SI. — ANGINES ROUGES
(Sy. : érythémateuses, catarrhales, simples, pullacées.)
Elles se caractérisent par une hyperhémie plus ou moins intense dela muqueuse pharyngienne. Comme le fait remarquer M. Roger, cette hyperhémie existe au début de toute angine. Mais, dans la variété que nous étudions en ce moment, elle persiste d'un bout à l’autre de la maladie, dont elle constitue le principal symptôme.
Les angines rouges sont produites par des microbes, ou trop peu virulents, où agissant sur un terrain trop résistant pour dépasser la phase congestive : streptocoque seul ou associé (Veillon); ce qui explique leurs relations avec l’érysipèle ou la fièvre puerpérale; pneumocoque (Netter, Rendu); staphylocoque; bacille diphtérique. Elles peuvent être généralisées ou localisées.
A. — Angines rouges généralisées.
Nous prendrons, comme type de description, l’angine saisonnière.
Étiologie. —L'angine saisonnière s’observe de préférence à la fin du printemps et au cours de l'été. Parfois épidémique, elle frappe surtout des adultes. Ses causes déterminantes sont d'ordre infectieux et consistent en uné augmentation brusque de la virulence des microbes des cavités bucco-pharyngées, sous l'influence de certaines causes favorisantes, dont les principales
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sont les excès alimentaires, l’inhalation de poussières, de vapeurs et de gaz irritants, et, surtout, le froid humide.
Symptomatologie. — La maladie débute brusquement, en pleine santé apparente, par des troubles généraux intenses : malaise, courbature, prostration d'emblée très accusée, frissonnements, ascension thermique à 39°-40 ; état gastrique; convulsions chez les jeunes enfants. Dix à douze heures après, surviennent les premiers symplômes fonctionnels : sensation de sécheresse, de picotement au fond de la gorge, puis dysphagie, surtout pour les liquides froids. À l'examen local, rougeur diffuse qui prédomine sur les piliers amygdaliens et sur la paroi postérieure du pharynx. L’adénopathie est peu marquée. Au bout de 36 à 43 heures, apparaissent, sur les amygdales, des « points blancs », simples dépôts pultacés, faciles à détacher et se dissolvant immédiatement dans l’eau. En une semaine, la guérison est complète, mais les récidives sont fréquentes. Les seules complications à signaler sont l’albuminurie transitoire, et le rhumatisme articulaire aigu.
Chomel décrit une forme spéciale, que caractérise surtout l'élément douloureux et qui s'accompagne souvent de torticolis, de raideur de la nuque et de lumbago. Il existe aussi des formes graves, heuréüusement exceptionnelles, dont les manifestations dominantes sont: les vomissements incoercibles, la diarrhée profuse, l'hypothermie, la tendance au collapsus et à la syncope. Ces formes relèvent, le plus souvent, de l'insuffisance surrénale (Sergent.
Diagnostic. — Il est habituellement facile. La seule cause d’erreur à éviter, c’est l’angine syphilitique.
Anatomie patholog'ique. -— Dans l’angine saisonnière, les lésions se localisent à la muqueuse et aux glandes mucipares, et sont d'ordre purement congestif : dilatations vasculaires, diapédèse, etc. Suivant leur intensité, on en distingue trois formes : érythémaleuse, catarrhale et pultacée.
Traitement. —On appliquera des compresses chaudes au-devant du cou, on fera de grands lavages au salicylate de soude, on donnera de la quinine à petites doses. Les malades seront laissés au lit et au lait, au moins les premiers jours. Une analyse quotidienne des urines fixera le moment auquel on pourra reprendre, avec prudence, l'alimentation. B. — Angines rouges localisées.
Amygdalites catarrhales aiguës.
Trois variétés, suivant qu’il s’agit d'amygdalite palatine, linguale, ou pharyngée. |
4. — Inflammation catarrhale aigué des amygdales palatines. (Syn. : angine tonsillaire.) Étiologie. —Au premier rang des causes prédisposantes, il faut signaler le
refroidissement, les conditions climatériques, la maladie s’observant sur-
tout au printemps et en automne; l’âge : elle offre une prédilection marquée pour les jeunes; l'influence, chez la femme, de la menstruation; Chez l'homme, du tabagisme et de l'alcoolisme. M. Ruault fait jouer un rôle aux traumatismes, même éloignés, H. Brown incrimine le lymphatisme. Quant aux causes déterminantes, elles sont toujours d'ordre infectieux ; maïs, comme nous l'avons dit, il n’y a point de germes spécifiques. Ceux que lon retrouve le plus souvent sont le streptocoque et le pneumocoque; on a sionalé quelquefois le bacille de Lôüffler ou le pneumobacille de Friedländer.
Pathogénie. — L'amygdalite aiguë est considérée aujourd’hui comme la résultante d'une infection générale. En faveur de cette conception, on peut faire valoir des arguments : 41° cliniques : la maladie débute brusquement, présente une évolution cyclique,.se complique d'accidents viscéraux; 2° éfiologiques : elle est contagieuse probablement par les gouttelettes de salive entraînées par la toux ou l’expectoration.
Symptomatologie. — Après une période d’incubation, qui dure de un à trois jours, survient la période d'invasion que caractérisent surtout les phéno-: mènes généraux : grand frisson ou petits frissonnements, courbature, avec, parfois. même, rachialgie ; sensation de lassitude; céphalée, sécheresse de la peau, état gastrique ou bilieux; soif ardente, tenant et à la sécheresse de la gorge et à la fièvre. La température monte rapidement, en effet, à 39°,-le pouls, à 100-110. Cette hyperthermie s'accompagne parfois de délire chez les adultes, de convulsions chez les enfants. Au bout de vingt heures environ, | apparaissent les symplômes fonctionnels : douleur vive, d’abord unilatérale, mais ne tardant pas à gagner l’autre côlé, sensation de chaleur locale et de corps étranger volumineux enfoncé dans la gorge. La déglutition ne s'ef; fectue qu’au prix de mille efforts; parfois mème, les liquides refluent par le nez. Les boissons glacées semblent d’abord bien supportéés ; mais, aussitôt äprès leur ingestion, la dysphagie redouble. Les patients se plaignent de ne pouvoir avaler leur salive. Leur voix est nasonnée, amygdalienne. Ts accusent souvent de l’otalgie, une surdité passagère, et souffrent de torticolisi A l'examen local, toujours malaisé, les amygdales apparaissent tuméfiées; elles peuvent même arriver à entrer en contact par certains points sur lesquels se développent des ulcérations superficielles. Leur surface, lisse chez l'enfant, est anfractueuse chez l'adulte; leur coloration, rouge vif écarlate. Bientôt, elles se recouvrent d’une couche de mucus, puis, si la desquamation épithéliale a été très abondante, de dépôts pultacés, répartis en îlots ou formant une couche uniforme. D'autres fois, les cryptes se dilatent; il s’accumule, à leur intérieur, des amas caséeux jaunâtres qui s’enchâtonnent. Quant aux régions voisines, elles participent à l'inflammation : les piliers sont congestionnés, la luette et le voile, parfois œdématiés, la paroi postérieure du pharynx, érythémateuse, Dans la région angulo-maxillaire, on sent un ganglion modérément tuméfié, douloureux à la pression.
Tant que dure la période d'état, les phénomènes généraux conservent toute leur intensité ; le sommeil est mauvais, l'alimentation presque impossible. Au bout de cinq à six jours la température s’abaisse, les symptômes
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fonctionnels rétrocèdent, mais il s'écoule plus de quinze jours avant que l'amygdale reprenne son volume normal. La convalescence est lente et pénible. Les récidives sont fréquentes : lorsqu'il s’en est produit un certain nombre, la résolution des phénomènes inflammatoires ne se fait plus qu'imparfaitement : à l’'angine aiguë succède une angine chronique.
Formes cliniques.— Nous venons de décrire la forme habituelle, I1 faut encore mentionner des formes : 1° frustes, où la défervescence se fait en vingt-quatre heures ; 2° {yphoïdes, septicémiques, avec ataxie ou adynamie, hépato et splénomégalie, albuminurie, délire, douleurs multiples, diarrhée, vomissements; 3° suppurées; 4° gangréneuses, observées surtout chez les diabétiques et les alcooliques ; localisées à une partie de l'amygdale, elles peuvent se terminer favorablement ; 5° trainantes, où l'hypertrophie amygdalienne ne se résout pas et où l'état général décline de plus en plus (infection amygdalienne subaiguë prolongée, de Legendre); 6° à répétition, liées à la présence de gros calculs fétides, que ramène le crochet à discission (v. le chapitre : Angines chroniques, p. 125); 7° infantiles, où la température peut atteindre 42° (Ruault), sans que cette hyperthermie, d’ailleurs passagère, influence défavorablement le pronostic ; 8° il y a des amygdalites pultacées produite par le bacille de Lôffler (diphtérie lacunaire aiguë de Koplik) (v. p. 9%); l’angine catarrhale rétro-nasale de Le Mée et Vasselle, fréquente chez le nourrisson, et de diagnostic d'autant plus malaisé que l'examen de la sorge reste négatif, et que les phénomènes généraux rappellent souvent la méningite : il se fera par l'examen radioscopique et l'examen de l'oreille, celui-ci décelant toujours des signes d’otite aiguë, sans he la paracentèse soit d’ailleurs nécessaire.
Complications. — Ce sont celles de toutes les angines (v. p. 83).
Diagnostic. — La seule erreur à éviter, c'est de confondre l’angine catarrhale avec une poussée aiguë d’angine cryptiqué chronique. Mais celle-ci reste strictement unilatérale, tandis que celle-là atteint les deux amygdales et se propage même à la paroi postérieure du pharynx.
Anatomie pathologique.— Les lésions n’ont rien que de très banal : multiplication et desquamation des éléments épithéliaux; ectasie des capillaires ; œdème du tissu amygdalien, dilatation des cryptes; infiltration massive de polynucléaires ; accumulation de cellules dégénérées dans les glandes mucipares. Les cryptes ne sont pas épargnées.
Traitement. -— Prophylactique, il consiste en soins d'hygiène buccale et digestive (v. p. 86). Symptomatique, il utilise les divers procédés indiqués plus haut; en cas de récidives par trop fréquentes, l'ablation des amygdales s'impose.
Il. — Amygdalite linguale aiguë catarrhale.
L'amygdalite linguale aiguë peut s’observer dans deux circonstances bien : distinctes :