L. BABONNEIx et H. DARRÉ
Quelques auteurs, cependant, pensent qu'à côté des leucoplasies syphilitiques, auxquelles ils assignent des caractères spéciaux (minceur de la couche épithéliale des placards, aspect lobulé et mamelonné des plaques, importance des sillons et des fissures, lésions des bords et de la pointe de la langue qui sont découpés et dentelés, et surtout bons résultats du traitement antisyphilitique), il existe des leucoplasies non syphilitiques, et ils discutent, s'il s’agit d’une entité morbide vraie ou d'un syndrome, dans lequel on doit distinguer une leucoplasie essentielle ou idiopathique, due à l’arthritisme ou aux troubles digestifs, une leucoplasie tabagique, une leucoplasie dentaire, une leucoplasie des verriers, etc., et même des formes mixtes, où plusieurs facteurs étiologiques combinent leurs effets, toutes ces formes ayant leurs caractères et leur évolution particuliers.
Cette conception confuse et hypothétique ne nous paraît plus admissible, Nous pensons que la syphilis est à l'origine de la très grande majorité des leucoplasies et les arguments contre la nature syphililique de certaines leuco= plasies sont peu convaincants : l'inefficacité fréquente du traitement est sans valeur, bien des lésions syphililiques résistant au traitement; le fait que des sujets porteurs de leucoplasie ancienne peuvent contracter la syphilis n'a pas une signification absolue, car il peut s’agir de réinfection syphilitique chez un sujet porteur de cicatrices de la première atteinte.
Nous ne nions pas qu'il puisse exister des cas de leucoplasie non syphilitique, dont la cause, très vraisemblablement parasitaire, nous reste absolument inconnue; mais nous admettons avec Landouzy, « que la raison maitresse des leucoplasies, c’est la syphilis, que derrière les leucoplasies, toutes syphilis bien cherchées sont d'ordinaire trouvées », et que les leucoplasies non syphilitiques doivent être considérées comme assez rares, sinon exceptionnelles.
Diagnostic. — Le diagnostic de la leucoplasie buccale est généralement facile.
Le lichen plan peut débuter par les muqueuses. Sur la langue, il forme à la face dorsale, parfois sur les bords, exceptionnellement à la face inférieure, d'abord des taches arrondies ou ovalaires, puis par confluence de ces éléments des plaques ou des traînées d’un blanc mat, constituées par un épaississement de l’épithélium qui submerge en quelque sorte les papilles ; au début la lésion rappelle une cautérisation légère au nitrate d'argent. Plus tard, la langue prend un aspect légèrement ulcéreux, dépapillé, rouge grisâtre, et sur ces plaques, on voit des stries blanches, tantôt parallèles, tantôt formant un réseau parsemé çà et là de renflements nodulaires et rappelant des moussés ou des fougères. Les mêmes lésions siègent souvent à la face interne des joués, où l'aspect dendritique est particulièrement net. Elles peuvent se voir aux gencives, aux lèvres. Le diagnostic est donc généralement facile ; d’ailleurs le plus souvent, on constate en même temps Les lésions cutanées caractérisliques. ;
Balzer à décrit un psoriaris vrai de la langue, se caractérisant par des taches blanches coïncidant avec un psoriasis cutané net; mais il s'agit d’une lésion exceptionnelle et encore douteuse pour quelques auteurs.
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