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IS LA DYSENTERIE BACILLAIRE

lement, où le manque d'hygiène, dans les campagnes, contribue à assurer l'entretien, l'extension et la virulence de la graine ; les provinces du Sud- Ouest (Bordeaux, Rochefort, etc.), la Champagne, nos provinces de l'Est, le bassin de la Somme, enfin Paris même qui, chaque année, paie à la dysenterie bacillaire un tribut plus ou moins important. |

Ce simple exposé montre combien le domaine de cette variété de dysenterie est considérable.

Épidémicité. — Un des caractères les plus importants de la dysenterie bacillaire est son épidémicité. On ne la voit guère apparaître, en effet, que

| sous ‘la forme épidémique. Toutefois, elle‘peut sévir'à l'état.

sporadique, ne déterminant que des atteintes isolées et rares dans une même agglomération.

Les épidémies de dysenterie bacillare peuvent être très restreintes, mais aussi considérables, et atteindre presque toute une agglomération, un régiment, une garnison, une région, un pays tout entier.

Telle la vaste pandémie qui atteignit la Fig. 1. — Répartition mensuelle des cas de dysenterie Suède, de 1853 à 1860,

bacillaire au cours de l’année (dans l’armée). provoquant 71050 cas

| et 20000 décès; à plusieurs reprises, la plupart des nations européennes lui ont payé simultanément un énorme tribut.

Evolution saisonnière. — La dysenterie bacillaire est une affection essentiellement saisonnière : silencieuse ou presque absente dans les premiers mois de l’année, elle commence à apparaître vers la fin juin: les épidémies présentent leur acmé en fin juillet ou au mois d’aoûl: en septembre, elles ralentissent leur activité pour cesser en octobre, dès l'apparion des premiers froids. Le tableau ci-joint montre la courbe habituelle de la dysenterie bacillaire au cours des divers mois de l’année (ig. 1):

Nature contagieuse. — La notion de la transmissibilité de cette affection est de date très ancienne; elle a été établie autrefois par des faits précis, grâce à l'observation rigoureuse des médecins d'armée. Les récits épidémiologiques qu'ils ont laissés abondent en épisodes démonstratifs.

Vers 1825, cependant, les guerres cessent et avec elles les épidémies permanentes que les troupes entretenaient, convoyaient el transmettaient aux

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Cas

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populations. Les atteintes dysentériques ne disparurent pas, mais elles devinrent moins denses, et beaucoup se manifestaient à l’état sporadique. Pour L. Laveran, L. Colin, entre autres, la contagiosité de la dysenterie devenait inacceptable : la dysenterie naissait des souillures: banales et se développait de toutes pièces.

Et cependant, à la même époque, Trousseau n'hésitait pas à admettre la contagiosité. Il l'avait, en effet, observée dans les campagnes où, mieux que dans les villes, on peut saisir Rte du mal et suivre sa marche progressive. Il l'avait vue survenir die un village après l’arrivée d’un sujet l'ayant contractée dans un endroit parfois très éloigné, se communiquer ensuite aux divers membres de sa famille, puis aux habitants des maisons voisines, s'étendre de proche en proche, de hameau à hameau, de commune à commune, envahissant ensuite plusieurs localités d’une même région. Depuis lors, de nombreux faits ont montré le bien-fondé de cette opinion.Bref, la nature essentiellement contagieuse de la dysenterie bacillaire est actuellement bien établie.

CAUSES ÉTIOLOGIQUES

Transmissible, contagieuse, la dysenterie bacillaire est par conséquent de nature parasitaire. Elle est provoquée par l’action pathogène d’un germe spécifique, seule cause déterminante. Cette dernière, toutefois, doit être aidée le plus souvent par des causes favorisantes auxquelles on a voulu, à tort, faire jouer un rôle exclusif dans l’étiologie de l'affection, mais dont le caractère occasionnel a son importance.

Cause déterminante. — Le bacille dysentérique. — L'agent spécifique de la dysenterie bacillaire est un bacille décrit en 1888 par Chantemesse et Widal (‘), étudié dans la suite par Shiga (), Kruse, Flexner, Vaillard et Dopter(); etc. (fig. 2):

Sa morphologie, ses caractères de coloration ne le distinguent en rien du bacille typhique, ni du colibacille à la famille desquels ils appartiennent. Sa spécificité a pu être établie par l’action agglutinante exclusive du sérum des malades à certaines périodes de l'affection, par sa propriété sensibilisante, etc., enfin par la réalisation de la dysenterie expérimentale : des cultures du bacille dysentérique introduites sous la peau d’un lapin, d’un chien, provoquent régulièrement chez ces animaux l'apparition d’une dysenterie typique, analogue en tous points à la dysenterie humaine (Vaillard et Dopter). Enfin Strong a pu donner expérimentalement la dysenterie bacillaire à un condamné à mort en lui faisant ingérer une culture de bacilles dysentériques.

Le bacille dysentérique n’est pas un; on en connaît plusieurs variétés qui semblent spécifiquement différentes. Tels les types : Shiga, Flexner, Hiss et Strong qui se séparent les uns des autres, non par les cultures, mais par

CHANTEMESSE et WipaL. Acad. de médecine, 1888. SiGA. Centralbl, f. Bakt., 1898. ] VaizLaRD et Doprer. Annales de l'Inst. Pasteur, 1905.

QI 19 — à te

Cu. Doprer.

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les propriétés biologiques spéciales (fermentations sucrées, agglutina- Lions ele. \

Les autres germes qui ont été décrits comme dysentérigènes, notämment les bacilles de Morgan, ne semblent pas intervenir dans l’étiologiée de la dysenterie bacillaire; ils n'apparaissent dans les selles que quelques jours après le début de l'affection, et au moment où les germes spécifiques sont moins abondants (J. Dumas). Ce sont seulement des germes « d'accompagnement ». Fe |

Siège du bacille dysentérique dans l’organisme. — Le bacille ‘dysentérique siége uniquement dans le contenu intestinal et la paroi du gros

Fig. 2. — Culture de bacilles dysentériques.

intestin, où on le décèle surtout dans la muqueuse. On le trouve parfois. dans les ganglions mésentériques; mais il semble ne jamais franchir cette barrière : il n'envahit que très rarement en effet la circulation générale et les viscères. Contrairement aux bacilles typhique et paratyphiques, ‘il ne se rencontre jamais dans la vésicule biliaire, son développement ne pouvant s'effectuer dans la bile. Le bacille spécifique se cantonne donc presque exclusivement dans le gros intestin, d’où il est émis en quantité plus ou moins considérable dans les milieux extérieurs, par les déjections alvines.

Ce bacille dysentérique existe en quantité abondante souvent en culture pure à la période d'état; puis, quand la guérison s'annonce, les germes de la flore intestinale normale reprennent le dessus et le germe spécifique disparaît progressivement. Mais il persiste souvent pendant la convalescence où sa présence peut être constatée après 2 et 3 mois.

Ce germe ne provoque pas que des atteintes caractéristiques. En temps

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épidémique on observe très fréquemment, à côté des cas les plus avérés, des atteintes de diarrhée d'apparence banale. Kelsch et Kiener avaient supposé leur nature dysentérique ; les recherches bactériologiques (Jürgens, Dopter, Braun, Roussel et Job), en permettant d'isoler dans ces cas le bacille dysentérique, ont montré qu'il s'agissait bien, dans l'espèce, de dysenteries atténuées, réduites au minimum.

Il en est d’ailleurs de même de certains cas sporadiques, et même, dans cette catégorie, .d'attemntes survenant en hiver, dans les agglomérations où la dysenterie a sévi l'été précédent. Ce sont ces cas qui entretiennent la graine qui, à la période estivale suivante, va germer et donner lieu aux explosions épidémiques.

Enfin, le bacille dysentérique peut se rencontrer encore dans l'intestin et les matières de süjets sains ayant été en contact avec des malades ou des foyers dysentériques (Duval et Shorer, Jehle et Charleton, Conradi, Martha Wollstein, etc.). Cette notion des porteurs sains a son importance pour expliquer bien des faits restés obcurs en épidémiologie.

Mode d’action pathogène. — Le bacille dysentérique restant localisé, dans l'organisme malade, au seul gros intestin, on pouvait supposer qu'il y élaborait en même temps une toxine qui, lancée dans la circulation, provoquerait les troubles généraux qu'on observe habituellement dans cette affection. En effet, les cultures tuées de ce bacille, injectées aux animaux sensibles (chien, lapin), déterminent chez eux une dysenterie expérimentale analogue à celle que provoque l'injection de cultures vivantes. Todd, Rosenthal, Vaillard et Dopter, Couradi ont montré ensuite que le corps microbien retient à son intérieur une toxine très active, dont l’inoculation sous-cutanée reproduit trait pour trait une dysenterie superposable à la dysenterie humaine.

La dysenterie bacillaire est donc wne loxi-infection dont le foyer microbien siège uniquerneut dans le gros intestin, d'où part la loxine pour envahir l'organisme entier.

Modes de propagation. — Le bacille spécifique, émis au dehors par l'individu porteur de ce germe (malade, convalescent, porteur sain), se transmet par contagion directe ou indirecte.

Contagion directe, interhumaine. — Ce mode de contagion s'effectue le plus souvent par les mains, souillées de parcelles de selles dysentérifères. IL s'observe de préférence chez les sujets qui sont en contact direct avec les malades, et leur donnent les soins les plus imtimes, sans prendre la précaution de les laver. Maintes épidémies rurales, où l’hygiène la plus élémentaire est inconnue, reconnaissent ce mode de propagation; il en était de même autrefois dans les hôpitaux où les infirmiers ne prenaient aucun soin de propreté.

Contagion indirecte. — Les objets souillés par les matières dysentérifères, fraîches ou même desséchées, peuvent assurer la propagation de la dysenterie bacillaire. En dehors des faits épidémiologiques bien observés, le laboratoire a d’ailleurs démontré (Kruse (!), Phful (?) que le bacille dysen-

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