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L. BABONNEIX et H. L'ARRÉ

rares, gastro-entérites souvent graves, beaucoup plus communes ; infections respiratoires, laryngites, bronchites, broncho-pneumonies à évolution maligne, souvent prolongées et cachectisantes. On a tendance aujourd'hui à ad mettre, peut-être d'une façon un peu trop exclusive, que ces diverses infections ne se font pas par la voie des muqueuses, mais sont consécutives à une infection générale septicémique.

Plus souvent l'infection se propage par les voies lymphatiques et détermine des lymphangites et des adénites sous-mentales, sous-maxillaires ou carotidiennes; dans bien des cas, elle envahit le tissu cellulaire avoisinant, et donne des lympho-phlegmons et des adéno-phlegmons suppurés, souvent gangréneux et putrides, d’allure assez grave, mais qui généralement restent circonscrits et finissent par guérir après intervention chirurgicale.

Dans des cas beaucoup plus rares, mais qu’il est important de bien connaître, ce sont de véritables phlegmons diffus que l'on observe (cellulites lympho-sepliques de Sébileau). Ici encore, l'infection se propage par les voies lymphatiques, mais elle est si virulente et diffuse si rapidement que la réaction ganglionnaire manque ou avorte, masquée par l'énorme infiltration du tissu cellulaire environnant. Ces cellulites peuvent avoir des localisations multiples : elles peuvent être sous-mandibulaires, sous-mentales, périhyoïdiennes, latéro-pharyngiennes, maxillo-pharyngiennes ; mais leur siège d'élection est la région du plancher de la bouche, le creux sublingual, et elles constituent l'affection appelée improprement angine de Ludwig. Ge qui les caractérise, c'est la rapide diffusion du processus phlegmoneux, l’infiltration ligneuse du tissu conjonctif, la compression extrême exercée sur les organes du cou, et surtout l'absence presque complète de suppuration. Mais si intenses soient-elles, ces manifestations locales sont dominées par les accidents généraux : päleur de la face, teint plombé, albuminurie, sueurs, diarrhée, dyspnée toxique, hypotension extrême avec rapidité et irrégularité du pouls, signes de la plus haute gravité, contrastant souvent avec une élévation modérée de la température. Ce sont les signes d’une septicémie suraiquë, hypertoxique, rapidement mortelle, presque toujours due à l'action des germes anaérobies (septicémies lympho-phleqmoneuses deSébileau).

Chez d’autres malades, l'infection se propage par le système veineux (veine faciale, veines du plexus ptérygoïdien, veines ptérygo-orbitaires) ; il en résulte des phlébites, simples ou phlegmoneuses, pouvant suppurer, s’accompagnant de phénomènes septicémiques plus atténués et à marche plus lente, mais redoutables parce qu'elles aboutissent souvent à la phlébite thrombosante des veines orbitraires et des veines de la dure-mère, notamment du sinus caverneux. Ces septicémies phlébo-phlegmoneuses (Sébileau) sont d’ailleurs beau- coup plus rares que les précédentes.

Parfois enfin, l'infection, partie de la bouche, détermine une seplicémie sans complications locales, qu’elle se fasse par la voie lymphatique, cas habi= tuel, ou par la voie veineuse, plus rarement. On peut observer toutes les. formes des septicémies : seplicémies sans localisation, septicémies avec érythèmes infectieux (Hutinel), avec purpura, septico-pyohémie avec suppura= tions multiples à marche subaiguë, septicémie avec endocardites, né-phrites, etc.

LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 9

À côté de ces manifestations aiguës, il en est d’autres, plus communes peut-être qu'on ne le croit, à évolution chronique, beaucoup moins tapageuses, mais non moins sévères. Ce sont de vérilables toxémies lentes, qui s’observent -chez les sujets un peu âgés, chez lesquels des caries multiples, des chicots infectés déterminent des suppurations interminables des alvéoles et des gencives. Ces sujets sont pâles, asthéniques, amaigris, souvent albuminuriques, d'aspect presque cachectique (cachexie dentaire de Lejars). Le nettoyage de la bouche fait rapidement disparaître lous ces troubles, qui ne sont pas sans causer de vives préoccupations parce qu'on a tendance à les rapporter à une affection grave, latente, cherchée en vain pendant longtemps. Le même traitement guérit souvent des affections chroniques (gastrites, entérites, dyspepsies, néphrites, dermatoses, etc...), causées ou entretenues par le mauvais état de la bouche et des dents.

Telles sont les principales complications des infections buccales, qu'il faut bien connaitre, mais dont il ne faut pas exagérer la fréquence. À part les adéno-phlegmons bénins, les infections gastro-intestinales et les bronchopneumonies souvent graves survenant chez les nourrissons, qui sont assez communes, les autres doivent être considérées comme exceptionnelles et dans l'immense majorité des cas, le pronostic des stomatites reste bénin.

3° Thérapeutique générale.

Elle est d'ordre préventive ou curative.

Le traitement préventif est d’une grande importance, la plupart des stomatites étant des maladies évitables, conséquences de la malpropreté et du mauvais entretien de la bouche et des dents.

L'hygiène bucco-dentaire a pour base physiologique la nécessité d’une bonne mastication, qui commande l’activité des glandes salivaires, dont la sécrétion constitue le principal moyen de défense de la bouche contre l'infection par son rôle méêanique chimique, biologique, comme nous l'avons vu plus haut ; d’où la nécessité d’une dentition aussi parfaite que possible, règulièrement surveillée et corrigée, s’il y a lieu par le stomatologiste.

Elle comporte le nettoyage méthodique de la bouche : brossage el savonnage des dents et des gencives qui doit être fait régulièremeni matin et soir. On évitera ainsi la formation du tartre, la stagnation des débris alimentaires et épithéliaux pouvant fermenter dans la cavité buccale; on détruira un

grand nombre de germes et on provoquera le renouvellement de l'épithélium pavimenteux stratifié de la bouche. L'emploi des antiseptiques n’est pas nécessaire, il est parfois irritant à la longue. Ces soins doivent faire partie de la toilette des jeunes enfants comme des adultes. Chez les nourrissons, on devra nettoyer la cavité buccale après chaque tétée avec un tampon d'ouate imbibée d’eau alcaline.

Ces soins hygiéniques, déjà nécessaires chez les individus bien portants, prennent une importance capilale chez les malades, dont la nutrition troublée entraîne si facilement la décalcification dentaire, prélude si fréquent de la carie, exalte la virulence des saprophytes de la bouche, et affaiblit ses moyens

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