IL: AÉROPHAGIE
Historique. — L'aérophagie est anciennement connue tout au moins comme syndrome clinique : on en trouve des observations dans Hippocrate. Mais ce n'est qu'en 181% que Déjardin montra le premier explicitement la possibilité de déglutir l'air atmosphérique, et de créer ainsi un tympanisme gastrique artificiel : il rapporte l'observation d’un conscrit simulateur qui, pour éviter le service militaire, avait recours à cette manœuvre. Magerdie, en 1815, indiqua que la faculté d’avaler de l'air se développe par l’entrainement.
L'étude de l’aérophagie involontaire est de date beaucoup plus récente. Néanmoins Willieme en 1868 décrivait déjà le mécanisme de certaines éructations ; et Luton, en 1870, puis Piorry signalaient également la déglutition de l’air comme étant l'origine de certains tympanismes. Mais c’est seulement depuis une trentaine d'années que nos connaissances sur la symptomatologie, la fréquence, le mécanisme et l’étiologie de l’aérophagie se sont "constituées, en particulier avec les travaux d'Oser, d'Eichhorst, de Rosenbach, de Bouveret, d'Hayem, de Mathieu, de Lyonnet et Vincent, de Linossier, de Perrody, de Morange, de Leven et Barret, de Mauban.
Le terme même d’aérophagie fut créé en 1891, par Bouveret.
Étude clinique.
.Il existe une aérophagie physiologique qui accompagne la déglutition normale des aliments. L'examen de l'estomac sous l'écran radioscopique en donne aisément la preuve. Normalement, à la partie supérieure de l’estomac, on voit un espace clair qui constitue la poche à air, et, si l’on fait boire au sujet quelques gorgées de liquide, on constate que cet espace apparait s'il n'existait pas, ou se développe s’il existait auparavant.
Le phénomène ne devient réellement pathologique que s’il est exagéré, ou s'il se produit dans certaines conditions.
Parfois l'air ne pénètre pas jusque dans l'estomac, et l’aérophagie est alors pharyngienne ou pharyngo-æsophagienne. Souvent aussi les gaz accumulés dans l'estomac peuvent cheminer à travers le pylore dans l'intestin, et l’aérophagie devient gastro-intestinale.
On pourrait donc distinguer des formes d'aérophagie suivant le degré de pénétration de l'air dans les voies digestives ; mais il est préférable d'en étudier les trois formes suivantes, mieux caractérisées par leurs manifestations
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cliniques : l’aérophagie spasmodique et éruclante ; l'aérophagie simpletou commune ; l’aérophagie aiquë. | ;
1° Aérophagie spasmodique et éructante. — Elle s'observe chez les hystériques et chez les dyspeptiques névropathes. |
C'est la première forme: qui ait été bien connue. Nous en devons la notion à Bouveret, qui la décrivit sous le nom de tic aérophagique.
Manifestation essentiellement nerveuse, vérilable névrose gastrique, elle se caractérise par l'émission d’une série de bruits successifs, dont nous verrons tout à l'heure la nature.
a) Chez les hystériques. — Dans sa forme la plus typique, c’est la grande aérophagie éructante des hystériques. Soupault en a donné dans son Traité un exemple typique : « Un garçon livreur était sujet à des crises d’aérophagie. Prévenu par certains signes prémonitoires (vertiges, oppression, malaise général), il arrêtait ses chevaux, descendait de son siège, s'asseyait sur un banc ou sur le bord du trottoir, puis avait une série d’éructations qu'il ne pouvait arrêter, La crise durait un quart d'heure, une demi-heure, se terminait par une abondante émission d'urines, et laissait le sujet épuisé. »
Les crises n’ont qu'exceptionnellement cette intensité. Même atténuées, elles consistent surtout en manifestations spasmodiques et bruyantés. C’est le rot en salve de Mathieu. | |
Quand on assiste à l’une de ces crises, on voit le malade se pencher en avant, la tête légèrement fléchie sur la poitrine, s'arrêter de respirer, fermer la bouche, et émettre des séries de bruits d'intensité et de timbre variables. Le dernier est plus éclatant et plus bruyant que les autres, Celui-là seul est une éructation, les autres sont de fausses éructations, produites non par l'expulsion, mais par l'introduction d’air dans l’œsophage. Pour s’en convaincre il suffit de mettre un doigt sur le cartilage cricoïde : on constate pendant les fausses éructations l'élévation du larynx, caractéristique des mouvements de déglutition. De même la flamme d'une bougie approchée de la bouche n’est pas repoussée, comme elle devrait l'être s'il yavait réellement expulsion d'air.
La crise peut être provoquée par une cause nerveuse. Elle peut aussi être déclanchée par la compression de certains points du corps, véritables zones hystérogènes (points éructogènes de Soupault. C’est l’aérophagie à déclanchement de Mathieu et Follet.
Cette forme d'aérophagie peut aussi être continue, et persister même pendant les repas ; elle cesse cependant pendant la nuit, En résumé, c’est un véritable lic qui, comme tous les tics, varie de fréquence et d'intensité suivant l'état névropathique du sujet.
L'aérophagie hystérique se caractérise par la prédominance des PRERES ménes spasmodiques avec troubles dyspeptiques atténués.
Le tÿmpanisme fait souvent défaut, l'air ne pénétrant pas jusque dans l'estomac, où en étant rapidement expulsé. L'état général reste bon,
Bouveret a signalé cependant des cas où cette forme d' AÉFOPRAËIE était accompagnée de vomissements ou de tympanisme.
b) Chez les dyspeptiques névropalhes. —'L'aérophagie spasmodique et éructante n'appartient pas, avons-nous dit, exclusivement À l'hystérie. On
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l'observe chez les dyspeptiques neurasthéniques ou simplement névropathes, dont elle aggrave l'état (aérophagie grave des neurodyspeptiques de Mathieu). Elle peut alors se présenter sous la forme continue ou sous la forme paroxystique, et c'est surtout dans ce dernier cas qu’elle se complique de dyspnée, d'angoisse précordiale, de palpitations, parfois même de lipothymies, et donne naissance à des erreurs de diagnostic.
2° Aérophagie simple ou commune.—Signalée pour la première fois par Hayem en 1898, et étudiée à plusieurs reprises par lui, puis par Mathieu, cette forme a fait l'objet de nombreux travaux.
Elle mérite en effet de retenir l'attention des médecins par sa fréquence et le rôle important qu'elle joue dans la symptomatologie gastrique. Elle englobe à peu près toute l’ancienne dyspepsie flatulente, depuis les cas les plus typiques jusqu'aux variétés les plus atténuées et les plus frustes.
Signes cliniques. — Dans sa modalité la plus habituelle elle se présente sous l'aspect suivant. Les malades accusent des sensations de pesanteur, de tension, de serrement, de gêne épigastrique ; ils se plaignent d’étouffement, doppression, de palpitations, presque toujours aussi de lassitude, d’asthénie, de vertiges. |
Les uns insistent sur les éructalions, leur fréquence, les conditions dans lesquelles elles surviennent, le soulagement qu'elles leur procurent.
D’autres n’en parlent pas ou en parlent à peine ; et c’est le médecin qui, par ses questions, les forcera à décrire les circonstances dans lesquelles les renvois se produisent.
Le syndrome flatulent apparaît généralement après les repas, mais il peut survenir plus tardivement, et persister pendant le cours de la digestion ; quelquefois enfin il se manifeste dès le matin au réveil, avant l'absorption de tout aliment. En résumé, son horaire n’a rien de fixe, et déjà cela indique une origine névropathique.
Les éructations sont plus ou moins nombreuses ; elles se produisent en série. Pour Mathieu, plus de cinq à six éructations succes$ives constitueraient déjà un phénomène morbide.
Elles sont inodores, et procurent un soulagement momentané.
Elles peuvent manquer ou être rares : l’'aérophagie est dite alors bloquée (F. Ramond).
A l'examen l’épigastre est soulevé, et la tension de la cavité gastrique est perceptible à la main ; l'estomac peut même se dessiner sous la peau comme s’il avait été insufflé ; la percussion donne un son tympanique au niveau de la région gastrique et de l’espace de Traube. Il est difficile, parfois même, impossible, de provoquer le bruit de clapotage.
Dans d’autres cas le tympanisme est généralisé à tout l'abdomen et les gaz sont évacués par l’anus.
Exploration radioscopique. — La présence anormale d’air dans les voies digestives se traduit à l'examen radioscopique par des signes caractéristiques, éludiés en particulier par Leven et Barret : transparence inusitée de l'abdomen qui apparaît parsemé de taches claires plus ou moins confluentes ; délimitation aisée du foie et même de la rate, dont l’opacité fait contraste avec le
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fond anormalement clair; enfin soulèvement de la moilié gauche du dia-
phragme, qui peut dépasser le niveau du demi-diaphragme droit.
Quant à l’image gastrique elle-même, on en décrit deux variétés, suivant que l’estomac est grand ou petit.
Le grand estomac des aérophages se caractérise par les dimensions exagérées de la chambre à air, et par un contact plus intime avec la pointe du cœur qui plonge dans cette chambre à air distendue. Parfois l'image gastrique est celle de l'estomac biloculaire : c'est une fausse biloculation, par
association de distension gazeuse du côlon. Si pendant l'examen le malade
vient à faire des mouvements de déglutition, la poche à air se dilate. Inversement, s'il se produit une éructation, elle reprend ses dimensions primitives. Nous trouvons là encore une preuve de la réalité de l'aérophagie par déglutition.
Dans le cas de petit estomac, la chambre à air paraît réduite par l'examen en position frontale ; mais en position latérale on la voit se prolonger au loin jusqu'à la colonne vertébrale. Là encore le diaphragme est soulevé et la pointe du cœur paraît battre dans la poche à air.
L'aérocolie surajoutéese traduit par la transparence anormale de l'abdomen que nous avons déjà signalée.
L’exploration radioscopique ne devra donc jamais être négligée quand on soupçonnera l'existence de l’aérophagie : bien souvent elle en apportera la preuve visible. RER
Variétés. — Hayem distingue deux formes d’aérophagie simple : la forme gastrique pure, et la forme gastro-intestinale ou généralisée, l'une bruyante, et la seconde silencieuse.
Dans la forme gastrique, on observe la voussure du creux épigastrique ; l'estomac soulève la paroi abdominale, et. la base du thorax est élargie. Le tympanisme est limité à la région de l'épigastre et de l’hypochondre gauche. Les malades accusent une sensation de gène et de plénitude après les repas. C'est à cette forme surtout qu'appartiennent les éructations et les troubles gastriques.
Dans la forme gastro-intestinale le tÿmpanisme est généralisé, l'abdomen développé ; les éructations peuvent manquer, et les gaz sont éliminés par l'anus.
On peut encore décrire :
Une forme dyspnéique, pouvant simuler la dyspnée cardiaque ou urémique, ou l'asthme.
Üne /orme cardiaque, dans laquelle les palpitations et la tachycardie prédominent.
Une forme nerveuse avec angoisse surtout nocturne, crises migraineuses, nervosisme exagéré, neurasthénie quelquefois grave, car elle se complique souvent de restriction alimentaire et d'amaigrissement.
À ces variétés cliniques on peut opposer des formes bénignes et atténuées, qu'il faut savoir dépister.
L'aérophagie peut en outre être associée à d’autres états morbides.
Elle peut compliquer toutes les gastropathies, et plus spécialement, comme le fait remarquer Hayem, les gastrites d’ancienne date, l’ulcère chronique
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avec ou sans sténose, le cancer du pylore. Elle devient dangereuse dans l’ulcus gastrique en évolution, dont elle peut favoriser la perforation.
On l’observe aussi chez les malades atteints d'affections hépatiques, en particulier chez les lithiasiques.
Il n’est pas rare qu'elle soit liée aux altérations du corps thyroïde.
Pour des raisons multiples, elle s’installe fréquemment chez les tuberculeux, parfois avec tous ses caractères, mais le plus souvent sous sa forme la plus atténuée.
Signalons enfin l'aérophagie des nourrissons, bien étudiée par Leven et Barret : elle s'accompagne ou non de spasme du cardia, et provoque, soit des vomissements, soit un tympanisme abdominal qui constitue alors une variété du gros ventre des nourrissons.
3° Aérophagieavecdilatation aiguë de l’estomac. — Nous avons étudié cette forme en un chapitre spécial (voir p. 683). Rappelons simplement ici qu’elle apparaît le plus fréquemment après les opérations abdominales, mais que la simple anesthésie sans intervention sanglante ou pour des interventions ne nécessitant pas l'ouverture de l'abdomen ont pu la provoquer,
Les accidents se déclarent 24 heures, deux jours, trois jours après une opération. Subitement l’état général s'aggrave, et l’on voit apparaître une symplomalogie qui rappelle celle de l’occlusion intestinale, distension énorme de l’estomac, ballonnement de la partie supérieure de l’abdomen, vomissements abondants et verdâtres, soif intense, sueurs froides, pouls petit, rapide, et parfois collapsus cardiaque.
Elle s’est déclarée exceptionnellement après les accouchements laborieux. On la voit enfin survenir dans le cours de maladies aiguës (pneumonie, typhoïde, elc.), ou chroniques (tuberculose pulmonaire, elc.).
Tissier, Lardennoiïs, Mathieu, etc. , ont établi le rôle primordial de l’aérophagie dans ces différents cas.
Conditions étiologiques et pathogéniques.
Nature et origine des gaz intragastriques dans lPaérophagie. — L'origine atmosphérique des gaz contenus dans l'estomac des aérophages est aujourd’hui universellement admise.
Mais cette notion est de date récente, et il a fallu de nombreuses observations pour l'établir. Ce n’est pas que la possibilité de la déglutition n'ait été entrevue par les auteurs anciens : Déjardin, Magendie, Andral y font allusion. Maïs on admettait plus généralement que les gaz résultaient de la fermentation ; Baumès, Grisolle, Chomel incriminaient les phénomènes fermentatifs dont l'estomac pouvait être le siège. L'analyse des gaz ayant montré que le contenu gastrique des aérophages n'a pas habituellement une composition différente de celle de Pair atmosphérique, il fallut bien abandonner cette théorie. Le raisonnement d’ailleurs permettait de penser que la fermentation, si intense fut-elle, ne pouvait expliquer la production de quantités aussi considérables que celles des gaz éructés dans certains cas.
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Il ne faudrait pas croire cependant que les fermentalions gastriques ne peuvent jouer aucun rôle dans l’aérophagie. L’estomac, surtout s’il existe de la stase, peut être le siège de fermentations anormales et il en résulte un certain degré de flatulence. La distension gastrique peut alors devenir le point de départ d'une aérophagie secondaire, qui ne tardera pas à masquer complètement la part qu'a pu jouer au début la fermentation.
On a cherché encore à invoquer, pour expliquer l'aérophagie, l'exhalation de l'air par la muqueuse gastrique, ou le reflux de gaz venus de l'intestin : mais ces théories ont été reconnues sans valeur.
Modes de pénétration de l’air dans l'estomac. — Nous avons vu les arguments cliniques et radioscopiques qui font admettre que, dans la plupart des cas, l’air est introduit par déglutition dans la cavité gastrique. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et à côté de l’aérophagie par déglutition, il faut faire place à une aérophagie par aspiration. |
Linossier, s'appuyant sur l'étude du mérycisme, entreprise par luten collaboration avec Lemoine à l’aide de la méthode graphique, soutient que le mécanisme du mérycisme peut être invoqué pour expliquer l'aérophagie. Voici la succession des phénomènes : le diaphragne sé contracte, la glotte étant fermée; la poitrine se dilate, et il se fait une aspiration d'air ; l'œsophage s'ouvre et se remplit d’air; la répétition des contractions du diaphragme accroît la quantité d’air accumulé dans l’œsophage, et le fait pénétrer dans l'estomac, d'où il est ensuite rejeté par éructation. |
Ce mode de production d'aérophagie est exceptionnel.Sans doute certains sujets sont capables de ffaire pénétrer volontairement l'air dans l’œsophage par ce procédé, qui explique également l’aérophagie des coquelucheux, et celle qui survient dans le hoquet, le rire ou les sanglots. |
Bien plus fréquente est l’aérophagie par déglutition. Celle-ci peut se faire à sec : l'air est entrainé dans l’œsophage par un mouvement spasmodique du pharynx, et peut être dégluti jusque dans l'estomac. Mais Ja déglulition d'air à sec est difficile à réaliser, elle ne s'observe guère que dans l'aérophagie spasmodique. Au contraire, la déglutition de la salive entraîne normalement, nous l’avons vu, une certaine quantilé d'air : lorsque la salive est en excès, les mouvements de déglutition se rapprochent, et des quantités de plus en plus grandes d'air s'accumulent dans l’estomac. C’est à Hayem que nous devons la notion de l'importance de la sialorrhée et de la sialophagie dans la production de l’aérophagie des dyspeptiques..
Dans toutes les circonstances où les mouvements de déglutition sont exagérés de fréquence, l'aérophagie pourra donc prendrenaissance. C’est ainsi que s'expliquent l’aérophagie des nourrissons (tétée défectueuse provoquant l'ingestion simultanée d’air et de Jait, succion à vide d’une tétine ou du pouce, sialophagie de la dentition), l'aérophagie des malades atteints de pharyngite chronique, qui déglutissent les mucosités naso-pharyngées, celle des gastro= pathes, chez lesquels il se produit un ptyalisme réflexe, celle enfin des opérés, sur laquelle il nous faut insister. Sous l'influence de l’action de l'anesthé. sique (chloroforme ou éther), de l'excitation mécanique par la piuce à langue,, 11 se produit une salivation abondante, d'où sialophagie qui entraîne the
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dans l'estomac. Le malade se trouvant dans le décubitus dorsal, le niveau du liquide stonracal s'élève au-dessus de l’orifice du cardia, d’où obstacle à l'évacuation de l'air accumulé dans l'estomac. Un changement de position ou l'évacuation du contenu gastrique par la sonde met fin immédiatement aux graves accidents qui en sont la conséquence, et du même coup apporte
la démonstration du mécanisme que nous venons d'exposer.
Causes de la rétention et de l’expulsion. — Il nous faut encore nous demander pourquoi et comment l'air introduit dans l'estomac y est retenu, puis en est expulsé. Ceci nous amène à considérer le rôle du spasme dans l’aérophagie. La rétention de l'air dans l'estomac peut résulter d’une malformation du cardia. Mais le plus habituellement le spasme intervient. Nous avons vu son rôle dans l’aérophagie par aspiration. Il est prépondérant dans l’aérophagie par déglutition.
L'accumulation de l'air dans l'estomac provoque une contraction brusque, spasmodique de cet organe. La tension intra-gastrique déjà accrue se trouve brusquement augmentée, et l'air tend à s'échapper par l'un des deux orifices gastriques. Si le cardia se laisse distendre, l'éructation se produit. Si au contraire le cardia est en état de contracture ou s’il offre une résistance supérieure à celle du pylore, les gaz pénétreront dans l'intestin, et l’aérophagie sera surtout caractérisée par le tympanisme abdominal généralisé.
Les spasmes interviennent encore pour localiser l’aérophagie, soit à l'œæsophage, soit aux différents segments de l'intestin.
Mécanisme de l’aérophagie des dyspeptiques. — À propos de l’aérophagie des dyspeptiques, il convient de mettre en évidence la façon dont elle s’installe.
La sensation de plénitude, de pesanteur épigastrique qui résulte le plus souvent de l'hyperesthésie du plexus solaire et d'une exagération du tonus musculaire des parois gastriques, provoquent des éructations isolées, qui sont suivies d’un certain soulagement. Les efforts que font les malades pour expulser cet air se traduit par une manœuvre maladroite, qui a pour résultat, non une éructation, mais une déglutition d'air. Lorsque le phénomène se répète plusieurs fois, la distension gazeuse de l'estomac augmente, la sensation de plénitude s’exagère, jusqu’au moment où une nouvelle éructation vient apporter un soulagement, et suggère la répétition des mouvements qui ont abouti à cettesensalion de soulagement, d'ailleurs toute momentanée, Ainsi se trouve réalisé un cercle vicieux.
Etiologie. — L'aérophagie est une affection fréquente. Mathieu admet qu'elle exisle une fois sur 15 à 20 cas de gastropathie; si l’on tient compte de tous les cas frustes, elle nous paraît devoir être considérée comme bien plus commune encore.
L'aérophagie peut survenir à tout âge : nous l'avons signalée chez le nourrisson ; mais c’est surtout dans l’âge adulte qu'on a l’occasion de l’observer.
Les femmes y paraissent aussi sujettes que les hommes.
Elles n'est même pas le privilège de la race humaine : les chevaux pré-
sentent un syndrome analogue.
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Diagnostic, pronostic et traitement.
Diagnostic. — Le diagnostic de l’aérophagie est généralement facile s'il s’agit de l'aérophagie bruyante. Encore faut-il cependant la distinguer du faux râle laryngé, dû à la contracture du larynx et non du pharynx, et qui se voit surtout chez les hystériques.
Le diagnostic est plus délicat quand il s’agit de dépister une forme silencieuse et quand le malade méconnaît ses éructations. Il faut y penser chez tous les dyspeptiques, en particulier chez ceux qui se plaignent de distension gastrique, de dyspnée, de palpitations après les repas, et plus spécialement encore chez les malades qui accusent ces mêmes symptômes à des heures variables.
L'irrécularité de l'horaire est déjà un signe de présomption ; l'existence d'un tympanisme exagéré de l’espace de Traube, la présence d'une poche à air volumineuse et les autres signes radioscopiques permettent de confirmer le diagnostic.
Certains aérophages ont des vomissements qui pourraient faire penser au vomissement œsophagien. Ces vomissements sont d'habitude peu copieux, fractionnés, et s’accompagnent d'éructations ; mais dans le vomissement, œsophagien ils se font en une fois. L'analyse du suc gastrique permettrait également de reconnaître l’origine du liquide vomi.
Dans les formes graves d'aérophagie on pourrait même penser à l’ulcère, ou au cancer de l'estomac. C’est dans ces cas que l'examen radioscopique ne doit jamais être négligé. D’ailteurs l’aérophagie peut exister à titre de complication de ces deux affections. |
Le diagnostic une fois établi, il faut encore rechercher l'origine de laérophagie ; l'usage du tabac est une de ses causes les plus fréquentes, la rhinopharyngite également. Il ne faut pas oublier que l’aérophagie peut s'associer aux gastrites chroniques, aux gastropathies grèves, et à un certain nombre d'affections extra-gastriques. |
Pronostic. — Le pronostic de l’'aérophagie est variable.
Si l'aérophagie qui accompagne la dilatation aiguë de l'estomac peut provôquer des accidents graves, parfois même mortels quand elle n’est pas combattue à temps par les moyens appropriés, si l'aérophagie spasmodique des hystériques et des grands névropathes est souvent rebelle au traitement, le pronostic de l'aérophagie simple est d'ordinaire favorable : car, le diagnostic une fois fait, le traitement, comme nous allons le voir, supprime aisément et l’aérophagie et les effets qui l'accompagnent.
Traitement. — Bien que les règles générales qui doivent guider dans la cure de l’aérophagie s'appliquent à tous les cas, à chacune des formes d'aérophagie convient cépendant un traitement un peu spécial.
À la forme commune on opposera un traitement à la fois symptomatique et étiologique. |
Lé teïlleur moyen de güérir le malade est de lui expliquer l’origine même de son mal. Certains sujets comprendront vite et seront aisément
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guéris ; d'autres se rendront moins facilement au raisonnement, et pour ceux-là surtout des moyens adjuvants mécaniques ou médicamenteux seront utiles.
Les procédés mécaniques ont pour objet de s'opposer aux mouvements de déglutition. Leven prescrit le port d'une cravate serrée qui gêne les mouvements du larynx et avertit le malade. Sicard recommande une pince nasale qui également fait obstacle à la déglutition. Mais nous donnons la préférence à celui proposé par Bouveret et par J.-Ch. Roux, et qui consiste à tenirles dents écartées au moyen d'un bouchon, d'un porte-cigarettes, d’un crayon, etc.
Il suffit en général d'utiliser ce procédé pendant les heures qui suivent les repas pour voir disparaître ou au moins s’atténuer l’aérophagie. Il est plus difficile d'empêcher la déglutition inconsciente d’air pendant la nuit, surtout si elle est liée à la sialorrhée ou à la rhino-pharyngite.
À ces moyens on peut avec avantage associer un traitement médicamenteux, qui s’adressera souvent en même temps à la cause de l’aérophagie, et à l’'aérophagie elle-même. La belladone, la jusquiame et leurs alcaloïdes sont à cet égard les agents les plus recommandables : ils combattent l'élément spasmodique, atténuent les sensalions gastriques capables de provoquer les mouvements de déglutition, tarissent enfin la sécrétion salivaire. On ROUE de même utiliser les bromures.
Enfin les douches tièdes ou froides, les grands bains tièdes seront des adjuvants non négligeables.
Le traitement devra en outre s'adresser à la cause, gastropathie, pharyngite, tabagisme, etc.
Chez l'enfant on réglera les tétées, on supprimera les tétines, les sucettes qui provoquent des mouvements de déglutition.
L’aérophagie spasmodique des grands nerveux sera bien plus justiciable de l’isolement et des moyens mécaniques que du raisonnement et de la médication antispasmodique.
Quant à l’aérophagie post-opératoire, elle sera évitée par la surveillance des malades après l'intervention : cette surveillance permettra en tout cas d’écarter les accidents graves, s'ils avaient tendance à se produire. Il suffira en effet de modifier la position ‘du malade, le décubitus ventral permettant en général à l'estomac 'parésié de se débarrasser de son contenu gazeux. Au besoin l'évacuation sera provoquée par le cathétérisme (voir p. 689).
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