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FIÈVRES TYPHOIDE ET PARA TYPHOIDES

avons vu que le bacille d'Eberth peut être ingéré parfois, même en quantité considérable, et traverser le tube digestif sans provoquer le momdre symptôme morbide.

Il existe en effet toute uné série de circonstances qui favorisent chez un individu ou dans une collectivité l'apparition de la fièvre typhoïde. Ces cexrconslances ont été depuis longtemps minutieusement étudiées par les médecins et les hygiénistes; certaines d’entre elles ont pu être considérées autrefois comme suffisantes pour expliquer léclosion spontanée de la dothiénentérie, en dehors de toute mtervention d’un germe spécitique. Sans méconnaître aucunement leur importance, nous comprenons à Fheure actuelle qu’elles agissent soit en créant dans l'organisme humain une récepüvité plus considérable, soit en favorisant la transmission d'homme à homme d’une quantité plus grande de germes ou de germes plus virulents.

Sexe. Age. — La fièvre Lyphoïde frappe avec une prédilection particuhère le sexe masculin. Elle serait à peu près cinq fois plus fréquente chez l’homme que chez la femme.

C'est entre 15 et 25 ans qu’elle s ‘observe le plus communément. Dans le sexe masculin la plus forte proportion de cas se produit entre 20 et 24 ans.

Chez les nourrissons, la fièvre typhoïde est tout à fait exceptionnelle; mais elle augmente peu à peu de fréquence avec l’âge, chez les enfants, pour atteindre, comme nous l'avons dit, son maximum pendant Fadolescence et les premières années de lâge adulte. Après 30 ans, la proportion des cas observés décroîl très rapidement et la fièvre typhoïde devient exceptionnelle chez les vieillards. La rareté de la fièvre typhoïde quand l'homme: avance en âge est attribuable pour une part à Pexistenee d’une infection éberthienne antérieure, tantôt chniquement reconnaissable et dûment diagnostiquée, tantôt fruste, bénigne et méconnue. El résulte des recherches des stations antityphoïdiques d’Alsace-Lorrame que, dans ce pays, 90 pour 100 des cas de fièvre typhoïde atteignent. les enfants âgés de moins de 15 ans; beaucoup de ces cas sont des formes ambulatoires que seuls le séro-diagnostic et l’hémoculture permettent de diagnostiquer (!). C'est dans l’existence de ces formes ambulatoires que réside pour une bonne part le secret de la résistance à la fièvre typhoïde à un âge avancé.

Prédisposition et immunité. — Les individus guéris d’une fièvre typhoïde possèdent contre cette maladie une immunité aussi solide que prolongée. C’est là un fait reconnu depuis longtemps et qui nest pas discuté. La récidive de la maladie semble être tout à fait exceptionnelle. D’après Vincent el Muratet(?), 1 à 2 pour 100 des personnes ayant eu la fièvre typhoïde la contractent à nouveau. Il est vraisemblable que ce chiffre est encore trop élevé. Nous savons en effet aujourd'hui que la fièvre typhoïde ne confère pas l’immunité contre les fièvres paratyphoïdes A et B, el réciproquement; nous savons que la fièvre paratyphoïde À n'immunise pas contre la fièvre paratyphoïde B et réciproquement. Il faut donc se

1. R. Degré. La lutte contre la fièvre typhoïde en Alsace-Lorraine. Revue d'hygiène et de police sanitaire. T. LXI, n° 8, août 1919, p. 778.

2. H. Vincenr et L. MuraTET. Fièvres typhoïde et paratyphoïde. Collection Horizon, Paris, 1917.

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demander si beaucoup de soi-disant récidives de fièvre typhoïde ne sont pas des paralyphoïdes, ou bien si la première atteinte n’a pas été une fièvre paralyphoïde. Les fièvres paratyphoïdes sont de connaissance récente et la distinction entre elles et la dothiénentérie ne peut se faire que par l'hémoculture ou par le sérodiagnostic. On doit considérer comme sans valeur les observations de récidive de la fièvre typhoïde, où la preuve bactériologique de la nature éberthienne n'a pas été faite dans les deux atteintes, par un au moins des deux procédés de recherche que nous venons d'indiquer. A l'heure actuelle, les seuls cas où cette preuve ait été faite concernent des réinfecüons éberthiennes mortelles chez des porteurs de germes hébergeant depuis longtemps le bacille typhique dans leur vésicule et leurs voies biliaires (Lévy et Kayser(!). Busse, Kamm) (°).

S1 limmumité acquise-contre la fièvre typhoïde est un fait bien établi, 1! est difficile de savoir jusqu'à quel point certains individus possèdent naturellement vis-à-vis de cette maladie une résistance diminuée ou accrue. On -a été frappé depuis longtemps de voir certaines familles dont presque tous les membres sont frappés par la fièvre typhoïde à des intervalles assez éloignés pour qu’une même contamination extérieure ne puisse être ineriminée. On a donc admis la possibilité de suscepttbilités familiales spéciales. Aujoud'hui on rechercherait plutôt le porteur de germes responsable de cette série d'infections.

D'autre part, certains sujets paraissent particulièrement résistants el passent à travers les épidémies sans être atteints. Quand une telle immunité n'a pas pour origine une fièvre typhoïde antérieure, atypique et non diagnostiquée, elle devient bien souvent insuffisante lorsque le sujet sè trouve transporté dans des conditions d'existence nouvelles, et se trouve exposé à l’action de germes particulièrement nombreux et virulents.

Il est difficile de dire si certaines races sont douées d’une plus grande résistance à l'infection typhique. Il semble établi que loutes les races européennes sont également sensibles à la maladie. En comparant les statistiques de la morbidité typhique dans les deux armées japonaise et russe au cours de la guerre de Mandchourie, on voit que la première a présenté quatre fois moins de cas de fièvre typhoïde que la seconde. Il paraît prématuré d'en conclure que la race japonaise est moins exposée que la race blanche à la dothiénentérie, car l’armée japonaise a vécu dans de meïlleures conditions hygiéniques que l’armée russe.

L'attention a été attirée sur la morbidité élevée des troupes européennes en Afrique et dans l'Inde; alors que les contingents arabes, nègres, hindous vivant dans les mêmes lieux et dans les mêmes conditions sont à peu près complètement épargnés. Il faudrait être sûr, pour conclure à une immunité . spéciale des soldats indigènes, que ceux-ci, nés dans des pays où la fièvre Lyphoïde est extrèmement répandue, n’ont pas été infectés -pendant leur

1. Levy et Kayser. Recherches bactérielogiques A‘ l’autopsie d’un porteur de bacilles typhiques. Miünchener Med. Woch., 1906, p. 2454 et Gazette des hôpilaux, 1907, p. 115.

2. Kamu. Dangers que font courir au porteur de bacilles typhiques ses propres bacilles tvphiques. Minchenen Med. Woch., 1909, p. 1011 et Gazette des hôpilaux. 1909, p. 1307. <

F. Wipar, À. LEMIERRE el P. ABRraMi.

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enfance ét ne jouissent pas d’une immunité acquise. Il-faut'tenir compte

aussi de ce fait, que les Européens, transportés dans un nouveau climat, se AETR

trouvent dans de moins bonnes conditions pour résister que les imdigènes adaptés héréditairement au milieu. Si l’on renverse les rôles, on peut voir les contingents indigènes souffrir de la fièvre typhoïde. C'est amsi que H. Vincent a vu des tirailleurs algériens envoyés au MAroë DRÉSARSE des cas de fièvre Lyphoïde très nombreux ét très graves.

Le dépaysement expose en elfel les ee à contracter plus facilement la fièvre typhoïde. On à remarqué depuis longtenips que les habi Llants des campagnes qui viennent vivre dans lés villes sont frappés dans une proportion plus forte que les citadins. Pendant la guérre de la Sécession, les soldats, originaires des campagnes ont payé un tribut particulièrement lourd à la fièvre lyphoïde. Dans les hôpitaux de Paris, une bonne part des typhiques est constiluée par des domestiques, des employés, des ouvriers des deux sexes immigrés des campagnes depuis quelques mois ou tout au plus depuis quelques années.

La propension plus considérable qu'ont tous les déracinés à être atleints par la dothiénentérie lient souvent à ce qu'ils se trouvent exposés à des

dangers de contamination qu'ils n’ont pas rencontrés lusqu’alors. Les modi- ‘e)

ficalions dans les condilions de vie, le défaut d’acclimatement ont égale-

ment une influence dont nous parlerons plus loin. Il y a lieu de se deman-

der aussi si les bacilles typhiques, malgré leur similitude absolue au point de vue botanique, ne possèdent. pas des aptitudes pathogènes variant quelque peu suivant les localités où la fièvre typhoïde est endémique. Peutêtre les habitants de telle ou telle région possèdent-ils héréditairement ou ont-ils acquis un certain degré de résistance aux bacilles avec lesquels ils sont ordinairement en contact, résistance qui devient insuffisante en face d’une race bactérienne nouvelle. | État social. Hygiène générale. — La fièvre typhoïde est surtout fréquente dans les pays où l’on est peu soucieux de l'hygiène, dans ceux notamment où Fon ne se préoccupe pas de pourvoir les agglomérations humaines d’eau potable épurée ou mise à l’abri de la contamination fécale. Autrefois, tous les états payaient un tribut également lourd à la maladie. Actuellement, parmi les nations d'Europe où existent des statistiques, l'Espagne, l'Italie, la Russie sont celles où l’on relève la proportion la plus

élevée de fièvres typhoïdes; la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas, celles où

celle proportion est la plus basse. En France, bien que des progrès aient élé accomplis, la morbidité et la mortalité typhiques restent relativement élevées. Pendant la période comprise entre 1886 et 1890, la mortalité par fièvre typhoïde dans les villes de 50 009 habitants et au-dessus a été de

0,54 pour 1000; en 1915, elle élait lombée à 0,14 pour 1000. La même. année, en Alsace-Lorraine, après dix années de lutte scientifique contre la fièvre typhoïde, la proportion de décès attribuables à cette maladie n’était

que de 0,04 pour 1000 habitants.

S1 l’on consulte des statistiques de l’armée française, on voit que ce sont les corps d'armée de Marseille, Montpellier, Toulouse, Rennes, Nantes qui fournissent le plus grand nombre de Lyphiques. C’est également dans ces

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régions que la fièvre typhoïde est la plus répandue dans la population civile.

Circonstnaces météorologiques: climats; saisons. — La fièvre Lyphoïde est peut être la maladie la plus répandue à la surface du globe. On l’observe sous toutes les latitudes et sous tous les climats, dans les régions équatoriales, comme au Groenland et au Labrador. Il n’est pas de pays qui en soit indemne. Partout, c'est le bacille d’Éberth qui est l’agent le plus fréquent des maladies typhoïdes: les bacilles paratyphiques sont plus rarement en cause et dans des proportions qui varient suivant les circonslances et suivant les régions. |

Il n’est pas douteux pourtant que la fréquence de la fièvre typhoïde ne soil plus considérable dans les pays chauds que dans les pays froids et tempérés, et dans des proportions telles que les fautes d'hygiène ne sont évidemment pas seules en cause. La dothiénentérie est plus commune dans les régions du Sud que dans celles du nord de la France. En Algérie, au Maroc, en Égypte, dans l'Inde, elle est tellement répandue que les Européens sont à peu près assurés de la contracter.

La fièvre typhoïde est une maladie saisonnière : dans les localités où elle est endémique, il se produit toujours une augmentation accentuée du nombre des cas pendant la période eslivo-automnale. Bien que certaines épidémies de fièvre Lyphoïde aient pu se développer pendant l'hiver, la règle est que c’est pendant les mois de juillet et d'août qu’on voit éclater les grandes épidémies, dont la queue peut se prolonger jusqu'en novembre. Vincent et Muratet font remarquer qu'en Algérie, où la saison chaude commence environ un mois avant qu'elle n'apparaisse en France, la courbe de la fièvre typhoïde s'élève également un mois plus tôt. La morbidité par fièvre Lyphoïde s'accentue pendant les étés particulièrement beaux et chauds; celui de 191, qui a été littéralement torride et prolongé, a été marqué dans les hôpitaux parisiens par un afflux inusité de lyphiques. De plus, une forte élévation de la température non seulement prédispose les individus à la fièvre typhoïde, mais à des formes plus graves de cette maladie ; il en est ainsi pour les fièvres Lyphoïdes apparues pendant la traversée de la mer Rouge où la chaleur est particulièrement accablante.

Surmenage. Encombrement. — On sait depuis longtemps que la fièvre Lyphoïde s'attaque volontiers aux gens faligués. Les hygiénistes militaires ont montré que cette maladie apparaît brusquement ou augmente de fréquence parmi les troupes soumises à de longues marches. Favier, Dumas. Franchet (!) l'ont vu éclater à la fin des manœuvres; Lèques a établi que dans les troupes alpines la morbidité typhoïdique est exactement propor- Lionnelle à la durée des exercices de campagne. Les jeunes soldats soumis à un entraînement intensif payaient jadis un lourd tribut à la maladie.

Nous avons eité plus haut, d'après Kelsch (), l'exemple de colonnes envoyées au loin pendant l'expédition de Tunisie, qui, parties avec un état général excellent, voyaient deux mois après leur départ la fièvre Lyphoïde

1. TANON. L’épidémiologie et la bactériologie dans la lutte scientifique contre la

fièvre typhoïde. Presse médicale, 190$, n° 51, p. 401. 2. Kezscu. Traité des maladies épidémiques. T. 1, p. 458.

FE: Wipar. À. LEMIERRE et P. ABramr.

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éclater dans leur effectif, sans avoir pris contact ni avec un malade ni même avec un centre habité; grâce aux faligues imposées aux hommes. quelque porteur de germe avait sans doute pu exercer son influence nocive.

Les ‘(ravaux pénibles, les veilles ‘prolongées, Vinsomnie, constituent, comme facteurs de surmenage, une cause prédisposante à la fièvre typhoïde. Il est vraisemblable aussi que les émotions tristes, la dépression psychique. le chagrin, les angoisses de toutes sortes contribuent à diminuer la résistance de lorganisme et à favoriser l'invasion de la fièvre typhoiïde.

Les rene de l’armée et de la marine, Colin, Kelsch, Arnould, Dauvé, Granjux ont attaché avec raison une grande importance au surpeuplement des locaux; le danger de l’entassement d'individus dans-des habitations trop exiguës se retrouve d’ailleurs dans la pratique civile. L’encombrement multiplie en effet les contacts, favorise la malpropreté «el augmente les chances de contagion. Moursou à signalé que, sur les bâtiments qui transportent les troupes pour les expéditions lointaines, la morbidité typhique est loujours en raison directe de l’importance des effectifs embarqués, pour un même navire et à égalité de mesures prophylactiques.

La faute d'hygiène la plus lourde, fréquente dans les agglomérations d'individus mal logés, est celle qui a-trait à la dissémination des matières fécales, à la souillure des chemins, des cours, des champs environnants par les gens qui s'exonèrent au hasard. Les matières fécales délayées par les pluies peuvent être mélangées aux eaux de boisson; transportées par les pieds, elles vont souiller les locaux d'habitation; véhiculées ‘par les mouches elles contaminent les aliments. Il suffit d’un porteur de germes pour faire éclater une épidémie.

La fièvre typhoïde et la guerre. — La fièvre typhoïde a été de. Loules les époques et sous tous les climats le grand fléau des armées en campagne. Si, comme le remarque Kelsch (ft), les épidémies urbaines de dothiénentérie ont un caractère éventuel, accusant des causes accidentelles, l'apparition de cette maladie dans les camps et les armées est absolument inévitable. Nombre d'hommes hébergent, comme nous l'avons dit, le microbe de la fièvre typhoïde; la guerre va les mettre en contact intime el permanent avec une foule d'individus jeunes pour la plupart, transplantés dans un milieu nouveau, soumis à des faligues excessives, souvent déprimés moralement. Dans ces agglomérations ne la souillure du sol par les matières fécales et les urines atteint rapidement des proporlions considérables. Les bacilles d'Eberth provenant des porteurs de germes et des malades au début sont facilement disséminés dans les cantonnements exigus

et malpropres, clans les abris improvisés et les tentes étroites, où dé hommes éntassés couchent souvent sur la terre nue. La promiscuité favorise la contagion. Ainsi la fièvre 1xphoïde semble éclater spontanément dans les armées parce que top souvent l'homme porte en lui de germe de la maladie et -que les ‘circonstances :créées par la guerre permettent à ce germe de se multiplier, de se répandre el:d’atteindre des organismes particulièrement réceptifs. |

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