FIÈVRE DE MALTE OU MÉLITOCOCCIE
Par E. SACQUÉPÉE
Médecin principal de 1° classe. Professeur au Val-de-Grâce.
Nous continuons à désigner la maladie qui doit faire l’objet de cette étude sous le nom de « fièvre de Malte », parce que cette dénomination est la plus usuelle. Mais il faut reconnaître immédiatement que l'expression n'est pas très heureuse au point de vue scientifique, car, si cette affection est plüs comniune dans l’île de Malte que partout ailleurs, il s’en faut de beaucoup qu'elle y soit localisée ; d'autre part, la spécificité géographique qui lui a été gratuitement attribuée n’a pas été sans soulever de légitimes susceptibilités.
Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'au terme « fièvre de Malte » se superposènt une série de synonymes. Les plus heureux nous paraissent être ceux de fièvre ondulante (/ebris undulans) proposé par Hughes en 1897, et celui de méliüococcie, proposé par Chauffard et adopté par l’Académie de médecine en 1911 (!). C’est entre ces deux désignations qu'il conviendrait de choisir; au point de vue scientifique, l’expression « mélitococcie » nous paraît la plus convenable, parce qu'elle exprime une vérité étiologique bien établie, sans préjuger de l’étiologie ou des manifestations cliniques.
Il est encore d’autres synonymes, parfois employés, et qu’il faut connaître pour éviter toute confusion : fièvre méditerranéenne (Burnett), melitensis septicæmia (Eyre), Septicémie de Bruce. D'autre part on peut considérer comme établi qu'il faut identifier avec la mélilococcie diverses maladies décrites ailleurs : fièvre de Gibraltar ou Rock fever (fièvre des rochers), fièvre de Chypre, fièvre de Crète, fièvre de Naples, fièvre de Barcelone (?). Ces diverses localisations permettent déjà de prévoir combien est inexact le mot fièvre « de Malte ».