C. — GASTRO-NÉVROSES
Définition. Historique.
Définition. Historique. — Des notions que nous avons données au début de ce chapitre, il résulte que les gastro-névroses sont des syndromes dans lesquels le système nerveux et l'estomac paraissent au premier abord jouer un rôle sensiblement égal, de telle sorte que l’on peut avec la même vraisemblance regarder l’un ou l’autre comme secondaire ou primordial.
Si l'on a tendance à considérer que, dans l’ensemble des gastro-névroses, c’est l'estomac qui est primitivement en cause, on dira que ce sont des gastropathies à retentissement nerveux intense et spécial. Pense-t-on au contraire que le système nerveux y joue le rôle essentiel, on dira que ce sont des névroses à symplômes gastriques prédominants.
De tout temps ces deux théories ont trouvé d'ardents défenseurs. L'histoire des gastro-névroses est un perpéluel va-et-vient entre les périodes où les théories soit de la névrose, soit de la gastropathie préexistante prédominent pour quelque lemps, jusqu'au moment où l’exagération de l’une ou de l’autre théorie provoque une réaction en faveur de la théorie antagoniste.
Il convient cependant de remarquer qu'actuellement, depuis les recherches anatomo-pathologiques et chimiques de nombre d'auteurs, et en particulier d'Hayem, depuis les études cliniques sur les ptoses, et enfin plus récemment depuis la radioscopie, la théorie nerveuse, si ardemment défendue par Beard, Charcot, Déjerine, Dubois (de Berne), etc., est fortement battue en brèche et perd du terrain chaque jour : la question des gastro-névroses se précise, et se précise, semble-t-il, pour permettre d'affirmer le rôle prépondérant des troubles gastriques, au moins dans la majorité des cas.
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Étiologie.
Au sujet de l’étiologie des gastro-névroses, deux questions doivent être successivement envisagées : quelle est la fréquence des gastro-névroses ? quelles sont les conditions qui préparent ou provoquent leur apparition ?
Fréquence. — Quand il s'agit d'affections nettement individualisées, telles que le cancer, il est facile de donner des statistiques précises. Pour les gastronévroses il ne saurait en être ainsi. Nous avons vu, en effet, que, si l’on prend comme centre ce groupe des gastro-névroses, on arrive, par une chaîne ininterrompue, d'une part aux affections gastriques, d'autre part aux affections propres du système nerveux. Or, fatalement la démarcation de partet d’autreest arbitrairement choisie : on peut en écarter ou en rapprocher les limites, de telle sorte que le nombre des gastra-névroses se trouve ainsi amplifié ou diminué.
D'autre part, étant donné la difficulté du diagnostic et les erreurs fréquentes qui sont commises, on peut dire que le nombre des gastro-névroses légitimes diminue au fur et à mesure que le clinicien pousse ses investigations plus avant, et diminue d'autant plus qu'il possède mieux la symptomatologie des affections gastriques et nerveuses.
Causes prédisposantes el occasionnelles. — Si quelques désaccordsexistent sur la pathogénie et la fréquence relative des gastro-névroses, il n’en est plus de même sur les conditions dans lesquelles elles sont rencontrées.
Que ce soient eneffet les troubles digestifs ou les troubles nerveux qui com- mencent, il est bien certain que toute cause d'affaiblissement de l'organisme dans son ensemble y prédispose tout individu.
Ces causes sont de deuxordres, héréditaires ou acquises. Parmi les tares que porte l'enfant en venant au monde, les plus graves, à n’en pas douter, sont dues à l'alcoolisme et à la syphilis. Mais ce ne sont pas les seules. Il convient de citer aussi : toutes les diathèses qui ont provoqué chez les parents des manifestations de longue durée; toutes les intoxicalions chroniques, le saturnisme, le tabagisme et le long abus des médicaments ; sans oublier enfin, l'hérédité tuberculeuse, et l'hérédilé nerveuse sous toutes ses formes, névropathies, névroses, psychoses, etc.
Mais les gastro-névrosés peuvent aussi être issus de parents robustes et parfaitement sains. C’est après leur naissance que le terrain propre à l’éclosion d’une gastro-névrose a été préparé peu à peu. Il convient alors d’invoquer toutes les fautes d'hygiène et de régime, tous les surmenages, une vie mal réglée ou déréglée, les mêmes intoxications ou infections chroniques déjà citées, mais cette fois acquises, et non pas dues à l'hérédité,
Pour toutes ces raisons, on ne s’étonnera pas de la fréquence des gastronévroses dans l’enfance, dans l'adolescence, au moment où l'organisme doit faire un effort plus grand pour donner son plein développement à l'individu; enfin chez la femme, à l’âge où la ménopause, en tarissant les sécrétions interpes, provoque ou favorise l'apparition des troubles les plus divers.
LE Noir et AGASSE-LAFONT:
Symptomatologie,
La symptomatologie des gastro-névroses est extrêmement riche et variée. Nous allons d’abord faire une revue analytique des principaux symptômes ; puis nous verrons les différents types cliniques auxquels leur association donne naissance.
Étude analytique des symptômes. — Symptômes gastriques. — Les manifestations des ‘gastro-névroses du côté de l'estomac peuvent être rangées, suivant la classification générale que nous avons adoptée, en signes subjectifs, signes objectifs cliniques, signes objectifs spéciaux.
Les signes subjectifs consistent en phénomènes douloureux et en modifications de l'appétit.
Les douleurs, presque constantes, doïivent être mises au premier rang: Spontanées, elles sont de nature et d'intensité variables, de sièges divers sur les différents points de l’aire gastrique, et d'autre part généralement intermittentes et irrégulières dans leur apparition, bien que prédominants après lingestion des repas et dans tout le cours de la digestion. Provoquées, elles sont généralement de localisations multiples et différentes des douleurs spontanées, et répondent d'ordinaire aux plexus nerveux solaire et cœliaque. D'ailleurs l'étude de ces points de pression dans les gastro-névroses a fait l’objet de très nombreuses recherches. Pour les uns (Bouveret, Ewald, etc.), ils sont inconstants el sans localisation spéciale, Pour les autres, ils sont voisins de l’appendice xiphoïde et de la ligne xipho-ombilicale, et répondent bien aux plexus nerveux {Leven, J. Ch. Roux, etc.).
L'appétit est modifié, soit par excès, soit par défaut : tantôtil y a des sensations de faim douloureuse, de la boulimie, de la perversion de la faim ; tantôt. de l’anorexie. | |
La soif peut être augmentée ou diminuée : certains gastro-névrosés se privent de boire d’une façon presque complète.
Les signes objectifs cliniques appartiennent en premier lieu à la motilité gastrique. Diminuée, elle a pour conséquence la symptomatologie de la dilatation atonique, que nous avons décrite ailleurs et sur laquelle nous ne reviendrons pas. Elle peut entraîner également des accidents de dilatation aiguë par gastroplégie (voir p. 683). Au contraire, s’il ya hypermotilité gastrique, ce qui n’est pas rare, le malade présente des spasmes de l’œsophage, du cardia et exceptionnellement peut-être du pylore, entraînant des éructations, des régurgitations, du mérycisme, des vomissements et de l'aérophagie.
L'exploration par les moyens spéciaux d'investigation, tubage, insufflation, repas d'épreuve et analyses chimiques, radioscopie, montre également des anomalies plus ou moins profondes de la tonicité, de l'évacuation, de la sécrétion, qui pèchent tantôt pas excès, tantôt par défaut. Mais le fait important c'est que ces anomalies ne sont jamais telles qu'elles paraissent pouvoir à elles seules justifier l'intensité des troubles morbides présentés par le malade : c'est précisément la disproportion entre les uns et les autres qui donne aux gastro-névroses leur caractère spécial.
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Symptômes nerveux. — Du côté du système nerveux, les symptômes subjectifs sont sensilifs, sensoriels ou psychiques.
Les malades présentent des phénomènes douloureux de localisations variables (céphalées, etc.), des zones d'anesthésie et d'hyperesthésie.
Les troubles visuels et auditifs (bourdonnements d'oreille, vertiges), les perversions du goût, avec sensations anormales, acidité, goût métallique, etc., sont également relevés chez eux.
Quant aux manifestations psychiques, ce sont celles que nous décrirons plus loin,en étudiant les formes cliniques, et désignées sous les noms divers de neurasthénie, mélancolie, parapsychoses, psychasthénie, psychonévroses, dénominalions sur la définition desquelles l'accord est loin d’être fait.
L'examen objectif du système nerveux révèle des troubles de la motilité volontaire (crampes, tétanie), des phénomènes vaso-moteurs, trophiques ou réflexes (refroidissement des extrémités, cyanose, etc.).
Autres symptômes. — Ilest habiluel enfin que les autres appareils soient plus ou moins profondément touchés : stigmates d'insuffisance hépatique, constipation ou diarrhée, accidents pulmonaires et cardiaques (dyspnée, palpitations), enfin atteinte plus ou moins profonde de l’état général (amaigrissement, affaiblissement, anémie).
Formes cliniques. — Quand on considère les gastro-névroses en prenant pour point de départ leurs manifestations gastriques, on constate qu'elles reproduisent assez exactement les trois principaux types de gastropathies que nous avons étudiés : dyspepsie hyperchlorhydrique avec retard d’évacuation, essentiellement caractérisée par les douleurs ; dyspepsie atonique à type hypochlorhydrique, avec les malaises et la flatulence de la période digestive; enfin gastropathie par insuffisance sécrétoire, avec son apepsie et son anorexie caractéristiques,
Si d'autre part on envisage spécialement les troubles des centres nerveux,
,Oon va de la simple névropathie à la névrose nettement caractérisée (neurasthénie, psychasthénie, hypochondrie), pour aboutir non pas aux psychoses vraies, dont la nature essentielle, nous l'avons vu, ne saurait être mise en doute, mais à des états assez voisins, avec troubles mentaux plus accentués que dans la forme précédente, et désignés parfois sous le nom de parapsychoses.
Envisageons ces différentes formes successivement (1).
(1) Des différents types de gastronévroses, que nous étudions ici, on peut rapprocher deux syndromes, sur lesquels deux auteurs Viennois, Eppinger et Hess, ont spécialement attiré l'attention, mais dont la pathogénie et la réalité clinique mème sont disculées : ce
sont le syndrome vagotonique et le syndrome sympathicotonique.
On sait que l’estomac est sous la dépendance d'une double innervation antagoniste : celle du grand sympathique qui paralyse ses mouvements, diminue sa. sécrétion et son tonus ; celle du pneumogastrique qui excite les mouvements, la sécrétion et le tonus.
Dans le syndrome vagotonique, on constaterait une prédominance d’action du pneumogastrique et en même temps des nerfs de l'œil et des glandes salivaires : contraction des pupilles, salivation exagérée, ralentissement du cœur, hypersécrélion gastrique avec hyperchlorhydrie et hypertonicité.
Dans le syndrome sympathicotonique au contraire, l’action prédominante du sympa-
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1° Gastronévroses à type hyposthénique ou atonique. — Cette forme, qui répond à la dyspepsie à type hypochlorhydrique, se rencontre le plus souvent chez les malades présentant, au point de vue nerveux, le syndrome de la neurasthénie ou de la psychasthénie.
Ils éprouvent au niveau de l'épigastre une sensation pénible à peu près permanente, et, après les repas, de la pesanteur gastrique. des éructations fréquentes et du pyrosis.
L'examen objectif de l'estomac révèle un clapotage étendu et généralement de l'hypopepsie.
Au point de vue cérébral, le stigmate caractéristique est un état de fatigue persistant, el une sensation d’épuisement surtout marquée au réveil, par le fait soil de l’insomnie, soit du jeûne Cette sensation s'atténue dans la journée, peut-être sous l'influence de l'alimentation. Mais ñ n’en reste pas moins une absence complète de résistance à toute fatigue physique ou intellectuelle.
Ils sont en même temps inquiels, préoccupés du moindre malaise, qu'ils analysent minutieusement et décrivent avec une extrême prolixité.
Les douleurs de la nuque, une céphalée persistante mais légère, de la rachialgie, des vertiges, des palpitations viennent d'ordinaire compléter! ce tableau clinique.
2° Gastro-névroses à types hyperesthésique et hypersthénique. — A côté des syndromes morbides dans lesquels, soit une lésion locale de l'estomac, soit une des affections du système nerveux que nous avons déjà étudiées (affections organiques, affections mentales ou hystérie) expliquent et justifient l'apparition des gastralgies et des vomissements, il est d’autres syndromes, très nettement individualisés au point de vue clinique, maïs de pathogénie plus ou moins obscure, et qu'il est habituel de ranger dans le oroupe des gastro-névroses, On peut prévoir que, pour ün certain nombre d'entre eux tout au moins ce classement n'est que provisoire, et qu'un jour ou l’autre une étiologie différente et plus précise leur sera reconnue. Quoi qu'il’ en soit, c'est ici, actuellement, qu'ils doivent trouver leur place. Les manifestations hyperesthésiques et hypersthéniques, gastralgies et vomissements, s'y montrent tantôt indépendantes les unes des autres, tantôt associées.
Gastronévrose à type de neurasthénie avec hyperesthésie solaire. — Cette forme, bien étudiée en particulier par Mathieu et J -Ch. Roux, est carac-
thique se traduirait par de la dilatation pupillaire, une diminution de la sécrétion salivaire, l'accélération du cœur, l'insuffisance de la motilité et de la sécrétion gastriques. TT Dans la première forme, les poisons qui portent leur action sur le nerf vague (atropine, pilocarpine) rencontreraient un terrain particulièrement sensible, d'où accélération excessive du cœur par l’atropine, et hypersécrétion salivaire et gastrique très marquée par injection sous-cutanée d'un centigramme de pilocarpine. Par contre, les malades présentant le syndrome sympathicotonique réagiraient très violemment à l’adrénaline, qui provoquerait chez eux tachycardie et glycosurie, à la dose de X gouttes de la solution au millième.
Cette schématisation paraît renfermer au moins une part de vérité. Mais la réalité clinique est souvent plus complexe, et il arrive que l’on trouve les deux syndromes associés chez un même sujet (1).
(1) J. RENARD, le Syndrome sympathique dans les affections gastriques. Thèse, Paris, 1921.
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térisée, au point de vue des manifestations mentales et nerveuses périphériques, par des symptômes semblables à ceux de la gastro-névrose hyposthénique neurasthénique que nous venons d'analyser.
Mais elle en diffère totalement par la symptomatologie gastrique.
Spontanément les malades ont des douleurs parfois très aiguës, persistantes, sans horaire fixe, comparées, comme celles de l’ulcère, à une sensation de brûlure, de plaie, de morsure, elc. Elles sont exacerbées par les repas, par la constipation, et chez la femme par l'apparition de la période menstruelle. |
Parfois, mais non toujours, elles sont suivies de régurgitations et de vomissements.
Chez ces malades, comme le fait remarquer J.-Ch. Roux, contrairement aux autres dyspeptiques, l'exploration du plexus solaire montre une hyperesthésie extrême, permanente et invariable, que le malade soit à jeun ou après son repas, qu'il présente ou non des douleurs spontanées.
L'hyperesthésie d'ailleurs n’est pas localisée exclusivement à ce plexus, mais s'étend à ceux situés au-dessus et au-dessous, sur la face antérieure de l'aorte abdominale.
Chez eux, non seulement l'exploration clinique et radiologique, de même que l’évolution, permettent d'éliminer le diagnostic d’un uleus, auquel on peut penser tout d’abord ; mais même l'examen chimique du suc gastrique ne révèle pas nécessairement l'hyperchlorhydrie que les symptômes cliniques font cependant considérer à priori comme probable.
Gastroxie nerveuse. — L’affection décrite par Lépine sous le nom de gastroxie nerveuse (ou crise d'acidité gastrique d'origine nerveuse) et par Rossbach sous le nom de gastroxæynsis, se montre en général chez de jeunes sujets héréditairement prédisposés (débiles, etc.) et soumis à une hygiène alimentaire défectueuse. Elle se manifeste par des crises survenant à l’occasion de surmenage intellectuel, de chagrins, de veilles prolongées.
Le malade se réveille avec une céphalée accompagnée de sensation de faim douloureuse, Le repas amène une accalmie passagère, bientôt suivie d’une exagération de la céphalée avec état nauséeux, Après une durée variable, qui ne dépasse pas 24 heures, un à deux vomissements, abondants et acides, terminent la crise à laquelle succède un sommeil réparateur.
Il a été noté que l'ingestion d’eau tiède ou d’une infusion au début de l'accès peut le faire avorter.
La gastroxie a été rapprochée de la migraine, avec laquelle elle offre un certain nombre de points communs.
Syndrome des vomissements incessants et immédiats. — C’esi un syndrome rare, atteignant surtout les enfants dégénérés.
Il est caractérisé par des vomissements qui suivent immédiatement l'ingestion des aliments, bien que ceux-ci soient acceptés volontiers.
Comme l’anorexie mentale, cette affection peut entraîner l’inanition et la mort.
Pharmacophylie ou Pharmacomanie — L'affeclion, dénommée par Hayem et Lion pharmacophylie ou pharmacomanie, est caractérisée par le besoin impérieux pour le sujet de faire un abus manifeste des médicaments, et, d'une
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façon plus générale, des médicalions gastro-intestinales (calmants de la douleur, purgatifs, lavements, tubages de l'estomac, elc.).
On trouve chez eux un état mental anormal, avec anxiété lorsque leur manie ne peut pas être immédiatement satisfaite. |
Ces malades sont souvent atteints de douleurs très vives et de vomissements répétés, dus manifestement à l'irritation médicamenteuse : quand on est arrivé à les convaincre de l’origine de leur mal, la suppression de la cause, avec un régime approprié, peut suffire pour les guérir.
Il arrive d’ailleurs que des lésions organiques et des troubles fonctionnels gastriques sont également relevés chez eux, mais qui ne justifient pas leurs abus thérapeutiques. Leur manie peut dans certains cas avoir créé de toute pièce leur gastropathie, et de toute façon l’aggrave toujours. |
3° Gastro-névroses à type anorexique. — L’anorexie vraie, c’est-à-dire l’inappétence réelle pour les aliments, relève le plus souvent d’une lésion Organique de l'estomac avec insuffisance glandulaire, et dont le cancer est le type : elle est alors une conséquence de l'hypopepsie ou de l’apepsie.
Elle peut être due aussi à l'aliénation mentale, comme nous l'avons signalé chez les mélancoliques (voir p. 737).
D'autre part l’anorexie peut être apparente : il n’y a pas inappétence, mais crainte des aliments qui sont susceptibles de réveiller des douleur vives. C'est la fausse anorexie des ulcéreux et de tous les gastralgiques en général.
L'anorexie peut enfin se montrer, en dehors de la véritable aliénation mentale, sans lésions organique graves, sans crises gastriques réellement douloureuses : c'est l’anorexie des gastro-névroses.. Elle présente plusieurs types cliniques. :
Anorexie par inanition. — Il n’est pas rare de rencontrer des malades qui présentent de l'anorexie, des manifestations névropathiques, une atteinte profonde de l'état général, et chez qui l'enquête étiologique permet d'établir de la façon suivante la filière de ces accidents. | |
À la suite de manifestations pathologiques variables, mais sans gravité réelle, et portant en général sur l'appareil digestif (digestions pénibles, langue saburrale, tendance à l'embonpoint, etc.) un sujet, névropathe et particulièrement porté à analyser son état de santé, s'est mis, spontanément ou après avis médical, à un régime qui, quelle qu’en soit la nature, n’assure pas sa ration normale d'entretien.
Il en résulte parfois, mais non toujours, la disparition des troubles primitifs. Mais, même lorsqu'il y a amélioration réelle de quelques symptômes, si l'inanilion se prolonge, des accidents nouveaux apparaissent, en particulier des phénomènes d'atonie et de ptose gastro-intestinale, par disparition du tissu graisseux et affaiblissement du tonus musculaire. Assez semblables aux accidents primitifs, ces symptômes nouveaux, n'élant pas rapportés à leur vraie cause, deviennent le prétexte d’une restriction plus sévère, et par suite d'une inanition plus marquée : la langue saburrale par exemple peut se montrer comme sligmate d'inanition, et par suite persister et s’accroître malgré le régime : d'où une aggravation du nervosisme primilif, de l'insomnie, de la céphalée, de la rachialgie, une sensation de fatigue intense au réveil, des
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troubles psychiques (faiblesse intellectuelle, perte de la mémoire, pessimisme, etc.).
L'anorexie vraie en est aussi la conséquence. Comment s’explique-t-elle ? Par un double mécanisme, semble-t-il. D'une part par une diminution de la sécrétion gastrique, car toute glande, tout organe dont le fonctionnement n'est pas sollicité d’une façon normale tend à s'adapter aux conditions nouvelles qui lui sont imposées. Mais aussi, d'autre part, comme l'ont fait remarquer Mathieu et J.-Ch. Roux qui ont particulièrement étudié cette question, par une influence psychique manifeste, qui provoque chez ces malades une sensation de satiété précoce, dès que les premiers aliments sont ingérés.
On voit combien, dans les cas de ce genre, les troubles nerveux et gastriques sont intriqués les uns dans les autres. Ils peuvent, si leur mécanisme n'est pas élucidé, s’aggraver progressivement, déterminer l’amaigrissement, l’affaiblissement, puis la cachexie et le délire qui précèdent de peu la mort.
Au contraire, si l'erreurdiététique est reconnue, l'établissement d’un régime suffisamment riche et la persuasion qui Le fera accepter au malade suffisent pour amener, au prix parfois d’une aggravation passagère des troubles gastriques, une définitive guérison.
Anorexie mentale. — La forme d’anorexie nerveuse désignée aussi sous le nom d'anorexie hystérique ou d'anorexie mentale, et particulièrement bien décrite par Lasègue, est très différente de la précédente. Si elle peut se montrèr chez les hystériques, on a tendance à considérer aujourd’hui que la plupart des cas, à l'encontre de l'opinion ancienne, sont en dehors du domaine de cette névrose. Ils appartiennent tantôt à l’aliénation mentale, tantôt se montrent chez de simples dégénérés.
Il s’agit le plus souvent de jeunes filles, à l’âge de la puberté ; parfois de jeunes enfants. Le début des accidents est brusque, provoqué, soit par des causes physiques (fatigues excessives, elc.), soit par des causes morales (contrariété, chagrin, etc.).
Elle se manifeste essentiellement par le refus absolu de s’alimenter, d’où affaiblissement progressif, pouvant aller, si l'affection se prolonge, jusqu'à la mort.
L'exploration de l'estomac montre en général des troubles organiques et fonctionnels (plose, retard d'évacuation, etc.), mais d'ordinaire peu douloureux, et qui ne justifient en aucune façon le refus d'alimentation.
On ne devra par conséquent pas confondre cette affection avec la simple restriction volontaïre de l'alimentation dans les gastropathies douloureuses ou chez les hypochondriaques.
‘Pathogénie et traitement.
Comme nous l'avons indiqué plus haut, la pathogénie des gastro-névroses est très discutée, et rattachée par les uns à une affection nerveuse primitive,
par les autres à un trouble initial, organique ou fonctionnel, de l'appareil digestif,
Certains neurologistes, qui soutiennent la première opinion, n'hésitent
LE Noir et AGASSE-LAFONT,
même pas à considérer que nombre de dyspeptiques à manifestations nerveuses si atténuées qu'ils nerépondraient à aucun des types cliniques que nous venons de décrire dans ce chapitre, mais bien plutôt à ceux qui ont trouvé leur place dans l'étude des gastrites et des dyspepsies, sont en réalité du domaine de la neurologie pure. Cette opinion trouve son expression la plus nette dans la phrase suivante de Dubois (de Berne) : © J'ose affirmer que 90 pour 100 des dyspepliques sont des psychonévrosés. »
Par contre l'opinion inverse qui, tout en reconnaissant l’importance d'une prédisposilion nerveuse, fait entrer en ligne de compte, pour une part imporlante, les lésions gastriques, les troubles mécaniques et les phénomènes d’auto-intoxicalion d'origine digestive, s'affirme de plus en plus, en s'appuyant sur les renseignements chaque jour plus précis donnés parles recherches histologiques, chimiques et radioscopiques.
Sans entrer dans l'étude détaillée et la discussion des arguments échangés de part et d’autre, on pourrait penser qu'un moyen simple de résoudre le problème consislerait à comparer les résultats de la thérapeutique basée sur l’une ou l’autre de ces théories pathogéniques. |
Mais si l’on s see dans cette voie, et c'est ce qui permet den PAT. à ces controverses qu'une importance relative, on constate que les modes de traitement préconisés ne différent pas aussi complètement que l'on pourrait le penser.
Ils consistent en effet essentiellement à appliquer tout d'abord à ces malades les règles de l'hygiène alimentaire et de l'hygiène en général.
Nous n'avons pas à répéter ici des notions que nous avons données à différentes reprises, et en particulier à propos des dyspepsies et des gastrites (VOL p'42107:
Qu'il nous suffise de rappeler que la régularité des repas, le choix des aliments (moins en ce qui concerne la nature que la qualité et la quantité, celle dernière ne devant péclier ni par excès, ni par défaut), la suppression de l’intoxication médicamenteuse ou tabagique, et des préoccupations morales, le repos, donnent dans la plupart des dyspepsies des succès indéniables.
La psychothérapie, l'isolement, Lerpiot des agents physiques (électricité, massage, hydrothérapie, etc.), sont également du plus grand secours.
Mais on conçoit combienil est difficile, quand cette thérapeutique est efficace, de juger jusqu'à quel point c’est par action directe sur le système nerveux, où au contraire par action sur l'appareil digestif, qui se trouve débarrassé de ses entraves (actions médicamenteuses néfastes, ploses, etc.), et en même temps lonifié et rééduqué.
Dans l’anorexie mentale, le gavage par une petite sonde introduite par les fosses nasales, les lavements alimentaires, les injections sous-cutanées ioniques sont indiqués, en même temps que la psychothérapie.