Bull. de l'Office intern. d’ Hygiène
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applications chaudes seront évitées, surtout après les injections intraveineuses hypertoniques qui sont souvent suivies d’élévation de la température. Si les urines continuent à être rares, on administrera des injections rectales d’eau salée à 7 pour 1000, toutes les 2 heures, en ayant soin de les espacer au fur et à mesure que la fonction rénale se rétablit. Si, malgré cela, le poids spécifique du sang reste au-dessus de la normale et les mictions. sont rares, on aura recours aux injections salines sous-cutanées ou intraveineuses, auxquelles on associera, au besoin, l'extrait de glande pituitaire ou, mieux, les injections de digitaline, de strophantine ou d’adrénaline.
Les autres complications seront combattues par le traitement approprié à chacune d'elles. ;
Pendant la convalescence, qui est ordinairement rapide, il faut surveiller surtout la diète; une nourriture substantielle ne sera permise que graduellement.
PROPHYLAXIE
Nous diviserons la prophylaxie en individuelle, urbaine et nationale, qui se confond dans plusieurs de ses lignes avec la prophylaxie internationale.
Prophylaxie individuelle. — Elle poursuit deux buts : 1° empêcher l'infection du tube digestif par le vibrion cholérique, et 2° rendre l'organisme réfractaire à l’action nocive du vibrion.
Pour remplir la première condition il faut prendre diverses mesures. La contagion du choléra s’effectuant surtout par les déjections, il faut en premieu lieu stériliser ces matières au fur et à mesure de leur émission. On emploiera dans ce but le Iysol, le crésol ou mieux l’eau de chaux fraîchement préparée. Des soins particuliers seront pris pour la désinfection des latrines dans lesquelles on versera, après chaque évacuation du malade ou de son entourage, une certaine quantité de ces mêmes solutions; on répandra, en outre, dans le cabinet un mélange d'huile de schiste et d’eau à parties égales.
Le linge et la literie du malade seront plongés dans’ des solutions antiseptiques pendant ? heures avant d’être livrés à la lessive; la vaisselle sera traitée par l’eau en ébullition et les objets sans valeur brûlés sur place. Les personnes en contact avec le cholérique feront une désinfection rigoureuse et fréquente des mains, particulièrement avant les repas; l’eau de boisson sera bouillie ou soigneusement filtrée et le verre dans lequel on boira sera préalablement plongé, pendant quelques minutes, dans l’eau en .ébullition. Les aliments susceptibles d'être contaminés seront cuits avant d’être consommés ; le lait sera bouilli; on évitera les crudités, telles que salades et fruits; on s’abstiendra des pâtisseries, des charcuteries et des mets conservés depuis quelque temps. On écartera autant que possible les mouches et enfin on évitera tout excès de boisson ou de nourriture, sans trop changer le régime habituel; on mènera une vie régulière et l’on soignera immédiatement le moindre dérangement gastro-intestinal en s’abstenant de purgalifs.
M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULO.
Vaccination. — La deuxième condition de la prophylaxie individuelle est | remplie par la vaccination.
Le ‘premier qui immunisa les animaux contre le choléra fut Perd de Barcelone, qui préparait son virus atténué en ensemençant dans du bouillon alcalin, nouvellement PR un vibrion isolé de selles cholériques et cultivé sur gélatine. Après 2 jours d’étuve, il jugeait ce vibrion assez atténué pour servir de vaccin. L’inoculation était faite au bras à la dose de 2 €. c., qu'on renouvelait après 5 jours, en portant la dose à DC CAR | “
En 1885, pendant l'épidémie cholérique de Valence,1l immunisa 5000 personnes dans les diverses localités atteintes par l'épidémie. Pourtant la méthode, faute de statistique sérieuse, ne s’étendit pas.
Plus tard, Haffkine prépara un virus fixe et virulent (?). Malheureusement, le virus injecté sous la peau du cobaye donnait naissance à une eschare très étendue. Il prépara un vaccin () alténué, ne produisant pas et empêchant même lapparition de la nécrose après l'injection du virus
exalté. Ainsi il injectait d’abord son vaccin atténué et, après d jours, son. virus exalté à la dose de 5 €. e. chacun.
En 1894, il eut l’occasion d'appliquer ses inoculations aux Indes sur des indigènes dans un village nommé Kattal Bagan, et, de 1894 à 1895, sur 49 197 personnes (officiers et soldats britanniques, soldats indiens, employés. civils européens et indiens, etc., etc.), sur les prisonniers de Gaya-Murea, sur le 2 bataillon du régiment de Manchester et sur les troupes brr tanniques à Cawnpore. Les stalistiques obtenues alors, quoique non défavorables, n’entraînaient pas la conviction parce que le nombre des vaccinés était trop petit pour permettre une comparaison.
À Calcutta, on inocula, en 1895 et 1896, 7690 personnes réparties sur plusieurs centaines de maisons, dont 77 furent contaminées par le choléra. Parmi les personnes non inoculées on compta 11 pour 100 de morts, et parmi les inoculées 3 pour 100 seulement. En outre, on remarqua que plus le nombre des jours écoulé depuis l’inoculation était grand, moins il à aval d'attaques parmi les inoculés.
Dans la plantation de Catchar, le D' Powell (‘) inocula d'emblée le. second vaccin, et à forte dose (1/6 de culture sur agar) à 1193 personnes. Plus tard, 1l constata que, depuis le mois d'avril 1896 jusqu'au mois de décembre 1899, sur 6549 non moculés, 198 tombèrent malades, tandis que sur 57178 inoculés 1l n'y eut que 27 cas de choléra. De son côté, Simpson, à Calcutta, a constaté que le choléra était 32 fois plus fréquent chez les non inoculés que chez les inoculés (5). |
Frappé par les résultats de Powell, Haffkine a abandonné sa première méthode et n’emploie aujourd’hui qu’une seule injection de virus exalté, à la dose de à c. c. d’émulsion d’une culture entière sur agar, dans 5 €. €.
L’inoculation préventive du choléra. Traduit de l'espagnol. C. R. Soc. biologie, 9, 16, 30 juillet 1892.
Bulletin Inst. Pasteur, n° 17, 1906.
. Indian Medical Gazette, juillet 1895.
Indian Medical Gazette, août 1896.
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PROPTIFLAXIE. Fasc. III. — 585
d’eau physiologique. Selon son propre aveu, si la vaccination diminue considérablement la morbidité, elle ne paraît avoir aucune influence sur la mortalité des personnes attaquées par le choléra.
La réaction locale et générale provoquée par l'inoculation est si douloureuse qu'un grand nombre d'individus hésitent à la subir. Pour éviter cette réaction, Haffkine' a traité son vaccin par l'acide phénique ou autres substances antiseptiques, mais d’après lui le pouvoir immunisant d’un vaccin ainsi traité diminue, et la durée de l’immunisation est moindre.
Kolle (?) a préparé des vaccins en chauffant des cultures phéniquées. La quantité injectée est de 1 à 2 c. c., de cette émulsion. Ces vaccins tués ou dévitalisés, comme les appelle Haffkine, ont été employés sur une grande échelle au Japon (), en Chine (*), dans les provinces russes du Sud, à Saint- Pétersbourg et à Ekaterinoslaw(*). Les résultats obtenus paraissent très encourageants, mais les détails manquent.
Zlatogoroff(f) a injecté préventivement, en Perse, pendant l’année 1904, 1500 personnes, qui ont donné une morbidité cinq fois moindre que les non inoculés. Lichermann () a inoculé 590 parmi 2590 ouvriers du dépôt de Nobel à Zarryzine. Parmi les 8000 habitants du même village, dont personne n'avait été inoculé, il y eut 0,8 pour 100 de cas, parmi les ouvriers non inoculés 0,75 pour 100 de cas, et enfin un seul inoculé fut atteint.
Nijland($) a pratiqué aux Indes néerlandaises, en 1911, 31000 vaccinations; de 8000 Européens vaccinés, trois seulement contractèrent la maladie, tandis que parmi 2500 non inoculés 1l y eut 112 cas. Près de 20 000 indigènes ont été inoculés avec une morbidité de 0,2 à 1 pour 1000, tandis que chez les non vaccinés des mêmes localités, et dans la même période, il y eut 5 à 10 pour 1000 attaques. Mais une plus vaste expérience, avec ce vaccin, a été faite en Grèce pendant la guerre balkanique en 1912-1913. Plus de 200 000 soldats furent traités par ce vaccin; en outre, plus de la moitié des habitants de Salonique, tous les immigrants macédoniens, une grande partie des habitants de la Macédoine, et presque tous les prisonniers Bulgares, soit, en tout, 400 000 personnes, ont subi la vaccination. Le nombre des cas de choléra, chez les civils et les militaires grecs, n’a pas dépassé 3000, tandis que les Bulgares, les Roumains et les: Serbes qui n'avaient pas appliqué cette méthode ont eu à déplorer un nombre de morts bien plus considérable. Aucune complication consécutive à la vaceipalion n’a été observée. On doit aussi prendre en considération que la vaccination exerce sur les soldats un effet moral salutaire.
En 1912, Ch. Nicolle, Conor et Conseil de l’Institut Pasteur de Tunis (?) ont préparé un vaccin cholérique contenant des! vibrions vivants qu'on injecte dans les veines.
Protective inoculation against cholera. Calculta, 1915.
Centr. für Bact., Bd 19, 1896.
Centr. fur Bact., Bd 55, 1904.
Archiv für Schiffs und Tropen hyg., Bd 8, 1904.
Cités in Hafhkin's Protective inoculation against cholera. Calcutta, 1915. Analyse in Bull. Inst. Pasteur, 1905.
Analyse in Central. für Bact. Referate, Bd 44, 1909.
Soc. Pathol. exotique, 1912.
. C. R. Ac. des Sciences, 24 juin 1912.
DS DIDIER URN
M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULO.
Ces injections pratiquées sur 36 individus ont été suivies, après 2#heures, d'une légère hyperthermie qui à disparu le lendemain et de la formation d’une de quantité d'anticorps dans le sang des inoculés. Ce procédé nouveau n’a pas encore pu être appliqué en grand.
La vaccination a été appliquée en ns sur toutes les armées de la dernière grande guerre. En France on a employé le vaccin du professeur Vincent presque exclusivement. C’est la culture du vibrion tué par léther. Chaque nation avait son procédé préféré et tous ont donné des résultats à peu près similaires. De cette large application, la seule conclusion qu'on puisse tirer est que la vaccination reste pour le moment le meilleur et le seul moyen prophylactique réellement efficace ; elle procure une immunisation durable, au moins pendant quatre mois, et permet ainsi de combattre facilement et à l’aise l'épidémie.
Prophylaxie urbaine. — Dans la prophylaxie urbaine, comme dans toute autre mesure concernant le choléra, il ne faut jamais perdre de vue que le principal véhicule de la maladie est l’homme. « Lorsque le choléra se manifeste dans un pays, dit Santoliquido ('), le premier mouvement est de chercher par où il est venu et à qui incombe la faute de l'avoir laissé entrer. C’est là faire une œuvre vaine. Presque toujours le choléra réel a devancé le choléra officiel. Les premiers cas constatés ne sont pas les premiers cas qui se sont produits effectivement. » Il faut donc laisser de côté toute autre considération et s'attaquer résolument au premier cas, à chaque cas qui se manifeste. Le principal soin sera d'isoler le malade et de procéder immédiatement à une désinfection rigoureuse de la maison, y compris le mobilier et les autres objets qui s'y trouvent. :
Pour les chambres, le meilleur procédé est la désinfection aux vapeurs de formol ou d’anhydride sulfureux. Les livres seront soumis aux vapeurs de formol ou à une longue exposition au soleil. Les maisons du voisinage, . où le cas s’est produit, devront être sorgneusement inspectées. L'eau des robinets sera microbiologiquement examinée et, en cas de souillure, inter-. dite. On fera le recensement exact de tous les habitants qui subiront une visite quotidienne et on cherchera les porteurs de germes, qu'on isolera jusqu’à disparition complète de leurs vibrions. On surveillera aussi d’une façon spéciale les locaux à habitations collectives, tels qu'auberges, établissements industriels, écoles, etc.
Les précautions générales sont . qu'une ville doit contre toute maladie épidémique. Plus ses conditions hygiéniques sont bonnes, plus facilement l'épidémie sera combattue. Une attention particulière doit être portée sur l’eau. L'eau des conduites doit être spécialement surveillée, et, à la moindre souillure, la conduite fermée. Les eaux des puits seront fréquemment examinées au point de vue bactériologique et, au moindre indice d'infiltration où de communication avec les égouts, leur usage sera interdit. On recommandera à la population de se servir constamment de. l’eau bouillie ou de ne boire que de légères infusions de thé. En Russie, les municipalités et les diverses œuvres de bienfaisance distribuaient gratis