‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 143 sur 204 · US · texte numérisé non relu

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ÉPIDÉMIOLOGIE. Fac TllTE ND

laine mesure à l'extension d'une épidémie. Laveran rapporte qu'au mois d'août 1854, un détachement du 45° régiment fut surpris au milieu de la plaine de Metidja, en Algérie, par un violent sirocco; le choléra, qui ne se manifestait que par quelques cas isolés, prit tout à coup une violence extrême ; le soir, tout le détachement, y compris l'officier qui le commandait, était à l'hôpital. |

Races. — On a prétendu que les races de couleur sont plus susceptibles au choléra que la race blanche, mais les médecins anglais des Indes soutiennent la thèse contraire. Il est vraisemblable que les variations dans la morbidité s'expliquent ‘plutôt par les conditions hygiéniques spéciales à chaque race, que par des susceptibilités ethniques particulières.

Age. — Le choléra frappe tous les âges. Les rapports adressés à lAcadémie de médecine en 1849 attribuent aux deux premières années de la vie une disposition spéciale à la maladie. Maclaughlin est aussi d'avis que les enfants sont très fréquemment atteints, mais le choléra est méconnu chez eux parce qu'il revêt une forme fruste (diarrhée simple, méningite, etc.). Briquet et Mignot disent que le maximum de fréquence du choléra est compris entre 20 et 40 ans : Tischtowitch a fait la même remarque pendant la dernière épidémie de Saint-Pétersbourg. La morbidité est moindre chez les vieillards, mais la mortalité est plus forte.

Sexe. — Le sexe ne paraît pas avoir une influence sur les manifestations du choléra. |

Professions. — Aucun mélier ne préserve du choléra. La prétendue immunité, remarquée dans certaines épidémies chez les ouvriers en cuivre (Burq), les ouvriers de manufactures de tabacs, ceux employés à la distillation de la houille et les tanneurs, n’a pas été retrouvée dans d’autres épidémies. En revanche, l'influence néfaste de certaines professions est certaine; telles sont celles des blanchisseuses, des infirmiers et des médecins. A côté de quelques rares séries heureuses, combien de victimes les annales du choléra ne comptent-elles pas parmi les médecins et les infirmiers! A Madras, en 1818, le choléra frappait 20 médecins ; à Jassy (Roumanie), en 1831, tous les médecins, excepté trois, ont péri avec leurs familles (Graves); à Toulon, en 1842, sur 55 personnes du service médical, 10 furent atteintes; à Mittau, en 1818, sur 16 médecins, 10 eurent le choléra; à Mean-Meer (Indes) dans un régiment européen de 1002 hommes, 863 faisaient fonctions d’infirmiers ; 498 parmi ceux-ci furent malades; dans un autre régiment, sur 205 cas de choléra, 137 se déclarèrent chez des hommes employés à lhôpital (Macnamara).

En somme l'influence des professions se réduit à celle de la différence dans la position sociale, dans les conditions de bien-être et dans les chances de la contagion de chaque métier.

Misère et états pathologiques. — La misère physiologique, les privations et la fatigue prédisposent énormément à la maladie. Plusieurs fois les grandes épidémies des Indes ont été précédées de la famine. Parmi les pèlerins musulmans, qui réunissent toutes les conditions précitées, le choléra fait une riche moisson. Les hospices, dont la population se compose de vieillards et d’infirmes, ont toujours payé un tribut considérable à la

M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULO.

Sp | LE CHOLÉRA.

maladie. À la Salpêtrière, en 1849, on compte 952 décès sur 4000 indigents et infirmes; à Bicêtre, à la même époque, on enregistra 200 morts sur 2600 habitants. Dans les dépôts de mendicité, la mortalité a toujours été fort élevée. Dans l'asile de Nanterre, en 1392, sur 100 individus logeant dans la même salle, 26 ont été pris de choléra; l'asile de Saint-Denis eut une mortalité de 6 pour 100 environ, en 1849. Dans les bagnes et les prisons, on

a été souvent obligé d’évacuer complètement l'établissement pour éviter une

destruction complète. En 1849, dans le bagne de Brest, on compte 189 cas sur 5000 forçats et, à Tours, dans la prison centrale, il y eut 85 malades sur 115 détenus.

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Parmi les maladies qui prédisposent le plus au choléra sont celles du.

tube digestif. Les individus atteints de troubles gastro-intestinaux tombent fréquemment victimes de l’épidémie, et c’est surtout sur la dysenterie que, dans les pays chauds, le choléra vient se greffer, comme nous avons eu maintes fois l’occasion de l’observer à El Tor. « Tout ce qui trouble Pactivité régulière de la digestion, dit Griesinger, agit, au moment de l'épidémie comme influence nuisible... l’orgie et l'ivresse aussi bien qu'une diète exagérée, établie sans transition. » En 1908, à Saint-Pétersbourg, 65 pour 100 des malades avaient absorbé, avant l'attaque, une grande quantité d'alcool. La phüsie, la fièvre typhoïde, la grossesse et l’état puerpéral doivent occuper un des premiers rangs, parmi les maladies qui prédisposent au choléra; mais, sans contredit, c’est l’aliénation mentale qui fournit le plus grand nombre de victimes. En 1854, sur 10.600 aliénés, il y

eut 900 cas (Briquet); en 1849, sur 965 pensionnaires de l'asile de l'Oise,

214 furent atteints (Woilez); en 188%, sur 4580 aliénés, formant la population de cinq asiles, il y eut 595 cas, soit 87 pour 1000; en 1895, le choléra éclata brusquement dans l'asile de Nietleben, près de Halle (Prusse), sans qu'il se soil manifesté sur aucun autre point de la région; en 1910, l'asile des aliénés de Marseille fournit un très grand contingent de malades. Agglomérations. — Tous les auteurs s'accordent à. dire que les grandes agglomérations d'hommes favorisent la propagation des épidémies cholériques. Dans le pèlerinage musulman, dans les divers grands pèlermages indiens, pendant les grandes foires, la maladie, une fois introduite, fait des ravages. Kelsh a insisté sur les poussées épidémiques qui se produisirent

en 1895, à Toulouse, à l’occasion du concours de gymnastique, et, la même

année, à l'Oasis de Tolga, près de Biskra, où la fête du mouton avait fait alfluer une foule de pèlerins. En Egypte, les épidémies cholériques de 1885 et 1895 se manifestèrent, pour la première fois, à Damiette, au moment

du grand Mouled, foire religieuse et commerciale, qui a lieu dans cette ville.

En général, dans les grandes et compactes agglomérations, le choléra

frappe fort mais sa durée est courte. Dans ces conditions de promiscuité et. d’encombrement son évolution est suraiguë. En Crimée, deux jours après …

que la flotte eût été mise en communication avec une division française, atteinte de choléra, l'épidémie éclata avec violence sur tous les navires; en trois jours elle atteignit son maximum, et dix Jours après elle était termi-

née (Laveran). Au Hedjaz les épidémies chlolériques durent très peu de.

temps, c'est un feu de paille; le choléra apparaît quelques jours avant les

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fêtes, au moment où tous les pèlerins sont arrivés, frappe de toute sa force et disparaît après leur départ. Il éclate brusquement et s'éteint de même.

Conditions hygiéniques.— Les quartiers bas, mal aérés, aux rues étroites, aux égouts défectueux et aux maisons encombrées, sont, pour une ville, les principaux foyers de choléra. À Saint-Pétersbourg, de 518 maisons attaquées par le choléra en 1908 et 1909, 79 pour 100 étaient encombrées et mal tenues. En 1910, dans la mine de Briansk, à Ekaterinoslav, le choléra fut constaté dans 46 casernes et maisons, toutes situées dans les rues de construction défectueuse (Taranoukine). Les peuples barbares et, parmi les nations civilisées, les classes inférieures, qui vivent dans la promiscuité et la saleté, paient, en général, un large tribut au fléau.

Marche des épidémies. — Une fois la maladie entrée dans une localité, elle se propage principalement par le contact et par l’eau. L’épidémie par contact s étend de proche en proche, elle fait tache d'huile; elle commence par l'entourage immédiat du malade, pour se transmettre aux habitants de la maison, puis à ceux du quartier et enfin se dissémine dans la localité entière. Le nombre de cas augmente petit à petit, de sorte que da courbe présente une pente ascendante douce, un plateau plus ou moins régulier et une descente lente.

La propagation par l’eau a une allure plus tragique. Les cas paraissent simultanément dans plusieurs maisons du même quartier ou dans différents quartiers de la ville, sans qu’une filiation puisse être établie entre eux. Tel est le caractère des épidémies de Saint-Pétersbourg en 1908, de Hambourg et de Samara en 1892, de Kiew en 1907. La courbe monte rapidement et son maximum est atteint très vite; le plateau est de courte durée et la descente lente et graduelle. Cette courbe peut être influencée par les cas plus ou moins nombreux de contagion, car ordinairement les deux modes de propagation du choléra se combinent à un moment donné.

Chaque épidémie a une manière de s'étendre qui lui est particulière. Il y en à qui envahissent rapidement plusieurs terriloires, d’autres marchent lentement avec hésitation et leur pouvoir d'extension s’épuise rapidement, d’autres encore procèdent par étapes plus ou moins longues : elles s'arrêtent momentanément pour reprendre bientôt avec force. La marche d'une épidémie présente éventuellement certaines particularités, qui ne peuvent pas toujours s'expliquer. Dans maintes épidémies on a noté des localités où la maladie n'avait envahi qu’une seule rue et, dans une rue, une seule rangée de maisons; d’autres fois elle se cantonnait dans un groupe de maisons et puis elle reprenait dans un autre quartier éloigné. Dans certaines épidémies il y a une période prémonitoire, le choléra est précédé de dérangements intestinaux, de diarrhées simples, qui petit à petit finissent par prendre le caractère de la maladie, comme dans l’épidémie de Saint- Pétersbourg en 1908 ; d’autres fois la maladie se présente d'emblée avec tout la cortège de ses symptômes. |

Durée, morbidité, mortalité. — La durée d'une épidémie ne suit pas une règle fixe. En général, elle est plus longue dans les villes à population dense que dans les villages; dans les endroits situés au milieu des basfonds, que sur les points élevés.

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Certaines épidémies, comme celle de Lisbonne, malgré le grand

nombre de personnes attaquées, donnent une mortalité minime, dans d’autres, au contraire, les cas sont peu nombreux, mais presque tous sont mortels. Les quatre grandes épidémies de 1832, 1849, 1854 et 1865 ont tué, chacune, en France seulement, de 100 à 150000 individus; celles de 1884 et 1893 ont été, par contre, peu meurtrières:

Les décès oscillent, dans chaque épidémie, entre 30 et 80 pour 100

malades. La mortalité est toujours excessive au commencement de lépi

démie. Macpherson rapporte, que dans une épidémie de Kurachee, la mortalité pour les premiers cent cas était de 79, pour les seconds 66, pour les troisièmes 50 et enfin pour les quatrièmes 40. L. Rogers, qui relate le fait, observe que, dans l'appréciation d’un nouveau traitement, on doit

prendre en considération la période de l'épidémie pendant laquelle sl est

appliqué. Enfin Briquet, Jacot et d’autres font ressortir, par plusieurs exemples, le fall paradoxal que la mortalité est'en raison inverse de la densité de la population, car dans les villages, malgré le peu de cas, la mortalité est bien supérieure à celle des villes. Ruffer a fait, aux Indes, la même observation en ce qui concerne la peste.

Déclin et fin des épidémies. — Quelque violente qu'ait été une épidémie, il arrive un moment où elle s’épuise et s'éteint par elle-même. Les épidémies du Yemen et du golfe Persique, où aucune précaution n’est prise et aucun

effort tenté, cessent tout aussi bien que Ià où toutes les mesures ont été appliquées.

La disparition d’une épidémie a été attribuée à la perte de la virulence

du vibrion, qui cesserait d'agir comme agent de propagation du choléra:

mais le vibrion existe en abondance et très virulent à la fin de la période -

épidémique. Les personnes qui viennent, à cette époque, d’un pays indemne paient un lourd tribut à la maladie, et l'immigration peut redonner de l'élan à l'épidémie finissante. Certains auteurs ont avancé que la population, par suite de contaminations légères et quotidiennes, acquiert une certaine

immunité. Le fait, assez fréquent de la recrudescence d’une épidémie dans.

le même milieu, contredit cette manière de voir. Sur ce point, comme sur plusieurs autres concernant le choléra, nous devons avouer notre ignorance.

Quoi quil en soit, quand une épidémie arrive à son déclin, les cas deviennent rares, clatrsemés et quelquefois plus légers. Dans des conditions

d'observation favorables, on peut noter, après la fin de l'épidémie, une plus grande fréquence des troubles gastro-intestinaux.

La mortalité, pour les autres maladies, diminue considérablement après

une forte épidémie cholérique, parce que le plus grand nombre des souffre-

teux et des affaiblis a été emporté par la maladie et la place a été, pour ainsi dire, nettoyée. ;

Reviviscence des épidémies.

l'épidémie, après un certain temps, sans nouvelle contamination extérieure. En réalité, ce n’en est que la continuation; à Hambourg, pendant linter-

valle de repos entre les épidémies de 1892 et 1895, on notait de temps èn.

lemps des cas isolés de choléra. À Saint- -Pétersbourg, en 1908 et 1909, un

mois et demi avant la déclaration officielle de la reprise, le Pr. Ivanowsky

On appelle reviviscence la reprise de

Frs Cotes PAR ere T Ve 7e AN

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observait des cas de fièvre typhoïde, de phtisie, de syphilis et d’autres maladies, qui présentaient, comme complication, des phénomènes intestinaux insolites. Maclaughlin à attribué la reviviscence du choléra. aux Philippines, à la forme fruste que cette maladie revêt chez les enfants et qui continue à se présenter pendant l'intervalle de deux épidémies.

Immunité de certaines villes. — On a dit que certaines villes jouissaient d'une immunité absolue contre le choléra. Versailles, qui n’a cessé d’être en communication continuelle avec Paris, pendant les épidémies, n’a jamais été infectée, et Sedan a toujours été épargné. I en est de même de Wurtzbourg, de Stuttgard, de Darmstadt et de plusieurs autres villes. Pour cerlaines, cette immunité n'a.été que temporaire; Lyon, qui‘comptait parmi elles, à souffert en 1854 et Amiens en 1866.

Il arrive que des pays ou localités, qui ordinairement paient un très lourd tribut à chaque épidémie, soient quelquefois épargnés. Ainsi en 1895 l'Egypte est restée indemne de choléra, pendant que la Turquie et la Syrie et une grande partie de l'Europe étaient infectées ; et pourtant la maladie, cette année-là, a décimé les pèlerins à la Mecque, et le lazaret d'El Tor, infecté aussi el non encore organisé, a élé impuissant à l'arrêter.

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