DÉFINITION ET DÉLIMITATION DU SUJET
Nous ne pouvons actuellement fournir de la grippe une définition dune. exactitude absolue. C’est incontestablement une maladie infectieuse, mas
comme aucun des microbes présentés jusqu'ici n’a fourni sa preuve, nous
manquons d’une base pour la délimitation de la maladie. Nous devons donc nous appuyer uniquement sur la clinique et sur l’épidémiologie pour faire notre définition.
C'est une maladie infectieuse, épidémique, et à un degré tel que Abe | certains cas on peut vraiment la qualifier de pandémique. Das
Dans ses formes pures elle est essentiellement caractérisée par la Gr, ne la courbature, la dépression’ générale des forces et le plus souvent. une légère Lendance au catarrhe des voies respiratoires supérieures. eo
Mais souvent elle se complique el ses complications, qui sont d une gra ne
vilé extrême, portent essentiellement sur l'appareil respiratoire. Cès come plications reconnaissent des causes microbiennes multiples que nous. supposons différentes de la cause même de la grippe, et c'est pourquoi,
malgré leur importance prépondérante dans lévolution morbide, mous 7
croyons devoir les considérer seulement comme des complications: Telle est la physionomie générale de la grippe épidémique. Une deuxième question se pose el nous reste à résoudre. Devons-rious considérer comme de même nature les grippes sporadiques où à pelite diffusion épidémique, qui souvent présentent des exacerbations saison:
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nières, e{ qui, en tous cas, dans le langage médical, sont également désir tee
gnées sous le nom de grippe ? ; Da C'est ici que la preuve bactériologique serait souveraine pour trancher + le débat. | re À son défaut, nous devons nous baser sur des probabilités. Il est certain : que les grippes sporadiques, ou les grippes des petites épidémies, se pré
sentent avec des symptômes absolument identiques, se compliquent pareil- AA
- lement d infections graves des voies respiraloires, el, n’était la nolion d’une épidémie générale qui fait défaut, semblent représenter la même maladie que la grippe épidémique. D'autre part, il est à remarquer, que dans les années qui suivent les grandes épidémies, ces bn sporadiques ou ces | ï.
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petites épidémies locales se montrent avec une fréquence particulière ; qu'au contraire, quand on s'éloigne des grandes épidémies, on voit les cas diminuer, à tel point que souvent les médecins perdent l'habitude de porter ce diagnoslic.
C'est ce que nous avons vu notamment dans les années qui ont précédé la grande épidémie de 1889. D'autre part, il est rationnel de penser que, comme toutes les grandes maladies imfectieuses, la grippe peut, selon la virulence du germe et les conditions adjuvantes de sa diffusion, s’atténuer ou se renforcer tout en se maintenant présente, el cela explique que, la plupart des épidémies aient éclaté par des points fort éloignés les uns des autres et sans qu'on soil jamais arrivé à préciser d’une façon exacte leur origine. Pour ces raisons, nous ne croyons pas devoir séparer ces deux
formes morbides, mais notre descriplion visera surtout la grippe épidé-
mique.
HISTORIQUE
. En raison de sa grande diffusion, la pandémie grippale a depuis longtemps attiré l'attention, de telle sorte qu’on en retrouve la descriplion, non seulement dans les anciens Traités médicaux, mais aussi chez les annalistes el les historiens.
Nous possédons de nombreuses relations des épidémies de fièvre catarrhale, ainsi qu'on disait autrefois, el après critique sérieuse des faits, la plupart nous paraissent ressortir à la pandémie grippale.
L'Histoire des anciennes épidémies de grippe a été réunie par Ozanam, Thompson, Hirsch, Fuster (1. ; |
Si l’on peut déjà, dans les écrits hippocratiques, relever la mention de catarrhes épidémiques, la présence sur le littoral de la mer Egée d’affec- Lions pouvant prêter à confusion, comme la dengue, la fièvre de trois jours. ne permet pas d'en tenir grand compte. C'est surtout à partir du moyen âge que l’on commence à décrire cette affection et sur les épidémies les plus anciennes peu de renseignements nous sont parvenüs. Citons seulement les épidémies douteuses de 876 et 1175 (Naumann), 1959 et 1511 (signalées dans la chronique des Frères mineurs).
Des catarrhes épidémiques qui firent mourir un grand nombre de personnes et s’étendirent à toute l'Italie se manifestèrent en 1325, 1527, 1387 (Buom Segni). Cette dernière épidémie aurait, d'après Valesco de Tarente, frappé les 9/10 de la population de Montpellier et fait mourir tous les vieillards.
Voici déjà des caractères qui appartiennent à la maladie que nous étudions.
Mais l'épidémie d'avril 1403 nous vaut la description plus précise d'Elienne Pasquier, qui signale l’asthénie, les crachats hémorragiques et la longueur de la maladie.
1. Ozanam. Histoire médicale des maladies épidémiques, 2° éd. 1835. — TuHompson.
Annales. of Influenza, 1852. — Hirscn. Handbuch der historich-geographischen pathologie, 1881. — Fusrer (de Montpellier). Monographie de l'affection catarrhale de France, 1861.
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En raison de la rapidité d'apparition on la nommail Tac ou Horion; dans les épidémies suivantes, c’est la Coqueluche à cause d’un bonnet que lon portait pour se protéger du froid, et nommé coqueluchon (Mézeray); le Dando (Pasquier), le Ladendo.
De nouvelles épidémies sont signalées en 1410, 1411, 1414 (Mézeray et Pasquier), 1427, 1458, à Vienne (Carli), puis en Italie, 1482 (Mézeray), 1505 en Italie et en Espagne (Gaspard Torrella), 1510 (de Thou), 1515, 1945 (Marcellus Donatus, Paradin et Trochorœus), 1955. |
En 1557, une épidémie décrite sous le nom de coqueluche ravagea toute l'Europe (Rivière, Mercatus, Valleriola, Schenck).
Valleriola signale la toux, la céphalée, et les complications sur l'appareil respiratoire. Les épidémies de 1574 et de 1578 ont été rapportées par Baillou. |
En 1580, non seulement toute l'Europe fut envahie, mais aussi l'Asie et l'Afrique (Forestus, Sennert, Salius Diversus, Bockelius, Henisch, Reusnerus, Cornaro, Lusilanus, Vilalba, Campana, etc.). Celte épidémie se montra particulièrement grave à Paris, où l’on compta 9000 décès, à Madrid, qui fut presque ‘dépeuplé (Vilalba). Forestus l’a vue à Delft « être généralement bénigne, mais si on la négligeait elle se changeait en pére. pneumonie ».
Dix ans plus tard, Sennert, en Allemagne, Varandie, en France, Tronconius et Jansonius en Italie, décrivent une épidémie aussi étendue.
En 1665, une épidémie frappa dans les États Véniliens plus de 60 000 personnes dans l’espace d’une semaine (Paulin).
Etmüller observe en Allemagne les fièvres catarrhales de 1669, 1675. el 1676. Ces deux dernières épidémies ont été décrites en France par l’accoucheur Peu, en Angleterre par Sydenham, qui signale la fréquence des pleurésies avec expectoration sanglante.
En 1679, 1691, 1695, 1699, de nouvelles épidémies sont observées : Wepler, qui décrit celle de 1691, considère la maladie comme un véritable Protée qui revêt des formes diverses.
Le xvin® siècle vit se produire un grand nombre d’épidémies de grippe, el 1l nous er reste d'importantes relations : 1709 (Hoffmann, Lancisi), 1729 et 1750 (Hoffmann, André Lœw, Scheuckzer, Beccaria et Morgagni). Cette dernière épidémie, accompagnée de variations météorologiques considérables, frappa à Vienne plus de 60000 personnes et autant à Rome. Les descriptions relèvent la fréquence des manifestations cardiaques : syncopes et anxiété précordiale.
Une des épidémies les plus étendues et les plus lee que l’on ait
observé est celle de 17352. Vers le milieu de novembre elle apparut en Saxe et en Pologne, d’où elle se répandit en Allemagne, en Suisse et en Hollande. En décembre elle sévit en Angleterre et en Ecosse. Paris est atteint vers le 15 janvier 1755, l'Irlande en février, l'Italie et l'Espagne ensuite. La maladie passa également en Amérique et en Afrique. Elle continua à se manifester pendant les années suivantes, 1734-55-56-37, ce que les auteurs expliquent par les variations continuelles de température qui caractérisèrent
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celle période. Cette longue épidémie fut décrite par Crivelli en Italie, Jussieu en France, en Angleterre par Huxham qui adopte le nom d'influenza. À Londres, d'après Backer, « les symptômes de péri-pneumonie se montrèrent fréquemment. Il y eut des quartiers de Londres où lépidémie fut une véritable péripneumonie ».
En France, l'extension de l'épidémie fut considérable, et Razoux, médecin de Nimes, en parle sous les noms de baraquette, petite poste, petit courrier, folleite.
Ce n'est ensuite qu'en 1742 et 1745 qu'il est fait mention de nouvelles épidémies.
Sauvages désigna l'épidémie de 1745 sous le nom de grippe, el c'est Betis être la première mention de cette dénomination.
En 1756, 1758, 17959, 1761, on vit apparaître de nouvelles épidémies, mais celle de 1762 fut beaucoup plus étendue. Elle débuta à Venise et parcourut ensuite l'Italie, l'Allemagne, la Hongrie; en 1767 on vit le catarrhe épidémique en Espagne (Vilalba) et en Normandie (Lepecq de la Clôture), en 1775 à Vienne (Stoll), en France (Navier, Vandermonde, Lepecq et Saillant), en Angleterre (Heberden, Pringle, Barth, Fothergill). Stoll et Heberden décrivent la forme gastrique de la grippe.
L'épidémie de 1779-1780 commença en France où on la nomma la follette, la coquette, la grenade, la générale. Elle s’étendit ensuite en Angleterre. Elle débuta à Paris après un brouillard glacial qui survint le 4e janvier.
On cite souvent pour montrer l'influence des variations thermiques dans la grippe l'épidémie de 1782 à Saint-Pétersbourg.
Celle-ci paraît avoir été la plus importante du siècle. Elle comprit non seulement toute l'Europe, mais aussi le nord de l'Asie et de l'Amérique. En Europe, on nommait’cette affection catarrhe russe; en Russie, où l’on pensait qu'elle provenait du Nord-Est de l'Asie : catarrhe chinoïs.
On observe des épidémies en 1799 (France et Russie), 1800 (à Lyon, où les péripneumonies furent fréquentes), 1802 (Paris), 1803. Cette dernière fut observée par Laënnec.
La grippe donna lieu de 1805 à 1813 à des épidémies assez localisées. Celles de 1831 et de 1853 se montrèrent en Europe et en Asie.
L'épidémie de 1857 est particulièrement intéressante, et par sa grande diffusion, elle atteignit en effet la plus grande partie de l’Europe, et surtout par les descriptions que nous en ont laissé les médecins parisiens (Nonat, Gouraud, Piorry, Vigla), qui ont particulièrement insisté sur les complications pulmonaires de la maladie.
Elle fut assez intense à Lyon pour que les tribunaux, théâtres, cours publics, aient dû fermer. C’est la dernière pandémie grippale avant celle de 1889, car si on relève ensuite presque annuellement des épidémies, dont les plus notables furent celles de 1841, 1847-1848 (Peacock), 1850-1851, 1870, 1875, 1875, aucune n'en atteignit l'importance et toutes sont restées plus ou moins localisées.
Les rapports sur les maladies régnantes dans les hôpitaux de Paris, présentés plusieurs fois par an à la Société des Hôpitaux, par Lailler, Gal-
MENETRIER et STÉVENIN.
ne | LA GRIPPE.
lard, Besnier, du Castel, depuis 1862 jusqu'à 1895, sont intéressants à
consulter. Les rapporteurs notent chaque année l'apparition de la grippe dans les hôpitaux parisiens et les consullations du Bureau Central, sa coïn- cidence avec les saisons froides et surtout avec les variations thermiques et atmosphériques. 2
L'’épidémie de 1880-1881 fut suivie d'une épidémie importante de fièvre typhoïde. Celle de 1886 s’accompagna avec une grande ne à de pneumonies (Menetrier).
Mais le souvenir de la pandémie de 1857 s flag de la mémoire, nombre | de médecins ne e pensaient plus à la diffusion et à la gravité des pandémies
grippales, ce qui explique la surprise qui accueillit l'apparition de celle de
RES Me 7 ; ; 5 L | à $ fs L'épidémie paraît avoir débuté en Asie centrale vers le mois de mai 1889; elle envahit ensuite la: Perse, la Russie (Saint-Pétersbourg : 27 oeto-
bre, Moscou : début de novembre). Elle se répandit de là sur le reste de
l'Europe (Copenhague : milieu de novembre, Vienne : 25 novembre, Berknr: 50 novembre, Londres : fin de novembre). Le début à Paris se fit le 26 novembre, la mortalité s'éleva subitement vers le 15 décembre.
La grippe fut transportée en Amérique {N ew-York : milieu de décembre),
en Afrique (cap de Bonne-Espérance : janvier 1890, comptoirs de la côte
occidentale d'Afrique : février; Suez : janvier), en Asie (Bombay : février; zalcutta : avril), en Australie (avril 1890), Les recherches bactériologiques furent nombreuses au cours de celle épidémie, sans aboutir à mettre en relief le germe spécifique que l’on cherchait. C'est un peu plus tard; en 1892, que Pfeiffer décrivit Le bacille qu'il présenta comme l'agent patho: gène de la grippe.
Sa spécificité fut pendant quelque temps assez généralement admise, el pendant celle période, les affections à bacilles de Pfeiffer sont dénommées
affections grippales sans que l'on lienne compte du caractère épidémique,
fait essentiel cependant. Le rôle attribué à ce microbe a été bien restreint
par les travaux français, américains et autrichiens, qu'a suscité Pépidémie
de 1897.
Pendant les premiers mois de 1914, une épidémie assez localisée à été observée. | D'après les auteurs américains, en 1915-1916, une grave épidémie rappe-
lant celle de 1889, aurait sévi sur tout le territoire re États-Unis, présen-
ant son maximum en décembre 1915; et persistant encore, mais très alté
nuée, en mars 1916. Elle ne s’étendit pas en Europe.
L'année 1918 a été marquée par le développement d’une nouvelle pandémie grippale qui ne le cède en rien aux précédentes en extension et en. gravité.
Le début en est très obscur, ce qui paraît dù, dans une certaine mesure, à ce que les nations belligérantes dissimulaient leurs épidémies ; la maladie n est reconnue qu'au moment de sa diffusion maxima.
Il semble qu'elle ait évolué à peu près simullanément dans tous les pays,
elen deux lemps, une première « vague » épidémique au printemps, très