LAURENS
à la rétention. Celle-ci devient, à son tour, l’origine de poussées inflammatoires.
Anatomie pathologique. — Macroscopiquement, l'amYgdale paraît farcie de kystes, dont le volume varie d’un grain de mil à un gros pois, et qui sont remplis d’une substance analogue à du mastic de vitrier. Microscopiquement, il convient (Cornil et Ranvier, Sokolowski, Dmockowski), d’étudier successivement : 1° les parois de la crypte ; 2° son con- | tenu.
Les parois sont recouvertes par un épithélium aplati. Suivant les cas, elles sont ou amincies, laissant voir par transparence le caséum sous-jacent, ou épaissies, cet aspect étant dû à l’hypertrophie des follicules lymphatiques qu’elles contiennent.
La cryple elle-même est toujours dilatée. Le magma est formé de cellules épithéliales stratifiées, altérées et de quelques globules blancs; à son centre, on trouve de la graisse, des cristaux d'acides gras, de la cholestérine, des grumeaux cal-
caires. IL est riche en germes de toutes sortes : diplocoques, sireptocoques, leptothrix, etc.
Symptomatologie. — L'angine lacunaire s’observe
surtout entre 20 et 50 ans. Des troubles fonctionnels qu'elle détermine, les plus importants sont : 1° les doxleurs, localisées à un point correspondant extérieurement à l'amygdale entre l’angle de la mâchoire et la grande
corne de l'os hyoïde (Ruaullt); réveillées par la déglutition, elles irradient souvent vers l'oreille et consistent en sensations de tiraillement, de déchirure, de piqüre ou de brûlure; exceplionnellement, elles peuvent simuler la névralgie faciale ; 2° la toux, sèche, matutinale, parfois suivie de nausées ou de vomissements; 4° les modifications de la voix, dues surtout aux adhérences staphylo-tonsillaires (Ruault)(1); 4° une sensation particulière de fétidité, appréciable au goût ou à l'odorat, et liée, dans certains cas, à l'élimination de grains caséeux. Ces divers troubles, d’ailleurs tardifs et peu caractéristiques, acquièrent toute leur intensité chez ceux qui font abus d'alcool ou de tabac, ou qui fatiguent leur voix, chez la femme, au moment de la période menstruelle. Signes physiques. — Deux cas sont à envisager : 1° tantôt (surtout chez les enfants), les amygdales sont grosses, molles, hypertrophiées(V. p. 121). A leur surface, lisse, érythémateuse, on distingue un certain nombre d'orifices cryptiques oblitérés par un bouchon blanchätre. Vient-on à introduire, dans l’un d'eux, un stylet recourbé, l'instrument pénètre dans les lacunes communiquant entre elles, si bien que, finalement, il ressort par un orifice plus
(1) Voyez p. 122.
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ou moins éloigné de l'orifice par lequel il est entré, ramenant avec lui des concrétions caséeuses, malodorantes. Souvent, d’ailleurs, les malades apprennent à énucléer eux-mêmes ces concrétions à l’aide d’une aiguille à tricoter, en se servant, pour éclairer leur gorge, d'un miroir de poche.
2° Tantôt (surtout chez l'adulte), les amygdales sont petites, dures, fibreuses, à peine plus colorées que normalement. Les lésions sont alors moins visibles. Il faut savoir les rechercher en réclinant le pilier antérieur, sous lequel on voit une vaste crypte, située à l'union des tiers supérieur et moyen du bord antérieur de l’amygdale ; en explorant avec soin la fosselle sus-amyglienne; en examinant au miroir laryngoscopique la face postérieure de la glande.
Formes. — M. Escat décrit, en plus de la forme vulgaire, une forme fruste, où les symptômes fonctionnels sont réduits au minimum, et une forme enkystée, où manquent la fétidité et l'élimination de bouchons caséeux. A l'examen direct, la tonsille apparaît bosselée; à la surface des bosselures, dont chacune correspond à une crypte dilatée, l’épithélium s’amincit ou même s’ulcère.
Évolution. — Elle est chronique, avec des poussées aiguës, qui s’annoncent par quelques phénomènes généraux : malaise, abattement, fièvre légère, et par un redoublement des troubles fonctionnels déjà cités. L’inspection de la région malade révèle la dilatation extrême des lacunes et l’adhérence, à leurs parois, des masses caséeuses qu’elles contiennent. Le processus inflammatoire, comparable à un étranglement, dure 3 à 4 jours.
La maladie ne présente aucune tendance spontanée à la guérison. Elle ne peut être améliorée que par un trailement opératoire, qui, le plus souvent, est la discission. Des formes qu'elle revêt, la moins accessible à la thérapeutique est la forme scléreuse.
Complications locales. — Ce sont :
1° L'ulcération, parfois décrite à part sous divers noms : angine lacunaire ulcéreuse aiguë (Moure); angine ulcéreuse chancriforme (Mendel); angine cryplique ulcéreuse (Escat). MM. Brindel et Raoult la définissent : une « ulcération inflammatoire, bénigne et isolée du tissu amygdalien évoluant à l’état aigu, autour d'une amygdalite lacunaire latente enkystée, et ayant pour conséquence la destruction d’une partie plus où moins étendue de l’amygdale. Cette ulcéralion, qui ne semble pas être sous la dépendance de germes spécifiques, évolue en trois phases : préulcéreuse, où la tonsille, tuméfiée, douloureuse au toucher, fait saillie en un point que recouvre une muqueuse rouge à la périphérie, blanche au centre; ulcéreuse. Au bout de trois à quatre jours, se développe une ulcération à contours arrondis, à bords taillés à pic ou décollés, tapissée par une pulpe blanc jaunâtre, peu adhérente, sous laquelle apparaît un fond anfractueux, parsemé de lambeaux de tissu amygdalien prêts à se détacher. L’haleine est légèrement fétide, la réaction ganglionnaire à peine accusée; postulcéreuse. La cicatrisation est lente, si l’on n'intervient pas, rapide, sous l'influence d'un traitement approprié. En un mois, au plus, la guérison est obtenue.
2° Les calculs de l’amygdale(Terrillon, Roux, Coste), qui résultent de la
L,. BABONNEIx et H. DARRÉ.
calcification des masses caséeuses. Ils sont formés de phosphates et de carbonates calciques, associés à des phosphates de magnésium. Cliniquement, ils peuvent présenter/plusieurs formes : latente, angineuse, pseudo-néoplasique, ulcéreuse.
3° Les abcè$ et phlegmons de l'amygdale ; ;
4° Les complications auriculaires : catarrhe tubo-tympanique, otites aiguës, etc. .
Générales, elles sont des plus fréquentes (Guisez, Salzmann) : fatigue générale avec perté d’appétit, vomissements bilieux, cholécystites, peut-être ulcères gastriques et duodénaux (Rosenow), albuminurie orthostatique, dermatoses diathésiques : eczéma, psoriasis, arthropathies.
Diagnostic. — Essentiel, il repose sur les résultats de l'inspection et de l'exploration au Rue
Différentiel, il est à faire avec :
L'hypertrophie simple des amygdales, où il n'existe pas de bouchons caséeux oblitérant les orifices des cryptes;
La mycose amygdalienne où les productions parasitaires, d'aspect villeux, très adhérentes, siègent entre les cryptes, et fournissent, au microscope, des figures caractéristiques ;
Les abcès chroniques intra-amygdaliens, qui contiennent un pus très fluide, riche en polynucléaires avariés.
Un mot encore à propos du diagnostic des complications. L'amygdalite lacunaire ulcéreuse sera différenciée de la tuberculose amygdalienne ulcéreuse, habituellement secondaire, et où l’ulcération, à fond grisâtre, à bords violacés, s'accompagne d'une dysphagie intense. Les piliers sont infiltrés; le voile, d’une päleur insolite. Dans le pus, on trouve d'innombrables bacilles de Koch; du lupus, qui se limite exceptionnellement à l’amygdale’et où l’ulcération, serpigineuse, présente un aspect milé caractéristique ; des productions syphilitiques, chancre ou gommes : souvent, il est indispensable d’attendre avant de se prononcer ; de l’angine de Vincent (V. p. 104).
Quant aux calculs de l’amygdale, ils se reconnaissent à la sensation spéciale que donne, au toucher, l'induration pierreuse, quand ils sont encore recouverts par la muqueuse; à l'exploration au stylet, quand ils sont à dé- . couvert.
Traitement. — Il se résume dans la discission, qui consiste « à introduire dans un des orifices des cryptes malades un crochet mousse et de rompre ensuite, par traction, la paroi ou le pont derrière lequel se trouve ainsi placé l'instrument » (Ruault). Des attouchements à la glycérine iodée et des gargarismes antiseptiques Seront ensuite prescrits. En cas d'angine cryptique ulcéreuse, on détergera l’ulcération, qu'on badigeonnera, aussitôt après, avec une solution iodo-iodurée. Quant aux calculs, ils seront extraits avec une pince.
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