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de beaucoup la plus souvent observée; d'ordinaire elle se présente avec sa forme la plus typique de lhépatisation pneumocoecique. Ce sont des” pneumonies lobaires, à foyers souvent multiples, soit encore rouges, soil plus souvent grises et fréquemment suppuralives, mais qui ne diffèrent pas, en somme, par des caractères essentiels de la. pneumonie franehecom-
mune. Aussi, pour la description de leurs modalités, | POUTOR SES Le DO
voyer à notre article PNEUMONIE de ce Traité. |
Mais, outre la forme pneumonique, l'infection pneumocoecique présente des formes diverses : bronchite capillaire purulente, bronchopneumonie à noyaux disséminés, celle-ci plus fréquente aux âges extrêmes de la wie, enfants et vieillards, et pour les adultes, chez les individus atteints de. lésions chroniques antérieures du parenchyme pulmonaire, sclérose pulmo= paire notamment. Ces formes bronchopneuwmoniques se sont accompagnées, plus spécialement au cours de la dernière épidémie de grippe, de lésions. ædémateuses étendues, parfois presque totales. Les poumons, tuméfés, laissaient écouler à la coupe une sérosité louche extrêmement abondante, vraisemblablement de nature pneumococcique, comme mous lavions antérieurement montré, et bien manifestement en rapport avec la rapidité et l'intensité des phénomènes asphyxiques observés pendant la vie.
Ce que l’on a rencontré le plus souvent dans cette dernière épidémie, après des lésions précédentes, ce sont des formes d'infection combinée: streptococcique et pneumococcique, quelquefois même mêlées d'infections staphylococcique et à pneumo-bacille de Friedlander. pee
Dans tous ces cas, il s'agissait de lésions bronchopneumoniques extrèmement étendues, D te dans les régions postéro-mférieures des “He #a mons, avec une apparence hémorragique souvent très marquée de lt zone des noyaux d'hépatisation et même de l'infiltration œdémateuse périphérique. : | Ds Dans quelques cas même, l’apparence rappelait celles des infarctus, bien qu'en réalité, au moins dans les faits que nous avons observés, 11 nm
eût pas à proprement parler d'infarctus, les artères élant perméables, mon
obliérées par des caïllots, et l'apparence tenant simplement à Pabondance de l'exsudation sanguine mitra-alvéolaire. :
Sur ce fond rouge-violacé, Ia coupe montrait très souvent des points blanchâtres, purulents, tenant à la réplétion des extrémités bronchiques et bronchioliques par des leucocytes, et pouvant, dans certains cas, rappeler.
un peu l'apparence des formes de tuberculose granulique sur fond con- en. ie
2 sesbif:
Nous avons enfin observé une forme de bronchopneumonie particulière- É
ment congestive et hémorragique, où ces caractères, sur lesquels nous venons d’insisler, étaient très marqués, et dans laquelle l'agent pathogène que nous avons retrouvé presque à l’état de pureté était le bacille de. Pfeiffer (*).
La plèvre montre une pleuwrite fibrineuse accompagnant la pheumonie. L Dans les formes de bronchopneumonie hémorragique que nous venons de signaler, on trouve des ecchymoses pleurales abondantes mais sans exsudat
1. MExETRIER. Bronchopneumonie à Bacille de Pfeiffer. Acad. méd. Janvier 1919.
| PROPHYLANXIE. Fasc. III. — 471
à la surface. Enfin, on a observé des pleurésies sérofibrineuses et des pleurésies purulentes assez variables en fréquence suivant les foyers épidémiques, surtout pneumococciques, streplococciques dans un cerlain nombre de cas. | |
Nous mentionnerons rapidement Îles autres localisations viscérales, puisque, comme nous l’avons dit, il s’agit uniquement de complications secondaires.
Telles sont les localisations sur lPappareil circulatoire. On peut trouver une endocardite végétante ressortissant des mêmes microbes que ceux des complications pulmonaires, surtout le pneumocoque, le streptocoque : une péricardite de même nature.
Les néphrites paraissent l’aggravation d'une néphrite antérieure ou la
localisation d'une des infections susmentionnées. - Pour les capsules surrénales, bien que, par la symptomatologie, on ait cru pouvoir leur attribuer un rôle important dans le tableau de la maladie, en fait, nous ne connaissons aucune lésion spéciale qui ait pu être considérée comme étant en rapport avec une Imfection grippale.
Du côté du système nerveux, on à décrit des lésions de méningite et d’encéphalite. Pour cette dernière 11 y a Heu de distinguer les faits dépendant de l’encéphalite léthargique dont nous avons discuté les rapports avec la grippe et les foyers de ramollissement rouge localisé que nous attribuons (v. Pneumococcies), à des thromboses pneumococciques des petites artérioles du cerveau.
PROPHYLAXIE
Les mesures propres à arrèler la dissémination des maladies contagieuses se déduisent de leur épidémiologie.
Or, nous avons vu que la grippe n’est reconnue d'ordinaire que lorsque l'épidémie est déjà installée et qu’elle a diffusé. On ne peut donc espérer en protéger un pays, eten fait, on constate que les cordons sanitaires et les lazarets donnent des résultats illusoires. L'’isolement de groupes humains restreints : un sanalorium, une pension, une famille, ont, dans quelques cas assez rares pour qu'on les cite, permis d'éviter la contagion.
Lorsque l'épidémie menace ou est déclarée, il’est prudent en tous cas d'éviter les agglomérations humaines dans les foires, théâtres, cinématographes, transports en commun, elc. On ne peut espérer échapper complètement à la contagion, cependant il sera indiqué de soustraire au contact des grippés les sujets qui sont porteurs de lares viscérales : {uber-
- culeux, cardiaques, diabétiques, vieillards, etc., pour lesquels l'affection est
beaucoup plus grave. De plus, lorsque dans une famille un sujet est atteint de grippe, il faut l’isoler des autres, sans grand espoir d'éviter la maladie, que l’on voit apparaître en général les jours suivants chez les autres membres de la famille.
Il faut conseiller, d’une manière générale, en période d’épidémie, une bonne hygiène, éviter les veillées prolongées, le surmenage, le refroidissement. On recommande la désinfection des cavités buccale et pharyngée, des
MENETRIER el STÉVENIN
fosses nasales. Les instillations nasales d'huile résorcimée à 1 pour 25 ou à 1 pour 50, d'huile goménolée à 1 pour 100, sont très utiles.
On pourra employer les inhalations avec le mélange de Vincent, utilisé dans l’armée :
Gaa60! 6 trs 2 grammes.
lode: "ia pre OU AA ADS
Iodure de potassium... . . 0 gr. 50 (pour dissoudre). Alcool à 600: 402802 200 eraminies
dont une pelile quantité est versée dans un récipient placé ensuite dans un bain-marie contenant de l’eau bouillante. |
De même, on praliquera des lavages de gorge et de bouche à l'acide salicylique (2 pour 1000), au borate de soude, au phénosalyl, à la liqueur de Labarraque (10 gr. pour 1000).
On a conseillé. pour les personnes en contact avec les grippés (médecins, infirmiers, membres de la famille du malade), le port de masques formés de gaze de 10 à 15 centimètres de côté, pliée en quatre épaisseurs, mis sur la bouche et les narines et empêchant linhalation des germes véhiculés par l'atmosphère.
La gravité de la grippe étant le fait des germes d’ associalion, il faut essayer d'en diminuer le nombre et la virulence. |
C’est en partie dans ce but qu'on utilise les désinfectants des cavités. nalurelles dont nous venons de parler. Il faut surtout éviter que des sujets alteints de grippe soient réunis en grand nombre, car on observe des surinfections comme dans la rougeole, la virulence des germes d'association se développant sans doute par les passages successifs.
L'idéal est l’isolement individuel, qui ne peut d'ordinaire être réalisé, élant donné le nombre énorme de sujets qui sont atteints simultanément. Il faut avoir recours à des moyens de fortune, à des cloisons ou à des draps suspendus à des cordes et isolant les lits, et en tous cas séparer les formes compliquées des grippes simples.
On a préconisé, lors de la dernière épidémie, la vaccination préventive. Les Anglais ont utilisé divers vaccins (bacille de Pfeiffer, pneumocoques, streplocoques —- les microbes précédents, plus le staphylococeus aureus, le calarrhalis, le Friedländer, le pséudo-diphtérique), qui, bien que dirigés seulement contre les microbes d'association, auraient fortement diminué la proportion de grippés chez les sujets exposés à l'infection.
La désinfection des locaux, utile mais impossible pratiquement en raison de l'extension des épidémies, doit être exigée en tous cas pour les formes compliquées.
TRAITEMENT
Grippe simple. —— La grippe simple est une affection très bénigne et très courte. Le (raitement visera donc surtout à calmer les symptômes pénibles pour le malade et chercher à éviter les complications.
TRAITEMENT Fasc. III. — 475
Il faut insister sur le repos absolu au lit, même dans les formes en apparence les plus légères. Bien que des complications graves puissent apparaître dans ces conditions, c’est d'ordinaire après une imprudence, une sortie intempesiive, que l’on voit survenir brutalement la complication pulmonaire.
Le séjour au lit sera maintenu pendant toute la durée de la fièvre, et la sortie ne sera autorisée que 2 ou 5 jours après la défervescence.
L'alimentation sera restreinte. Le premier jour, l’anorexie est très marquée et des tisanes chaudes peuvent suffire. On peut y ajouter du bouillon de légumes, du lait. Il faut faire boire abondamment le malade, mais nous ne pensons pas qu'il y ait intérêt à chercher à le nourrir, comme on l’a proposé, en s'appuyant sur la déperdition considérable d’urée que présente le malade. En fait, pendant la période fébrile, l'alimentation est très mal tolérée et provoque souvent le vomissement.
L'alimentation sera plus substantielle après la chute de la fièvre.
On sera sobre de médicaments et on se méfiera surtout de l’action dépressive des antithermiques; une potion à l’acétate d’ammoniaque et à la teinture de cannelle; un peu de quinine (0 gr. 20 à 0 gr. 40 de sulfate ou de bromhydrate), d'analgésine (0 gr. 50), de pyramidon (0 gr. 20 à 0 gr. 50), associés el répartis en plusieurs cachets que l’on donnera dans la journée, suffiront en général pour diminuer les symptômes pénibles : céphalée, algies diverses.
Lorsque la toux est assez marquée et fatigante, la poudre de Dower, le benzoate de soude associé au sirop de codéine, la terpine, le thiocol, seront utiles. La laryngite pourra être améliorée par l'aconit, la belladone, employés avec prudence, les inhalations balsamiques, les applications humides chaudes prélaryngées. |
Un purgatif salin sera donné avec avantage après la chute de la fièvre. Il-nous a paru, au contraire, exercer une Iimfluence peu satisfaisante lorsqu'il était pris par le malade dès le début de la grippe.
Dans la forme la plus légère. de la grippe on observe souvent une asthénie assez prononcée. Dans ces cas, on pourra prescrire la strychnine, soit en injections sous-cutanées d’un milligramme par Jour, soit en solution.
En résumé, cette grippe simple relève plus de l'hygiène et de la prophylaxie que de la thérapeutique.
Grippe compliquée. Il n'en est pas de même des formes compliquées dont la gravité dépasse souvent les ressources thérapeutiques assez nombreuses que nous possédons. ù
En présence d’une complication pulmonaire : pneumonie, bronchopneumonie, œdème, la révulsion locale : ventouses sèches, sinapismes, paraît peu utile. Il faut recourir d'emblée aux ventouses scarifiées appliquées largement sur le thorax el renouvelées au besoin à plusieurs reprises. Lorsque l’'œdème aigu du poumon se manifeste et que l’asphyxie menace, une saignée générale, copieuse, pourra conjurer les accidents. Si le cœur faiblit, particulièrement au cours de ces complications pulmonaires, on donnera de la digitaline, à la dose de à à 10 gouttes par jour. La caféine n'est utile que comme médicament d’urgénce en présence d'une syncope menaçante.
MENETRIER ET STÉYENIN.
L'huile camphrée à hautes doses, 20 c. c. et plus de la solution 09.20" de camphre par c. c., fractionnée en 2 ou 5 injeciions sous-cutanées dans les 24 heures, paraît donner d'excellents résultats en soutenant le cœur.
peut-être par une action anti-infectieuse générale. Il faudrait cependant, “viler ces doses élevées chez les obèses (Manquat). On recommande également l'huile éthéro-camphrée. ee
Les phénomènes d’asthénie, l’hypotension, en rapport avec une imsuffi sance surrénale, seront combattus par l’adrénaline, qui présente en*outre une action antitoxique. ù
On donnera quatre à cinq fois par jour à à 10 gouttes de la do ad millième. On peut même employer des doses plus fortes, T7 à 8 nulle grammes par jour, pourvu qu'elles soient fractionnées (Sergent); en ingestion ou injection. Naturellement, en cas d'œdème pulmonaire, al faudra s'abstenir de cette médication.
On a également employé l'extrait surrénal en cachets de 0 gr. 25 donnés matin et soir, ou par la voie sous-cutanée en utilisant l'extrait surrénal injectable (Lereboullet, Rénon).
Dans cerlains cas, de phénomènes gastriques sont prédominants, on observe des vomissements incessants qui empêchent toute alimentation. L'eau de Vichy, le champagne glacés donnés en petites quantités fré quemment répétées peuvent être seuls tolérés au début. E'adrénalime est utile. Si l’on ne peut réalimenter de suite le malade, il faut, pour éviter qu'il ne se déprime trop, avoir recours à l'injection de sérum olucosé sous-cutanée (non à l'injection saline en raison de Palbuminurie habituelle), ou mieux au goutte à goutte intrarectal de sérum glucosé à 47 pour 1000.
Lorsqu'il existe de l'oligurie, le lactose ou même un peu de théobromime seront indiqués. | |
Les phénomènes infectieux sont souvent prédominants. On a essayé d'agir contre eux, soil par des agents physiques ou chimiques, soit par une” thérapeutique spécifique dirigée contre les microbes d'association. :
Les enveloppements chauds du thorax, les bains chauds, diminuent la hèvre et agissent favorablement sur les Éhéo es respiratoires.
On a recommandé de multiples agents antiseptiques, chaque auteur vantant celui qu'il à employé. Citons : le goméno!l en ingestion, imhalalions, injections sous-cutanées d'huile goménolée: le cacodylate de gaïacol: leucalyplus, que Thiroloix utilise simultanément en lavement, inhalation et fricüon: le bleu de méthylène (Lœper et Grosdidier); l’urotropine, en ingestion (Rénon) où en injections intra-veineuses (Lœper et Robine, Pis savy); le lerpène ozoné ou tallianine, dont Lesné injectailt dans 1e veines a 20 à 40 ©. c.Journellement. , :
La een colloïdale a été très employée, soit en frictions de pommade au collargol au 1/10, comme le conseille Netter..soit en injections sous-cutanées où intraveineuses d’électrargol, d'or, de rhodium colloïdaux, d'oxyde d’étain.en suspension colloïdale (Netter).
Nous n'avons pas l'impression d’une très grande efficacité de ces divers agents, que l’on emploie à la vérilé surlout dans les cas de haute gravité.
TR AI EMENT" Fasc. IIT. — 415
On a conseillé la pratique de l’abcès de fixation qui aurait donné des résultats dans les formes septicémiques.
Le sérum des convalescents, ou plutôt leur plasma employé en injections intraveineuses suivant la méthode de Ch. Richet, Brodin et Saint-Girons. se serait montré efficace (Grigaut et Moutier).
Le séruin antistreplococcique, le sérum antipneumococcique de Nicolle el Truche ont été utilisés pour combattre les infections associées. Violle el Dufressine ont injecté ce dernier à titre préventif, tout grippé recevant d'emblée 40 €. €., et, à tre curatif, employant 80 à 100 c. c. de sérum, don on réinjectait de 60 à 80 c. c., au bout de 24 à 56 heures, si les phénomènes ne s’élaient pas amendés nettement. Le sérum a eu linconvénient de donner dans de nombreux cas des arthropathies et des érythèmes sériques, : On a fabriqué des vaccins contre les divers agents de complication de la grippe et notamment des vaccins polyvalents qui n'ont pu ètre employés sur une très large échelle dans la dernière épidémie. Nous avons cependant rappelé plus haut que les Anglais ont utilisé à titre préventif des vaccins contenant les divers germes trouvés chez les grippés. En France, F. Bezançon et R. Legroux(!) ont préparé un vaccin polyvalent contenant le pneumocoque, le streptocoque, le bacille de Pfeiffer, le micrococcus aureus. Il a des propriétés préventives et euratives.
Les auteurs conseillent d'injecter le premier jour 1/4 de €. c. du vaccin (contenant 10 milliards de bactéries au centimètre cube); les jours sur vants on emploie des doses croissantes de 1/4 à 4 €. c., et cela tant que la” température persiste.
Les autres complications de la grippe, telles que les complications méningées, articulaires, les hémorragies, etc., sont justiciables de leur traitement habituel. Notons cependant que, contrairement aux données classiques, la pleurotomie d'urgence a paru aggraver considérablement le pronostic des pleurésies purulentes et qu’on obtenait de meilleurs résultats en pratiquant d’abord une ponction évacuatrice ét en injectant un liquide modificateur : électrargol, bleu de méthylène (Nobécourt), et en ne-faisant pratiquer l’empyème que lorsque les accidents sépticémiques et les phénomènes pulmonaires s’élaient un peu amendés.
Lorsque le danger est écarté, 11 faut néanmoins compter sur une longue période de convalescence; le sujet est déprimé, asthénié. C’est alors que le traitement par la strychnine, par les arïsenicaux (cacodylate de soude, arrhénal), se montrent utiles.
1. E. BEzANcoN et R. Leroux. Essais de bactériothérapie dans la grippe. Bull. Acad.
méd., 14 janvier 1919.
MExETRIER el STÉVENIN.
Par MM.
E. SACQUÉPÉE et GARCIN
Médecin-principai de 1°° classe. Médecin-major de 1° ciasse. Professeur au Val-de-Grâce.
La pesle est une maladie infectieuse, épidémique, reconnaissant pour agent pathogène le bacille de Yersin.
HISTORIQUE
La peste existe sans aucun doute depuis très longtemps. Le premier document explicite provient de Rufus d'Éphèse, reproduisant lui-même les déscriplions de Denys le Tortu : une maladie épidémique, évoluant en Libye et en Syrie, élait caractérisée essentiellement par de la fièvre, du délire et l’apparition de bubons. On reconnaît facilement la peste dans ces manifestations enregistrées deux à trois siècles avant l’ère chrétienne.
Ce document éloigné démontre combien la peste est ancienne dans le monde. Mais l’histoire épidémiologique de cette maladie ne peut être retracée avec fruit qu'à partir du vi siècle; c’est seulement depuis lors que l'affection est facilement reconnue et s'impose à l'attention.
En la considérant surtout au point de vue de l'Europe, l'histoire de la peste comporte quatre périodes.
Première période : du VI° siècle à 1720. — Dans toute celte longue période, la peste s’appesantit sur l'Europe entière.
La première pandémie -européenne connue est la peste de Justinien, pestis glandularia des chroniqueurs. De 551 à 580, elle parcourt tout POccident. Elle cause tellement de décès qu’on entasse les cadavres dans des fosses communes (Grégoire de Tours) et la dépopulation est telle, dit Warnefrid, que des villes importantes n'étaient plus que des déserts où les bêtes Le prenaient la place des hommes.
Du vu au xive siècle, les épidémies se répètent, la plupart locatee quelque région. L'histoire un peu confuse de cette période ne nous a transmis que les épisodes les plus saillants. La peste envahit à plusieurs reprises la France, l'Italie, l'Allemagne; en 811-812, elle est dans presque toute l’Europe, y compris l'Angleterre. Elle décime les armées de Frédéric Barberousse, celle de Henri VI (siège de Naples), celle des croisés égarés à Tunis, où succombe saint Louis (1270).
Au xv° siècle survient.la peste noire, la pandémie la plus terrible qui ait jamais fondu sur l'humanité. Partie de Chine vers 1336, elle gagne succes-
HISTORIQUE. Fasc. III. — 411
sivement les Indes, la Perse, Constantinople (1347), Marseille (novembre 1347), la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Europe entière. Elle mit 17 ans à parcourir le monde et désola l'Europe pendant 8 ans (1346-1555). L'Europe occidentale était trop bien préparée à la recevoir : on guerroyait un peu partout (début de la guerre de Cent Ans) et la famine était atroce, circonstances qui expliquent les ravages effrayants et l’expansion formidable du fléau, Hæœser donne à cet égard des chiffres éloquents : en Mésopotamie, Bagdad perdit 300000 habitants en trois mois. En Europe, Venise, Londres et Rouen comptèrent 100000 décès; Paris, 80000 en moins d’un an. Certains pays d'Orient perdirent le tiers de leur population; en Europe même, on estime que la peste tua 25 millions d'individus sur une population totale de 10% millions; au monde entier elle enleva 45 millions d'habitants. Elle fut particulièrement terrible dans certaines régions, comme la Bourgogne, où le nombre des survivants n'atleignit pas toujours 10 pour 100. Guy de Chauliac a laissé de l'épidémie d'Avignon quelques lignes heureuses, qui définissent déjà les deux formes essentielles de la maladie : « Ladite mortalité fust de deux sortes : la première dura deux mois avec fièvre continue et crachements de sang, et on mourait dans trois jours. La seconde fust, tout le reste du temps, aussi avec fièvre continue et apostèmes et carboncles ès parties exlernes, et on en mourait dans cinq jours. Il fust de si grande contagion (spécialement celle qui était avec crachement de sang) que non seulement en séjournant, mais aussi en regardant, l’un la prenait de l’autre... Le père ne visitait plus son fils, ni le fils son père; la charité était morte et l'espérance abattue. » Ce dernier trait évoque la mentalité du moment : dans son effroi, le peuple crut à la fin prochaine du monde; il fit de la peste un fléau de Dieu ou du diable: les « Flagellants » parcoururent les campagnes, semant la terreur et la désolation, pendant que certains torturaient les miséreux et les israélites, accusés d’avoir empoisonné les puits et les rivières(!). »
A partir de ce moment, la peste a véritablement pris pied en Europe, et pour longtemps. Tantôt sur un point, tantôt sur un autre, elle y est signalée à peu près chaque: année, et il en sera ainsi pendant tout le cours du xvr° et presque tout le xvu° siècle. La France, l'Allemagne, lItalie, la Russie, l'Angleterre, sont le théâtre d’épidémies sans cesse renouvelées. C’est seulement vers la fin du xvn® siècle que les épidémies de l’Europe occidentale s’espacent peu à peu, la peste paraissant concentrer son action sur l'Europe orientale et sur l’Asie antérieure; il en est de même au début du xvrrr siècle, et cette longue période se termine avec la peste de Marseille (1720); ses adieux à l’Europe occidentale furent d’ailleurs terribles, car la peste de 1720 fit 40 000 victimes à Marseille. Il fut établi que la peste de Marseille avait été importée de Syrie, par le navire le Grand Saint Antoine.
Deuxième période : de 1720 à 1844. — Après 1720, la peste se cantonne dans l’Europe orientale, en Asie et dans l'Afrique du Nord, essaimant encore dans les îles de la Méditerranée (peste de Messine, 1745); une seule fois, dans cette période, elle prend pied en Europe occidentale, à Noja