DEUXIÈME PARTIE
Comme pour les autres organes, il est logique et utile, dans l’état actuel de nos connaissances, de diviser les tumeurs gastriques en deux groupes.
Le premier est celui des tumeurs dont la nature infectieuse, microbienne ou parasitaire est indéniable: Nous les étudierons dans le chapitre qui traite des infections gastriques : tuberculose, syphilis, mycoses, etc.
Le deuxième groupe, au contraire, comprend toutes les tumeurs dont la pathogénie nous est encore inconnue : soit que leur cause se trouve dans la présence de germes que nous n'avons pas encore su mettre en évidence; soit qu'il s'agisse de proliférations cellulaires et de perturbations dans le développement normal des tissus, dont l'origine serait dans l'organisme même, sans qu interviennent en aucune façon des éléments vivants, étrangers à l'individu.
Ce sont ces tumeurs du deuxième. groupe qui seront seules étudiées ici. Pour la commodité de la description, nous envisagerons successivement. en les prenant par ordre d'importance et de fréquence, les catégories que voici.
Les tumeurs d'origine épithéliale, épithéliomes et carcinomes, que l’on rencontre le plus souvent et de beaucoup. Nous ferons suivre leur description de celle de la linite plastique, qu'il est habituel de leur rattacher aujourd'hui, et de celle de l’ulcère cancérisé ou ulcéro-cancer. Ainsi se trouvent réunies toutes les tumeurs que l’on considère comme des cancers proprement dits.
Puis les sarcomes, tumeurs d’origine conjonctive, beaucoup plus rares.
Ces deux premières classes, tumeurs épithéliales et sarcomes, sont des lumeurs malignes, et il pourrait paraître logique de les réunir sous le nom de cancer, au lieu de réserver cette dénomination aux premières seules.
En réalité, il est préférable, comme on le fait d'ordinaire, de séparer les sarcomes des tumeurs malignes épithéliales, non seulement à cause de leur origine sans doute différente, mais aussi parce que le sarcome se présente souvent sous la forme de tumeur complexe, ou même de classification difficile, et ayant alors des liens étroits avec les tumeurs bénignes d’origine conjonctive que nous envisagerons en dernier lieu.
Après l'étude du sarcome, nous dirons quelques mots du lymphadénome gastrique, tumeur maligne également, mais se rattachant à une maladie générale dont elle n’est qu’un élément.
Les tumeurs bénignes qui sont, les unes d'origine conjonctive (fibromes, myomes, lipomes), les autres d'origine glandulaire seront étudiées en dernier lieu
LE Noir et AGASSE-LAFONT,
LL — ÉPITHÉLIOMES ET CARCINOMES
ÉTIOLOGIE
Fréquence. — Le cancer de l'estomac estun des plus communs, peut-être le plus commun de tous les cancers. Toutes les statistiques sont d'accord sur ce point, et fixent sa fréquence entre 30 et 45 p. 100 de la totalité des cancers : 34, 90 p. 100 d’après Virchow, 44, 37 p. 100 d’après d’Espine. Cependant le cancer de l'utérus tiendrait le premier rang d’après Eisenhart.
Si l'on envisage la mortalité générale, 1 p. 100 des décès d’après Brinton, 1,9 p. 100 d'après Wyss, 2,64 p. 100 d'après d’'Espine seraient dus au cancer de l'estomac. |
Wyss a cherché à apprécier quelle était la fréquence du cancer par rapport aux autres affections chroniques de l'estomac, et il donne le chiffre de 35,6 p. 100, proportion qui semble beaucoup trop élevée, même si l'on élimine les états dyspeptiques mal définis.
D'autre part, les recherches les plus récentes mettent en évidence l’extension du cancer en général. Pour le cancer de l'estomac Hæberlin a démontré qu'en Suisse la mortalité était passée, pour 100 habitants, de 0,61 en 1877 à 0,99 en 1886. D'après D. Bryant à New-York la mortalité générale pour cancer a également augmenté. Enfin Bertillon, dans une étude d'ensemble, qui porte sur une période de 30 années et sur les principaux peuples d'Europe, établit que la mortalité pour cancer progresse d’une façon continue, et dans certains pays a presque doublé,
Il est intéressant de remarquer que seuls les cancers du tube digestif (langue exceptée) el en particulier ceux de l'estomac auraient augmenté de fréquence, le nombre des cancers facilement accessibles (cancers du sein, de l'utérus, etc.) restant au contraire stationnaire (1). Aussi peut-on se demander si cette extension des cancers internes n’est pas plus apparente que réelle, et n’est pas due au perfectionnement des procédés techniques modernes, qui permettent d'établir plus exactement la nature exacte des affections du
(1) En opposition avec cette notion généralement admise aujourd’hui, nous devons signaler l'opinion récemment émise, d'après laquelle il y aurait accroissement réel de toutes les localisations du cancer. En effet les statistiques très étendues d'Hoffmann, citées par Tuffier (Acad. de médecine, 7 nov. 1922), indiquent que l'augmentation du nombre de
-cas de cancers serait de 24 à 30 p. 100 pour l'estomac et le foie, de 17 à 20 pour les organes génitaux de la femme, de 4,5 à 7,2 pour le sein.
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tube digestif. À moins qu'il n'existe réellement quelque raison qui nous échappe, et qui expliquerait l'accroissement des affections cancéreuses de l'appareil digestif.
Distribution géographique. — La distribution géographique du cancer, et en particulier celle du cancer de l'estomac, est des plus irrégulières. Le cancer est exceptionnel en Égypte, d’après Griesinger, qui n’y ena personnellement observé aucun cas; il serait rare également en Perse et en Turquie, et d’une façon générale dans les pays chauds.
En Europe même la répartition du cancer se fait de façon très inégale. Les régions méditerranéennes seraient relativement épargntes; il en serait de même de la Hongrie. Par contre, en Normandie, comme dans les autres pays où l'usage du cidre est répandu, le cancer est plus fréquent que dans le reste de la France. Hæberlin estime que la mortalité par cancer est deux fois plus grande en Suisse qu’en Allemagne ou qu'en Autriche ; et qu'en Suisse même, dans les cantons du Nord, le nombre des cas de cancer est trois fois supérieur à celui constaté dans les cantons du Sud.
Age. — Le cancer de l'estomac suit les règles habituelles au cancer en général, c'est-à-dire qu'il présente son maximum de fréquence entre 40 et 60 ans. Rare entre 30 et.40 ans, il est exceptionnel avant 30 ans, bien qu'il puisse exister dans la jeunesse. Nous en avons observé un cas chez une jeune fille de 20 ans. On a même signalé la possibilité du cancer de l’estomac congénital. La fr quence du cancer des jeunes serait de 1 p. 100 d'après Lebert et Marc Mathieu.
Sexe. — Le cancer de l’estomac est plus fréquent chez l’homme que chez la femme (Brinton, Hæberlin, Welch). Mathieu, sur une période de 10 années, en a observé 575 cas: 387 chez l'homme, 188 chez la femme, soit 67 p. 100 d'hommes pour 33 p. 100 de femmes (statistique relevée par F. Moutier).
Hérédité. — La question de l’hérédité se pose pour le cancer de l’estomac comme pour le cancer des autres organes.
Il est incontestable que le cancer survient chez les membres de certaines familles avec une fréquence inusitée. La statistique générale met en évidence l'hérédité dans 7 à 8 p. 100 des cas (Lebert, Hæberlin).
La localisation du cancer à l'estomac paraît elle-même pouvoir être héréditaire.
Influences diverses (gastropathies, etc.). — L'influence d’une affection gastrique antérieure, et en particulier du polyadénome et de l’ulcère de l'estomac, paraît établie par de trop nombreuses observations pour être mise en discussion, et l’ulcéro-cancer constitue une des variétés cliniques du cancer de l'estomac nettement caractérisée.
Parmi les autres causes qui ont pu être invoquées, signalons encore les traumatismes, les fautes d'hygiène, et aussi les influences morales (chagrins, préoccupations, etc.); pour les dernières tout au moins, leur rôle est très contestable.
LE Notr et AGASSE-LAFONT.