‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 156 sur 204 · Bull. Acad. Médecine, 14 mars · texte numérisé non relu

Bull. Acad. Médecine, 14 mars

2. Expressions populaires : mal d'année au Portugal, Slow fevers au Texas.

E. SACQUÉPÉE.

de sueurs, de constipation, d’anémie, et souvent compliquée d’arthropathies, de névralgies ou d’orchite : transmise surtout par le lait de chèvre ou par contact avec es sujets infectés(t).

HISTORIQUE

Il n’est pas impossible que la mélitococcie ait été connue des anciens. Eyre croit la retrouver dans certaines formes de fièvre prolongée décrites par Hippocrate. Ce document permettrait tout au moins de penser que la maladie existait déjà dans l'antiquité. Mais la fièvre de Malte n’a été isolée comme maladie distincte qu’à une date relativement récente. Son histoire comporte deux périodes : dans une première phase, on la dégage au point de vue clinique; dans une deuxième phase, les recherches bactériologiques font connaître son agent pathogène, et donnent une orientation précise aux recherches, spécialement en ce qui concerne la distribution géographique, l’étiologie et la prophylaxie. |

Première periode. — Malgré d’intéressants travaux antérieurs de Baxter et de Burnett, c’est incontestablement au médecin anglais Marston (1863) (°) que revient le mérite d'avoir le premier isolé la fièvre de Malté comme une entité nosologique. Ses travaux font suile à ceux des auteurs du début du xix* siècle, qui avaient, morceau par morceau, disloqué le bloc chaotique des fièvres continues d'autrefois : successivement, la fièvre typhoïde, le typhus exanthématique, la fièvre récurrente, le paludisme, avaient été indi-

vidualisés et suffisamment étudiés pour être reconnus en clinique. Et ces.

bases solidement établies permirent à Marston de décrire sous le nom de

« Mediterranean remitlent or gastric remittent fever » une maladie, observée.

à Malte, et distincte des précédentes par ses symptômes et par ses lésions.

Après Marston, d’autres médecins décrivent, à Malte également, la même .

affection : mémoires de Boileau (1865), de Chartres (1866). Veale (1879) la retrouve en Angleterre, chez des malades rapatriés des colonies anglaises de la Méditerranée. Maffet (1889) la signale à Gibraltar. ) Entre temps, en Italie, des affections de même nature sont décrites par Giulia (1871). Cette description est l’origine de discussions nombreuses, les uns assimilant les cas italiens au paludisme, à la suette miliaire où à la

fièvre typhoïde, alors que d’autres, avec Rummo et Tommaselli (1879), les:

considèrent comme constituant une maiadie spéciale.

Deuxième période. — Un peu flottante jusque-là, l’histoire de la mélitococcie va s’éclairer avec les découvertes bactériologiques. Bruce (1887) décrit sous le nom de Micrococcus melitensis l'agent pathogène spécifique de la maladie : cet agent se retrouve dans la rate des malades qui ont

1. Comme sources d’information générale, consulter surtout : J.-W.-H. Eyre. The

Milroy Lectures on Melitensis Septicoemia. Lancet, 1908, p.:1677. — Hucnes. La fièvre ondulante (Travail traduit en partie par Gros in Archiv. Méd. navale, 1914). — H. Rocer.

La fièvre de Malte. Gazette des Hôpitaux, 1910. — Thèses diverses : HAYAT, Montpellier,

1903; Garon, Montpellier, 1906; CARDALIAGUET, Bordeaux, 1906; GEORGIADE, Paris, 1907-08 ; RoussEau-LANGWELT, Paris, 1908-1909; TAPHANEL, Paris, 1909-10. 9. Marsron. Army Medical Reports, 1865.

. HISTORIQUE. Fasc. III. — 595

succombé; inoculé au singe, il reproduit une affection très analogue à la maladie humaine (!).

Cette découverte capitale de Bruce est confirmée et étendue par Gips et surtout par Hughes (1897). La même année, Wright montre que l’agglutination — elle venait d’être mise au jour — permet le diagnostic de la maladie : car le sérum des malades atteints de mélitococcie agglutine le coccus de Bruce. È

C’est alors que, justement préoccupés de la fréquence de la mélitococcie dans certaines possessions anglaises de la Méditerranée, l’Amirauté anglaise, le War Office et le gouvernement civil de Malte prennent l'initiative de faire diriger par la « Royal Society » de Londres une enquête, en vue d’étudier surtout l’étiologie et la prophylaxie de la maladie (1904). Cette enquête est confiée à la « Commission of Mediterranean fever », dont font partie entre autres Bruce, Klein, Basset — Smith, Zammit, Horrocks, Shaw, etc. Contrairement à d’autres, la Commission anglaise à largement assuré le rôle qui lui était dévolu. Elle a élucidé nombre de problèmes concernant l’étiologie et la pathogénie; elle a mis au jour les conditions de l'infection naturelle, en précisant le rôle primordial du lait de chèvre; elle a jeté les bases d'une prophylaxie rationnelle. On ne saurait assez rendre hommage à ses efforts et à ses résultats. Les rapports de la Commission anglaise constituent à l'heure actuelle la meilleure source d'informations; nous leur ferons de larges emprunts (?).

L'histoire. de la fièvre de Malte est dès lors connue dans ses chapitres Les plus importants. Quelques travaux autrichiens, des recherches intéressantes d'auteurs italiens, spécialement celles de l’Institut de Messine, apportent à

“la question d’utiles contributions.

La littérature médicale française ne reste pas étrangère au progrès. Dès 1900, Brault signale la maladie à Alger, puis Lemaire et Gillot (5), Gardon, Sergent, l’étudient en divers points d'Algérie. En Tunisie, son existence est constatée cliniquement par Funaro, Schoull, Hayat, et démontrée bactériologiquement par Ch. Nicolle(‘). ù

En France, les premiers cas sont signalés par Haushalter () (origine tunisienne) et par Danlos, Wurtz et Tanon (1908)(5) aux environs de Paris; d’autres observations sont relatées par Sicard et Lucas(), Guillam et Troisier(f)}, Gouget et Agasse-Laffont, G. Weill, Chauffard, Widal, etc.; à Marseille, par Simond, Aubert, Blanchard et Arlo. Outre un certain nombre d’atteintes psoradiques, il faut relever des manifestations épidémiques : épidémie de Saint-Martial (Gard), étudiée par Aubert, Contaloube et Thibaut: épidémie de Saint-Bauzille de Montmel, rapportée par Lagriffoul, Arnal et

1. Bruce. Practitioner, 1887. Annales Institut Pasteur, 1913.

2. Les travaux de la Commission anglaise sont publiés en grande partie dans le Journal of the Army Royal Medical Corps, et analysés pour la plupart dans le Bulletin de l'Institut Pasteur.

. LEMAIRE. Soc. Méd. des Hôpitaux, 1905.

CH. Nicozce, Caducée, 1904. — Cn. NicoLLe et HAYAT, Soc. de Biol., 1905. . HAUSHALTER. Province Médicale, 1908, p. 1.

. Daxcos, Würrz et TANON. Soc. Méd. Hôpitaux, 4 décembre 1908.

. SiCARD eb Lucas. 1bid., 12 mars 1909.

. GUILLAIN et TRoisiER. Soc. de Biologie, 4 décembre 1909.

CO =1 Si Qt À QI

/ E. SACQUÉPÉE.

Roger(!). La fièvre de Malte est entrée définitivement dans le domaine des maladies connues et classées.

Page 1