L. BABONNEIx et H. DARRÉ
pharyngée, passant sur l'embouchure de la trompe, suivant le bord postérieur du voile pour aboutir à l’amygdale palatine, gagnant la paroi de la fosse
Fig. 2. — La troisième amygdale, dile de Luschka, ou amygdale pharyngée supérieure. On l’aperçoit avec le miroir rhinoscopique poslérieur, à la voûte du pharynx (G. LAURENS).
am ygdalienne, puis la base de la langue pour rejoindre l’autre amygdale palatine ; un petit, constitué par les amygdales palatines, l’amygdale linguale et le tissu lymphoïde du voile. De l’un comme de l’autre partent des prolongements qui se dirigent vers Ies fosses nasales, la trompe d'Eustache, la bouche, le larynx.
2° Sa richesse en glandes mucipares ;
3° Son abondante vascularisation.
Pour l'embryologiste, le pharynx dérive de l’endoderme. Primitivement, il est séparé de l'invagination buccale (stomodeum), à l’extrémité supérieure de laquelle se trouve une cavité qui s'enfonce dans la base du crâne, par une membrane (membrane pharyngienne), due à l’accolement de l'ectoderme buccal et de l’endo-
derme pharyngien. Ultérieurement, trois modifications : aux dépens de la cavité supérieure, se développe le lobe antérieur de l'hypophyse; la mem-
Fig. 3. — Schéma de l'anneau de Waldeyer (EscaT).
brane pharyngienne se résorbe, laissant communiquer largement bouche et pharynx ; le stomodeum forme bouche et fosses nasales. | Pour le phystologiste, enfin, .le pharynx est un carrefour où s’entrecroisent
AFFECTIONS DU PHARYNX. Fasc. XIII. — 15
courants respiratoire et digestif, le premier suivant les fosses nasales et le larynx, le second, la bouche et l'œsophage. À l’état normal, ces courants ne se rencontrent pas, puisqu’à chaque mouvement de déglutition, le voile se redresse, tañdis que l'épiglotte se rabat sur le larynx. De la bouche, le
bol alimentaire peut donc, sans incidents, s'engager dans le pharynx, puis dans l'æœsophage.
Ceci dit, comment comprendre la pathologie du pharynx ? A l’aide de quelques remarques simples : |
lo De par sa structure, il est particulièrement accessible aux influences qui agissent électivement sur le tissu lymphoïde ; états constitutionnels (arthritisme, lymphatisme, vagotonie) ; infections ; irritalions locales. Et ïl est d'autant plus vulnérable que sa muqueuse, infiltrée de tissu adénoïde, est tout en replis, fossettes, cryptes, où se perpétue l’inflammation qu'aucun traitement local n'est assuré d'atteindre.
2° De par ses connexions, il participe à la vie pathologique des cavités voisines, ou, plus exactement, il la domine. Il pèse sur elle de tout son poids d'organe considérable, riche en fonctions importantes, constamment sur la brèche et toujours prêt à succomber à la tâche. Combien de fois, dans ses inoubliables leçons des Enfans-Malades, où il savait « porter la clarté jusqu'à la splendeur », le professeur Hutinel n’a-t-il pas montré cette cavité pharyngée comme le centre morbide d’où rayonnent les processus infectieux ! Voyez, par exemple, les angines de la diphtérie, de la scarlatine, de la rouveole. Des amygdales palatines, l'infection se porte en haut, gagnant fosses nasales et sinus ; en dehors, vers l'oreille moyenne, en bas, vers le larynx, en avant, vers la bouche. Au début, c'est très peu de chose (Trousseau}. À la fin, dans les cas funestes, rhinite, avec ou sans sinusite, otite, laryngotrachéite, stomatite, broncho-pneumonies, souvent aussi, adénites et périadénites cervicales, la phlegmasie amygdalienne éveillant les sympathies ganglionnaires. A l'intensité des complications locales, vous pouvez mesurer toute la distance pronostique qui sépare le départ de l’arrivée. Ce n’est pas tout. Songez à cette muqueuse pharyngée, à cette éternelle blessée, sans cesse exposée aux injures, sans cesse baignée par cette salive dont nous connaissons aujourd'hui la virulence, sans cesse traversée par d'innombrables leucocytes, dont l’exode crée, à sa surface (Renaut, de Lyon), autant de pertes de substance qui permettent à l'ennemi de pénétrer dans la place, et vous comprendrez pourquoi l'organisme ne peut ne pas souffrir de sa souffrance. Landouzy avait décrit l'Amygdalite maladie générale. Conception excellente, à condition de l'étendre à la pathologie du pharynx tout entière, Combien d’'appendicites, de néphrites, de bronchites reconnaissent, pour unique cause, une lésion pharyngée ! Combien de méningites cérébro-spinales, de poliomyélites épidémiques envahissent l'économie à la faveur d’une angine aiguë ! Combien de diphtéries font, comme l'avait éloquemment dit Bretonneau, dès 1835, leur lit dans les fosses nasales, et passent inaperçues, ne traduisant leur existence que par des phénomènes généraux d'intoxication ! Combien de