians , on excita des éruptions dans diverses parties du corps , et on les fomenta avec quelque préparation des plus simples. Cette espèce de plaisanterie dura plusieurs semaines , au bout desquelles la santé et la raison furent entièrement rétablies.
Darwin , dans le quatrième volume de sa Xoonomie ^ rapporte également un certain nombre d’observations, qui prouvent le besoin de
ou MALADIES KEllVEUSES.
pénétrer dans les idées des maniaques, et Futilité qui peut en résulter.
Quant à la diète de cette ’espèce de malades, elle doit être légère et nourrissante ; leurs alimens seront d’ailleurs proportionnés pour la quantité à Fâge , à la force des individus , et à l’exercice auquel ils ont coutume' de se livrer. On doit leur faire observer strictement les lois de la tempérance ; on peut cependant , lors de. la convalescence , et surtout dans la mélancolie , leur, accorder un peu de vin. La dose en devra être telle qu’elle ne puisse agir sur le caractère du malade , ou augmenter sa mauvaise disposition morale. Ceux qui sont atteints de paralysie , demandent à être tenus chaudement, et exigent une diète plus nourrissante et plus tonique que les autres aliénés. Ils 'souffrent surtout beaucoup pendant l’hiver.
Quelquefois, pendant plusieurs jours de suite, les fous refusent de manger, ét mettent ainsi leur vie en danger. Dans les pensions particulières on a recours, dit M. Haslam , à la force , et on se sert d’un procédé par les effets duquel les dents incisives sont le plus souvent fracturées. C’est pour prévenir cet accident, qu’il propose une machine propre à faire parvenir aisément les alimens dans Festomac, sans qu’on ait à redouter aucune suite fâcheuse.
On a fait un fréquent usage de la saignée dans, la manie. Elle est certàinemént utile dans ces accès qui sont annoncés par l’éréthisme , par la rougeur et la saillie des yeux, par une loquacité
î8o NEVROSES,
extraordinaire , ou dans ceux où il y a pléthore et' congestion du sang vers la tête. Mais la saignée, telle qu’on la pratique ordinairement chez les fous , sans règle et sans borne , exaspère souvent la maladie, en causant une extrême débilité, et en changeant en idiotisme une manie périodique et curable. Quand l’opération est jugée absolument nécessaire, il vaut mieux tirer le sang des jugulaires que des veines du bras , ou appliquer sur la peau du crâne rasée , six ou huit ventouses scarifiées. La quantité du sang sera de huit à seize onces , et on en réitérera l’évacuation si les circonstances paraissent l’exiger.
Pour remédier à la plénitude et à la tension des vaisseaux de la tête , on se sert habituellement des purgatifs drastiques, comme l’hellébore ; mais il est plus avantageux d’employer comme dérivatifs et à doses fréquemment répétées , le tartrate de potasse et les autres sels neutres laxatifs. Dans la manie périodique, les paroxysmes sont le plus souvent précédés de constipation, et un purgatif convenable (i) , administré à cette époque , prévient l’invasion dans beaucoup de cas. De plus, l’apparition de la diarrhée a souvent déterminé la convalescence dans la manie , et même quelquefois elle en a réellement procuré la guérison.
(i) ïnfus. Sennæ . . . . ^ . . j. fi. - § ij.
Kali lartaris . 5 ij.
Tinct. Jalap . 5 j fi.
Syrup. Spin. Cervi 5 j.
M . F , Hamtus caîhar tiens.
ou MALADIES NERAETJSES. iSt
On doit donc saigner et purger au commencernent des paroxysmes, lorsque l’excitation est grande mais , dans la mélancolie, où il y a abattement des forces , il faut y renoncer ; en pareil cas , on préférera le quinquina et les autres toniques : tous les moyens débilitans tendent à aggraver les symptômes et à accélérer la naissance dé l’idiotisme, ,
Quelques médecins ^ ont préconisé l’usage des emé tiques , mais beaucoup d’autres l’ont rejeté , comme propre à augmenter la congestion cérébrale et à causer des attaques d’apoplexie et de paralysie. M. Haslam rapporte qu’ après un grand nombre d’années , d’observations , et l’administration de plusieurs milliers de vomitifs à Bethlem , il n’y a pas obtenu des résultats capables de donner de la confiance dans cette classe de remèdes, comme propres à guérir la folie : il reconnaît pourtant que , dans le cas de dérangement des fonctions de l’estomac , l’émétique est aussi avantageux chez un maniaque , que chez ceux dont l’esprit est sain. Aussi je crois qu’oix ne doit faire usage de vomitifs que pour combattre certains symptômes qui peuvent se manifester pendant le caurs de l’aliénation mentale et qui la compliquent.
Le bain froid , comme diminuant l’irritation , a plus d’une fois soulagé et même entièrement guéri la manie. La meilleure manière de l’administrer consiste à jeter par surprise le sujet dans l’eau froide , où on le retient pendant quelque
^ Qbseivat, on Insanity, by J. M, Cox»
î82 k:evroses,
temps de manière à ce que la tête seule ne plonge point; on verse fréquemment sur cette partie de l’eau froide aussi, et , de cette manière, aidé de la peur, on obtient un effet souvent assez marqué. Un fait qui vient encore à l’appui, c’est que dans plusieurs cas de manie , on a remarqué de bons effets de l’application de la glace ou de la neige sur la tête nue. M. Haslam dit cependant qu’il a vu plusieurs fois des affections paralytiques se déclarer quelques heures après le bain froid, spécialement chez les malades furieux et pléthoriques. D’autres fois, selon lui encore, le' vertige ou une forte fièvre ont été la suite de l’emploi de ce moyen. •
Quant aux bains chauds, ils ont été recommandés par quelques médecins et proscrits par d’autres. Le plus grand nombre les regardent comme nuisibles aux aliénés , mais il est probable qu’ils sont utiles chez les mélancoliques. Le docteur Willis^, en particulier, pense qu’ils sont avantageux, et qu’on ne doit que rarement recourir aux hains froids.
L’opium, administré durant le paroxysme de la manie furieuse , ne procure presque jamais le sommeil , et augmente au contraire la violence des symptômes. Ceux même qui en obtiennent quelques instans de repos se réveillent, après son effet , dans un état pire que celui où* ils se trouvaient auparavant. Il faut ici, pour qu’on retire quelque fruit de l’usage de ce médicament,
* Report qf the select Committee appointed to incjuire into the State of Lunatics.
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en donner des doses énormes : par exemple , il faut administrer jusqu’à deux cents gouttes de teinture à la fois. Il paraît qu’ ainsi il peut devenir un bon medicament , quoique pourtant son action soit douteuse. Au reste, si l’on craignait de le faire prendre à finterieur , on pourrait faire une friction sur une large surface , avec une pommade composée de six à dix grains d’opium, et d’une petite quantité d’axonge de porc.'
Quand le malade paraît très-fatigué par l’insomnie, et que l’on n’ose point eniployer Fopium, on peut, pour le faire dormir, placer sous sa tète un coussin rempli de houblon. L’expérience paraît avoir constaté’ l’efficacité de ce moyen. Pour ce qui est des propriétés de cette plante , à l’intérieur , elles sont évidemment narcotiques et propres à procurer le sommeil comme l’opium; il semble aussi qu’elle entretienne la liberté du ventre. Dans tous les cas donc , soit dans la manie, soit dans toute autre affection, où l’opium , quoique fortement indiqué , ne peut être administré sous aucune forme, à cause de ses effets nuisibles , une forte infusion de houblon appliquée à l’extérieur et donnée à l’intérieur, procure, assure-t-on, une grande diminution dans les douleurs , suivie du calme et d’un sommeil tranquille. La meilleure préparation du houblon est cependant sa teinture spiritueuse , faite par la macération de quatre gros de la plante dans dix onces d’alcohol ; on en porte la dose de quarante à cent gouttes.
Les propriétés sédatives de la digitale pbur-
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prëe , Font fait considérer comme un remède efficace dans des cas où le ton des systèmes nerveux et artériel est augmenté au point de produire une grande excitation. En conséquence on Fa essayée dans la manie, et souvent son emploi a eu du succès Elle convient surtout lorsque la maladie est accompagnée d’une grande accélération dans les mbuvemens de la circulation, et, jusqVà un certain point, déterminée par cette circonstance. D’abord on en donne la poudre a la dose d’un demi-grain , ou la teinture à celle de quelques gouttes seulement, et on en augmente graduellement la quantité jusqu’à ce qu’on obtienne l’effet désiré , qu’on rendra durable en prolongeant l’emploi du médicament pendant quelque temps.
Dernièrement j’eus occasion de traiter un cas de manie , qui avait été précédé par de forts et fréquens accès d’épilepsie. En suivant le procédé que je viens d’indiquer, je fis cesser absolument le trouble des idées et l’affection spasmodique , mais j’eus soin , lorsque j’abandonnai l’usage de la digitale , de conseiller l’oxyde de zinc et les stomachiques, ce qui compléta la guérison.
L’usage du camphre , dans la manie , a eu ses détracteurs et ses soutiens. \Yillis donnait des potions camphrées en même temps que les extraits de jusquiame , de ciguë et d’autres plantes nai’cotiques. Ne pourrait-on pas retirer quelque avantage de l’union du camphre à la digitale ?
* Obsert^ations on the Digitalis purpurea by D*" Currie, vol. iv, ^ M emoirs of the Medical Sodiety of London.
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On a quelquefois aussi fait usage , dans la manie , des vésicatoires et des autres émonctoires ^ comme les cautères , les sétons , etc. ; lorsque la maladie est récente , il est possible qu’ils aient un effet avantageux, mais, si elle dure depuis longtemps , ils sont tout-à-fait inutiles. Monro , dans ses observations sur la manie , prétend qu’un vésicatoire appliqué sur la tête même , soulage rarement, et ce fait a été constaté par d’autres médecins. En conséquence, quand nous sommes décidés à employer les vésicatoires , il vaut donc mieux les faire poser à la nuque , au dos ou aux jambes ; et , pour les entretenir dans un état de suppuration convenable, je dois avertir que l’onguent de Sabine m’a paru bien préférable à la pommade épisp astique.
Dans le traitement de 'la folie, nous l’avons déjà dit, la tranquillité la plus grande est une circonstance qu’on doit beaucoup rechercher, de même que la privation de toute sensation vive ou de toute cause de stimulation. Il paraît néanmoins y avoir quelques exceptions , comme le remarque judicieusement le docteur Cox : dans quelques cas, en effet, l’obscurité aggrave les symptômes , et excite la peur et l’effroi , sentimens pour lesquels on est pourtant obligé parfois de l’employer.
On voit chez plusieurs individus la mélancolie religieuse se changer en manie furieuse ; lorsque cette transformation arrive , elle est en général suivie du retour à la santé. On a cherché à tirer parti de ce fait curieux , et à faire naître un haut
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degré d’excitation par l’emploi soutenu des stlmulans , dans les cas où les moyens employés ordinairement avaient échoué : par exemple , en tenant le malade plusieurs jours de suite dans un état d’ivressé. On assure avoir souvent ainsi soulagé , et quelquefois même guéri les malades.
Dans les cas d’aliénation mentale produite par les passions tristes, le chagrin, la terreur religieuse , et dans lesquels le sujet est tombé dans une profonde apathie, l’action stimulante du galvanisme ou de l’éleetricité promet du soulagement , plus particulièrement si le malade est encore jeune. Quand nous avons recours au premier de ces agens , il faut d’abord préférer une pile composée d’un petit nombre de disques , pour ne point exposer le cerveau à une trop forte secousse. Il faut user d’une précaution analogue par rapport à l’électricité.
M. Gox préconise fortement les secousses imprimées par des machines ; et dans plusieurs cas il paraît en avoir obtenu les plus heureux résultats. On peut se servir de ce moyen en donnant à la machine un mouvement de va et de vient , comme dans les balançoires ordinaires , ou en la déterminant à suivre une marche de rotation , le malade étant assis ou dans une position horizontale. Sur les personnes en santé il a observé que ces secousses produisaient des effets connus , mais que l’intensité de ces effets était proportionnée à la quantité de mouvement communiqué, et avaient lieu plus promptement dans la ir;'îchine de rotation que dans l’oscillatoire , et dans la po-
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sition horizontale que, dans la verticale. Bans quelques cas de manie , Fusage de ce moyen fréquemment répété paraît avoir en outre la propriété de rendre les malades sensibles à des impressions nulles auparavant pour eux. Une autre propriété très-avantageuse , que j’ai moimême constatée , c’est que c’est un véritable anodin mécanique. Après un fort petit nombre de rotations, dit M. Cox , on s’aperçoit des bons effets de la machine ; l’esprit devient plus tranquille et le corps plus calme ; souvent il survient du vertige , mais il est remplacé par un sommeil réparateur , circonstance très désirable et si difficile à obtenir dans tous les cas d’aliénation mentale. L’action prolongée de cette machine semble priver le malade de ses forces musculaires ; et quoique pour le placer il faille l’assistance de plusieurs hommes forts et expérimentés , une seule personne peut le retirer après l’opération, qui produit assez constamment alors de la pâleur, des nausées, des vomissemens, et l’évacuation de F urine. Souvent un rétablissement' complet , dit M. Cox , est le fruit de l’emploi de ce moyen uniquement.
• Il a remarqué également que les malades sont . peu sensibles à Faction des balançoires ordinaires ; il pense cependant qu’on peut les employer comme une sorte de châtiment innocent et saris danger.
Ces secousses ont paru aussi^^fort utiles chez les maniaques d’une constitution frêle et déli-
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cate , surtout lorsqu’il existe des symptômes de phthisie pulmonaire.
Quand la folie est la suite d’un extrême affaiblissement , comme cela arrive quelquefois après une fièvre nerveuse, on doit éviter tout ce qui tendrait à procurer des évacuations , quelles qu’elles soient , et conseiller une nourriture succulente et fortifiante , l’usage du quinquina, des amers , et des préparations de fer, les promenades en plein air, soit en voiture , soit à cheval, etc.
Quand la folie succède à l’accouchement, il faut, si elle veut le souffrir , présenter le nouveau né à la mère , et le placer contre son sein , quand bien même elle paraîtrait ne point y prendre garde. Après quelques essais , l’amour maternel se développe souvent, et la maladie cesse.
Après l’avortement, comme après l’accouchement , l’esprit est très-disposé à s’affecter, et l’on voit alors survenir la mélancolie , ou plus fréquemment encore la manie. Son invasion a lieu communément tout à coup , et en général elle est précédée de fortes palpitations et de quelques autres symptômes nerveux. Quoique souvent assez longue , la manie qui se déclare dans ces circonstances est moins fâcheuse que les autres.
En principe général , il faut entretenir un vésicatoire dans le voisinage de la tête , maintenir la liberté du ventre, donner, pendant le jour , la mixture camphrée, et administrer, pour la nuit, une dose d’extrait de jusquiame , en ayant
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soin que la tranquillité ne soit jamais troublée autour des malades.
Du Cauchemar, (Incubus.)
Le cauchemar est une affection nerveuse dont les attaques se manifestent pendant le sommeil , et sont caractérisées par un sentiment de pesanteur et d’oppression à la poitrine , par des efforts inutiles pour parler et se mouvoir , jusqu’à ce que , au milieu des soupirs et des gémissemens , on s’éveille tout effrayé avec une vive palpitation de cœur, des tremblemens, de l’anxiété, et une grande fatigue.
L’inquiétude, le chagrin, le désespoir, les méditations profondes, sont les causes principales de cette maladie , qui peut être occasionnée aussi par l’usage de souper avec des mets de difficile digestion. Dans la plupart des cas , on doit la regarder comme l’effet des rêves et du vague qui règne dans l’organe de la pensée pendant un sommeil agité , et comme sans aucun danger, par conséquent. Quelques médecins lui assignent , pour cause prochaine , une constriction spasmodique du diaphragme et des muscles de la poitrine.
Les personnes d’une fibre lâche ou qui mènent une vie sédentaire et inactive , y sont plus exposées que les autres.
Quand il existe , en même temps que le cauchemar se montre , une mauvaise disposition ou une faiblesse de l’estomac , on doit donner les toniques , comme dans la dyspepsie , et faire
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Pour prévenir cette affection , ceux qui y sont sujets doivent éviter les réflexions sombres, la vie sédentaire , les alimens difficiles à digérer , particulièrement au souper, et tâcher de maintenir leur esprit dans une disposition continuelle à la gaieté douce et tranquille.
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