AUTRES MÉTHODES
Nous avons vu que la sécrétion gastrique varie de quantité et de qualité suivant la nature des aliments ingérés. Or, dans les notions qui précèdent, et particulièrement dans l'étude de la méthode d'Hayem et Winter, nous avons donné des chiffres qui, normaux ou pathologiques, se rapportent aux renseignements obtenus avec le repas d’'Ewald. Mais on peut obtenir la sécrétion à analyser avec des repas ou par des procédés différents. Sans passer toutes ces autres méthodés en revue, nous allons en citer quelques-unes à titre d'exemple et les exposer brièvement.
(1) J. Winrer, De la concentration du suc gastrique. Bulletin de la Société philomathique de Paris, 1906.
LE Noïrr et AGASSE-LAFONT.
406 SÉMIOLOGIE DES AFFECTIONS DFE L'ESTOMAC.
D'autre part, nous devons signaler aussi que nombre de ces méthodes ont été imaginées dans le but spécial d'apprécier la quantité de la sécrétion gastrique et le rythme de l'évacuation. Sans doute dans la méthode d'Hayem et Winter l'étude de da concentration permet de répondre à ces questions ; mais la notion de la concentration est d'invention relativement récente, et toute une période antérieure a existé, pendant laquelle d’autres moyens ont été imaginés et utilisés. En outre, cette étude de la concentration peut paraître assez difficile à saisir, pour que d'autres moyens plus simples lui soient préférés.
Il semble donc que ce deuxième groupe de méthodes, destinées à évaluer la quantité de sécrétion devrait retenir longuement notre attention. En effet, elles occupent une place encore importante dans la plupart des Traités de laboratoire et des Ouvrages sur la sémiologie de l'estomac. Mais il arrive aujourd'hui qu’un fait capital les relègue au second plan, et rend leur emploi rarement nécessaire : c’est l'intervention de la radioscopie.
Que pourraient, en effet, nous indiquer ces méthodes ? Elles nous diraient, avec une précision souvent insuffisante, si l'évacuation de l'estomac est hàtive ou retardée, si la sécrétion est ou non abondante. Or, nous savons que, lorsque ces questions se posent, la radioscopie permet de saisir sur le vif la façon dont l’estomac évacue son contenu, de voir à quel moment il est arrivé à l'évacuation complète, ou s’il y a rétention partielle ou totale, et même de juger de la production plus ou moïns rapide et plus ou moins abondante de la sécrétion. ;
De ces méthodes de laboratoire par conséquent, comme des premières, nous ne dirons que quelques mots.
Mais il convient, au préalable, de rappeler que, quelle que soit la méthode envisagée, les chiffres qu'elle donne, aussi bien à l’état normal que dans les différents états pathologiques, lui appartiennent en propre. On ne peut donc, d’après les chiffres de l’une, juger des résultats donnés par l’autre.
Parmi les procédés destinés à apprécier qualitativement et quantitativement la sécrétion par une technique différente de celles que nous avons indiquées, citons le procédé du repas fictif de Carnot, le procédé du repas sec de Gross, enfin les procédés recommandés par l'un de nous avec Delort.
Procédé du repas ficlif de Carnot. — II consiste à faire mastiquer au malade un repas de composition déterminée, mais sans lui permettre d’avaler la moindre parcelle d’aliment. Après mastication soigneuse, le bol alimentaire est rejeté au dehors. La sécrétion gastrique s'établit par réflexe. On retire par tubage le suc gastrique pur ainsi obtenu.
Par cette méthode on a l'avantage d’obtenir un suc pur, non mêlé d’aliments. D'autre part, aucune boisson n'ayant été ingérée, tout le liquide retiré est du liquide de sécrétion, et l’on peut ainsi apprécier la quantité de la sécrétion. Mais on n’a, par ce procédé, qu’une probabilité, sans certitude, puisqu'au moment de l'extraction, une partie de la sécrétion, dont on ignore l’importance, a été évacuée dans l'intestin.
Procédé du repas sec de Gross. —On donne un repas exclusivement composé de biscuits secs, sans aucun liquide. On l'extrait après trois quarts d'heure.
Tout le liquide ainsi obtenu est évidemment de la sécrétion pure, mais, comme
RECHERCHES DE LABORATOIRE. Fasc. XIII. — 407
dans la méthode précédente, on ne peut apprécier la quantité de cette sécrétion qui a passé dans l’intestin.
Procédés de Rehfuss, de Le Noir et Delort, de Delort et Verpy. — Ges procédés utilisent la facilité des extractions successives, avec le tube d’Einhorn laissé en place et des repas liquides (1).
D'autres procédés sont exclusivement destinés à juger de l'évacuation, c'est-à-dire à apprécier le moment où elle commence, celui où elle est terminée, enfin à en déterminer la courbe. Citons le procédé à l’iodoforme de Fleischer, celui à la chlorophylle de Boas, enfin celui de Bourget-Faber.
Procédé de Fleischer. — Ce procédé, destiné à apprécier le début d'évacuation du repas d’épreuve dans l'intestin, est basé, comme tous les autres imaginés dans le même but, sur la recherche, dans l’urine, de substances absorbables seulement dans lPintestin.
L'emploi du salol, d'abord préconisé, a été ensuite rejeté, exposant à de multiples causes d'erreur.
Il est préférable d'employer l’iodoforme (procédé de Fleischer). On donne au malade, au moment du repas d’épreuve, 0 gr. 10 d’iodoforme dans une capsule de gélatine. L’iodoforme est décomposé seulement dans l'intestin ; on recherche l’iode dans l’urine et la salive : la réaction se montre chez les sujets normaux après 100 minutes environ. |
On peut, comme le propose Bard, mettre 0 gr. 15 de bleu de méthylène dans la même capsule : le passage rapide du bleu dans l’urine (avant l'iode) est la preuve que la capsule a bien été dissoute, et ses éléments mis en liberté.
Procédé simplifié à la chlorophylle de Boas. — Ce procédé consiste à faire ingérer 400 centimètres cubes d’eau colorée par À gramme de chlorophylle. On tube le malade après 30 minutes. On évalue la quantité de liquide qui reste dans l’estomac par la méthode colorimétrique.
Chez les sujets sains, les résultats sont concordants : après 30 minutes, on ne retrouve que 50 à 60 centimètres cubes du liquide ingéré.
L’évacution peut ètre complète après 30 minutes, dans le cas d’hypermoltricité. Si la quantité dépasse 60 centimètres cubes, il y a insuffisance motrice. La rétention complète ou presque complète prouve l’existence d’une sténose organique ou spasmodique.
Procédé de Bourget-Faber. — I1 est destiné à juger si l'évacuation est ou non retardée.
Le repas d’épreuve se compose de : 250 grammes de soupe d'avoine ; 50 grammes de viande grillée et hachée ; 50 grammes de pain blanc avec du beurre ; 8 pruneaux cuits ; une cueillerée à soupe de compote d'airelles.
Un estomac normal a complètement évacué ce repas en 5 heures.
On tube donc le sujet à examiner après ce temps, et Di juge ainsi s’il y a, ou non, retard d'évacuation.
Méthodes de Mathieu et Rémond, de Laboulais et Goiffon, de L. Meunier. — Restent enfin les procédés destinés à connaître la proportion du repas d'épreuve évacuée après un temps donné, et, d'autre part, la proportion qui existe, dans le liquide extrait de l'estomac, entre la sécrétion gastrique et le liquide ingéré. Pour arriver à ce but, il faut pouvoir apprécier,
(1) Loco cit., p. 378.
LE Noïr et AGASSE-LAFONT
d'une part, le volume total du contenu gastrique, d'autre part, la part qui revient dans ce volume total au repas ingéré.
La méthode ancienne de Mathieu et Rémond a servi de base à celle de Laboulais et Goiffonf1). La nouvelle méthode proposée par L. Meunier, différente de celle qu’il avait proposée antérieurement, vise à une précision plus grande en partant d'un principe différent (2). |
(1) A. MarTmieu, Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 18 janv. 1896; A. Marmæu et TAILLANDIER, Arch, mal. app. dig., janv. 1910; LaBouLais et Goïrron, Arch. mal. app. dig., mars 1910.
(2) L. Meuxrer, Des résidus de la digestion stomacale. Presse Médicale, 3 juillet 1919 et 26 nov. 1921.
III. — RECHERCHES PORTANT SUR LES ÉLÉMENTS CELLULAIRES, HUMORAUX, BACTÉRIENS ET PARASITAIRES DU CONTENU GASTRIQUE
Les méthodes que nous avons exposées dans le chapitre précédent sont destinées à nous éclairer sur la physiologie de l’estomac par l'étude de ses fonctions sécrétoire et évacuatrice, et sur les anomalies de ces fonctions.
Il convient maintenant de voir comment nous pouvons faire appel au laboratoire pour compléter nos connaissances sur l’état anatomique et histologique de cet organe, de même que sur sa flore microbienne, toujours par le simple examen de son contenu, c’est-à-dire, bien entendu, sans les possibilités que donne l'exploration directe au cours d’une intervention chirurgicale ou à l’autopsie.
Un estomac intact, une muqueuse gastrique saine ne laissent tomber dans leur cavité, en outre de la sécrétion que nous avons étudiée, qu’un petit nombre d'éléments. D'abord du mucus, produit des glandes caliciformes, et dont nous verrons l'important rôle protecteur (voir p. 550). Puis quelques leucocytés passés par diapédèse, comme le fait se produit pour toute muqueuse, et quelques cellules desquamées de l’épithélium et des glandes.
D'autre part, si sa flore est assez variée, puisqu'il constitue une cavité largement ouverte,et qui peut être infectée par des microbes venus à la fois de la bouche et de l'intestin, cette flore du moins est à l'état normal pauvre en quantité, car elle est constamment gênée dans son développement par le jeu régulier de l'évacuation gastrique.
Mais à l’état pathologique il n’en est plus de même.Qu'il s'agisse des uns ou des autres de ces éléments, deux ordres d'anomalies peuvent être rencontrées : tantôt la présence d'éléments anormaux; lantôt des anomalies, le plus souvent par excès, parfois par défaut, des éléments que renferme l’estomac normal. |
Nous allons voir quelles sont les techniques de recherche et l'intérêt des constatations qu’elles permettent, en les classant de la façon suivante : a) mucus; b) exsudats séreux ou hémorragiques ; c) éléments cellulaires (leucocytes, globules rouges, cellules de l’épithélium et des glandes, cellules néoplasiques) ; d) microbes et parasites.
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
Mucus gastrique.
Différentes métffodes chimiques ont été proposées pour déceler la présence de mucus dans l’estomac, et en apprécier la quantité. On peut en particulier le précipiter par l'acide acétique, l'acide chlorhydrique dilué, l'alcool. Mais ces procédés sont délicats et infidèles.
L'examen microscopique permet également de le reconnaître. Le contenu gastrique, étalé entre lame et lamelle et mis sous le microscope, apparaît trouble si les éléments sont englobés dans du mucus.
De même, si on colore avec la solution de Lugol, les corpuscules qui se trouvent dans du mucus restent incolores. Au contraire, en l'absence de mucus, leur coloration est rapide.
Mais le meilleur procédé et le plus simple consiste dans l’examen à l'œil nu. Le contenu gastrique qui renferme du mucus forme une masse cohérente, de filtration difficile. Au contraire, s’il n’y a pas de mucus, les particules du repas d’épreuve restent mobiles, et la filtration est aisée.
.Le mucus peut être en excès ou faire défaut. Dans le premier cas il encombre l'estomac ou gêne l'évacuation et rend la digestion difficile. Dans le second, son absence laisse la muqueuse sans défense, et nous verrons que ce fait est important dans la pathogénie de l'ulcère (voir p. 550).
Exsudats séreux ou hémorragique.
À l’état normal, et le plus souvent même à l’état pathologique, l'estomac ne renferme ni sang, ni sérosités : par suite on ne doit trouver ni albumine, ni hémoglobine dans le liquide que l’on peut retirer à jeun ou dans l'eau d'un lavage. Une constatation positive est donc, au point de vue du diagnostic, d’un grand intérêt.
Technique. — 1° Obtention du liquide à examiner. — Pour obtenir le liquide à examiner, on procède de la façon suivante :
La veille du jour de lexpérience, le malade ne reçoit dans la matinée que des aliments liquides, et dans l'après-midi également des liquides dépourvus de matières albuminoïdes. Le soir, on pratique un lavage de l’estomac jusqu'à ce que l’eau en ressorte complètement limpide.
Le lendemain, à jeun, on introduit dans l'estomac 400 centimètres cubes d’une solution d’eau salée à 9 p. 1.000; on vide ensuite le liquide autant que possible en entier
Il ne faut pas retirer le liquide avec la pompe aspiratrice, de peur de produire une érosion et par suite une petite hémorragie, dont la présence fausserait les résultats.
Cette technique, instituée par Salomon, a l’avantage d'être très précise et d'écarter les causes d'erreur. Il est nécessaire de l’employer quand il s’agit de la recherche de l’albumine seule.
Pour la recherche du sang,on peut procéder de la même façon ou examiner du liquide retiré à jeun, sans préparation pou ou même des matières
RECHERCHES DE LABORATOIRE. Fasc. XIII. — 411
vomies ; et si le résultat est fortement positif, on peut, même en l'absence des précautions précédentes, l'enregistrer comme exact.
2° Recherche de l'albumine. — Dans le liquide obtenu par la technique de Salomon, l’albumine est recherchée par l’un des procédés utilisés pour l'urine : il convient, quand on le peut, d'employer la méthode de la pesée. En même temps, on doit doser la quantité d'azote, par la méthode de Kjeldahl : nous verrons plus loin quel en est l’intérêt.
3° Recherche de l'hémoglobine. — La recherche de l’hémoglobine peut se faire par la méthode spectroscopique. On peut de même déceler le sang, si les globules ne sont pas détruits, par l'examen microscopique(voir plus loin). Mais il est plus habituel d'employer une méthode chimique (voir p. 41%).
Interprétation des résultats. — Si toute cause d'erreur est soigneusement éliminée, c'est-à-dire s’il n’y a ni hémorragie des voies supérieures avec sang dégluti, ni érosion produite par un tubage trop brusque ou maladroit, la constatation positive de sang a'‘une grande importance, puisqu'elle décèle une érosion hémorragique, un ulcère ou un cancer.
Quant à la recherche spéciale de l’albumine et de l’azote par le procédé de Salomon, voici les données qui permettent d'en interpréter les résultats.
Dans les gastrites chroniques la quantité d'albumine et d'azote sont très faibles; 1l en est de même dans les ulcères guéris. Dans les ulcères en activité, non cicatrisés, leur quantité est plus grande. Mais c’est dans le cancer de l’estomac que l’on trouve les chiffres les plus élevés : ils atteignent le plus souvent » centigrammes d’'albumine et 2 centigrammes d'azote pour 1.000 centimètres cubes de liquide.
Cette épreuve est importante surtout pour le diagnostic entre le cancer de l'estomac et les gastrites chroniques. Mais on ne devra se proncncer qu'avec prudence, quand il s'agira de trancher la question de savoir s’il s’agit d’un ulcère ou d’un cancer.
Éléments cellulaires. Cyto-diagnostic gastrique.
Technique de recherche. :— Les éléments cellulaires peuvent être recherchés dans un liquide extrait à jeun, ou dans des matières vomies. Mais dans ces cas la présence de débris alimentaires et les allérations par suite de fermentations gastriques peuvent empêcher de se faire une idée exacte du nombre et de la nature de ces éléments.
Aussi, pour une interprétation plus précise, doit-on employer la technique que voici, spécialement imaginée en vue du cyto-diagnostic.
Il faut s'assurer d’abord d’une évacuation complète de l’estomac. On fait donc le matin à jeun le tubage et l’aspiration ; et, même si l’on ne retire aucun résidu, on procède au lavage de lestomac, avec de l’eau bouillie, jusqu’à ce que le liquide ressorte parfaitement limpide. Z
Cela fait, sans retirer la sonde, on introduit 250 centimètres cubes de sérum artificiel (eau salée à 9 p. 1.000), et on attend 10 minutes. Il est bon, lorsque lestomac est dilaté et atone, d'employer différents artifices, pour que le liquide de
LE Norr et AGASSE-LAYKONT,
lavage ne s’accumule pas en un seul point, et pour qu’il vienne en contact avec toute l'étendue de la surface, ce qui est évidemment très important si l’on soupçonne une lésion localiségulcère, cancer, etc, On doit donc faire prendre au malade différentes positions, assis, couché, debout, et malaxer prudemment son estomac.
Puis le liquide est retiré. Une partie est centrifugée ; l’autre est abandonnée pen-
dant quelques heures, pour obtenir un dépôt spontané. L'examen portera comparativement sur le culot obtenu par centrifugation, et
sur le dépôt spontané.
On fait, d’une part, des préparations humides, que l’on examine sans coloration avec l'objectif à sec et un éclairage modéré ; — d'autre part, des préparations sèches, que l’on étale, fixe, colore, comme pour le sang. En particulier, les préparations à l’hématéine-éosine, à la thionine, au liquide de Tribondeau sont indiquées.
Interprétation des résultats. — On peut trouver les variétés d'éléments que voici :
Lo Des globules rouges, reconnaissables aisément dans les liquides non colorés, et aussi après l'emploi de matières colorantes ;
2 Des globules blancs, polynucléaires, mononucléaires et lymphocytes, souvent très altérés, réduits même à leurs noyaux, et devenus alors difficilement reconnaissables ;
3° Des cellules cylindriques ou caliciformes, desquamées de l’épithélium stomacal et des glandes ;
4° Des cellules pavimenteuses, les unes très caves etchargées de microbes, desquamées de l'épithélium buccal ; d’autres plus petites, et souvent sans microbes, venues de l’æœsophage ; |
59 Des fragments de tissu néoplasique, dont la nature est révélée par l'examen sous forme de coupes colorées ;
G° Des cellules néoplasiques isolées, caractérisées par un noyau volumineux, quelquefois double ou triple, et par l'intensité avec laquelle elles prennent les matières colorantes.
Ajoutons que ces éléments ne doivent pas être confondus avec : les fragments de tissus ingérés (fibres végétales et fibres musculaires striées, fibres élastiques, tissu conjonctif et graisseux, grains d'amidon); avec les globules graisseux du lait (réfringents, arrondis et de volume inégal); enfin avec certaines spores volumineuses de champignons parasites, que l'on pourrait prendre pour des noyaux de leucocytes.
Que nous indique la présence des éléments tte que nous avons énumérés ci-dessus ?
À l’état normal le liquide d’un lavage, fait suivant la technique indiquée, ne renferme qu'un petit nombre d'éléments. Ce sont des cellules pavimenteuses, particulièrement abondantes chez les aérophages ; — des débris cellulaires, avec noyau plus ou moins net; — des noyaux isolés, plus ou moins altérés. Tous ces éléments sont enveloppés de mucus.
A l'état pathologique, les lésions hémorragiques sont, bien entendu, caractérisées par la présence de globules rouges, en nombre considérable.
Dans les gastrites, on trouve de nombreux polynucléaires, quelques globules rouges et de nombreuses cellules épithéliales altérées. Cette formule est aussi celle qui caractérise l’ulcère de l'estomac.
RECHERCHES DE LABORATOIRE. Fasc. XIII. — 413
Dans le cancer,ontrouve parfois de véritables petites masses néoplasiques ; mais le plus souvent les cellules cancéreuses sont en groupes ou isolées, et, dans ce dernier cas, leur diagnostic est très difficile. Il faut, pour se prononcer avec certitude, une grande habitude des examens histologiques, car les causes d'erreur sont nombreuses. En même temps que ces cellules, on trouve des globules blancs et des globules rouges, des bacilles lactiques, etc.
Microbes et parasites,
L'étude de la bactériologie et de la parasitologie gastriques n’est pas sans intérêt. Elle a une place importante dans l’étiologie des gastrites et même des ulcérations de l'estomac. C’est aussi la pullulation microbienne et parasitaire qui contribue, pour une grande part, à donner leurs caractères particuliers aux liquides de rétention.
Aussi, plutôt que de disséminer ces notions dans différentes parties de cet ouvrage, il nous à paru préférable d'en faire une étude d'ensemble, que l'on trouvera dans le chapitre qui réunit toutes les infections de l'estomac. Il renferme toutes les données qui concernent la bactériologie normale de l'estomac, et les états pathologiques, c’est-à-dire les infections microbiennes ou parasitaires, cavitaires ou pariétales (voir p. 577).
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
IV.-— EXAMENS DE LABORATOIRE PORTANT SUR LES FÈCES LES URINES ET LE SANG |
Examen des fèces.
Complément nécessaire de l'étude du contenu gastrique, l'examen des fèces est pratiqué suivant des techniques multiples.
L’inspection à l’œil nu des matières diluées et tamisées est destinée à rechercher la présence d'éléments anormaux. Les aliments non digérés, ou incomplètement, en particulier le tissu conjonctif (épreuve du tissu conjonctif, de Schmidt), mettent en évidence, soit l'insuffisance de la sécrétion gastrique ou de son pouvoir peptique, soit une traversée trop hâtive, par incontinence pylorique et évacuation prématurée. Les parasites entiers ou leurs fragments (lombrics, oxyures, ténias) ont un intérêt sur lequel nous aurons l’occasion d'attirer l'attention. La découverte de calculs biliaires peut modifier un diagnostic erroné. La constatation de melæna est parfois le premier signe révélateur d’un ulcère ou d'un cancer.
L'examen chimique vérifie ce diagnostic de melæna, et, d'autre part, lui seul peut révéler les petites hémorragies occultes, si importantes pour le diagnostic de l’ulcère en activité et du cancer gastrique même à son début.
Dans ce dernier cas, le résultat de la recherche, qu'il soit positif ou négatif, ne peut avoir une valeur réelle pour étayer le diagnostic, que si les différentes conditions suivantes sont réalisées, qu'il est indispensable d’avoir bien présentes à l'esprit. |
a) Étant donné que le but poursuivi est de déceler un suintement sanguin qui n’est, s’il existe, que de peu d’abondance, il faut évidemment éviter toute cause susceptible de provoquer, au moment de l’examen, une érosion et une hémorragie artificielle en un point quelconque de l’appareil digestif. On aura soin, en particulier, de ne faire, dans les trois jours qui précèdent la recherche, ni tubage d'estomac, ni lavage de l'intestin. On s’assurera, d'autre part, qu'il n'existe pas, soit au niveau de la bouche, soit au niveau du rectum et de l'anus, de lésion susceptible de saigner (hémorragie dentaire, flux hémorroidaire, elc.). L'alimentation, enfin, sera surveillée de telle sorte qu'elle ne puisse apporter avec elle aucune trace d'hémoglobine (ni viande, ni poisson, ni sauce, ni bouillon de viande) dans les trois jours également avant ceux pendant lesquels les fèces sont recueillies.
EXAMENS DE LABORATOIRE PORTANT SUR LES FÈCES. Fasc. XIII. — 413
b) Il est préférable que l'examen porte, non sur un seul, mais sur plusieurs échantillons. On peut, par exemple, recueillir une partie des fèces (gros comme une noix), trois jours de suite dans trois flacons différents. S'il y a la moindre incertitude, on n’hésitera pas, en outre, à prolonger ou à renouveler cette épreuve.
c) Quelle que soit la technique suivie, — la réaction à la phénolphtaléine ou réaction de Meyer, et celle à la teinture de gaïac ou réaction de Weber sont les plus employées — on s’assurera que celte technique offre la précision nécessaire, et en particulier que les réactifs employés sont bien préparés. En cas de doute, un essai préalable, d'une part avec un liquide ne renfermant pas d'hémoglobine, d'autre part avec du sang très dilué, permettra d’avoir une certitude à ce sujet.
Ces deux réactions, de même que celle au pyramidon de Thévenon et Rolland, sont représentées sur la planche I, p. 392. Les techniques, qui n’ont pu trouver place ici, sont exposées dans les Traités de Chimie physiologique ou de Laboratoire.
L'examen microscopique, enfin, complète les précédents, surtout en ce qui concerne les parasites, dont il permet de découvrir les œufs, ou les formes adultes trop petites que l’examen direct ne révèle pas.
Il est utilisable également, non pour le diagnostic des petites hémorragies occultes, mais pour celui du melœæna abondant que peut simuler la présence dans les fèces de poudre de charbon ou de sels de bismuth (sous-nitrate, carbonate) transformés en sulfure de bismuth. Comme le montrent les figures ci-jointes (pl. Il, p. 416), le microscope permet aisément de lever tous les doutes.
Examen des urines.
Nous n'insisterons pas sur l'analyse des urines.
La moon brightique et les troubles gastriques des GRANGE sont, par elle, ramenés à leur vraie cause.
Il est intéressant également de doser les chlorures, et, au besoin, de répéter plusieurs fois chez un même malade cette recherche. Ainsi pourra être mis en évidence l’abus insoupçonné de sel alimentaire, par mauvaise habitude individuelle ou collective, abus qui est certainement un facteur étiologique important dans l’apparition et la persistance de l'hyperchlorhydrie, et peut-être même de l’ulcus.
Examen du sang.
Si l'examen du sang peut être laissé de côté dans les affections gastriques légères et de peu de durée, il est indispensable’de le faire dans tous les cas graves, ou lorsque l’affection passe à l'état chronique et se montre rebelle aux traitements.
Sans doute cet examen est loin de donner toujours la clef du diagnostic; mais il apporte souvent un appoint précieux, et nous verrons même que, dans
Le Norr et AGAssE-LAFONT.
quelques cas, il révèle des faits inattendus, qui sont la base de thérapeutiques : nouvelles et de succès inespérés.
Il doit porter, suivant les circonstances, tantôt simultanément sur le sérum et sur les éléments figurés, tantôt seulement sur le premier ou sur les seconds. |
L'examen du sérum est pratiqué surtout en vue du séro-diagnostic de la syphilis, suivant l'une des nombreuses méthodes actuellement utilisées.
Cette question de la syphilis gastrique a une importance extrême, que des faits nouveaux mettent chaque jour plus nettement en lumière (voir p. 59%).
Le dosage de l'urée dans Le sérum (ou dans le sang total),en d'autres termes la mesure de l'azotémie a des indications qui ne doivent pas être négligées. Les ulcérations et les hématémèses urémiques, les vomissements de même origine auront ainsi leur étiologie confirmée ou révélée.
D’autres recherches sont pratiquées sur le sérum, spécialement en vue du séro-diagnostic du cancer. Cette questiou est, on le conçoit, d’une importance primordiale. On ne saurait donc trop se louer que l'effort patient d'un grand nombre de chercheurs soit orienté dans ce sens. De fait, les travaux publiés sur ce sujet sont déjà innombrables. Mais aucun procédé de diagnostic du cancer, par l'examen du sérum, n'est encore établi sur des preuves suffisantes pour entraîner la conviction. En faveur de quelques-uns (recherche du pouvoir antitryptique du sérum, réaction d’Abderhalden, etc.) il existe des probabilités, mais non des certitudes. D'autre part, les techniques en sont ou très délicates ou très complexes. Il en résulte qu'aucune de ces méthodes n'est encore aujourd hui passée dans la pratique courante.
L'examen des éléments figurés offre par contre pour un diagnostic précis, et dans les circonstances difficiles, un intérêt primordial.
En ce qui concerne les globules rouges, cet examen peut montrer leur pauvreté en hémoglobine, ou la diminution extrême de leur nombre, et révéler ainsi soit une chlorose, soit une anémie pernicieuse, qui, quelque paradoxal que ce fait paraisse, passent parfois cliniquement inaperçues. Or, il n’est pas rare que la dyspepsie chlorotique soit attribuée à -une autre cause et, par suite, mal traitée; et, d'autre part, l’anémie pernicieuse peut simuler le cancer de l'estomac, au point d'entraîner le clinicien le plus expérimenté à proposer une intervention chirurgicale injustifiée. Il peut arriver d’ailleurs également qu'anémie pernicieuse et cancer de l'estomac soient associés (v. PL. IT).
De même les variations des globules blancs, qu'il s'agisse de leur nombre total ou de la formule leucocytaire, constituent des symptômes dont la valeur n'est pas négligeable.
L'augmentation de leur nombre total (leucocytose) est en faveur de cancer ou de suppuration; la polynucléose abondante plaide pour l'existence d’un foyer suppuré. abcès sous-phrénique, phlegmon de l'estomac, etc. (Voir PI. IT), tandis que l'apparition d'éléments anormaux (myélocytes, avec ou sans globules rouges nucléés) oriente dans le sens de cancer en voie de généralisation.
Une augmentation énorme des globules blancs, avec formule leucocytaire
Nouveau TRAITÉE De MÉDECINE.
F1G. [. — Sang d’anémie pernicieuse par cancer gastrique. Le diagnostic d'anémie grave peut être établi sur simple lame de sang, par la constatation d’inégalité de volume, de coloration et de forme (poïkilocytose) des globules rouges, et la présence de globules rouges nucléés.
APECIMONSEDENRESTOMAC:
F1G. IT. — Sang dans un cas d’abcès Sous-phrénique. La suppuration est révélée par la constatation de l’augmentation du nombre des globules blancs, et en particulier des polynucléaires (leucocytose et polynucléose).
Demoulin, Sc
FiG. IT. — Diagnostic du mélæna par l'examen microscopique des fêces. a) Faux mélæna par ingestion de charbon. by Faux mélæna par ingestion de bismuth, transformé en sulfure de bismuth. c) Mélæna vrai (globules rouges et cristaux).
MaASsON ET C“, ÉDITEURS.