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LAGRIFFOUL, ARNAL et RoGER. Soc. de Biologie

BACTÉRIOLOGIE. Fasc. III. — 597

l'Aveyron, la Drôme, les Alpes-Maritimes, le Var (Rouslacroix), sur la Riviéra ; des cas sporadiques ont en outre été signalés à Paris ou aux environs, à Lyon,à Fontainebleau, dans la Somme. Sauf les quelques manifeslations épidémiques du Midi, l'affection paraît jusqu'ici relativement rare.

BACTÉRIOLOGIE

L'agent pathogène spécifique est le micrococcus melitensis, découvert par Bruce (1887), retrouvé et étudié depuis par nombre d’expérimentateurs. Pr,

Nègre et Raynaud ont décrit en outre le Microc. paramelilensis, germe qui se montre identique au micr. melitensis par ses propriétés générales (morphologie, caractères de cultures, etc.) et par ses aptitudes pathogènes, mais se sépare du microbe de Bruce par les réactions strictement spécifiques à l'égard des sérums. |

Morphologie, coloration. — Dans l'organisme et dans les cultures, le micr. melitensis se présente le plus souvent comme un coccus, parfois comme un cocco-bacille, très petit, 0,2 à 0,4. Les éléments, habituellement isolés, peuvent se grouper en courtes chainettes.

Le microbe ne possède ni spores, ni Capsules, ni cils. Il n’a pas de mobilité propre et ne présente que des mouvements browniens.

Il se colore facilement par les couleurs d’aniline et ne prend pas le Gram.

Cultures. — Aérobie strict, donne des cultures maigres et tardives; la température eugénésique est 37°.

En bouillon, en 3 jours à 37°, trouble uniforme.

Sur gélose, ou mieux gélose glycérinée à 5 pour 100, vers le 3° jour, les colonies isolées sont transparentes, petites, 2 à 3 millimètres de diamètre. Dans la suite elles deviennent saillantes et plus opaques, blanchâtres, d’aspect blanc de perle. |

Sur gélatine, pas de culture appréciable, pas de liquéfaction.

Sur pomme de terre, pas de culture visible.

En lait, développement, sans coagulation.

Réactions bio-chimiques. — Action fermentative. — Le micr. melitensis ne fermente aucun sucre, caractère différentiel très important. Vitalité. — En cultures, la vitalité est considérable : il est encore vivant

après neuf mois dans une culture sur gélose (Shaw).

Il en est de même dans la plupart des milieux extérieurs:

Par contre la résistance à la chaleur est faible ; un chauffage à 60° pendant 50 minutes suffit à le détruire.

De même il est rapidement stérilisé par les agents antisepliques dans les conditions habituelles de leur emploi.

Action des sérums spécifiques. — Les sérums spécifiques provenant de sujets infectés ou inoculés présentent des anticorps spécifiques, spécialement une agglutimine et une sensibilisatrice.

Agglutination. — De tels sérums agglutinent le germe spécifique, comme l'a montré Wright. Nous étudierons la séro-réaction à propos du diagnostic.

E. SACQUÉPÉE.

PCA PO lee LI A Pr > ET OT AS CT RAR RE PRINT US é É Tor NE AOEE O4

Il faut toutefois rappeler ici que la mélitococcie peut être provoquée par deux germes différents, micr. melitensis el micr. paramelitensis, fait important en ce qui concerne lagglutimation. En effet, les sérums de sujets infectés par le micr. melitensis sont agglutinants pour ce microbe, mais n’ont pas d’aclion appréciable sur le micr. paramelitensis el inversement, les sérums de sujets infectés par le micr. paramelitensis sont actifs exclusivement sur ce dernier. |

Sensibilisatrice. — Ces mêmes sérums renferment une sensibilisatrice spécifique (Sicre). 3 Répartition dans l'organisme. — Pendantle cours de la maladie, le micr.

melitensis est répandu dans la plupart des organes et tissus.

À l’autopsie, on le trouve plus particulièrement abondant dans la rate, le foie, la moelle osseuse, les ganglions mésentériques ; moins constamment dans les reins, la bile, le liquide péricardique.

Pendant la vie le micr. melitensis peut être décelé surtout par l’examen du sang ou des urines, plus rarement dans le lait.

L'examen du sang par hémocullure est le plus souvent positif. Eyre, rassemblant les données de Gilmour, Zammit, Shaw. Basset, Smith, donne une proportion de 65,4 résultats positifs sur 100 cas examinés ; d'autres auteurs,

Gillot et Lemaire, Duran de Cottes, Eyre lui-même, confirment cette fré-: quence. Le microbe se trouve dans le sang dès le début, à partir du % jour, y persiste pendant les phases fébriles, et peut être retrouvé encore parfois après plusieurs jours d’apyrexie, el même au 20° jour de la convalescence chez un malade de Shaw. Sa présence est presque constante dans les formes fortement fébriles, au-dessus de 59; par contre on ne le trouve que rarement au-dessous de 58°, et par suite il est plus facile de le déceler dans la soirée, pendant l'ascension thermique (Shaw). Le Door de germes dans le sang est très variable ; parfois il faut ensemencer 5 €. c. de sang pour obtenir une culture, mais le plus souvent les microbes sont nombreux, Jusqu'à 1000 et 1900 par millimètre cube (Eyre). On voit ainsi que dans la a majorité des cas, l’hémoculture sera d’un grand secours pour le diagnostic.

De l’organisme, le micr. mehtensis peut être éliminé par diverses voies, spécialement par les urines et par le lait. On le trouve dans l'urine chez 9,9 pour 100 des malades, d'après Kennedy ; tantôt on assiste à une vérilable décharge microbienne, soudaine et massive, tantôt au contraire l'élimination est continue. Horrocks a constaté la bactériurie dès le 15° jour ; elle peut ensuite persister longtemps, Jusqu'à 7 mois (Shaw) et 8 mois (Kennedy). Un fait des plus remarquables est que cette bactériurie est loin d’être l’apanage des formes graves ;:on la trouve sonvent dans de simples formes ambulatoires. Le nombre des germes éliminés peut être très élevé, jusqu'à 90 000 par c. c. (Eyre).

Le micr. melitensis a aussi été rencontré à plusieurs reprises dans le lait des femmes enceintes (Commission anglaise, Gillot, Williams, ete.).

On l’a enfin rencontré dans le mucus vaginal, dans l’expectoration, dans un abcès sous-cutané, dans les fèces. Tous ces faits ont leur intérêt étiologique.

Reproduction expérimentale de l’infection., — Chez l’homme, au moins

ÉTIOLOGIE. Fasc. III. — 3599

dans cinq cas, volontairement ou par accident, le micr. melitensis a été inoculé sous forme de cultures ; il en est résulté une fièvre de Malte, après une incubation de 3 à 15 jours. Preuve superflue de la spécificité du germe.

Parmi les animaux, les espèces les plus sensibles sont le singe et la chèvre. |

Chez le singe, nombre d’expérimentateurs, depuis Bruce et Hughes, ont reproduit l'infection par des voies diverses. L’ingestion de lait infecté naturellement ou artificiellement, l’ingestion de pommes de terre infectées, déterminent l'infection presqu’à coup sûr dans les expériences de la Commission anglaise; sur 28 singes ayant bu un seul jour du lait infecté, 26 (93 pour 100) sont atteints, et chez 24 (83 p. 100) on retrouve le micr. melitensis dans la rate. Également positives se montrent l’inoculation souscutanée, l'aspiration de poussières infectées, l’instllation d’une culture sur la conjonctive ou les narines (Shaw, Sergent), le contact d’une culture avec les muqueuses anale et génitale, même le- contact avec la peau en apparence saine, le contact s’effectuant alors par de petites érosions cutanées peu visibles (‘). Parmi les singes inoculés, certains succombent.en quelques semaines à une maladie fébrile à type ondulant, rappelant la fièvre de Malte, tandis que d’autres ne présentent pas de signes caractéristiques.

La chèvre est tout aussi sensible, elle se laisse infecter par les mêmes procédés et avec la même sûreté. Mais d'ordinaire son infection ne se manifeste pas cliniquement, et ne peut être décelée que parles procédés de laboratoire, séro-diagnostic, présence du microbe dans le sang ou les viscères. Le germe circule d'abord dans le sang, puis 1l disparaît successivement du sang, des reins, de la rate, des ganglions mésentériques, pour persister plus longuement dans les glandes mammaires, comme nous le verrons à propos des sources de contagion.

Le mouton est de même très sensible à l'injection sous-cutanée et à l'ingestion ; il en est de même de la poule (Conor).

Les animaux de laboratoire sont moins réceptüifs. On a pu vaincre la résistance naturelle du lapin en inoculant directement dans les veines (Carbone). De même chez le cobaye, l'inoculation intra-cérébrale détermine une véritable septicémie (Durham, Eyre), et le virus ainsi renforcé peut tuer ensuite par injection intra-périlonéale : cette dernière détermine souvent une vaginalité suppurée (Carbone).

De cet exposé il faut surtout retenir les possibilités d'infection à la suile de l’ingestion et à la suile du contact avec les téquments ou les muqueuses.

ÉTIOLOGIE

Nous devons étudier les causes spécifiques de l'infection (éliologie spécifique) et les causes favorisantes d’ordre général.

|. E. SerGENT. Recherches expérimentales. Annales Inst. Pasteur, 1908.

E. SACQUÉPÉE.

Étiologie spécifique.

La fièvre de Malte est une maladie contagieuse.

Pour comprendre les circonstances de la contagion, il faut envisager tour à tour d’une part les sources de contagion, d’autre part les modes de contagion.

Sources de contagion. — Les sources de contagion sont multiples.

L'homme malade. — Tout d’abord l’homme infecté: nous avons déjà signalé plus haut (V. Bactériologie) les faits susceptibles d’intéresser la. contagion, spécialement la présence fréquente dans le sang, les urines, le. lait, le mucus vaginal.

La chèvre. — Au point de vue de la contagion, le rôle primordial apparlient sans conteste à la chèvre.

De toutes les espèces animales, c’est la chèvre qu'on trouve le plus souvent infectée. La constatation initiale faite à Malte par Zammit (1905) a été depuis largement confirmée ; à une époque où l’étiologie de la maladie demeurait totalement inconnue, Zammit voulut étudier l’infection par inoculation à la chèvre ; mais, en expérimentateur consciencieux, il devait s'assurer d’abord que. les animaux à inoculer n'étaient pas déjà infectés naturellement. À sa grande surprise, 1l constata que sur six chèvres examinées, cinq présentaient un sérum agglulinant fortement le micr. melitensis ; quatre éliminaient le microbe par le lait, une par les urines, deux le éhne laient dans le sang (!). Dans cette brève expérience étaient condensés les éléments fondamentaux de l’étiologie.

Depuis lors, le parallélisme s’est affirmé de plus en plus entre la maladie de la chèvre et la maladie humaine.

À Malte même, au moins dans certaines localités, le nombre des chèvres infectées s'élève à environ 30 pour 100 (Shaw) et même 52 pour 100 (Kennedy). À Tunis, Ch. Nicolle et Conseil constatent aussi que le tiers environ-90,(70 pour 100) des chèvres sont infectées. Dans la province de Messine, sur 19 troupeaux, 15 sont infectés, et la proportion dans chaque troupeau peut atteindre 57,5 pour 100, d’après Spagnoho. À Alger, où la maladie . humaine est moins répandue, Sergent, Gillot et Lemaire trouvent une proportion de 4,2 pour 100 de chèvres infectées. Ainsi l’enzootie caprine se montre constante dans les pays où la maladie humaine revêt de son côté le caractère endémique. Fa

Il en est encore de même, lorsque la mélitococcie se montre à l’état épi démique : telle l'épidémie de Saint-Martial, où Aubert, Cantaloube et Thibault (?) constatent la mélitococcie chez un grand nombre (56 pour 100) des chèvres utilisées dans les groupements humains touchés par l’épidémie, alors que, au contraire, dans les agglomérations voisines indemnes, les

|. Zammir. À preliminary note on the examination of the blood of Goats suffering from mediterranean fever. Reports of the Commission of med. fever, 5° partie, août 1905.

2. P. AUBERT, P. CANTALOUBE, E. THIBAULT. Une épidémie de fièvre de Malte dans le département du Gard. Annales Inst. Pasteur, 1910, p: 376.

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chèvres demeurent également complètement indemnes. Les mêmes constalations sont faites à propos d’autres épidémies, entre autres par Darbois (Aveyron), par Aubert (Nîmes et Marseille), par Conor et Huon (Marseille), par Bourret (Afrique occidentale française), par Bruce (Ouganda), par Lamb et Pal aa Punjab, etc.

Ainsi se trouve aujourd'hui bien assise la notion des relations étroites entre la mélitococcie caprine et la mélitococcie humaine.

Cette première constatation faite, il faut connaître les particularités susceptibles d'éclairer l’étiologie : siège du contage, durée d'infection, réac- Lions cliniques chez la chèvre.

Sur ce dernier point, réaction clinique chez la chèvre, .les réponses sont concordantes : la maladie demeure habitueliement latente cliniquement. Un peu d’anémie, quelque diminution de la sécrétion lactée sont indices trop vagues pour permettre même de soupconner l'infection. Toutefois, le lait des animaux malades peut subir des modifications appréciables et devenir plus fluide quand la maladie se prolonge (Horrocks). En fait, la chèvre infectée, presque toujours, ne présente extérieurement aucun signe de maladie, ét rien ne permet de s’en méfier.

Où siège le contage ? Nous avons déjà vu qu'il existe dans le sang, les urinés, le lait. Cest sa présence dans le lait qui doit avant tout retenir l'attention. Cette infection du lait, déjà signalée par Zammit, est assez répandue. À Malle même, suivant les chiffres concordants de Shaw et de Horrocks et Kennedy, environ 10 pour 100 des chèvres en lactation éliminent le micr. melilensis par le lait. L'éhimination par le lait est très irréoulière : pour un même animal, Eyre trouve un jour le lait stérile, alors que le lendemain, l'analyse donne 50000 micr. melitensis par c. c. : les oscillations sont énormes et un seul examen ne saurait suffire. Lorsque l'infection est considérable, le nombre de germes étant très abondant, c’est que la maladie est ancienne et s'accompagne habituellement des modifications apparentes du lait signalées plus haut ; mais on peut rencontrer aussi une forte infection lorsque le lait a conservé son aspect normal (Horrocks). Une fois installée, l'infection dure longtemps, à tel point, dit Shaw, que la chèvre se débarrasse très rarement de l'infection. Celle-ci peut demeurer latente, puis se réveiller; Eyre rapporte ainsi qu'une chèvre ayant lélé infectée en septembre 1904, son lait demeure stérile jusqu’en janvier 1906 ; à celte époque elle devint sèche. En juillet suivant, elle met bas, et trois jours après le micr. melitensis est retrouvé dans le lait. [ei, l'infection est demeurée latente pendant deux ans, avant de se démasquer. Ce lait infecté . est également contagieux, comme l'ont montré Horrocks et Kennedy ; par ingestion, il transmet la fièvre de Malle au singe ou à d’autres chèvres. Nous reviendrons sur ce point, base fondamentale de l’étiologie.

On a pensé un moment que dans l'espèce caprine, seule la race maltaise était spontanément sensible à la mélitococcie ; mais depuis on a trouvé infectées des races autochtones différentes, d’abord les chèvres de Murcie, puis les chèvres cévenoles (Saint-Martial), alpines (Alpes-Maritimes), les races portugaises et bien d’autres encore. La chèvre mallaise ne possède donc à cet égard aucun privilège.

E. SACQUÉPÉE:

Signalons que, suivant Darbois, le bouc serail aussi très souvent infecté, fait important pour la transmission dans l'espèce caprine. |

Les animaux domestiques autres que la chèvre. — La fièvre de Malte peut infecter d’autres animaux domestiques. La liste des animaux susceptibles est déjà longue, mais peut-être les faits avancés ne sont-ils pas toujours à l'abri de toute critique, nombre de diagnostics étant basés exclusivement sur une séro-réaction positive, épreuve qui peut prêter à erreur si elle n’est pas sévèrement contrôlée à tous égards.

Après la chèvre,il faut mentionner lavache. Dans les foyers d’ endémie, à vache en effet paraît être assez souvent infectée. À Malte, où l’espèce en est rare, Shaw trouve 10 vaches infectées sur 55, et, fait capital, décèle deux fois le mic. melitensis dans le lait. D’autres observalions d'infection des vaches sont signalées dans la province de Messine par Fiorentini et Spagnolio, à Gibraltar par Horrocks. |

L'infection du mouton semble la plus fréquente, après celle de la chèvre,

et un nombre appréciable de faits permettent de penser que le lait de brebis peut servir de véhicule à l'infection dans les faits signalés par Cantaloube, Lagriffoul, Arnal et Roger, Darbois.

De même chez le cheval, l'âne, le mulet, le chat, le chien (Commission anglaise ; Sergent et Bories), chez des poules malades (Fiorentini),

la fièvre de Malte semble susceptible de s'implanter dans les conditions

naturelles ; au moins chez divers représentants de chacune de ces espèces a-t-on constaté que le sérum agglulinait le micr. melitensis ; dans quelques cas seulement, chez le chat, le chien, la poule, on a mis en évidence la présence du microbe spécifique, signature certaine de l'infection. :

Expansion de l'infection dans la nature — Le micr. melitensis est ainsi

largement répandu dans la nature ; l’homme, la chèvre, d’autres espèces.

domestiques le disséminent par divers moyens.

Là, semble-tl. se limite son domaine, d’ailleurs très vaste. On l’a en outre trouvé quatre fois sur 896 examens de moustiques (‘) ayant piqué des malades (Horrocks et Kennedy); mais de toute manière le micr. melhitensis ne semble pas infecter ces insectes ; il persiste 4 à 5 jours dans le tube digestif pour être évacué ensuite. Peut-être l’insecte infecté penses servir de véhicule de l'infection : nous y reviendrons.

Constatons enfin que, malgré sa résistance relative, le micr. melitensis n’a guère élé signalé dans les milieux extérieurs, sauf accidentellement dans les poussières d’un laboratoire (Eyre).

Modes de contagion. — Empruntée aux sources qui précèdent, la con-

tagion est transmise à l’homme par plusieurs voies : voie digestive surtout,

Fe rarement voie cutanée ou muqueuse. Nous discuterons ensuite un point

particulier, la contagion interhumaine.

Gontagion par voie digestive. — Role fondamental du lait de cn — La possibilité de contagion par voie digestive a été établie, nous l’avons vu, par l’expérimentation. On sait, par des expériences répétées, que l’ingestion de lait infecté reproduit la fièvre de Malte, ou une infection équivalente,

1. 2 fois chez Culex pipiens; 1 fois chez Stegomyia fasciata ; 1 fois chez Acartomyia Zammitti.

ÉTIOLOGIE. Fasc. III. — 4(5

chez le singe et la chèvre; l'observation allait prouver qu'il faut voir dans ce mode d'infection le mécanisme essentiel de transmission à l’homme. C'est ce que montrent en effet un certain nombre de faits épidémiques dont nous allons parler.

Le plus connu est l’aventure du Joshua Nicholson (!). Ce cargo transportail de Malte en Amérique, vià Anvers, un troupeau de chèvres; l'équipage comprenait au départ 25 personnes, mais 12 seulement sont suivies jusqu’en Amérique, les autres étant débarquées et perdues de vue à Anvers. En cours de route, sur ces 12 hommes, huit tombent malades, d’une infection qu’on reconnaît ensuite être la mélitococcie; quatre demeurent indemnes. L’enquête apprend que les huit malades consommaient le lait des chèvres; des quatre indemnes, deux n’en consommaient pas, par goût ; les deux autres ne le buvaient qu'après ébullition. On arrive à New-York, où le bateau es maintenu en, quarantaine : les examens bactériologiques constatent que nombre des chèvres importées sont en effet atteintes de mélitococcie. Dans le port même, on constate uue nouvelle atteinte, chez une femme qui, employée à la quarantaine, buvait le lait des chèvres consignées. Ainsi, dans cel épisode, le lait des chèvres infectées a contaminé presque toutes les personnes qui se sont exposées à la contagion.

Dans la suite, une fois acquise la notion de la contagion par le lait de chèvre, nombre de constatations sont venues la confirmer, spécialement dans les foyers endémiques, où les manifestations sont plus fréquentes et par suite les démonstrations plus nettes. La contagion par lait de chèvre est considérée comme le mode habituel de contagion, non seulement à Malte, mais en Espagne où Düran de Cottes estime qu'il détermine 90 p. 100 des cas, au Portugal où Ricardo Jorge signale nombre d'exemples convaincants. Ch. Nicolle rapporte un épisode très démonstratif : dans une famille isolée, comprenant 6 personnes, cinq tombent malades, une seule estindemne : les à malades consomment le lait de chèvre cru; la personne indemne est un enfant qu'on nourrit exclusivement au lait de vache; et les chèvres sont infectées. comme le montre lenquête. Les premières observations françaises de Danlos, Wurtz et Tanon, el beaucoup d’autres dans la suite, apportent la même conviclion.

La preuve inverse, disparition de la méliltoccoccie après suppression du lait infecté, est au moins aussi frappante. Ainsi à Malle, où la mélilococcie était fréquente parmi les troupes de terre et de mer, on décide de supprimer la consommation de lait de chèvre cru, pour le remplacer par du lait stérilisé (mai 1906). Résultat : le nombre des atteintes tombe successivement pour la marine à 12 en 1907, à 5 en 1910; pour l’armée de terre à 9 en 1907, à 4 en 1910, alors que dans les années 1901 à 1905, elles atteignaient par année entre 252 et 554 cas pour la marine, entre 155 et 620 cas pour l’armée; encore fut-il démontré, dit Bruce, que presque tous les cas de l’armée étaient dus au lait de chèvre. Même observation pour l'hôpital de la marine à Malte : les atteintes intérieures, très fréquentes jusque-là, 26 par trimestre en moyenne, tombent à 1 et même 0 par lrimestre

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